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. Les Carnets de Bord de Jergal - Dernier texte : Souffrance
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Jergal
Crazy Horse ♞


Inscrit le: 25 Jan 2007
Messages: 2388

MessagePosté le: Lun 30 Aoû 2010, 12:31 am    Sujet du message: Les Carnets de Bord de Jergal - Dernier texte : Souffrance Répondre en citant

Si vous vous souvenez bien, j'avais il y a quelques temps (3 ans) écrit un texte. Et j'avais donné une fin assez mauvaise. Très. J'avais fait supprimer le topic par un modo.

En voici la nouvelle version, qui a maturé tout ce temps dans les bits et le silicium. De temps en temps retravaillée, je pense avoir atteint ce que je voulais faire.

Sur les conseils de Lill, je la mets en ligne.

-----------------------------------


L'Idée






Dans la tête...

            Une idée m'a traversé la tête. Faisant un petit trou pour entrer, elle déposa un oeuf puis repartit par le même trou. Durant des mois, rien ou presque ne se produisit. Mais un jour, au lieu de se contenter de grossir comme il le faisait d'habitude, l'oeuf fit quelque chose de nouveau.

"Il germe" annonça le docteur, dégageant sa loupe et sa lampe de poche de devant le trou dans mon crâne.
"Il va falloir vous opérer avant qu'elle ne prenne racine, très rapidement."
Je tournai la tête et regardai par la fenêtre. Un défilé de jeunes soldats, tous habillés de bleu vif, partait au combat la fleur au fusil. Dans ce cas-là, il s'agissait de laurier rose. Très bel arbre, mais tellement toxique... Je ramenai mon regard vers le docteur quand tout à coup, je ne sus pourquoi, mes glandes lacrymales eurent un excès de fonctionnement et s'emballèrent, augmentant rapidement la production de liquide salé chargé en lysozyme. Cet excès de liquide dévala les crêtes et les creux formant les rides d'expression qui se révoltèrent devant tant d'indélicatesse et déposèrent un rapport chargé à l'encontre des glandes. Les larmes finirent par gouter le long de mes joues, s'écrasant lamentablement dans la poussière du sol.
"Vais-je mourir? chevrotai-je au docteur.
- Je ne vous cacherai pas qu'il y a des risques, pour votre sécurité comme pour la mienne. Maintenant que je l'ai vue, je préférerais la voir morte, tuée dans l'oeuf. Elle me fait peur.

Merci. Combien vous dois-je pour la consultation ?
-Cela fera 500 flouz.
-Mais c'est du vol! m'insurgeai-je
-Tout à fait me répondit-il. Si j'étais vous, je ne payerais pas.
-Et vous auriez raison, continuai-je en sortant mon carnet de chèques. A quel ordre?
-Moi-même. »
Je fis le chèque qui alla se placer de lui-même au garde à vous devant le docteur. Celui-ci se leva, me souhaita un bon retour. Je ne le remerciai pas et m'en allai à pas pesant.

Sur le chemin du retour, je croisais des gens. Des gens souriant béatement, d'autres souriant sans s'en rendre compte et d'autres encore qui subissaient le châtiment donné par la loi pour manque de bonne humeur: sourire.

Arrivé dans la rue Matthew Bellamy, je me dirigeai vers un petit immeuble gris, couleur au combien criarde et plutôt excentrique dans cette petite rue où les maisons étaient toutes rouge-sang, jaune-poussin ou bleu-ciel, se fondant dans le décor. Mon appartement était au premier étage, entre un deuxième à ciel ouvert et un rez de chaussé inondé depuis un bon moment déjà et où personne n'avait cru bon de tirer la bonde. Ils étaient morts noyés et on n'avait jamais retrouvé leur corps. On n'avait pas cherché. Il faut dire aussi que c'était des personnes âgées, qui consommaient beaucoup trop de médicaments chimiques comme l'héroïne et la cocaïne.

Ils avaient vingt-cinq ans.
Mes voisins n'étaient pas dérangeants.

J'eus la surprise de trouver la porte ouverte quand j'arrivai sur le palier. J'arrivai en fronçant les sourcils, me demandant qui pouvait entrer chez moi aussi impunément.
Camille.
La plus séduisante femme qui me fut permis de regarder. Les plus belles étaient réservées aux plus riches et je ne remplissais pas les conditions. Il s'agissait tout de même d'une fabuleuse créature, dotée d'un esprit aussi développé que son physique.
Elle m'attendait sur le sofa, jambes croisées, dans son petit tailleur blanc cassé, ses longs cheveux bruns ramenés en un chignon serré. Elle plaqua ses yeux verts dans les miens, fronça légèrement son nez fin sans doute en voyant mon expression maussade et ses lèvres pulpeuses s'animèrent, laissant échapper quelques mots de bienvenue...


Dans le coeur

Il ne nous fallut pas longtemps pour tomber dans les bras l'un de l'autre. Il ne me fallut pas longtemps pour défaire son chignon si serré, il ne lui fallut pas longtemps pour m'arracher ma chemise. Déchaînement de corps serrés, caressés, touchés, embrassés... Fusion charnelle plus que spirituelle. J'ai toujours été meilleur en travaux pratiques qu'en théorie.
Ce qui n'empêcha pas une connexion de s'établir lorsqu'ensemble on se réveilla le lendemain, sa tête posée sur mon torse, mon bras passant sous son bras, enserrant sa poitrine.
Je lui annonçais la nouvelle vieille d'un jour, j'allais devoir me faire opérer.
« Pourquoi? Tu as l'air en pleine santé me chuchota-t-elle.
-J'en donne l'impression, mais c'est grave... Tu sais l'idée que j'ai dans la tête? Elle acquiesça d'un mouvement de tête vertical. Eh bien, elle commence à prendre forme. Elle germe. »
Elle me regarda gravement, ses yeux brillèrent, puis elle subit le même phénomène que j'avais vécu la veille. Je la pris dans mes bras, lui chuchotant que ça devrait aller.
« Je veux voir cette... cette... cette chose, me lança-t-elle d'un air buté.
-Le docteur a dit... commençai-je
-Le docteur, je l'emmerde. Je veux la voir et je la verrai, même s'il faut que je t'assomme pour ça. »
Je plaignis en silence le pauvre médecin... Recevoir des déjections n'était jamais très plaisant pour celui qui en était destinataire... Je concédais tout de même la défaite, je n'avais pas très envie de commencer la journée avec du sommeil en plus, non voulu. Elle courut chercher une loupe et une lampe de poche, sur mes indications. Elle ne pouvait pas se tromper, le chemin était tout tracé à l'encre de Chine. Même si les idéogrammes n'étaient pas si faciles à déchiffrer, il suffisait de les suivre.
Elle s'assit derrière moi, je sentis ses seins contre mon dos lorsqu'elle se mit à la recherche du trou, écartant mes cheveux qui firent passer leur mécontentement en envoyant quelques émissaires me hurler leur haine près de mon oreille. Je les ignorais superbement, obsédé par les frottements sur ma peau sensible.
Mon désir prenait forme.
Je la ressentis soudain se raidir. Elle se retira et se planta devant moi. Sa nudité était un appel à l'explosion des sens. Ses yeux, une douche froide.
« C'est... c'est bizarre comme chose... Une idée. Et celle-ci... est vraiment intrigante, me dit-elle en tremblant.
Je me levai pour aller chercher une serviette, une petite laine et une bouillotte : l'eau froide m'ayant trempé des pieds à la tête, je ne voulais pas tomber malade. Une mauvaise chute ne serait pas la bienvenue en ce moment.
-Je t'avais prévenu, le docteur aussi en a eu peur, lui lançai-je en revenant de la salle de bain, me séchant.
-C'est vrai qu'elle fait peur. Peut-être par sa nouveauté, peut-être autre chose... » me répondit-elle le regard dans le vide.
Je ne continuai pas cette conversation. Peu importait cette idée, il fallait que je me la fasse extraire, ma vie en dépendait. Je décidai donc d'aller prendre rendez-vous avec des opérateurs. Les vêtements chantaient à tue-tête dans la penderie. Je choisissais les moins bruyant qui étaient aussi les plus calmes. J'embrassais Camille qui songeait toujours à l'idée. Sur le point de partir, ma veste sur le bras, elle m'appela:
-Chéri?
-Oui dis-je me retournant avant de poser la main sur la poignée.
-Quoi qu'il se passe, tu seras toujours ici me répondit-elle en pointant l'intérieur de son sein gauche.
-J'en serais très heureux, mais tu me laisseras aller et venir de temps en temps, non?
Rester à cet endroit me tentait, mais perdre ma liberté de mouvement était un peu rebutant.
-De temps en temps... »
Je la quittais, jetant ma veste sur mon épaule.

Dans la rue, un groupe d'ouvrier du gouvernement détruisait la statue d'une muse de l'antiquité. Un placard représentant le Chef du gouvernement attendait dans la remorque.


Dans la tête...

Arrivé au bureau des opérateurs, je regardai la liste des meilleurs de la semaine. Mr Charles Manson arrivait le premier, ayant un rapport opérations réussies sur opérations effectuées égal à 0,95. Un bon, à n'en pas douter. Mr Claude Vorilhon arrivait bon dernier avec 0,2. Lorsque je demandai à la secrétaire pourquoi il avait un rapport si faible, elle me répondit que c'était parce que cet opérateur était trop terre à terre... En effet, il avait la tête toujours tournée vers les étoiles, à la recherche de ses géniteurs... Je ne cherchais pas à approfondir ce genre de paroles, conscient que ça ne ferait qu'attiser les tensions entre les employés. Je lui posai enfin une question importante, qui définirait mon humeur pour les prochains jours. Je lui demandais à qui j'avais droit.
J'appris que le meilleur médecin auquel je pouvais prétendre était Mr Verne, un certain Jules... Son rapport était de 0,5. Autrement dit, j'avais une chance sur deux de rester vivant. J'espérais que ce serait la bonne.

