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. Billy Boy, un cadavre et moi
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Chakal D. Bibi
~ Chakal Touffu ~


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MessagePosté le: Jeu 19 Aoû 2010, 12:28 pm    Sujet du message: Billy Boy, un cadavre et moi Répondre en citant

Bon, nouvelle histoire qui démarre. Enfin pas vraiment nouvelle en fait j'ai repris un texte écrit pour un des "exercices pour le cerveau" et je l'ai continué. Le texte écrit constitue ici le premier chapitre, que je remet quand même et qui est directement suivi par le chapitre deux. Je commence le chapitre trois mais je ne sais pas encore vraiment dans quelle direction ça va aller...Pour ceux qui ont lu "Des Visages, Des Figures" et "Mon pote William", vous serez en terrain connu puisque l'action se déroule toujours dans ce futur proche où le Taulier a pris les rennes du monde en main mais ce sont des personnages nouveaux, bien qu'évoqués dans "Des Visages".

Voila, en espérant que ça vous plaise, Enjoy Wink

Billy Boy, un cadavre et moi


Chapitre 1 : Blinded By The Light


L’adagio en Sol mineur raisonne dans la voiture qui avale les kilomètres des petites routes de campagne de la Haute Marne. Nous avons traversés Arc-en-Barrois et arrivons dans le charmant village de Saint Loup. Il n’y a pas grand monde dans ce bled. Deux grand-pères jouent au scrabble tandis qu’un troisième lève les yeux de son journal pour nous regarder passer.
Dans la voiture, nous sommes 3. Il y a moi, à la place du mort. Il y a Billy Boy au volant. Je ne sais plus pourquoi on le surnomme comme ça. Billy Boy n’a pas vraiment grand-chose à voir avec son vrai prénom mais bon, ça lui va comme un gant. Et sur la banquette arrière il y a Harris. Harris est un cadavre qu’on trimballe depuis Lille. Bien sur avant d’être un simple tas de chair, d’os et de boyaux, Harris était quelqu’un de bien vivant et, pour ce que j’en sais, en plutôt bonne santé. Billy et moi avions rencontré Harris juste avant de quitter Lille. C’est un rosbif qui était descendu dans notre bel hexagone en voiture depuis son Liverpool natal. Mais cette précision, il n’a pas eu besoin de nous la faire. Il n’y a qu’à regarder les tâches de rousseurs qui constellent son visage, ses yeux qui se disent merde l’un à l’autre et ses dents qui partent en vrille pour constater un indéniable côté british banlieusard. On n’avait pas vraiment prévu de récupérer un cadavre. En fait, on n’avait pas vraiment prévu grand-chose. Tout a commencé il y a quelques jours, c’était un vendredi soir de mai (le 14 il me semble) et, en bons célibataires endurcis, Billy et moi-même nous étions concoctés une soirée des moins romantiques. On a commencé par se mettre quelques godets dans le cigare au Tudor Inn et après ça on a été faire un petit tour du côté du Peuple Belge pour se lever une prostipute vite fait, en passant. Jusque là, tout allait plutôt bien. Les emmerdes ont commencés quand Billy a défenestré Cathy, un joli petit morceau de fille à la chevelure d’ébène qui aurait fait bander un régiment de cul-de-jatte juste en agitant un peu les nibards. Mais Billy est quelqu’un qui peut se montrer très…Intense. Surtout avec quelques grammes de blanche dans l’aspirateur. Mêlé à l’alcool et aux deux joints qu’on avait fumés entre le bar et le Peuple Belge, inutile de dire que Billy pétait une forme olympique. Nous voila donc Billy et moi dans l’appart’ des prostiputes, faisant chacun notre affaire tranquillement. Je tronche la mienne dans tous les sens sans la moindre retenue ou délicatesse. Qu’elle prenne du plaisir ou non, à vrai dire c’était le cadet de mes soucis et je lui déchargeai ma semence en pleine gueule quand on a entendu la fenêtre d’à côté se briser. On n’a pas pris la peine de se rhabiller et sommes directement allé voir ce qu’il se passait dans la chambre de Cathy. Et là on a trouvé Billy en train de danser le french cancan à poil sur le lit. Mary s’est précipitée à la fenêtre et a pu constater le décès de sa frangine qui flottait maintenant dans son sang et ses organes. Absolument répugnant. Elle hurle à la mort et crie qu’elle va appeler les condés. Vous imaginez bien qu’on ne pouvait la laisser faire alors je suis allé dans la cuisine vite fait, j’ai attrapé un couteau et je l’ai ouverte en deux, de son con encore humide à ses protubérances mammaires encore suintantes. Après ça on est allé voir Joe la Pince, le fournisseur officiel de toute la ville. La dernière fois que j’ai voulu lui rendre visite, j’ai rebroussé chemin vite fait bien fait quand j’ai entendu la pétoire de Jack le Mac raisonner le long de l’avenue. J’ai appris plus tard que ce salop de ripoux avait flingué ce bon vieux William. Lui qui était si sympa…Le soleil brille bas dans le ciel en cette fin d’après-midi dominical et on ne croise personne sinon un tracteur et un jeune sur une de ces vielles pétrolettes bleues de chez Peugeot qui faisaient fureur il y a un peu plus de soixante ans. Je me souviens que mon père en avait une et qu’il m’emmenait parfois faire un tour quand j’étais tout môme. C’était un marrant aussi mon paternel. Mais pour de vrai. Il aimait bien boire un coup de temps à autres avec ses collègues mais il ne se mettait jamais un pack de bières dans le rassoudok avant de remonter baffer la mère qui subissait en s’excusant de je ne sais quelle connerie. Bien que des conneries, il était capable d’en faire un paquet. C’était un vrai gars de la rue mais j’y reviendrais plus tard. Toujours est-il que mon père à moi c’était le gars cool. Son seul péché était son boulot d’inspecteur dans la police du Taulier. Il a toujours été condé, même avant le Taulier. Quand ce dernier est arrivé, le paternel a préféré se ranger sagement du côté de l’envahisseur plutôt que de passer devant un peloton d’exécution et de laisser seule dans ce monde cruel sa petite famille. Il fait bien noir sur les petites routes de campagne mais on arrive maintenant à Dijon. Billy suggère d’aller prendre une pinte dans un rade. Je lui suggère de se trouver un truc hors de la ville, histoire que ce bon vieil Harris qui siestait sur la banquette arrière depuis quelques heures ne se fasse pas remarquer. Billy trouve l’idée pas si conne que ça et on remet les gaz vers la rase campagne. Faut faire croire qu’on a quitté le pays et s’y enfoncer un peu vers le Sud pour enfin se barrer en Espagne ni vu ni connu. Ensuite on saute dans un navire pirate ou un canoë (mais Billy maintient qu’on pourrait y aller à la nage…On verra sur place) et direction Tanger. Là on coule des jours tranquilles les doigts de panard en éventail à fumer le kif. Mais en attendant, il faut que je me repose un peu. J’ai les globes complètement rouges et desséchés. Et c’est la fatigue. Dormir. Billy gare la voiture dans les sous-bois et on met les sièges en position lit. Dormir. Enfin.


On est réveillé au petit matin par les grognements d’un gros ours qui tapote sur le pare-brise. En fait, ce n’est pas vraiment un ours mais plutôt un mec avec un système pileux surdéveloppé et un bide énorme, genre bouée de sauvetage. Je reste relativement circonspect face à son apparence physique qui sort de l’ordinaire, inquiet que je suis de ce qui se passerait si le bougre, armé d’un fusil, je le constate seulement, remarquait l’inactivité et la forte odeur dégagée par notre ami Harris. Billy bondit hors de la caisse et s’occupe de détourner l’attention de l’ours en allant se présenter.