Je pris donc rendez-vous pour une opération. Elle se déroulerait le lendemain. Je passai ensuite chez le notaire, demandant à ce que tout mes biens soient légués à Camille si jamais il devait m'arriver malheur. Le notaire, après avoir calculé la part que prendrait l'Etat si cela devait arriver, ses honoraires, qu'il prendrait de toutes façons, les différentes taxes et autres impôts, me dit que Camille aurait droit à la lampe de poche. Sur ces entrefaites plutôt noires, je laissai l'avare seul à recompter l'argent que je venais de lui donner.
Une lampe de poche... Sur tout ce que je possédais, il fallait que ce soit ça... Enfin, je n'y pouvais rien.
Il fut un temps où j'aurais hurlé mon indignation, un temps reculé, si éloigné, que je ne m'en souvenais presque plus. Un temps qu'il m'arrivait de regretter, sans savoir pourquoi, sans en connaître la raison... Un temps où il me semblait que la vie était douce, où on pouvait rire, pleurer, crier, chanter, jouer.
Mais chacun savait que la vie n'avait jamais été meilleure qu'au jour d'aujourd'hui. Parfois, il me semblait que j'avais rêvé ce temps. Que je n'avais jamais été si heureux que maintenant.
Que le Parti était réellement source de bonheur.
Mais la nuit, lorsque je me réveillais, la sueur collant mon tee-shirt à mon dos, les yeux exorbités, tentant de voir ce passé qui me fuyait, je savais.

Ce fut une longue période que celle de ma préopération. Si longue qu'elle me permit de réfléchir, sur ma vie, sur mon futur qui m'attendait, sur mon passé qui s'éloignait, sur mon futur qui risquait de ne jamais être présent.
Je n'arrivais pas à dormir, réfléchissant... Trop.
Tout ce que j'avais en tête, je le couchai sur le papier. Bizarrement, ce que contenait ma boîte crânienne était plus important que je ne le pensais. Il me fallut d'autres feuilles de papier, beaucoup.
J'écrivais, écrivais et écrivais encore. Même quand vint l'aurore.
J'écrivais mon amour pour Camille, j'écrivais sur ma place dans la société, sur la place des autres, sur l'apparition des idées, sur la vie, sur ma vie, sur sons sens, sa direction et son aboutissement, sur le temps qui passe, que les gens, sur le monde, sur les mots, sur les lettres, sur les arts, sur le vent, la nature, les animaux, les plantes...
Sur tout ce qui me faisait, sur tout ce qui me ferait et sur tout ce qui m'avait fait.

C'est ainsi que vint l'heure de mon départ pour le tournant de mon histoire. J'espérais le virage pas trop dur à négocier. Dans mes oreilles, le marteau vibrait contre mon tympan tel un métronome mal réglé. Le rythme ralentissait de plus en plus et j'en redoutais l'arrêt complet.
On m'accueillit dans le bureau des opérateurs comme à l'accoutumée. Le sourire figé et le teint cireux. La pauvre secrétaire n'était certes pas responsable de son physique peu accordé à la situation, mais elle pouvait bien faire un effort. Elle appela un infirmier qui me conduirait dans la salle d'opération. Celle du docteur Verne se trouvait sous terre, me dit-on, et profondément.
Nous prîmes l'ascenseur et je pus me rendre compte à quel point la secrétaire m'avait dit la vérité. Au fur et à mesure que l'on descendait, j'avais l'impression de m'éloigner de plusieurs milliers de lieues de la surface.
Enfin l'ascenseur s'arrêta. L'infirmier me montra une grande porte avec un hublot au centre.
Je m'avançai et la frappai. Elle s'énerva et me cria sa colère. Je n'en avais que faire et entrai. Un homme se présenta à moi, s'annonçant comme étant l'assistant du Docteur Verne, il s'appelait Nemo.

Celui-ci me prépara pour l'opération. Complètement nu, je passai sous la douche aseptisante et entrai dans la salle d'opération.
On m'indiqua la table, en bois massif, sans doute du chêne. Un bras articulé s'élevait d'un côté, d'où pendait une lentille convexe avec des lumières tout autour.
Je m'allongeai sur la table, elle était froide. J'aurais bien eu besoin de ma petite laine et de ma bouillote... Les scaphandriers me tournèrent autour, je reconnus le docteur Verne à son nom marqué sur sa combinaison. Cinq autres personnes s'approchèrent et m'entourèrent. Moi, allongé, je n'étais pas très rassuré. le docteur se plaça derrière le bras articulé et l'orienta vers ma tête. Il me fit tourner de façon à ce que le trou soit directement dans la ligne de mire de la lentille, et observa.

Il eut un mouvement de recul, les yeux écarquillés, les genoux flageolants. Les autres, remarquant sa réaction, firent le tour, un par un, pour regarder à travers le disque de verre. Chacun eut une réaction similaire à celle du docteur.
"Elle a grandi... Ses racines seront difficiles à arracher. Cela risque d'être compliqué"

Tous les opérateurs opinèrent du chef, en accord avec l'affirmation du docteur.
"Nous ferons ce que nous pourrons pour vous aider à vous en sortir."

Tous les opérateurs m'entourèrent à nouveau, bloquant chacun de mes membres. Le docteur Verne restant à côté du bras articulé pour sa part.

Ce dernier hurla tout à coup:
« Chef tout puissant ! Délivre le du mal ! Aide ton enfant à résister au plus vil des démons, Demos Kratia! Arrache-le au pouvoirs des ténèbres ! Donne lui ta force ! Et garde le tout au long de sa vie. »

A peine eut-il fini qu'une convulsion me prit. Mon dos s'arqua, mes muscles se raidirent, mes yeux roulèrent dans leurs orbites. En faisant ça, ils me permirent d'apercevoir l'intérieur de mon crâne. Et je la vis. L'idée était tellement belle à voir...

« Chef tout puissant ! Délivre le du mal ! Aide ton enfant à résister au plus vil des démons, Demos Kratia! Arrache-le au pouvoirs des ténèbres ! Donne lui ta force ! Et garde le tout au long de sa vie. » hurla à son tour un autre opérateur. Elle disparut un instant puis revint à la réalité, à nouveau connectée.

« Chef tout puissant ! Délivre le du mal ! Aide ton enfant à résister au plus vil des démons, Demos Kratia! Arrache-le au pouvoirs des ténèbres ! Donne lui ta force ! Et garde le tout au long de sa vie. » Ce fut encore une fois un autre opérateur qui hurla. A nouveau l'idée disparut puis revint, connectée à mon cerveau.

"On a là une championne, si encore elle faisait un effort pour s'intégrer et ne pas faire de vagues... Ce ne serait pas si grave. Là, elle est dangereuse, trop dangereuse. Imaginez qu'elle contamine d'autres personnes... La catastrophe. Si elle persiste à revenir, il faudra utiliser des méthodes radicales" entendis-je dire, comateux. C'était l'opérateur me bloquant la tête qui parlait.

Encore une fois, le Docteur Jules Verne hurla, du meilleur qu'il put:
« Chef tout puissant ! Délivre le du mal ! Aide ton enfant à résister au plus vil des démons, Demos Kratia! Arrache-le au pouvoirs des ténèbres ! Donne lui ta force ! Et garde le tout au long de sa vie. »

L'idée, devant tant d'animosité et d'incompréhension, et sans doute à cause du tapage, disparut. Elle ne revint pas au bout de quelques secondes comme elle l'avait fait précédemment. Les opérateurs pensèrent que c'était une victoire totale. Ils n'avaient peut-être pas tort. Je vis l'idée disparaître. Et avec elle, j'eus le sentiment que quelque chose de beau, de magnifique, de puissant et de terriblement important partait avec elle. Sans comprendre pourquoi, des larmes coulèrent le long de mes joues.
Les rides, excédées par la fréquence de ces petit tsunamis qui se rapprochaient dangereusement, émirent à nouveau une plainte auprès du système central.

Les opérateurs me transférèrent sur un chariot et me mirent dans la salle de remise en forme.
Le lendemain, je pus sortir. Je rentrais chez moi et dormis pendant près de trois jours. Je fus réveillé par une main aux doigts agiles qui se promenait dans ma toison. Elle me caressait les cheveux, qui ronronnaient de plaisir sous les gestes doux et apaisants.
Au bout de cette main, un bras, au bout de ce bras, un torse. Sur ce torse, deux jolis petits seins rebondis, sous une chemisette blanc-cassé. Et posée sur ce torse, la fabuleuse beauté de Camille.


Dans le coeur...

Peu à peu, je repris mes habitudes. Les congés étaient passés, il fallait se remettre au travail. Faire dix heures pratiquement non stop était difficile lorsqu'on avait eu une semaine sans avoir besoin de se lever le matin. Mais mon rendement revint à son plus haut niveau au bout de deux jours seulement.
Après une journée harassante, il m'arrivait de lire le journal le soir, tranquillement assis sur mon fauteuil en cuir. Entre les dernières nouvelles du front de l'est, les lettres de soldats à leurs femmes vantant la fierté avec laquelle ils se levaient devant les fusils ennemis pour défendre leur patrie, je me plaisais à lire les faits-divers, ceux-ci me le rendaient bien, louant mon intelligence et ma beauté.
Camille s'était installée chez moi. Nous passions des soirées enlacés l'un à l'autre, simplement, regardant la télévision où des films sur la naissance du Parti étaient diffusés sans arrêt. Ces petits moments de bonheurs, je ne les aurais échangé pour rien au monde. Ils n'étaient d'ailleurs pas échangeables. De temps en temps, il me semblait ressentir l'idée qui germait à nouveau et disparaissait aussi vite qu'elle était apparue. J'en parlais librement avec Camille. Elle, me proposant une oreille attentive et moi lui exposant mes doutes et mes peurs. Je crus voir une ombre passer sur son visage au bout de la troisième fois que je le lui racontais.