« Salut l’ami, pas d’inquiétudes, on se fait juste une petite virée tranquillou-tranquille vers l’est. Figurez vous que l’autre jour on se disait que ce serait pas mal d’aller se vider comme ci comme ça quelques pintes chez nos amis les boshs. On a eu l’idée après avoir rencontré Hans la Chope (on l’appelle comme ça parce qu’il a toujours une chope à la main), un shleu qui a fait la 3e Guerre. Nous, on ne l’a pas faite, on n’était même pas encore majeur. Quoiqu’on leur aurait botté le cul à ces enfoirés de bridés tous les deux, ce mec que tu vois là et moi, je te le dis. Mais bon, pour nous, pauvres esprits errants sans grand intérêt pour le monde qui nous entoure, que ce soit les jaunes, les blancs ou ces enfoirés de verts qui gouvernent, ça nous passe carrément au dessus de la cafetière. »

En fait, pour tous les camés du pays, l’arrivée du Taulier a même été plutôt bénéfique puisqu’on peut maintenant trouver de l’opium dans n’importe quelle cage d’escalier d’un quelconque HLM de banlieue. La drogue, sous toutes ses formes, ou presque, est largement tolérée. Le nouveau Taulier a mis en place une sorte de dictature à la cool. Sans vraiment causer de bain de sang, il exécute un ou deux tueurs et deux ou trois violeurs de temps en temps, histoire de marquer le coup, montrer qui porte la culotte au pays. Le Taulier a plusieurs pays sous sa coupe en réalité, il a conquis une bonne partie du Vieux Continent. Même les rosbifs. Le gouvernement en place est donc dirigé par un bridé venu des Terres du Milieu et qui détient presque la moitié du monde. On se retrouve donc coincé dans un état sans vraiment de loi avec des flics pourris jusqu’à la moelle comme Jack le Mac ou Frankie le Bon (on l’appelle comme ça parce qu’il a la bonté de tirer une balle entre les yeux des caves qu’il exécute plutôt que de les torturer et de prendre son pied en regardant le sang gicler comme la plupart des autres condés ont l’habitude de faire). Le meurtre n’est pas vraiment réprimandé. Disons que du moment qu’on évite d’être pris la main dans le sac, tu peux bien buter mémé pour l’héritage, on t’en voudra pas. Idem pour le vol et le recèle. Le Taulier nous laisse beaucoup de libertés. Par contre les Révolutionnaires et les violeurs, le Taulier, il n’aime pas bien ça. Si vous appartenez à l’une ou l’autre de ces deux catégories (ou aux deux), mieux vaut la jouer profile bas et éviter de vous balader les bras troués au vent. C’est une bien étrange société dans laquelle nous vivons…Il n’y a plus de prisons non plus. Les violeurs, les camés, les pédérastes, les tueurs en série, les schizophrènes, les aliénés, les dépressifs, les nerveux, les hommes-bêtes, tous ceux qui ne savent pas comment rester dans le droit chemin tracé par le Taulier se retrouvent enfermés par lot de 10 dans un complexe psychiatrique géant construit dans les iles canaries sous la direction du Dr. Meary, un scientifique un peu extravaguant qui tente de soigner toutes les tares de l’humanité en injectant drogues et barbituriques à ses patients. Il a même mis au point un dérivé synthétique de l’acide lysergique qui a permis de soigner, par exemple, un charpentier qui clamait être le fils de Dieu ou encore un maure qui ne démordait pas détenir la bonne parole d’un autre Dieu. Ou du même. Je ne me souviens pas de toute l’histoire. La religion n’existe plus aujourd’hui. Beaucoup de choses ont changés depuis la 3e Guerre et celle-ci en fait partie. Elle est même devenue un crime puisque symbole de folie. Le premier guignol qui se fait griller à genoux, les mains jointes en train de prier est immédiatement interné à l’asile. Et quand quelqu’un va à l’asile, on ne le revoit plus avant un sacré bout de temps. Si tant est qu’on le revoit un jour. Et puis, si tout le continent eurasien lui appartient, le Taulier n’a pas rassemblé tous les pays du dit-continent sous une même bannière. Il a eu la gentillesse de laisser nos frontières en état, ainsi on garde quand même une certaine identité nationale, ou « IN », comme on appelle ça aujourd’hui. Billy et moi on s’en balance pas mal de ces histoires d’IN. Faut dire que les caves qui carburent à la dope et à l’alcool de contrebande se foutent pas mal du monde qui les entoure. D’ailleurs Billy l’explique fort bien à notre ami l’ours.

« Tu vois mon gros ours, tu pourrais bien canner la gueule ouverte toute béante en dégobillant tripes, boyaux et injures alors que tu tringles ma salope de mère sur le capot de ma caisse que j’en aurai strictement rien à péter. Vois-tu, rien n’a d’intérêt pour nous sinon celui de continuer à (sur)vivre. Le reste importe pas ou peu. »

L’ours fixe ce brave Billy d’un œil mauvais tandis que ce dernier continue son plaidoyer qui n’a maintenant plus aucun sens. Il s’est mis à déblatérer sur le temps qui était mieux avant et l’ours lui rétorque que son avant, bah lui il y était et que ce n’était pas si chouette que ça. Qu’il y avait des racailles de notre genre partout dans les rues, tellement que c’en était dégueulasse et que quand on marchait sur le trottoir, il fallait bien faire gaffe où on foutait les pieds si on ne voulait pas se saloper les grolles dans du dégueulis de toxico ou se planter une seringue dans les semelles. Et puis Billy a la mauvaise idée de se mettre à tergiverser et à noyer le gros ours sous un flot de paroles insensées, tentant de convaincre l’autre qu’il a raison et qu’il a fatalement tord car après tout, qu’est ce qu’il y connait à la vie ce vieux con rabougris vivant à la campagne dans un taudis de bois avec une rombière parfaitement imbaisable, même après s’être envoyé un verre d’eau mescaliné ?

« Sacré salope, mère de Dieu, vous êtes complètement défoncé mon p’tit gars ! Je déteste les saletés de camés dans vot’ genre ! M’en vais vous trouer la poitrine avec ça et après j’vous pendrais par les couilles au dessus de ma véranda, cafards immondes ! »

Le vieux lève son fusil et le pointe sur Billy qui ne semble pas remarquer la gravité que prend la tournure des évènements, continuant à jacasser sur le droit bienfondé pour un homme de s’enivrer et de s’envoyer le rassoudok en voyage première classe sur Vénus si l’envie lui en prend. Je sors doucement de la voiture, ayant préalablement pris soin d’attraper une seringuette en verre qui trainait dans la boite à gant. Je passe sans bruit derrière le vieil ours. Mais il a les sens aux abois et semble m’entendre arriver. Il se retourne brusquement, me met en joue mais n’a pas le temps de faire feu que déjà je lui enfonce l’arme fortuite du junkie de base dans le visage. L’ours pousse alors un hurlement de douleur, terrible hurlement d’une bête sauvage blessée par plus sauvage encore. Billy sort deux pailles de fer de la poche de sa chemisette et les plante dans la jugulaire du vieux. Avec le verre brisée qui me reste en main, je tranche son artère fémorale (tous les camés ont quelques notions d’anatomie, nécessaires pour s’injecter toutes sortes de saloperies dans les veines, s’envoyer une décharge d’adrénaline en cas d’overdose ou encore pratiquer une trachéotomie sur un pote en train de suffoquer après avoir avalé une cuillérée d’opium de traviole). Le vieux finit par s’écrouler, les yeux injectés de sang. Je le regarde chuter dans sa vie qui s’écoule à travers les hautes herbes. On se dit que ce serait bien, peut être, de l’enterrer. Mais on n’a pas de pelle. Alors on le laisse là, on monte en voiture, on s’envoie une dose de brune, histoire de se remettre des émotions. Et on est repartit.