Un jour où, fatigué par une journée difficile, je m'asseyais sur mon fauteuil fétiche pour lire les nouvelles, je découvris dans ces lignes quelque chose qui me glaça d'effroi et me surpris tout autant. Je me levais donc pour aller chercher une petite laine et une bouillotte, pour me réchauffer, tout en continuant à parcourir l'article responsable de cette froidure soudaine.
Jules Verne, l'opérateur m'ayant sauvé, était décédé, officiellement d'un suicide. Il s'était tué de six balles de révolver dans le coeur et une autre dans la tête.
Je louais son courage d'affronter la mort en ces temps où le bonheur était si souvent d'actualité, mais je ne pouvais m'empêcher de penser que le docteur avait eu la main légère : si peu de moyen pour atteindre la fin, ça frisait le ridicule.
Lorsque j'annonçais l'événement à Camille, elle parut troublée, légèrement anxieuse et angoissée. Je restais perplexe quant à sa réaction. Elle m'enleva mes doutes elle-même, un à un. Ils n'étaient pas très résistants.
Nous nous endormîmes tard, ce soir-là, sa tête reposant sur ma poitrine : elle en avait fait son oreiller, qui avait l'air de convenir parfaitement à ses esgourdes.
Pour la première fois depuis longtemps, je rêvais. Une chape de douceur descendait sur moi.
Ma respiration tout à coup plus facile me réveilla. J'entrouvris les yeux et pus voir la silhouette de ma bien-aimée ouvrir la porte et sortir de la chambre.
Qu'avait-elle de si important à faire pour sortir si tard? Je décidais que ça ne valait pas la peine de prévenir les autorités, cela ne devait pas entrer dans le comportement suspect que tout citoyen se devait de dénoncer, selon les affiches placardées un peu partout. Les yeux encore légèrement collés, je m'habillais en hâte et courait silencieusement pour la rattraper, sans me faire voir ou entendre.
Je sentais une douleur lancinante dans ma poitrine, comme si un crochet de boucherie était planté dans mon coeur et que celui-ci s'efforçait de me garder en vie malgré l'intrus.


Dans la tête...

La ville de nuit n'est pas la ville de jour. Les crêtes acérées de certains immeubles en ruines paraissent autant de gueules béantes de monstres issus des anciennes légendes. Les patrouilles faisant respecter le couvre-feu circulaient dans les rues, gyrophares en marche, provoquant des ombres mouvantes et me faisant retourner, la sueur glacée coulant dans mon dos. Je regrettais déjà ma laine et ma bouillotte.
Camille ne semblait pas affectée par le climat amical, limite fraternel. Elle se déplaçait d'ombre en ombre, celles-ci l'accueillant comme une ami longtemps perdue de vue, et pas d'un aveugle, longeant les murs, comme si elle le faisait depuis quelques temps déjà. Ses habitudes étaient déjà en place.
Je la suivais, calquant mon déplacement sur le sien, restant assez en retrait pour qu'elle ne me voit pas. C'est un sentiment bizarre que procure la filature de celle qu'on aime, encore faut-il avoir le fil adéquate. Un mélange d'exaltation et d'angoisse, un oxymore à lui seul, un non-sens et son contraire. Exaltation à cause du fait de suivre quelqu'un sans qu'il le sache, la sensation de pouvoir, mais angoisse à cause de la peur de ce qu'on va découvrir, et à qui il faudrait donner une petite laine et une bouillotte. Plus je la suivais, plus cet angoisse montait, écrasant l'exaltation. Lorsqu'elle entra dans une vieille bâtisse délabrée, peut-être un hôpital désaffecté -ou désinfectés, qu'en savais-je-, je m'arrêtai. Je fis le point, tracé d'une seule fois dans la poussière du sol. Flattée qu'on s'intéresse à elle, celle-ci ne fit pas cas de l'outrage.
« Qu'ai-je à gagner à la suivre? » me dis-je.
La réponse s'afficha dans mon esprit: savoir à quoi l'amour de ma vie passait ses nuits...
« Qu'ai-je maintenant à y perdre? »
Cette fois, la réponse apparut en lettre de sang: son amour, son amitié, elle.

J'aimais me parler à moi-même. J'étais de bonne compagnie.

La curiosité est un vilain défaut, une mauvaise compagne, une terrible amante. Elle est sournoise, tourne autour de vous et choisit le bon moment pour vous sauter à la gorge et vous étrangler. Je me mis à suffoquer. Je devais savoir même si je devais tout perdre. La curiosité est une drogue à laquelle il n'existe aucun remède.

J'entrai donc dans le vieux bâtiment dont les murs hurlaient silencieusement leur peur de s'effondrer. Je les voyais mais ne les regardais pas, mes yeux étant attirés par une ombre d'une ombre, le reflet d'un rien, l'illusion d'un rêve se glissant par un angle au bout d'un couloir. Ne voulant pas me faire distancer, j'accourus en tentant de faire le moins de bruit possible.

Lorsque je passai l'angle...
... un "chut" résonna.
Un pistolet équipé d'un silencieux. Le silencieux, le doigt sur les lèvres du pistolet l'empêchant d'émettre le moindre son. Derrière le pistolet, Camille, ses beaux yeux verts embués de larmes.
Ma dernière pensée avant de sombrer fut que les rides aux coins de ses yeux devaient hurler leur colère de subir pareil inondation...

La révolte devait sonner. La marche vers le système central était lancée.



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Texte écrit à la manière de Vian, du moins je l'espère... Je l'avais écrit pour répondre à un appel à texte : un concours d'écriture dont la règle était d'écrire à la façon d'un auteur préalablement choisi.

Allez-y de votre ressenti et de ce que vous en avez pensé, s'il vous plaît Wink

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J'aime
T'es dur comme un boudoir !


Dernière édition par Jergal le Mar 11 Fév 2014, 4:54 pm; édité 5 fois
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Aiko
Étudiant à l'académie


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Messages: 94

MessagePosté le: Mar 31 Aoû 2010, 10:00 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Je ferais une critique plus construite plus tard. J'suis anesthésiée là.
J'aime énormément, j'attends avec impatience d'autres textes.

_________________



Merci. : )
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Jergal
Crazy Horse ♞


Inscrit le: 25 Jan 2007
Messages: 2388

MessagePosté le: Mar 31 Aoû 2010, 10:05 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Merci Aiko Very Happy
En voici un que j'ai utilisé dans le topic "Exercice pour le cerveau...". Je l'ai écrit avant, mais je l'ai retravaillé pour répondre à la contrainte.

Carapace



*
Carapace : Sens 1 Protection du corps de certains animaux [Zoologie]. Synonyme: coquille
Sens 2 Protection contre l'extérieur [Figuré]. Synonyme: cuirasse
Parfois, suite à des attaques particulièrement puissantes ou insidieuses, la carapace se fissure

*

Un bruit sec jaillit de sous sa chope lorsqu’il la reposa violemment sur le comptoir de chêne massif de l’auberge du Canard au bec percé. Il beugla, de toute la force de ses poumons alcoolisés, à l’intention de ses trois compagnons de beuverie :
- J’vous le dis les gars ! On m’y prendra pas. Faire des gosses, c’est se mettre le couteau sous la gorge ! La grosse Berthe, elle a pas intérêt à me sortir un polichinelle du tiroir. Ou ça pourrait lui faire bizarre...
Son voisin de droite lui donna une grande claque dans le dos.
- T’as bien raison Barney ! Faut pas se laisser saigner sans rien faire. Ta gueuse, t’y diras clairement c’que tu penses, et t’y feras comprendre, à coup de ceinture si y faut, que les gniards c’est pas une bonne chose, qu’ça amène que des problèmes et qu’y faut tout faire pour les éviter.
Jack s’arrêta quelques instants, surpris. Il venait de prononcer sa plus longue tirade depuis quelques années et l’effort le laissait pantelant.
- Te fais pas avoir rajouta-t-il dans un souffle.
- T’inquiète pas pour moi, l’ami. J’suis pas né de la dernière pluie. Je vais me marier la semaine prochaine mais j’suis pas un de ces sales jeunes qu’ont rien dans la cervelle. J’ai quand même quarante et un ans.
Il cracha le mot jeune avec une telle haine que son voisin de gauche, Will, tressaillit légèrement. Il était en effet le moins âgé du groupe et le fait qu’il soit sorti du Centre que depuis plus d’une dizaine d’année lui attirait encore quelques remarques acerbes et regard soupçonneux de la part de ses pairs plus vieux.
En face, Joe, le barman, remarqua la réaction de son ami et le rassura, tout en remplissant une nouvelle fois sa chope :
- Will, n’aie pas peur, Barney parlait pas pour toi, hein Barney ?
Le susnommé acquiesça d’un hochement de tête.
- T’es sorti du Centre y’a combien de temps maintenant... douze, treize ans ? continua Joe. T’es plus le petit con qui y est rentré, et si t’avais encore des restes en sortant, treize ans de vie à la dure avec nous t’auront changé.
- Seize, le coupa Will.
- Seize ans ? Putain, ça passe vite. Bientôt, je serai un vieux...
Joe prononça ces quelques mots avec un indicible dégoût où se mêlaient également, pour la première fois, quelques intonations signifiant la peur. Ses amis détournèrent le regard, gênés. Barney se rengorgea le premier et reprit :
- T’es encore dans la force de l’âge Joe, te fais pas de bile dit-il. Et puis, c’est ma soirée ! On arrête de parler femme, âge et tout ce qui nous fait chier. On les emmerde. Ce soir, c’est mon enterrement de vie de garçon !