Blinded by the light, rewed up like a deuce, another runner in the night
Manfred Mann

_________________
[quote="Speed Hunter"]Chakal lui c'est un héros de musicien ![/quote]


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Chakal D. Bibi
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MessagePosté le: Jeu 19 Aoû 2010, 12:32 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Chapitre 2 : Blowin' In The Wind



Nous avons roulé toute la journée sans passer en dessous des 60 à l’heure. Pas trop vite, pas trop lentement. A la cool. Dans la sono, un vieux Beatles sonne. Je jette un œil à Harris, puant de plus en plus sur la banquette arrière, et puis je regarde ce bon vieux Billy qui m’a entrainé avec lui dans toutes ses galères depuis toutes ses années. Et puis j’écoute John et Paul et j’me demande si j’aurai quelqu’un, un jour, qui aura encore besoin de moi et qui me nourriras quand j’aurai 64 ans…En restant avec ce bon vieux Billy, c’est pas évident que je les atteigne les 64 ans.

Billy Boy est mon frangin, d’à peine 1 an mon cadet. Et il est assez marrant comme gars, un esprit libre, sans limites. Un mec qui vit sa vie à cent à l’heure sans se soucier de quoi sera fait le lendemain. Il parle, beaucoup. Et il vole des voitures aussi. Billy Boy a piqué sa première tire avant son dixième anniversaire. C’est un mec, mi clodo, mi aventurier, selon ses propres dires, qui nous a tout appris. Quand il était beurré on pouvait lui faire faire n’importe quoi, et il était tout le temps beurré. Alors il faisait n’importe quoi. Pour nous. En fait, il serait plus exact de dire qu’on lui faisait faire n’importe quoi. Il nous a enseigné les meilleurs trucs pour survivre dans la rue. Comment voler une voiture, comment se procurer de la came, de l’argent, de l’alcool, des filles, tout. Ca ne plaisait pas trop au paternel, qui était inspecteur pour le Taulier comme vous le savez. Et un matin, alors que Billy et moi venions de gagner 300 billets en revendant une voiture volée, deux mecs en képis sont venus taper à la porte de notre taudis pour nous annoncer la nouvelle. Papa s’était fait descendre. Il s’est fait flinguer dans un bar par un cave qui venait piquer la caisse. Il n’a même pas essayé de jouer au héros ou quoique ce soit qui justifierait qu’il se prenne une bastos. Il était simplement au mauvais endroit, au mauvais moment. D’après les condés, ce serait un boxeur noir surnommé Hurricane qui aurait fait le coup. Aussitôt qu’il a appris la nouvelle, Billy a grimpé les escaliers, foncé dans la chambre, fourré quelques affaires dans son sac de toile en bandoulière et s’est fait la malle. Moi je suis resté à la maison, avec la madre. Je l’ai aidé à encaisser le deuil du vieux dont on a jamais vu le corps, les flics nous ont dit qu’un croque mort était passé le prendre mais comme on a jamais eu de nouvelles, on a vite compris que le paternel s’était fait embarquer par un empâteur. Depuis que le Taulier a transformé les morgues en discothèque, on doit se démerder pour garder le cadavre et trouver le moyen de l’inhumer le plus vite possible. Pour ça vous pouvez faire appel à des corbillards. Mais bien souvent ces mecs sont en réalité des empâteurs alors mieux vaut ne pas leur confier de corps si vous ne voulez pas risquer de le bouffer en pâté tartiné sur votre tranche de pain. Ouais, y’a vraiment un paquet de trucs qui ont changé depuis la 3e Guerre. Le départ de mon frère n’a pas vraiment arrangé l’état de la matrice sur deux pattes. Même si ces deux là n’ont jamais pu s’entendre sur l’heure qu’il était, même en regardant la même horloge. Dès sa plus tendre enfance, Billy trouvait déjà des moyens de l’emmerder. Il n’a pas fait une seule nuit sans brailler jusqu’à ses 3 ans. Je ne déconne pas, j’étais là. Pas UNE nuit en trois ans, bordel ! Il fallait vraiment qu’il l’a haïsse. Sacré bon dieu de merde, je ne sais pas ce qui a pu se passer entre le moment où il s’est cassé la fiole de la vulve maternelle et le moment où il a passé sa première nuit ici mais ça devait être terrible. Et puis au bout de quelques mois, je me suis tiré aussi. Je n’en pouvais plus de soutenir la madre qui tentait le grand saut au moins trois fois par semaine. Elle veut se foutre en l’air ? Vas-y maman. Tu veux le flingue pour te faire péter la cafetière ? Ou la corde, peut être ? (mais alors ne l’accroche pas à la poutre de la grange, elle est vermoulue), sinon je peux te faire un petit cocktail qui te paieras un bon trip des familles avant de canner la gueule ouverte dans ta misère ? Mais je m’égare. Billy, qui n’avait pas soufflé un broque depuis qu’on avait buté l’ours me hurle qu’Harris pu.
« Evidemment qu’Harris pu, c’est un cadavre, tu ne peux pas lui en vouloir. »

Il me dit d’arranger le problème, que c’est une infection.

« Enfin je t’en pris, Billy ! Tu vas vexer notre invité ! »

Il me dit de fermer ma gueule et de balancer ce con de cadavre sur la route. Ou, à défaut, d’envoyer un spray de désodorisant. Je m’exécute. Ca sent comme dans les chiottes d’un fast-food mais c’est toujours mieux que l’odeur d’un corps qui commence à se faire bouffer par les vers. Je ne sais pas grand-chose sur Harris. On ne l’a pas vraiment connu du temps où il avait le crâne fermé. Là, avec la moitié de la poire arrachée par une bastos, il pouvait difficilement tailler le bout de gras. Billy et moi, on a rencontré Harris en quittant Lille, juste après avoir fait nos adieux à Joe la Pince et avant de piquer cette bagnole. Joe nous avait refilé une mallette LVP qui contient tout ce qu’il faut pour une bonne virée en caisse. Sauf qu’on n’avait pas de caisse. Alors on s’est dit qu’on devrait en chourer une mais qu’avant ça, on s’enverrait bien un fixe de méthédrine. On s’est pointé discretos au Palais de la Bière, en face de la gare Lille-Flandres, et on s’est dirigé vers les toilettes, protégeant soigneusement la mallette. Mais dans les toilettes susnommées, il y avait un con de british qui s’envoyait le plus naturellement du monde un rail de blanche sur le coin d’un lavabo. Billy lui a collé une beigne maison dans la gueule, le gars s’est cogné sur le lavabo et est tombé dans les vapes. Billy n’aime pas trop qu’on le regarde en train de se défoncer. On a pris notre fixe, arrosé de tequila et puis le british s’est réveillé. Billy lui a fait un grand sourire et je lui ai proposé de boire avec nous, pour s’excuser. Le mec accepta, en hésitant un peu, se remettant du choc, probablement. Il s’est présenté, il s’appelait Harris (mais ça, vous le savez déjà) et il nous a demandé ce qu’on pouvait bien branler avec la mallette LVP de Joe la Pince.