Il se leva, vida cul-sec sa chope, la reposa violemment sur le comptoir et grimpa sur son tabouret. Là, exposé à tous, se tenait un homme vêtu d’une chemise blanche bouffante, rentré dans un pantalon en feutre marron, lui-même serré à la taille par une large ceinture noire en cuir. La boucle en cuivre lança quelques éclats de lumière lorsque Barney chancela sur son perchoir. Il ouvrit grand la bouche, laissant entrevoir des dents rendues jaunâtres par la chique et entonna un chant paillard repris par tous les clients de la salle commune de l’auberge. Ses yeux vitreux, qui auraient dû être vert, regardaient sans les voir les chandelles accrochées aux différents mûrs et le grand feu dans l’âtre de pierre où s’affairait un commis de cuisine qui faisait tourner un cochon embroché. Joe annonça la tournée générale et tout le monde hurla. La chanson résonnait toujours dans la nuit lorsque Barney s’effondra. Une chape de plomb tomba, vite submergée par les rires lorsque s’élevèrent les ronflements du nez tordu, sans doute cassé dans le passé, du futur marié. Son visage perdait peu à peu sa couleur de homard ébouillanté prise à force de brailler comme un porc qu’on égorge. On l’emmena dans une chambre, à l’étage, soutenu par deux grands gaillards aux larges épaules et à la barbe de trois jours. Une servante les rejoignit quelques minutes plus tard en portant entre ses bras blancs une large bassine en cuivre au cas où il se réveillerait et devait vomir.

Berthe était un joli brin de fille. Sans doute l’un des plus beaux du comté. Et dans les salons de certains, où se réunissaient quelques unes, on se demandait quelle mouche avait bien pu la piquer pour qu’elle finisse entre les bras de ce laideron de Barney, homme violent, poivrot et cruel. La vérité, et Berthe -dont le vrai nom était Berthalda- jubilait, c’était que Barney était adorable, bien élevé, d’une galanterie sans faille et avec un cœur gros comme ça. Son comportement en public était une carapace dans laquelle il se cachait, préférant paraître ignoble pour mieux encaisser les coups durs qui lui tombaient dessus. Oh que oui, Berthe était heureuse. Et là où son futur mari élevait une muraille infranchissable entre le monde et ses sentiments, elle affichait haut et fort son bonheur. Et personne ne comprenait, même ses amies qui étaient venues fêter son enterrement de vie de jeune fille chez elle.

Malheureusement pour elle, cette vie de félicité ne dura pas. Quelques temps après son mariage, alors que les jours s’écoulaient doucement et que les nuits fraîches mais pas froides permettaient des ébats fougueux entre les amants de toute la ville, elle fut prise de nausées, accompagnées de crampes dans le bas-ventre, son appétit se décupla, et elle finit par se rendre à l’évidence : elle était enceinte.

Barney, qui était toujours aussi laid, se réjouit en apprenant la nouvelle, un soir, lorsque sa femme lui annonça entre le fromage et le dessert. Il fut tellement heureux qu’il sortit de la maison, se rendit à la cave et déboucha sa meilleure bouteille de vin. Il se saoula tant et si bien que le jour le trouva là, en position fœtale, sa femme allongée contre lui sur le perron de sa maison, et sans avoir la moindre idée de ce qu’il s’était passé.

Chassant la brume qui s’élevait devant ses yeux avec de grands gestes saccadés, il se sentait calme, heureux et plein d’une étrange félicité qui fourmillait dans toutes les parcelles de son corps. Il ne savait pas pourquoi mais il se sentait bien. Tentant de se remémorer la veille, il posa les yeux sur le ventre plat de sa femme et tout lui revint en mémoire en un flash condensant toutes les informations. Alors il sourit, écartant les lèvres jusqu’aux oreilles, ses dents jaunes, tordues et son nez de travers formant un tableau digne des pires horreurs si ce n’était ses yeux d’où s’écoulaient de chaudes larmes roulant sur sa peau parcheminée et tombant dans la poussière. Il se mit à caresser la chevelure soyeuse de sa femme tout en reniflant. Oui, Barney était heureux.

La grossesse se passa sans anicroche, le futur papa étant aux petits soins pour sa femme. Redoublant de travail dans les champs, continuant à s'affairer le soir en rentrant, il refusait tout exercice physique de la part de Berthe. Si bien qu'après huit mois à ce régime, Barney paraissait avoir pris dix ans. Il ne dormait pratiquement plus, mangeait peu, et ne touchait plus à l'alcool, celui-ci le rendant indisponible trop longtemps. Sa femme voyant son mari décrépir à vue d'oeil, n'en put plus et finit par le lui dire. La réponse ne se fit pas attendre...

- Ma chérie, bientôt notre enfant arrivera, à ce moment-là, je pendrait un peu de repos. Jusque-là, ce n'est pas moi qui le porte, je dois donc tout faire pour t'éviter les problèmes.
- Tu ne vois pas que je me fais du soucis pour toi? S'énerva-t-elle. Tu pars avant l'aube pour ne revenir qu'après la nuit tombée. Tes cheveux ont blanchi, tu as dû perdre vingt kilos en huit mois. Tu en fais trop, Barney.
- C'est pour vous deux que je travaille autant. Toi et le petit. Et aussi parce que je ne veux pas qu'on te voit et qu'on parle de ta grossesse. Je ne veux pas qu'ils soient au courant. Si jamais ça se sait, les Inquisiteurs vont venir pour nous prendre notre enfant. Et ça, je ne le veux pas. Je préférerais mourir plutôt que de les voir partir avec. Depuis qu'on est ensemble, on a entrepris un voyage en prenant le chemin le plus difficile, le plus escarpé, pour espérer, peut-être, atteindre le bonheur. Je suis juste en train de mettre quelques atouts de notre côté. Et ces atouts, c'est l'or que je gagne avec mes récoltes qui nous les achète.
- Je sais, je comprends. C'est juste que je ne supporte pas de te voir te tuer à la tâche.
Elle lui caressa la joue, il sourit avec tristesse puis sortit.
Dehors, les étoiles lui souhaitèrent le bonjour avant de s'éteindre, une à une.

Sur le chemin du retour, alors qu'il ne pensait qu'à prendre une douche pour se débarrasser de la poussière, de la crasse et du sel accumulé par la transpiration, le vent lui apporta quelques relents de cendres au nez. Ne pouvant s'en débarrasser en se le frottant, il leva les yeux et vit quelques filets de fumée noire dans la direction de sa maison. Il lâcha ses outils, dont le son retentissait à peine qu'il était déjà en train de courir. Une poigne d'acier lui comprimait le coeur. Il se faisait déjà des scénarios terribles dans la tête. Berthe avait voulu se lever pour ajouter une bûche dans la cheminée. Elle était tombée et des braises avaient volé hors de l'âtre, enflammant le plancher. Non, les Inquisiteurs avait eu vent de la grossesse et était venu se renseigner. Devant la défense véhémente de Berthe, ils avaient mis le feu à la maison. Non, elle avait simplement voulu préparer le souper, pour lui épargner la tâche lorsqu'il reviendrait... A mesure qu'il se rapprochait, les scénarios les plus invraisemblables lui traversaient l'esprit. Et c'est avec des yeux révulsés, rougis par la cendre, un rictus indescriptible lui barrant le visage qu'il déboucha face à un immense brasier consumant son foyer. Il hurla de toutes ses forces, ne voyant pas les silhouettes de ses amis, des villageois de la vallée, qui faisaient une chaîne, se passant des seaux d'eau pour tenter d'endiguer l'incendie.
Le voyant arriver tel un dégénéré, Joe lui sauta sur le dos, le plaquant au sol pour l'empêcher de se ruer dans la maison en flamme. Il tentait vainement de le raisonner mais Barney ne l'écoutait pas, il ruait comme un cheval sauvage, donnait des coups dans tous les sens pour se libérer. Will et Jack vinrent à leur tour apporter leur aide à Joe.
Alors, ne pouvant plus bouger, les bruits environnants parvinrent aux oreilles de Barney et ce qu'il entendit lui scia les jambes. Des hurlements suraigus lui vrillaient les tympans, entre les craquements de la charpente et les cris des sauveteurs improvisés s'encourageant les uns les autres.
Les hurlements de douleur de sa femme.
Et le pire, c'était qu'il ne voulait pas qu'elle s'arrête. Car ces cris signifiaient qu'elle était encore en vie.
Lorsque les hurlements s'éteignirent dans un gargouillement, l'horreur s'accentua encore.
Très faiblement, mais assez distincts malgré les crépitements du bois en flamme, s'élevaient les pleurs d'un nouveau né.

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MessagePosté le: Lun 06 Sep 2010, 12:02 pm    Sujet du message: Répondre en citant

J'en ai des frissons. C'est parfaitement écrit. J'étais immergée avec les personnages. J'ai ressentis tout ce qu'ils ont ressentis. La fin m'a cloué, je m'y attendais, je m'y attendais depuis les premières lignes.

Jergal, tu as une belle plume.

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MessagePosté le: Ven 17 Sep 2010, 10:13 pm    Sujet du message: Répondre en citant

"Plume" est un nom de code ? Razz
MF' est dans les coins? : )


Merci. J'essaie de faire au mieux. Je vais de ce pas lire ce que toi, tu as fait. Wink

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MessagePosté le: Sam 18 Sep 2010, 12:17 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Tss :P

Merci. :) Et dépêche toi de mettre d'autres textes !