« On part en virée, sombre crétin, sinon qu’est-ce qu’on pourrait bien branler avec la mallette LVP de Joe la Pince ? »

Harris s’excusa et s’arrosa le gosier du breuvage que je lui tendais. On lui expliqua notre problème de voiture et lui nous dit qu’il pouvait nous aider. Il avait justement une voiture garée pas loin et plutôt pas mal. Un genre de DS ou je ne sais pas trop quoi. Le genre de vieille caisse qu’on ne voit plus depuis…Putain, je n’étais pas encore né. Enfin bref, on est sorti par derrière et on s’est retrouvé dans quelque ruelle sordide aux murs suintant humidités, urines, foutres et autres joyeusetés, le genre de ruelle où il se passe toujours une galère dans les films. Et bien entendu, ça n’a pas raté. Un cave s’est pointé, complètement défoncé au mauvais crack, sec comme un clou, le visage bouffé par une barbe gris poivre et hirsute, les yeux injectés de sang surplombés d’épais sourcils fournis qui lui faisait comme une barre de poils au milieu de la trogne. Mais le mec avait aussi un flingue et ça, ça craint. Ce mec était armé et défoncé, la pire des combinaisons. Il pourrait faire absolument n’importe quoi. Tirer en l’air, dans le sol, sur Billy, sur moi, sur Harris. Ou alors il pourrait tout aussi bien se coller une balle dans la carafe sans que personne ne comprenne pourquoi. Ce genre de junky est totalement imprévisible. Et puis pour le coup, il a plombé ce pauvre Harris. Il lui a arraché la moitié de la gueule d’un seul tir qui laissa le temps à Billy de lui sauter à la gorge, le désarmer et lui éclater le rassoudok. Sacré Billy. C’était bien joué. Mais Harris était mort maintenant. Avec mon frérot on s’est dit que ce ne serait pas correct de le laisser pourrir là alors on l’a embarqué en virée avec nous. Et voila comment Harris est arrivé dans cette histoire dingue et macabre commencée il y a moins de dix heures. Mais il nous faut maintenant songer à l’inhumer dignement parce qu’il refoule plus qu’une vieille moule de cinquante balais mais aussi parce qu’on est en cavale et qu’on ferait sans doute mieux de jouer profil bas plutôt que de se trimballer avec un macchabé sur la banquette arrière. Nous sommes toujours sur les routes montagneuses des Vosges et nous venons de passer Colmar. On s’enfonce sur les routes sinueuses qui escaladent les montagnes et on arrive dans un bled appelé Labaroche, au dessus des vignes de Turckheim. On traverse le village, passant devant un grand parc à la pelouse verdoyante, un musée du bois, une église, un abreuvoir, une cabine téléphonique dont le sol est jonché de canettes de bière et on arrive devant une grande habitation sobrement nommé « Les Genêts ». Le bazar fait hôtel et restaurant et on se dit que ça pourrait être sympa de manger un morceau et de dormir dans un vrai lit. Et puis dans ce bled paumé au milieu de nul part, il y a peu de chances qu’un badaud quelconque se penche sur Harris et prévienne les condés. Alors on fait le tour du bâtiment. On voit un escalier extérieur en béton qui mène au premier étage. On gare la guimbarde dans le parc, sous les arbres, non loin d’un bac à sable et de deux petits chalets servant probablement de remise pour toute sorte de bric-à-brac. Depuis l’arrière des Genêts, nous constatons que l’hôtel forme un « U », avec l’aile des chambres relié à l’un des bras par un corridor en verre et au sol couvert d’un tapis rouge délavé datant d’avant-guerre. Nous entrons dans le bâtiment par la porte du jardin, sur la droite du « U » et parcourons un couloir qui semble interminable. Sur notre droite, en entrant, se trouve une salle complètement parquée, chaleureuse, tandis qu’à gauche, une salle similaire dans ses dimensions est carrelée, froide, inhospitalière. On continue à marcher et, sur la droite, on entre dans une pièce, parquée elle aussi, avec de grandes armoires contenant un tas de frusques élimées et passées d’âge. Il se trouve dans cette salle, un bureau de bois brut avec un ordinateur du siècle dernier posé dessus et derrière lui un bonhomme d’une cinquantaine d’années, un peu bougon dans sa marinière blanche rayée de bandes bleues, le crâne dégarnie et une mâchoire légèrement avancée. Il nous demande ce qu’on veut. Billy lui répond qu’on apprécierait grandement un repas chaud et une chambre où passer la nuit. Il nous dit que ça parait tout à fait jouable, appel quelqu’un qui nous emmènera dans notre suite et nous informe que le diner est à 19 heures, soit dans 45 minutes. Ca devrait nous laisser le temps de prendre une douche et de nous reposer un peu. Arrive alors Ted, un petit groom potelé en tenue orangée avec une casquette horrible des Yankees vissée sur la tête.

« Messieurs, bien le bonjour ! Je suis Ted le Groom, ce n’est pas Théodore ou Teddy ou Jean-Marc, c’est Ted et simplement Ted. Des questions ? »

Le directeur demande à Ted de nous emmener à la chambre 63 et le groom s’exécute en sautillant joyeusement comme un aveugle qui aurait soudainement retrouvé la vue. Avant de partir, on a le temps d’entendre le directeur de l’établissement hurler dans le téléphone qu’il lui fallait un bus.

« Il me faut un bus et vous me dites qu’il n’y a pas de bus ! Pas de bus, plus de bus, plus de bus, pas de bus ! »

Ted nous explique que si nous désirons quoique ce soit il ne fallait pas s’adresser à lui car il a maintenant fini son travail ici et qu’il s’en va à Stellenbosch, dans les Terres du Sud, pour jouer les réceptionnistes dans une exploitation vinicole au bout de la rue Georges Blake, derrière la gare. Belle histoire. Ted nous laisse nous installer tranquillement et je file illico sous la douche pour me décrasser un peu des derniers jours qui furent assez mouvementés. Et puis il nous faut penser maintenant au meilleur moyen de se débarrasser du corps desséché et puant de ce brave Harris. Billy suggère de l’enterrer tel quel dans le grand parc où nous avons garé la voiture. Je ne suis pas vraiment pour et propose plutôt de l’inhumer et de disperser ses cendres quelque part dans les bois environnants. Billy rétorque qu’au fond il n’en a rien à cirer et que je peux bien en faire ce que je veux de ce con de cadavre. Il est un tantinet soupe-au-lait le frangin. Nous laissons de côté le problème Harris pour le moment et nous rendons dans la salle à manger à 19 heures pétantes pour se restaurer après ce périlleux voyage qui avait débuté la veille en fin d’après-midi. La salle à manger est plutôt sympathique avec sa dizaine de tables rondes, son carrelage beige au sol et son éclairage lumineux dispensé par toute une série de larges fenêtres. Dans le fond de la salle on trouve un bar plutôt bien rempli auquel Billy et moi nous accoudons le temps de prendre un apéritif composé d’un whisky pour moi, d’un rhum pour lui, le tout accompagné de cacahuètes et de raisons secs. Puis nous passons à table pour déguster une soupe de légumes frémissantes. Tandis que Billy nettoie son assiette avec un morceau de pain moelleux à souhait, je continue à zieuter la salle à manger et remarque une scène de théâtre, presqu’entièrement masquée par un rideau de velours rouge, le tout surplombant un sol en damier noir et blanc. Sur le côté de la scène, une sono qui balance un Jackson. Le repas est des plus copieux. Il consiste en une escalope milanaise accompagnée d’épinards et de frites au four, à déguster avec un délicieux Merlot rouge de Toscane. En dessert, Ted nous apporte de grands bols de crème glacée à la vanille recouverte de chantilly et de sauce chocolat. On se fait péter la panse en appréciant le décor et la chaleur dégagée par le poêle où crépite gaiement un feu intense, dévorant de grosses bûches fraichement coupées. Après cela, nous retournons à notre chambre pour s’envoyer un thé-roulé de derrière les fagots afin d’aider à la digestion. Ensuite, nous nous mettons en mouvement pour s’occuper de notre ami Harris. Nous descendons dans le parc, maintenant surplombé par une impressionnante couverture d’étoiles brillantes dans le ciel noir de la nuit. Elles sont seules ce soir à nous éclairer, c’est une nuit sans lune que nous vivons en ce moment. Cette dernière refusant probablement d’être spectatrice du funeste spectacle que nous nous apprêtons à donner. Billy ramène la guimbarde, Harris toujours vautré sur le siège arrière, au fond du parc tandis que je mets en route un grand feu de camp. Nous avons raconté à Ted que nous souhaitions profiter des étoiles devant une belle flambée et y faire griller quelques saucisses en buvant un peu de vin, il n’y avait aucun inconvénient à cela selon lui. Une fois le feu bien partit, Billy et moi entamons une petite cérémonie d’adieu avant de balancer le corps de ce brave Harris sur le foyer incandescent. On pourrait chantonner Cumbaya, my lord mais ça ferait vraiment très cliché, Billy préfère jouer un blues mélancolique en Do dièse sur sa vieille guitare. Billy possède cette guitare depuis bientôt cinq ans et je ne crois pas y avoir jamais vu les cordes de Sol et de Mi aigu. De mon côté je débouche la bouteille de vin rouge et m’envoie une bien bonne rasade derrière les amygdales puis j’en verse délicatement une grande lampée à notre ami Harris, en prenant garde d’éviter tout contact entra le goulot de la bouteille et ses lèvres gangrénées. Billy Boy achève sa complainte et me prend la bouteille des mains. Il est temps maintenant de balancer Harris au feu. Poussière, tu redeviendras poussière et autres foutaises du même acabit. Mais alors que j’ai les mains sous ses aisselles velues et que Billy le tient par ses chevilles maigrelettes, une voix féminine se fait entendre derrière nous et vient interrompre notre cérémonial.