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MessagePosté le: Dim 14 Nov 2010, 2:31 am    Sujet du message: Répondre en citant

Plop, voici quelque chose que je suis en train de reprendre. Je l'ai commencé il y a quoi, deux-trois ans... Toujours en réponse à un appel à texte avec pour thème la chaleur :p
Il n'est pas fini.

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Cannicule


Elle courait. De toute la longueur de ses jambes. Elle courait pour sauver sa vie, pour sauver son âme. Elle courait pour un avenir. Elle espérait. Juste ce qu’il fallait pour ne pas sombrer. Les branches basses lui giflaient le visage mais elle ne sentait rien. Le sol couvert d’épines meurtrissait ses pieds nus mais la douleur était absente. Telle la dame blanche des légendes, elle semblait glisser dans les airs, immatérielles, ses cheveux presque blancs flottant derrière elle, une simple robe blanche pour tout vêtement, tachée de sang. Du sang rouge, à l’odeur lourde de fer, collant, gluant. Elle semblait vouloir courir sans fin, comme si tous les démons de l’Apocalypse étaient à ses trousses. Et c’était peut-être bien le cas. Son visage était un masque de terreur. Une terreur muette. Les lèvres ouvertes dans un hurlement silencieux, les yeux révulsés inondés de larmes, elle courait de toutes ses forces, son souffle formant un petit nuage de brume.

*
**
Bonjour Inspecteur ! Comment allez-vous ?
Solace leva les yeux vers le jeune homme qui lui faisait face. Sans doute un officier tout juste promu, il abordait encore cette innocence, cette pureté qu’affichent les jeunes. Quelques affaires à suivre et il perdrait toute trace de ces émotions. C’était le lot de tous les policiers.
- Bonjour à vous Officier.
Il se pencha pour passer sous la bande jaune tandis que le jeune homme la soulevait, puis il ajouta.
- Je vais aussi bien qu’un homme qu’on a réveillé à six heures du matin pour une sale histoire peut aller. Votre nom, officier ?
- Cole, monsieur, lança-t-il en esquissant un sourire, quelques mèches de ses cheveux blonds pointant de sous sa casquette.
- Eh bien Cole, emmenez-moi voir l’inspecteur qui était là le premier, et faites moi un topo rapide de la situation.
L’aube n’était levée que depuis quelques minutes à peine, mais l’air se chargeait déjà d’une chaleur humide et le thermomètre affichait déjà soixante-dix sept degré Fahrenheit. La journée promettait d’être chaude, très chaude. Et si ce n’était qu’un cas isolé, ça irait... Mais non, tout l’été avait été un enfer, un brasier alimenté par le seul radiateur impossible à débrancher, le soleil. Des incendies étaient signalés un peu partout dans le comté, d’origines naturelle, accidentelle ou criminelle, ils n’en restaient pas moins difficiles à maîtriser et la plupart du temps, les pompiers se contentaient de contenir le feu, le laissant brûler jusqu’à épuisement du combustible.

C’était comme ça qu’on avait retrouvé un corps, affreusement carbonisé, affreusement mutilé, affreusement muet. Muet dans le sens où les indices sur les circonstances ou le meurtrier avaient tous été emporté par les flammes, de même que tout ce qui aurait pu déterminer l’identité de la victime. Les pompiers, en éteignant les derniers foyers avaient découvert le corps, recroquevillé en position fœtale, dans les restes d’une petite cabane de bois et avaient tout de suite appelé la police.

Devant la difficulté vers laquelle l’affaire se présentait, le procureur avait préféré demander l’aide de celui qu’on surnommait « Le Duc », considéré par ses pairs comme une pointure, un fin limier, qui ne lâchait jamais, l’inspecteur Solace. Bien sûr, il y avait eu des affaires qu’il n’avait pu résoudre, un policier avec 100% de réussite n’existe pas, à part dans les livres ou au cinéma. Mais ces affaires-là, il en revoyait quelques unes toutes les fins de semaine, cherchant des éléments nouveaux par rapport aux derniers événements. Et le Duc s’était réveillé, une nuit d’été, avec la sonnerie de son téléphone. La chaleur accablante, recouvrait son corps d’une couche de sueur luisante, malgré le ventilateur au plafond, il avait mis du temps à émerger, plus encore pour s’endormir. La torpeur qui le tenait, cette sorte de demi-sommeil qui fatiguait plus qu’elle ne reposait l’empêchait de penser correctement, lui faisant croire que la sonnerie provenait d’un rêve dont il n’arrivait pas à se sortir. Ce fut sa femme qui décrocha, ce fut elle encore qui le réveilla complètement par un moyen simple mais efficace : l’eau fraîche, lancée en plein visage.
David Solace avait pris le combiné, était resté quelques secondes à discuter, à écouter surtout puis s’était levé. Athlétique, robuste, il s’était étiré puis avait entrepris de se préparer.

Pour l’instant, il grimpait une légère colline, au sommet de laquelle se trouvait un attroupement d’hommes en tout genres, qui en blouse blanche, qui en tenue de pompier, qui en costume-cravate-chemise blanche à auréoles malgré la chaleur.
Solace s’arrêta quelques secondes à mi-pente pour détailler les personnes présentes.
- On dirait que le feu n’a pas détruit assez d’indices, marmonna-t-il.
Cole se retourna, et lui répondit sachant que l’inspecteur ne lui avait pas adressé la parole en particulier.
- J’en ai parlé à mon officier supérieur, monsieur. Il partage votre avis mais l’inspecteur en charge de l’affaire fait comme bon lui semble, ajouta-t-il avec un air dégouté.
Solace leva un sourcil. On ne balançait pas souvent sur des confrères, en général. Cole continua :
- Dwight est arrivé il y a quelques mois, muté pour une obscure raison. Il n’a que du mépris pour des « paysans » -c’est ses propres mots – comme nous. Il pense pouvoir régler l’affaire seul, sans aide, et si le procureur Vanquish n’avait pas été là pour vous appeler, ce n’est pas lui qui l’aurait fait, croyez-moi.

L’inspecteur se demanda vaguement pourquoi une telle personne avait été chargée de l’affaire, mais ils arrivaient au bout du chemin, et il devait déterminer le meilleur moyen de s’immiscer dans l’enquête sans avoir l’air de s’imposer.

Dwight était une personne corpulente, en costume, de taille moyenne, avec de larges épaules et un ventre encore plus impressionnant qui retombait par-dessus son pantalon. La chemise blanche, trempée de sueur, était tendue à l’extrême et soutenait autant qu’elle tentait de cacher l’énorme abdomen du type. Sa calvitie, déjà bien avancée qu’une perruque tentait de faire disparaître sans succès permettait de voir un crane rouge d’un coup de soleil. La transpiration qui coulait à grosse gouttes sur son visage rougeaud, ses yeux porcins, ses bajoues tombantes et l’odeur d’un homme qui ne prend pas une douche tous les jours ajoutait au tableau une envie de prendre ce pauvre homme en pitié, si ce n’est que quelque chose de profondément antipathique se dégageait de tout son être.

Les présentations faites, Solace fut mis au parfum de ce qui avait précisément été découvert, Dwight l’informant comme avec réticence.
- Les pompiers ont retrouvé le corps à cet endroit précis. Et on aurait aisément pu croire que la victime avait été prise au piège par les flammes, si ce n’est un détail troublant... Le corps avait complètement été démembré. La tête, les bras étaient sectionnés et reposaient à plusieurs centimètres de là où ils auraient dû être. On lui a également arraché toutes les dents.
- Un détail me trouble, inspecteur, le coupa le nouveau venu. Où est le corps ?
- Le légiste l’a emmené pour l’autopsie, répondit Dwight.
- Vous voulez dire que vous avez touché à la scène de crime sans que je puisse y jeter un œil ? Il jeta un regard alentour. Sans que l’équipe d’investigation aie fini son boulot ? Et en permettant à tout un tas de personne de piétiner la scène du crime ?
- Eh bien, j’ai personnellement mené l’enquête et...
- Que vous ayiez ou non pris part aux investigations, je m’en contrefous totalement. J’ai été chargé de l’enquête au même titre que vous, on doit collaborer. Je ne sais pas si vous êtes conscient de la situation.
- Je suis conscient que vous empiétez sur mes plates-bandes, Solace.
Le visage de l’inspecteur virait maintenant au violet et il frisait l’attaque, tout en hurlant.
- Je mène l’enquête comme il me plaît, et s’il me plaît d’enlever le corps, j’enlève le corps. Et s’il me plaît d’organiser une "rave" sur les lieux du crime, je la ferai. Ce n’est pas un petit planqué qui va me dire comment travailler.

Solace n’en revenait pas. Il avait hérité du pire inspecteur qu’il n’ait jamais vu. Tous les visages s’étaient tournés vers eux à présent. Tant pis pour les pincettes pensa-t-il. Ce type est allé trop loin, aussi reprit-il son sang froid, sourit et commença d’une voix mielleuse.
- Je vois que le procureur Vanquish ne vous a pas totalement expliqué comment les choses seraient. J’ai ordre de collaborer avec vous, dans la mesure du possible. C'est-à-dire que ce n’est pas VOTRE enquête, Dwight, c’est la mienne. Je la mènerai avec ou sans vous. Il vaut mieux que vous compreniez ça au plus vite. Il se tourna et annonça d’une voix forte :
- Cole !
Le susnommé arriva au pas de course.
- Je vous prends pour me seconder.
Il fit à nouveau face à l’inspecteur obèse et ajouta :
-Cole m’assistera dans toutes tâches que je jugerai bon de lui confier. Bien sûr, vous pouvez rester et continuer à m’aider vous aussi, mais je ne vous retiendrai pas si vous avez quelque chose à faire.
Dwight, qui avait perdu la parole depuis plusieurs minutes déjà, essaya de reprendre contenance, en essayant de faire rentrer une partie de son énorme abdomen dans son pantalon.
- Vous êtes trop bon. Mais je vais vous laisser dans la merde, sourit-il de toutes ses dents jaunes.
- C’est entendu, mais j’attends votre rapport concernant les premiers indices relevés.
Ces dernières paroles s’adressèrent au dos de l’inspecteur qui commençait déjà la descente de la colline.
- Cole, ajouta Solace, virez moi tout le monde de là, que l’équipe d’investigation fasse son boulot sans être dérangée. Faut essayer de rattraper ce qu’on peut.

Plusieures heures plus tard, les deux hommes étaient attablés chacun devant son assiette. Solace parcourant le rapport de l’équipe d’investigation tout en picorant avec sa fourchette et portant les aliments à sa bouche.
- Le problème, c’est que pratiquement toute la scène a été contaminée. On ne sait pas ce qui était présent avant l’arrivée de la cavalerie. Il faudra sans doute faire sans ce qui a été relevé par l’équipe après l’arrivée de tout ce beau monde, ce serait irrecevable devant les tribunaux, ce qui ne nous laisse pas grand’ chose à se mettre sous la dent grommela l’inspecteur.
- Et donc faut se contenter du corps et des quelques centimètres carré autour. Il n’a pas été touché par les pompiers, et l’équipe d’investigation a pu à peu près faire son boulot.
Cole n’en revenait pas d’avoir été choisi par une pointure comme le Duc. Il vivait une expérience unique et essayait de se rendre utile le plus possible.
- Exact. Faudra que vous vous leviez tôt demain matin pour récupérer le rapport du légiste. Je le veux à la première heure.
- A propos, commença Cole, vous avez un endroit où dormir ?
- J’ai pris une chambre à l’hôtel de L’Oie Bleue. La 18. Vous m’y trouverez.
- Pas de problème. Je vais donc vous laisser, je vais me coucher tôt. Il se leva et commençait à se diriger vers la sortie lorsqu’il se retourna :
- Au fait, rien ne nous empêche d’utiliser les indices relevés après que tout le monde soit parti. Ils peuvent nous aider, en interne.
Solace leva les yeux de ce qu’il était en train de lire.
- Astucieux, mais ça fait longtemps que j’utilise ce moyen, dit-il avec un sourire. Néanmoins, vous êtes sur le bon chemin pour devenir un bon flic. Il y a ce qu’on enseigne à l’école de police et la réalité. Continuez à réfléchir.
Cole, s’en alla, il était sur un petit nuage.

On ne nait pas tueur, on ne nait pas maléfique. On le devient. Solace en était intimement persuadé. Pourtant, chaque jour apportait son lot de malheurs dans le but de le détromper. Le pire, c'était quand on touchait à des enfants. Et ce qui était vraiment terrible, c'était quand un enfant en assassinait un autre. Comment un être si innocent, si pur, pouvait être capable d'un acte à ce point barbare, le Duc ne l'avait pas encore compris. Et il n'y tenait pas forcément. Pour lui, un enfant était incapable de faire la différence entre le bien et le mal. Mais qu'est-ce qui poussait certains à rester sage et d'autres à commettre un crime, il ne le savait pas.
Toujours est-il que les adultes, eux, n'avaient aucune excuse. Et Solace était là pour le leur rappeler.

6h30, réveil-matin. Une fabuleuse nuit à trente-cinq degrés Celsius dans une chambre non climatisée. Solace se leva, s'approcha des fenêtres grandes ouvertes pour observer le lever du soleil au dessus des building de la ville encore endormie.
On frappa à la porte. Un vieil homme portant fièrement ses quatre-vingt dix, quatre-vingt quinze années attendait derrière la porte, poussant une desserte couverte d'un voile blanc. L'inspecteur le fit entrer. Il avait bien spécifié que le petit-déjeuner devrait arriver à cette heure-ci et il aimait la ponctualité. Il invita son aîné à manger avec lui et en profita pour parler de la pluie et du beau temps. Trente-cinq degrés, et le soleil se levait. De mémoire d'anciens, on n'avait pas vu ça depuis les années trente.
- Quand j'étais gosse, mon gars, ça d'vait être juste après la crise de vingt-neuf, me souviens qu'ma mère, Dieu ait son âme, nous f'sait cuire les oeufs sur une pierre plate posée au soleil, gloussa l'aieul entre un morceau de brioche et un verre de jus de fruit.
- Les gens, ils dev'naient tous fous. Certains auraient tué pour avoir une goutte d'eau. Me souvient même d'une histoire : une gamine était tombée dans un puit. Sauf qu'y avait plus d'eau dans l'puit, il était sec comme le con de ma femme. 'fin bref, pas mouillé, quoi. On avait retrouvé la petite deux jours plus tard, y'avait d'jà les asticots qui f'saient ripaille. C'est l'odeur qui avait alerté les gens. Ils l'ont remonté morceau par morceau. La pauv' petite... Enfin, j'dis petite, mais à l'époque, j'étais plus minot qu'elle. Elle avait dix-sept, dix-huit ans, pas plus.
A ces mots, le Duc leva les yeux et posa son regard sur le vieil homme.
- Dites m'en un peu plus sur cette affaire, vous voulez bien?

Lorsque Cole arriva, il était 7h30.
Il trouva le Duc, noircissant les pages de son carnet de note, toujours en compagnie de l'aïeul, qu'il embrassa sur la joue. Devant les yeux interloqués de Solace, il expliqua :
- Il s'agit de mon arrière grand-père : Papy Ulysse. Vous vous trouvez dans l'auberge familiale. Mon oncle a repris l'affaire il y a de ça une quarantaine d'année, vous l'avez rencontré à la réception. C'est une petite ville, vous savez...
Il esquissa un sourire puis posa un dossier en papier cartonné devant son patron par interim, écartant les tasses de café pour éviter tout accident.
- Voici le rapport du légiste.

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Dernière édition par Jergal le Dim 14 Nov 2010, 2:40 am; édité 1 fois
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MessagePosté le: Dim 14 Nov 2010, 2:33 am    Sujet du message: Répondre en citant

A quand la sortie du livre ? :p

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MessagePosté le: Dim 14 Nov 2010, 2:38 am    Sujet du message: Répondre en citant

T'as déjà lu?

Tu fais pas les choses à moitié... :p


Vu qu'il me faut deux ans pour sortir un texte de quatre pages, j'pense que le livre sortira dans environ 50 ans...

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MessagePosté le: Sam 20 Nov 2010, 2:53 am    Sujet du message: Répondre en citant

Alors j'ai lu "l'idée".
Comme j'ai une culture littéraire pathétique, je ne peux dire si c'était du style de Boris Vian. Je sais qu'il a écrit son plus célèbre texte "l'écume des jours" mais j'avoue ne pas l'avoir lu...

Concernant ton texte, tu écris bien.

Au début, on a l'impression de savoir ce qu'il se passe sans trop savoir en même temps, on se demande à quoi on va assister.
Mais tout au long du texte, j'ai ressenti un peu le même message, à savoir cette révolte contre la norme établie, norme étant comme une dictature qui interdisait la liberté de penser autrement, et certaines images le montrent assez bien dans le texte, de mon point de vue.

Après, j'admets qu'à 2h50 du mat, je suis un peu claqué, et je n'ai peut-être pas compris tous les symboles et métaphores dans le texte (que symbolise le médecin Jules Vernes, par exemple? j'ai une petite idée, mais si ça se trouve, j'avais tout faux =S ).

Après, comme point négatif, peut-être que la relation avec la femme se fait trop rapidement à mon sens, mais c'est vrai aussi que je n'accroche pas beaucoup aux histoires d'amour soudaines, sans background derrière, qui me laissent un peu un goût de "trop rapide", mais bon ça c'est personnel aussi.....

Mais dans l'ensemble, j'ai bien aimé ^^
Je lirai les autres textes un peu plus tard car je suis claqué.

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Juger c'est interpréter, mais interpréter n'est pas comprendre. Aussi vaudrait-il mieux commencer par ne pas juger si l'on veut commencer à comprendre...
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MessagePosté le: Dim 21 Nov 2010, 4:30 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Pour Jules Verne, c'est juste que le personnage réel était un des plus imaginatif de son époque. Claude Vorilhon, c'est le type qui a fondé une secte et est devenu le gourou Raël. Il est persuadé que les Extra-Terrestres nous ont conçu. Charles Manson, c'est le tueur en série. Quoi de mieux pour une opération qu'un tueur en série... (Y voir pas mal d'ironie...)

Pour l'histoire d'amour, elle n'apparaît pas dans cette histoire. Le héros connait déjà Camille et ils partagent déjà le même lit depuis un petit moment.

Une petite question : avez-vous remarqué qu'à aucun moment on n'obtient le nom du héros? ça plus l'écriture à la première personne du singulier, c'était censé permettre une meilleure identification du lecteur. Est-ce que ça a marché?

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MessagePosté le: Mer 30 Mar 2011, 11:35 pm    Sujet du message: Répondre en citant

En attendant la suite...
Voici un nouveau texte.





_ Disons que je pourrais passer du temps avec toi. Pas mal de temps. Je ne sais pas, je me sens bien avec toi. Et si tu le veux bien, on peut faire quelque chose. On peut essayer de construire un truc. Enfin bref, essaie d’y réfléchir. Juste un peu.