« Qu’est ce que vous faites ? »

On lâche ce pauvre Harris qui s’écrase de tout son poids sur quelques pâquerettes qui trainaient là et on fait volte face, tentant de distinguer la silhouette qui s’avance petit à petit dans la lueur de notre bucher de fortune. Un bout de femme d’environ un mètre et quelques soixante centimètres à la longue chevelure vénitienne fait son apparition entre les deux petits chalets servant de remise. Elle est absolument magnifique et je demande à Billy s’il voit ce que je vois. Mais il ne me répond même pas, lui-même est trop occupé à admirer cette nymphe sortie de je ne sais où. Je m’imagine déjà poser mes mains sur ses hanches fort bien dessinées, remonter sur ses seins admirablement faits et certainement pas refaits au dessus desquels se trouvait une petite pomme d’or, attachée à une fine chaine, d’or elle aussi. Ses yeux oscillant entre le bleu et l’argent observent tour à tour Billy Boy et votre humble narrateur avant de s’arrêter sur ce brave Harris. J’en suis jaloux.

« Il…Il est mort ? »

Billy lui répond qu’il est tout ce qu’il y a de plus décédé et que, justement, on s’apprêtait à l’incinérer, ici, dans ces belles montagnes des Vosges. Je crains la réaction de la nymphe mais celle-ci semble plus curieuse qu’effrayée. Je dirais même qu’elle est amusée mais je ne distingue pas suffisamment les traits de son visage dans la pénombre environnante pour l’affirmer avec certitude.

« Haha ! »

Alors celle-là, je ne m’y attendais vraiment pas.

« Il est complètement moisi votre pote ! Mais vous n’êtes pas de la région, n’est ce pas ? Comment vous êtes-vous démerdé pour venir vous perdre dans ce coin ? »

Billy entreprend de lui raconter toute notre aventure sans omettre un détail. Entre temps, nous nous sommes assis en tailleur autour du feu et nous faisons passer ce qu’il reste de vin. Je redoute un peu la réaction de la nymphe en entendant les histoires sordides que lui raconte Billy Boy et dont nous sommes les principaux antihéros. Elle voudra probablement s’enfuir à toutes jambes, sans se retourner et ne plus jamais revoir les junkys cintrés que nous sommes. Mais en fait, elle nous demande s’il y a une place pour elle dans notre voiture et si on voulait bien d’une compagne de voyage pour remplacer ce brave Harris. Billy Boy dit qu’il s’en tamponne le coquillard. Moi j’acquiesce immédiatement. La belle semble ravie et nous continuons à discuter ensemble tandis que Billy s’en va se vidanger la vessie au beau milieu du parc des Genêts. Elle s’appelle Hélène, évidemment. La pomme d’or qu’elle se trimballe en pendentif aurait du me mettre sur la voie. Hélène et moi discutons toute la nuit tandis que Billy demande son avis à Harris sur une question qui le turlupine grandement, à savoir si les chiens remuent la queue parce qu’ils sont contents ou s’ils sont contents parce qu’ils remuent la queue. C’est vrai que c’est plutôt intriguant…Enfin bref, le jour commence à poindre et le ciel se peint déjà d’une teinte rosée, annonçant le retour prochain de Phébus sur son char. On se décide alors à lever le camp, sans oublier bien sur de ranimer le foyer. Je dépose quelques branches sur le feu agonisant et le fait repartir en soufflant sur les braises. Puis, une fois les flammes ravivées, Billy y dépose quelques buches qui prennent rapidement. Nous saisissons alors Harris, comme la veille, moi aux aisselles, Billy aux chevilles mais sommes à nouveau dérangé.

« Police du Taulier, veuillez interrompre vos activités et décliner vos identités ! »

Et merde, ces enfoirés de bridés ! Comment ont-ils su ? Peu importe, il faut décarrer d’ici fissa. C’est déjà absolument incroyable qu’ils ne nous aient pas plombés la gueule séance tenante. Nous balançons Harris sur la banquette arrière et nous précipitons à nos places respectives, suivi d’Hélène qui s’assoie à côté d’Harris, tandis que les condés nous arrosent de pruneaux. La carrosserie de notre vieille guimbarde s’en trouve toute trouée, ce qui promet des virées fortement aérées à partir de maintenant. Billy démarre à toute bringue et fonce droit sur les deux condés, réussissant à en cartonner un qui retombe mollement sur l’herbe verte du parc des Genêts. Genêts auxquels nous faisons de prompts adieux avant de mettre les voiles droit vers je ne sais où, notre macabre fardeau toujours sur la banquette arrière.

How many roads must a man walk down before you call him a man?
Bob Dylan

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suigestsu
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MessagePosté le: Mer 25 Aoû 2010, 2:45 am    Sujet du message: Répondre en citant

Ça me parait bien sympathique tout ça.

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Sasori75 a écrit:
Ah oui, la légendaire flemme de suig'... j'oubliais que t'avais la flemme de te coucher alors que tu l'étais déjà, xDDd!!
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Chakal D. Bibi
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MessagePosté le: Mar 14 Sep 2010, 12:08 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Hop hop hop !!! Chapitre 3 des aventures de nos joyeux trublions !! Enjoy Wink Wink


Chapitre 3 : Cars Hiss By My Window


Dans la voiture, nous sommes 4. Il y a moi, à la place du mort. Il y a Billy Boy au volant. Et sur la banquette arrière il y a Harris. Et à côté d’Harris, il y a Hélène. Elle semble s’être parfaitement accoutumée avec notre mode de vie fait de vagabondage à travers les régions et départements de l’Hexagone. Cependant, elle supporte de moins en moins la compagnie d’Harris comme voisin de route. Et je la comprends. Cela fait deux jours que nous avons quitté les Vosges et Harris se décompose à vitesse grand V, surtout qu’il fait particulièrement chaud en ce mois de mai. Toute une flore intestinale devait déjà s’être mise en place au niveau de son abdomen. C’est toujours par là que commence la décomposition du corps, juste après la rigidité cadavérique ou rigor mortis, comme disent les toubibs.