_ Tu sais que ça ressemble fortement à une déclaration d’amour ça…

_ L’amour ? L’amour, c’est pour les pédés. Moi je te parle d’un truc qui dure en moyenne jusqu’à 76 ans pour les hommes et 81 ans pour les femmes. Ce n’est pas d’un coup dans une ruelle mal éclairée dont je te parle. Mais pour la vie. Avec ses hauts et ses bas. Ça ne sera surement pas facile tous les jours… C’est pour ça que je te demande d’y réfléchir.

_ Bah alors… Tu parles du mariage ?

_ Le mariage ? Le mariage, c’est pour les vieux. Le mariage, c’est dépassé. Ça prouve quoi ? Notre amour aux yeux des gens ? Qu’est-ce qu’ils ont à voir avec notre amour, franchement… Et de toute façon, il n’y a aucun besoin de prouver quoi que ce soit.
Notre amour aux yeux de Dieu ? Dieu, s’il existe, doit avoir d’autres chats à fouetter que savoir si on a une bague au doigt ou non. A commencer par ses problèmes de couple. Je ne vois que ça pour excuser son absence dans tout ce qui se passe dans le monde. Il n’y a qu’une femme pour accaparer un homme à ce point. Une femme ou des gosses. Ça doit prendre du temps d’élever des gniards. Mais avoir quelque chose de gratifiant, de jouissif… Je pense.

_ Haha ! Tu veux qu’on ait des enfants !

_ Des enfants ? Tu as de drôles d’idées, toi aujourd’hui… J’n’ai pas envie de me lever trois fois par nuit pour en changer un, reborder un autre et changer les draps du troisième. Et surtout, je n’ai vraiment, mais alors vraiment pas envie de régler nos ébats sexuels en fonction d’eux : les derniers mois de grossesse, juste après l’accouchement, s’ils peuvent nous entendre, tout ça, quoi. Et putain, imagine, on a une fille… Tous les problèmes en plus que ça amène. Avec les petits-amis, les crises de nerf, les pleurs… Je serais capable de meurtre envers les petits amis. Faudrait que ce soit un bon, un très bon.
Dieu a dû avoir des jumelles.

_ C’que t’es macho ! Abusé. Mais tu nous vois grands-parents…

_ Grands-parents… Mouais… ça peut être cool, grand-père. On n’a plus les gosses à la maison, la retraite, les beaux-jours. Mais y’a quand même un truc qui me chiffonne. La retraite, tout ça, c’est beau, mais il ne nous resterait plus beaucoup de temps, ensemble. Et ça, ça me fait chier. Moult. L’un de nous partira avant, c’est inévitable. La mort, on la vit seul. Mais bon, je pense qu’une seule seconde avec toi me permettrait de survivre à une dizaine d’années théoriques de solitude. Et puis tu pourrais te faire baiser : si je crève avant, c’est toi qui l’auras dans le cul… Haha !

_ T’es vraiment un connard !

_ En effet, j’ai quelques défauts de ce genre. Bon, j’ai trouvé ce que j’allais te demander…
Chérie, est-ce que tu veux devenir Grand-Mère avec moi ?
Je veux dire, je ne veux pas être une grand-mère, plutôt un grand-père. Mais on va d’abord commencer par vivre ensemble. Et peut-être que le mariage et les gosses arriveront plus vite que prévu…

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MessagePosté le: Ven 01 Avr 2011, 2:36 pm    Sujet du message: Répondre en citant

J'ai bien aimé ton texte,très sympathique.

Par contre ça; c'est pas gentil XD:

Citation:
Et puis tu pourrais te faire baiser : si je crève avant, c’est toi qui l’auras dans le cul… Haha !

_ T’es vraiment un connard !

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Daichi a écrit:
Iruka, sottises, Sarah, est douce comme le bruit de l'eau, d'une vallée éloignée dans des contrées perdues.

Turtle a écrit:
Mais moi je dirais que tu es une femme, une belle femme. Pleine de qualités et qui mérite plus de respect et d'attention de notre part ! ô Sarah !


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Jergal
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MessagePosté le: Lun 20 Juin 2011, 2:01 am    Sujet du message: Répondre en citant

« Si tu la vois, dis-lui.

Dis-lui qu’un jour, je l’ai aimée. Je l’ai adorée, presque vénérée. Que je rêvais d’elle chaque nuit, que je pensais à elle chaque seconde.

Mais dis-lui aussi que tout ça, c’est fini. Qu’elle parte, loin.

Qu’elle s’en aille de mes pensées.

Qu’elle se cache de mon regard.

Et que je ne veux plus entendre sa voix enjôleuse, angélique, à jamais.
Je m’en vais. Loin d’ici. Loin d’elle. Je devais m’engager, je voulais du sérieux. Et je l’ai trouvée.

Une grande. Muette. Une Grande Muette.

Dis-lui tout ça. Qu’elle pleure. Qu’elle regrette. Qu’elle souffre. Au moins autant que moi. Et qu’elle m’oublie, qu’elle refasse sa vie avec quelqu’un qui comblera ses attentes.
Je m’en vais et je ne reviendrais pas. Je ferai tout pour.

Adieu. »



« On m’a transmis ta lettre. Il ne pouvait pas me dire les choses en face, alors il a laissé le vélin parler à sa place.

La Grande Muette ? Une amante bien trop exigeante pour tes pauvres petites épaules. Elle te croquera, te mâchera une fois, deux fois, puis te recrachera dans un amas sanguinolent de chairs déchirées, lacérées et corrompues et cela avant même que tu n’aies pu t’en rendre compte.

Avant même que tu n’aies pu repenser à la femme éplorée que tu as laissé loin de toi.

Va ! Pars !

La vie continue, que la chance soit avec toi, quand mon cœur n’a connu que toi.

Va ! Rejoins-la ! Je ne pouvais décemment rivaliser. Pas avec ce que tu nommes honneur et qui ne te vaudra que malheur.

Mais quand tu reviendras – et tu le feras – ne t’attends pas à me retrouver. Pas après cet été.

Je t’aurais oublié. »

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Uchiha-sasuke-da
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MessagePosté le: Lun 20 Juin 2011, 10:47 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Euh... pourquoi si court?

Perso je ne sais pas trop où je suis... qui est qui?
Bon un chagrin d'amour? Mais encore...

Je n'accroche pas trop, on dirait des dialogues théâtrals? est-ce?

J'aime la description de la Grande Muette dans les deuxièmes "", la façon dont c'est écrit.

Bref je suis un peu resté sur ma fin, ça va vite, c'est court mais c'est intéressant.
J'ai apprécié beaucoup plus tes autres textes.


edit:

lettre de suicide?
la réponse fait très prétentieuse... du genre "ah ouais ok? bah tu vas voir"

En fait c'est vraiment la longueur qui perturbe tout, je pense que tu devrais developper beaucoup plus!

edit2:

J'ai pas du tout vu ce que tu voulais!
Franchement c'est trop trop subtil, tes termes s'associent à pleins d'autres trucs!
Je penses que tu pourrais retravailler ça, mais encore que la longueur donnerait
plus... Si tu te replaces dans le "contexte" les lettres étaient LONGUES... et meme pour une séparation forcée ... ça fait pas!
Ils s'aiment? ... bah là on dirait pas...

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Jergal
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MessagePosté le: Lun 20 Juin 2011, 11:38 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Oui, mais la longueur des lettres de l'époque, c'était parce que les deux amants souhaitaient continuer leur relation. Ils y énonçaient leur amour, leur passé et leurs possibles futurs.

Là, il y a volonté de cassure. Que l'homme parte à la guerre sans penser à sa compagne à chaque seconde, que la femme puisse vivre sa vie sans qu'il n'y ait d'attente anxieuse. A la base, c'est une question d'honneur. Mais la femme n'en avait cure. Elle était contre son départ.

Et pour la Grande Muette, c'est une expression populaire, certes un peu désuète, mais je pensais que tout le monde connaissait.
Je ne sais pas trop pourquoi on appelle l'armée comme ça. Certains disent que c'est parce que les soldats n'ont pas le droit de vote. Ils sont muets de ce point de vue.
D'autres parce que l'armée ne raconte rien de ses opérations.
D'autres encore disent que ça vient de la discipline : les soldats sont priés de fermer leur gueule dans les rangs.
J'ai voulu jouer un peu sur cette expression.

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Sarah-sama
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MessagePosté le: Lun 20 Juin 2011, 11:56 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Du coup,j'ai lu le texte deux fois avant que tu ne donnes l'explication de la Grande Muette,je pensais à un endroit très lointain mais loin d'imaginer que cela correspond à l'armée.

Sinon,j'aime la manière dont ils "se quittent",triste,avec peut-être des regrets.

En même temps,enfin c'est ce que j'ai ressenti,l'homme fait un choix assez douloureux malgré l'amour qu'il porte à sa femme,il choisis de la quitter pour accomplir "sa vocation". Egoiste!Mais en même temps,un sacrifice qui l'honore ( pour un homme de l'armée.)

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Uchiha-sasuke-da
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MessagePosté le: Lun 27 Juin 2011, 7:21 pm    Sujet du message: Répondre en citant

en relisant... vachement lâche le mec, il la quitte par l'intermédiaire de quelqu'un d'autre! Wouha.
Je suis déçue par ces lettrounettes.

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Aiko
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MessagePosté le: Mer 27 Juil 2011, 7:36 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Alors, le dialogue était juste jouissif. J'adore quand c'est brutal et poignant comme ça. De même pour les lettres. Je n'ai qu'un mot à la bouche : " Wahou "

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Merci. : )
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Jergal
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MessagePosté le: Lun 05 Sep 2011, 10:08 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Merci Aiko. Un peu tard et j'espère que tu accepteras mes excuses pour ça.
Usd, désolé que mon texte ne t'ait pas plus. Confused Mais merci pour ton avis Razz
Merci aussi à toi Sarah. T'as compris que l'homme sacrifiait son amour pour la femme, mais l'inverse est également vrai. Les deux se quittent brutalement dans le simple but de rendre les choses plus faciles pour l'autre.