Nous étions passés par Besançon, Genève, Annecy, Chambéry et Grenoble. Mais plutôt que de continuer vers le sud comme prévu, Billy a ensuite brusquement viré vers les Avenières et mis plein gaz sur Lyon. Nous avons fait un petit arrêt dans le centre lyonnais pour se ravitailler en thé et nous sommes offerts de bons steaks dans un rad sur la nationale 7 entre Tarare et Roanne. Là, nous avons rencontré une bonne femme répondant au doux nom de Janine. Janine jouait les serveuses dans ce restau de routiers depuis la fin des conflits ouverts contre le Taulier. Son mari était parti à la guerre, son barda sur le dos et son fusil à l’épaule, le cœur plein de courage et les yeux emplis de bravoure, prêt à défendre fièrement son drapeau. Et puis il s’est fait zigouiller au premier assaut, un obus lui étant malencontreusement tombé sur le coin de la carafe. Janine a reçu ses plaques avec un joli drapeau strié bleu, blanc et rouge avec les condoléances et les remerciements de la nation reconnaissante. Mais Janine s’en bas royalement les ovaires, on lui a pris son mari et ça, elle l’a toujours en travers de la gorge. Mais Janine est aussi très aimable et m’a resservi trois fois du café alors je ne vais pas lui en vouloir d’avoir déversé un peu de sa tristesse dans nos oreilles fatiguées par la route. Après s’être rempli le bide et le réservoir de la guimbarde, nous avons parcouru le bitume en mettant cap sur l’ouest. Billy et moi avons changé nos plans et on s’est dit que ça pourrait être sympa d’aller faire un tour sur la côte ouest. Alors j’ai conduis jusque Bordeaux et puis Hélène m’a relayé et nous remontons maintenant vers la Bretagne. Autant dire que le plan initial qui consistait à faire route vers l’Espagne pour ensuite rejoindre Tanger en ferry ou en canoë (mais Billy maintient qu’on pourrait y aller à la nage…Avec Hélène et Harris, ça risque d’être plus compliqué que prévu…Enfin on verra sur place) n’est plus vraiment d’actualité pour le moment. Nous arrivons à Rennes par la nationale 137. Nous cachons notre corbillard au milieu des bois de l’étang des Noes Cherel et nous rendons au centre ville en marchant le long du boulevard de la Haie des Cognets. Là, on est pris en stop par un jeune mec d’environ dix-huit balais qui venait d’avoir sa voiture. Il en est fou ! Il nous explique comme ça qu’il a eu son taco il y a une semaine et qu’il s’est dit que le meilleur moyen de le baptiser ce serait de partir en virée. Alors il est d’abord allé à Lille pour voir Joe la Pince et récupérer une mallette LVP (je ne pensais pas qu’elle était aussi célèbre cette fameuse mallette), ensuite il a mis plein gaz vers le sud-est et est allé faire un tour chez les Helvètes et le voila rentré dans sa ville natale de Rennes. Il s’appelle Matthieu et il était encore lycéen jusqu’à maintenant mais d’après ses dires, cela allait changer. Il nous raconte qu’il ne voyait plus l’intérêt d’aller au lycée et qu’il se voyait bien tailler la route vers le sud-est et voir s’il n’y avait pas du boulot pour un p’tit gars dans son genre dans les montagnes des Balkans ou dans leur péninsule. Billy qui, comme vous le savez n’a pas sa langue dans sa poche, demande à notre bon samaritain s’il a bien réfléchi à tout ce que son départ soudain pourrait engendrer en terme de conséquences.
« Parce que vois-tu mon p’tit pote, ‘faut bien cogiter à tout ça, faire tourner un peu tes idées foireuses dans ton p’tit crâne de pète-cul, tu m’suis ? Alors écoute moi bien mon frère, écoute bien l’ami Billy Boy. T’es encore jeune, t’as pas la gueule trop amochée par la vie alors j’imagine que tu viens d’une bonne petite famille bourgeoise et tranquille, j’me trompe ? »
« T’as presque tout pigé sauf sur un point. Ma famille n’était pas tranquille, elle était pénible à en crever ! Putain les gars, vous n’imaginez pas ce que j’ai enduré ! Ils étaient coincés comme ce n’est pas permis. Je suis le benjamin d’une famille qui comptait onze enfants et qui avaient tous brillement réussi leurs études. Mon père et mes cinq frères travaillaient dans l’administration pour le grand Taulier. Ma mère et mes cinq sœurs étaient toutes comptables et avaient un balai enfoncé si profondément dans le cul qu’on en apercevait le manche les rares fois où elles t’adressaient la parole. J’étouffais complètement dans cette famille de cintrés ! Il me fallait faire quelque chose, j’étais forcé d’agir ! Imaginez un peu les mecs, imaginez juste un tout petit peu. Ma famille était branché à fond sur tous les préceptes à la con que nous fourre dans les oreilles ce gros empaffé de Taulier, vous voyez le genre ? Du coup, mon enfance ce n’était pas vraiment de la rigolade ! J’veux dire, ils suivaient toutes ses conneries écrites dans «Les Dix Récits recommandés par le Taulier ! »

Amusant comme il parle de sa famille au passé. C’est Hélène qui réagit la première.

« Mais…Il est arrivé quelque chose ? Tu parles d’eux comme si… »
« Comme si je les avaient fait rôtir dans leur belle baraque du bord de mer à l’heure du diner ? Haha ! P’tet bien, va savoir ! »

Je suis étonné. Etonné de l’être en fait. Avec tous les cinglés qu’on a croisés depuis le début de cette fade épopée, je ne devrais même pas être surpris que le seul type assez sympa pour nous ramasser en voiture venait de massacrer ses dix frères et sœurs et ses parents. C’est presque sensé finalement. Billy lui, éclate de rire ! Et pour cette si délicieuse anecdote, décide d’offrir une soirée à notre chauffeur meurtrier.

« Mon frère, tu es tout comme nous en cavale dans ce magnifique pays gouverné aujourd’hui par je ne sais quelle face de citron à qui on peut reprocher beaucoup de choses mais tout de même pas son désintérêt total pour les écorchages entre visages pâle. Néanmoins, vu l’ampleur de ta boucherie, on ne peut être totalement sur que quelques mecs ne se penchent sur l’affaire. Les tueries de masses, généralement, ça n’enchantent pas les foules. Tu crèves un clodo dans la rue, là tu rends service à la nation, tu butes une famille de bourgeois mignons et proprets, c’est une toute autre histoire. Ceci étant dit, il te faut bien reconnaitre un courage et une bravoure incroyables pour avoir pris de tes mains la vie des tiens afin de renaitre et je veux être la personne qui t’accompagneras dans cette renaissance alors laisse moi donc t’offrir une soirée de l’ami Billy ! »

La soirée va être longue…Très longue. Je dois dire que j’ai bien envie de dormir et puis la dernière fois que Billy m’a offert une soirée, elle s’est soldée par des morts. D’abord les prostiputes, Cathy et Mary, ensuite ce brave Harris qui nous attendait gentiment installé sur la banquette arrière au milieu des bois de l’étang des Noes Cherel. Mais un petit tour par la mallette LVP de Matthieu me remet vite le rassoudok en place pour entamer les festivités de Billy Boy. On file droit vers la fameuse Rue de la Soif, lieu de débauches incroyables, de luxures révélées et d’inhibitions renversées. Tout ce qu’il faut pour passer une soirée de l’ami Billy. Les rues sont pavées de prostiputes qui aguichent des marins, des pirates, des boucaniers, toutes les saloperies qui voguent sur les mers et qui viennent se recharger en denrées et en rhum pour leur prochaine traversée. De vrais pochtrons ! De vrais fêtards aussi. Billy les adore. D’ailleurs, il partage déjà la bouteille d’un loup de mer qui dit s’appeler Marshall Teach. Il dit aussi qu’il est un capitaine sans navire mais avec une petite boule de billard, la noire, pour remplacer l’œil qu’il a perdu, dit-il encore, en combattant un foutu putain d’enfoiré de requin blanc au large de Canberra, en Australie. Matthieu, Hélène et moi patientons sur le trottoir d’en face que Billy et Teach finissent de discuter ou bien de boire et je prie en secret que Billy ne pète pas un de ses plombs mal fixés de manière à pouvoir terminer la soirée sans un nouveau cadavre. De plus la présence de Matthieu, qui a pris goût au meurtre et semble aimer ça, ne me rassure guère. Hélène reste muette devant le spectacle d’une ribaude tendant la jambe et s’en allant au bras d’un homme des mers pour l’aimer toute une nuit et peut être le revoir en automne, avant le jour de l’An (le 13 Novembre, maintenant la nouvelle année commence le jour de la naissance du Taulier). Nous continuons à parcourir la grande rue tous ensemble, slalomant entre les épaves pavant le caniveau, certaines dormant du sommeil du juste éméché, d’autres vous insultant ou encore vous proposant de donner un coup de main pour « finir cette foutue putain de salope de bouteille ». Billy a la fâcheuse manie de toujours faire don de son foie dans ce genre de situation. Billy aime la compagnie des clochards beurrés et un peu fou. Il estime que seuls les fous méritent d’être connus alors il pose son cul à droite du clodo, le « clodo-frérot » comme il les appelle. Moi je pose le mien à sa gauche et nous buvons et devisons sur le monde et nous le refaisons à notre manière en sachant bien qu’au fond, ce serait à nous de se bouger un peu les miches mais nous ne faisons rien, à part gueuler et s’enivrer. D’ailleurs, le Taulier l’a bien compris que ce n’était pas des grandes gueules avinées qu’il fallait se méfier mais bien des mecs discrets qui ne touchent pas ou très peu à l’alcool et aux psychotropes divers et variés. C’est pourquoi il nous laisse nous enfumer l’esprit à l’opium et aux effluves d’alcool, pourquoi on trouve si facilement tout type de cames, même si elles sont sensées être illicites ? Alors oui, on se défonce et on gueule mais on ne bouge pas. Oui, de temps à autres des bagarres d’ivrognes éclatent et quelques uns se retrouvent les panards sous terres à se faire becter la chair par des bestioles dégueulasses ou bien ils se retrouvent passés à la moulinette et revendu sur les marchés comme pâté de campagne. Mais qu’importe, on peut se défoncer et, comme Billy l’avait expliqué au vieil ours dans le premier chapitre, un homme défoncé n’en a plus rien à carrer du monde qui l’entoure. On est donc là, Billy, le clochard, votre humble narrateur et, derrière nous, Hélène et Matthieu qui poireautent là en se demandant quel genre de cinglés on pouvait bien être pour tenir le crachoir une bonne partie de la soirée à des clodos. Billy leur rétorque que

« Ces hommes sont fous et que les fous sont les meilleurs des compagnons de soirée car ils disent des choses fort remarquables et sont capables d’absolument tout ! »
« Ca c’est bien vrai ! Toi t’es un bon gars ! Tiens bois donc une rasade de ce rhum, c’est un pote pirate à moi qui me le ramène des Caraïbes. »
« T’as un pote pirate ?! C’est génial ! Pourquoi n’es-tu donc pas pirate toi-même clodo-frérot ? »
« Hélas mon gars, ma carcasse est bien trop usée pour aller se faire bringuebaler par des mers déchainées. En plus la mer c’est dégueulasse, les poisons baisent dedans. »

Et la conversation a continué comme ça pendant une bonne heure jusqu’à ce que Renaud, notre clodo-frérot de la soirée, nous parle d’un club de blues sympa à quelques rues d’ici. Billy dit que c’est une excellente idée, qu’il aimerait beaucoup écouter du blues en cette charmante soirée et il ajoute que Renaud est bien entendu notre invité et que nous nous devons de le traiter avec les égards qui lui sont du.

« En plus il a un pote pirate. »