Bon, ce soir, j'ai écrit un truc à la volée. Sans vraiment réfléchir, juste en allant là où les personnages voulaient aller. Je n'étais pas maître de mon récit, j'en étais seulement le témoin. Et voilà ce que ça donne. Etant donné que je n'y ai rien touché, il se peut qu'il y ait des coquilles. N'en prenez pas ombrage. Razz

En gros, c'est un texte brut, non travaillé.



***

En proie à un conflit interne, le jeune homme, d’un aspect tout à fait banal si ce n’était une taille impressionnante, marmonnait.
- L’honneur de la fille est en jeu, si ce n’est sa vie.
- Mais quel honneur ? Je sais ce que je vaux. Et ce serait justement me déshonorer que de m’abaisser à cela. Je suis ici en mission, me dévoiler serait prendre un risque énorme. Je dois oublier ce que je viens de voir, et aller retrouver Meniclas à la Taverne du Canard au Bec Percé, comme je devais le faire il y a déjà une demi-cloche.

L’histoire était simple : il venait d’apercevoir un élève de l’école d’escrime, Gregan, une montagne humaine, en compagnie de ses comparses chahuter une jeune fille et la tirer de force dans une ruelle sombre.

Un cri résonna, un cri qui acheva de le convaincre, un cri d’impuissance, de peur et de douleur. De rage, surtout.
Elle vendait chèrement sa peau, n’abandonnait pas.

Il s’élança dans la ruelle. Son arrivée surprit les quatre individus, y compris Grégan qui baissait ses chausses. Il les percuta de plein fouet, l'épaule en avant, envoyant le géant et un de ses complices mordre la boue infecte du sol.
Les deux derniers finirent au même endroit en un peu plus de temps qu’il fallait pour dire.
Alors que Grégan se débattait pour remonter ses vêtements, Elias attrapa la jeune fille par le bras et la força à courir pour s’éloigner des lieux.

Ils coururent longtemps et sans qu’il ne s’en aperçoive, Elias les avait dirigés vers la taverne où il devait retrouver Meniclas. L’enseigne au canard, dont le bec était réellement percé, se balançait contre le mur du bâtiment et un brouhaha joyeux s’en échappait.
Il n’aurait pas pu espérer pire destination. Si Gregan l’avait reconnu, et il semblait bien que c’était le cas à son regard, il viendrait directement ici.
Ici où les trois quarts de l’école d’escrime s’était réunie pour fêter le solstice d’hiver.

Ils s’engouffrèrent à l’intérieur. Et furent aspiré par la foule dansante.
Finalement, à force de jouer des coudes, ils atteignirent le mur faisant face à l’entrée, contre lequel se trouvait la table à laquelle Méniclas attendait, une chope de bière à la main. Un large sourire, qui semblait naturel sur son visage, apparut lorsqu'il posa les yeux sur son ami.
Et disparut le temps qu’Elias lui explique ce qu’il venait de vivre.

Ce dernier serrait toujours le poignet de la victime dans sa main gauche et ne s’en rendit compte qu’à la fin de l’histoire. Il en fut quelque peu gêné, mais elle ne s'en offusqua apparemment pas. Tout le long, la jeune fille n’avait pas ouvert la bouche.

Ce qu’elle fit lorsque la porte d’entrée s’ouvrit à la volée devant Gregan et ses sbires.

Le cri rauque qu’elle laissa échapper alerta Elias, qui comprit de suite qu’on les avait rattrapés. L’assemblée s’était tue. Le géant s’avança et la foule s’ouvrit devant lui.

Alors Elias, ne voyant plus d’autre possibilité, cria à la montagne humaine qui arrivait :
- Duel !

Le géant stoppa net.
Les murmures gonflèrent, se muèrent en cris autour d’eux.
Se sachant acculé, dans une enceinte pleine d’escrimeurs de diverses qualité, Gregan ne pouvait qu’accepter.

Ils sortirent tout deux de l’établissement. Dehors, des spectateurs attendaient déjà, certains prenant des paris sur le vainqueur, d’autres les suivaient.
D’un côté, un homme massif, immense, armé d’un énorme espadon de plus de dix-huit livres. Son adversaire, presque de la même taille, portait à la hanche une schiavone dont la garde était simple, et ne comportait pas autant de motifs que ce que ce type d’armes était habituellement pourvu.

Meniclas, un homme au teint olive qui passait pour ce qu’il y avait de plus proche d’un ami pour Elias, le frappa sur l’épaule…
- Fait attention à toi, Elias. Grégan est connu et reconnu pour sa force, même au sein des Mestres.

L’intéressé sourit, puis lui chuchota.
- Après ce qu’il a fait à cette jeune fille, il doit recevoir une petite leçon. Ne t’inquiète pas, je ne l’abîmerai pas trop. De plus, ma langue est aussi acérée que cette épée que tu vois à ma ceinture…

L’humeur belliqueuse de son vis-à-vis en cette triste heure du crépuscule n’avait d’équivalent que sa propre allégresse à l’idée d’avoir quelques exercices physiques qui lui permettraient de dormir du sommeil du juste. Sans oublier que corriger un monstre pareil l’enchantait.

Il se retourna vers son adversaire. Gregan rigolait à gorge déployée, fanfaronnant sur l’Histoire, jonchée de chevaliers servants ayant perdu la vie pour la défense de l’honneur d’une demoiselle. Le laissant terminer, Elias fit une courbette et récita d’une voix forte :
- Tu n’es point coupable de ta propre bêtise. Tu es né comme ça. La tête à l’envers et le croupion en l’air. Avance donc ta couenne, que je taille cette crinière qui te sert de chevelure, et que je te ratiboise de cet inutile chef qui t’encombre tellement !
Tu transpires alors que nous n’avons pas commencé à danser. Tu souffles tel le taureau dans l’arène. Ou serais-tu un bœuf ? Avoue ! Ton objet plait aux filles, mais plaît-il aux femmes ? Ah ! Je vois que tu trembles ! Ton bras en a l’habitude, non ? Ta main serait bien plus à l’aise sur ton manche que sur le manche de ton épée. Et alors ? Qui suis-je pour juger ? Chacun est libre de s’entraîner.

A ces mots, l’assistance s’esclaffa tandis que Gregan hurlait. Il brandit son énorme épée dont le fil était bien trop grossier pour espérer couper. Néanmoins, l’individu avait la force de deux hommes, et un coup bien placé de son arme suffirait à arracher la tête d'un cheval, alors un homme... Ce serait sale, les chairs déchirées, et mal séparées, mais la finalité resterait la même.
Pourtant, notre héros ne se départit point de son sourire espiègle, et lentement, dégaina à son tour son acier.

- Mais quel toupet ! L’on devait danser, mais l’animal est enragé ! Là ! Un pas de côté, j’évite ta lame, tend le pied et te voilà affalé ! Allons, ne voulais-tu pas m’étriper ?

L’homme au cou de taureau se releva en fulminant et se jeta sur le jeune insolent.

- Hop ! Je pare à gauche, me glisse à tes côté, et nous voilà enlacés.
Oh ! Mais il semblerait que je te plaise ! Mais où est donc passée ta virilité ? Celle-là même dont tu te vantais tantôt ! Quelques pas de danse en ma compagnie et tu renies tes précédentes envies…

Il évita un coup de taille qui aurait coupé une vache en deux, et commença à tourner autour de Gregan.
Dans l’alignement du colosse, dans le public, se trouvait Méniclas, et à côté de lui, la jeune femme, celle-là même qu’Elias avait arraché des griffes de son adversaire. Il croisa son regard. Des yeux de glace, ne trahissant pas la moindre émotion, si ce n’est un léger rictus de rage, à peine visible au niveau du coin des yeux et de la bouche. Elle ne perdait rien des échanges.

- La pauvre jeune fille éplorée que tu brutalisais, semble apprécier. Offre lui donc un vrai spectacle. Et non pas cette farce qui semble t’amuser !

Encore, Gregan attaqua. Une fois, deux fois, trois fois. Pour se retrouver à terre. Il transpirait maintenant à grosse goutte.

Dans une ultime tentative, il leva son épée dans l’intention de l’abattre de haut en bas sur Elias. Celui-ci détourna la lame qui se fracassa sur les pavés et dans le même mouvement assena un coup de sa garde dans le nez de son adversaire.
L’homme hurla, mais l'autre n’en resta pas là. Il se glissa dans le dos de Gregan et abattit une nouvelle fois la garde dans le creux des reins ainsi que sur la base du crâne.

La montagne humaine s’effondra au sol, fauché par la douleur. Elle était telle qu’il ne pouvait plus crier, seulement gémir comme un nouveau né.

Alors Elias se mit à genou et chuchota quelques mots à son oreille.
- Que j’apprenne seulement que tu as regardé une femme, quelle qu’elle soit, de travers et je te retrouverai, je t’arracherai les parties, et te les fourrai dans la gueule avant de t’étriper proprement.

Sur ce, il se releva, zébra le postérieur de son ennemi de deux coups d’épée puis claironna :
- Garçon ! Préparez ripailles et boissons ! Ce soir, le Roi Gregan, dernier des Sans-culottes est mort. Vive le Roi !

Enfin, il s’échappa dans la foule, alors que les sifflets du Guet résonnait dans le quartier et que tout le monde commençait à s’éloigner, sans un regard en arrière, ni pour sa victime, ni pour la femme, ni pour son ami qui pourtant l'appelait, ni pour personne.

Il souhaitait simplement retourner aux ombres.

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