Nous partons donc arpenter le bitume, Billy et Renaud en tête devisant de l’importance d’éléments animaliers dans un film pornographique de qualité, Matthieu et Hélène qui suivent, maussades, épuisés du voyage et fatigués des conneries de Billy. Il faut dire que Billy a une énergie remarquable, il est tout à fait incapable de se contrôler et ne dort que très peu. C’est une personne absolument convaincue de l’importance du mouvement. Billy soutient qu’il faut provoquer la vie afin de la faire bouger, de l’observer se mouvoir, il dit que c’est un spectacle magnifique et qu’il veut en faire partie intégrante. Alors il court, bouge, saute, donne des coups, mange, bois, baise, fume, pique. Il vit pleinement en brulant son existence par les deux bouts. Il est complètement allumé, un exemple que je n’aime pas suivre et que je dois supporter. Mais moi ça va, j’ai l’habitude. Par contre, pour nos compagnons de route, c’est une autre histoire. Je parie que certaines fois, quand Billy nous sert un de ses fameux monologues sans queue et encore moins de tête, Hélène aimerait être à la place d’Harris qui, mort comme il est, n’a pas à se farcir les conneries du frangin. Après presque vingt-cinq minutes de marche et une demi-bouteille de rhum prélevée par mes soins dans la mallette LVP avant de décarrer pour les trottoirs rennais, nous arrivons devant le Slim Gaillard, un bar jazz des plus romanesques. A travers la double porte en verre aux poignées dorées et torsadées s’échappent les volutes d’une épaisse fumée bleuâtre. Nous pénétrons l’endroit et allons nous assoir sur des banquettes situées à quelques pas sur la gauche de la scène où se trouve un piano à queue, muet pour le moment, et à ses côtés un bluesman au costume noir élimé et d’un autre âge. Je devine sous son chapeau de feutre noir un visage buriné par les ans et sa voix roque, grave et légèrement éraillée m’indique que le bonhomme carbure au bourbon et au cigare depuis au moins l’adolescence. Sur sa guitare sèche, accordée deux tons en dessous de la normale, le bonhomme balance des blues pêchus ou tristes, jouant sur le manche avec le goulot d’une bouteille de vin. C’est absolument étonnant et je sens mon corps frissonner en recevant chacune des notes hurlée par le bluesman à la manière d’un Howlin’ Wolf. Le It est dans l’air et chacun dans la salle enfumée cherche à le saisir. Billy est comme fou, il se sent d’humeur poète et improvise des rimes sur les notes du musicien qui est enchanté de faire le bœuf avec un autre musico. Billy tape du poing sur la table puis du plat de la main puis du poing et il nous joue les percussions comme ça, tout en continuant de chanter son blues. Matthieu a eu la bonté extraordinaire de nous payer à tous une bière pour se rafraichir un peu le gosier. Il faut plutôt chaud et la marche nous a assoiffés tout naturellement, d’une vraie soif, pas celle du poivrot en manque de malt, pas celle que des litres de rhum peuvent étancher. On descend notre rince-palet tranquillou tranquille, Billy est toujours aussi fou, il n’est pas utile de lui adresser la parole alors je papote un peu avec Renaud qui m’explique quelques unes de ses multiples galères. Sans que je n’y prenne gare, notre conversation amicale se transforme en séance de psychothérapie dans laquelle Renaud me questionne sur le pourquoi du comment. Putain, qu’est ce que j’en sais, moi ?! Je suis tout autant à la ramasse que lui, je n’ai pas de femme, pas d’enfants, ma seule famille est à moitié décimée sinon totalement mis à part ce cinglé de Billy Boy, je vis sur la route dans une voiture à subir les conneries de mon frangin, je ne me pleins jamais mais chierie de merde ça me les brises d’entendre un ivrogne me chialer dans l’oreille quand j’essaye d’apprécier un bon blues. Billy me tire d’affaire en attrapant soudainement Renaud par le bras pour l’emmener dans les toilettes se payer une défonce en express à je ne sais quoi. Pour ma part, je déguste un savoureux thé-roulé dont je fais profiter Hélène et Matthieu. Quand ils reviennent enfin, le vieux en a terminé de son récital et abandonne la guitare. Il laisse place à ce bon vieux Muddy sur un électrophone. Difficile dans un monde où toute forme d’art subversive est interdite de faire péter les watts pour gueuler des envies de rébellion. Certaines musiques sont plus tolérées que d’autres. On entend beaucoup de conneries sorties de fausses écoles de musique et il est risqué d’aller s’aventurer à écouter Hendrix ou les Stones. D’ailleurs, ces mecs sont presque oubliés aujourd’hui. Seuls les gars de la route et des bas fonds de la société ont encore des albums parus avant l’arrivée du Taulier et de sa politique anti-culturelle. Billy et Renaud ont une sacrée longueur d’avance sur l’autoroute du Clair de Lune et notre clodo-frérot propose d’aller finir la fête chez lui mais qu’il n’a rien à nous offrir. Matthieu rétorque que ce n’est pas un problème, il a sa mallette LVP. Hélène et moi n’avons pas le temps de donner notre avis que déjà Billy est dehors, criant à Renaud de lui indiquer le chemin à suivre pour rejoindre sa demeure. Il nous prévient que c’est assez loin mais que ça vaut le détour et comme Matthieu a sa guimbarde à disposition, on embarque tous dans le bolide. On avale la route et je commence à reconnaitre l’endroit. Il me semble que c’est juste là, sous ce grand chêne, que nous avait ramassé notre bon samaritain, Matthieu. Et je ne me trompe pas, je reconnais l’épicerie dans laquelle j’ai acheté des cancerettes et une revue porno et c’est sur cette bicoque toute en brique que Billy a pissé avant de rencontrer le dit-samaritain. Et avant même que je ne m’en rende compte, nous sommes au beau milieu des bois de l’étang des Noes Cherel, sur le chemin précis que nous avions pris pour cacher la voiture et Harris. Mais les facéties du hasard ne s’arrêtent pas là puisque nous terminons notre route au beau milieu d’une cour couverte de mauvaises herbes, devançant une immense maison d’un autre siècle complètement délabré, ne tenant debout que grâce aux toiles d’araignées. Et c’est dans cette cour que nous avions laissé la guimbarde et Harris. Mais ils ne sont plus là, l’un comme l’autre. Chierie de merde. Billy Boy est dans une rage folle et se défoule contre la maison de Renaud qui lui demande de se calmer, qu’il a une petite idée de qui aurait pu faire le coup. D’après lui, c’est la bonne femme avec qui il partage la maison. Un genre de ramollie du citron qui se planque ici depuis des années. Elle doit se cacher parce qu’elle a un hobby des plus étranges. Certaines personnes aiment à faire des puzzles, collectionner les timbres, s’occuper de leur toutou d’amour, faire du sport, de la musique, de la peinture. Son truc à elle, c’est plutôt de se trouver un mec n’importe où, se faire sauter sans la moindre protection que la prudence et le bon sens imposent, et tomber en cloque. Une fois qu’elle accouche de son marmot, elle le tue. Le hobby de cette bonne femme, c’est d’étrangler ses enfants. Officiellement, elle en aurait tué onze à ce jour mais d’après Renaud, le compteur indiquerait plutôt la vingtaine. Encore une sacrée allumée du ciboulot. Renaud prétend qu’elle lui a fait le coup à lui aussi. Ils avaient conçu un enfant ensemble, lors d’une nuit de débauche, et à peine trois mois après la naissance du petit, elle lui collé ses grosses paluches velues autour de son petit cou glabre jusqu’à ce qu’il vire au bleu avant de le fourrer dans un sac poubelle et de le cacher derrière la vieille télé du premier étage de leur maison. Renaud l’a retrouvé là deux ou trois semaines après, à cause de l’odeur. Billy insiste pour partir immédiatement à la recherche de la maman infanticide avec la tire de Matthieu. Ce dernier est d’accord, à condition qu’il vienne car il n’y a que lui qui puisse la piloter. Pas de problème pour Billy. Renaud doit lui aussi être de la virée car il est le seul habilité à reconnaitre l’autre cinglée. Les voila donc partit à trois, nous laissant seuls Hélène et moi. Nous entrons dans la maison de Renaud. Le porche grince et la porte en bois vermoulue n’est même pas verrouillée. Une plaquette dorée est vissée dessus, portant le numéro de la case : 1009. Sur le sol, dans le corridor, j’aperçois le verrou. La porte avait du être défoncée par Renaud ou par les condés lors d’une descente. Hélène me dit qu’elle est fourbue et qu’elle aimerait se reposer un peu. Nous montons donc directement au premier, non sans une certaine appréhension quant à la solidité de l’escalier. Mais la montée se fait sans encombre et nous pénétrons ensemble dans la première chambre que nous trouvons. Hélène se laisse tomber sur le lit et s’endort presqu’aussitôt. J’attends patiemment en fumant une cancerette à la fenêtre, guettant Billy Boy, Renaud et Matthieu partit chercher la tire. Je ne sais pas si c’était une très bonne idée d’envoyer ces trois là ensemble…Mais comme à l’accoutumée, j’ai simplement fermé les écluses. Et puis il fallait bien que je veille sur Hélène.

I got this girl beside me but she’s out of reach
The Doors

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Goukimaster
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MessagePosté le: Mer 15 Sep 2010, 12:33 am    Sujet du message: Répondre en citant

je suis pas un grand lecteur ! Mais j'ai fait l'effort de lire deja le premier chapitre ! et j'ai bien rigolé a certains passage, je l'avoue ! L'aventure prend aux tripes d'autant que le style est parfaitement maitrisé !
M'en vais lire la suite un aut' jour, le plaisir ça se deguste.

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Space : Gouki il est intemporel, il change pas, il est immortel, c'est un Mcleod.
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Chakal D. Bibi
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MessagePosté le: Mer 13 Oct 2010, 6:14 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Nouveau chapitre, le mythe d'Hélène revisité Very Happy

Chapitre 4 : Lady d’Arbanville


Le soleil se lève et je n’ai plus de cancerettes. Hélène est étendue sur le lit et dort profondément. Elle ne m’en voudra pas si je lui pique une blonde dans son paquet. Je descends à la cuisine et trouve dans une boite de métal rouillée un fond de café moulu que je passe à la vieille cafetière posée sur la cuisinière. Je verse deux pleines tasses de café bien noir et bien frémissant, suffisamment corsé pour vous emballer le palpitant au moins toute la matinée. J’ouvre les placards, dont les portes me restent dans la main et à l’intérieur tapissé de toiles d’araignées et de poussières, à la recherche de sucre pour adoucir le breuvage infect et immonde que j’ose encore, dans ces quelques lignes, appeler café, mais en vain.

Je remonte avec les deux tasses dans la chambre où Hélène commence à se tirer les miches des bras de Morphée, le visage baigné par les rayons du soleil. Je ne peux alors que rester en émoi devant cette princesse qui s’étire juste là, sous mon nez. Je reste sur place, les bottes comme clouées au plancher, incapable d’esquisser un geste. Les draps mités dessinent magnifiquement la courbure de ses hanches, de ses seins rebondis. Le soleil se reflète sur son nez aquilin et lui fait plisser les paupières. J’aimerai trouver les mots justes, trouver les bons gestes. Mais là, je suis tout juste bon à lui tendre son café sans en foutre la moitié à côté. Elle finit par remarquer mon embarras et m’invite d’une tape de la main à venir m’assoir sur le bord du lit. Je m’exécute aussitôt. Nous sirotons le breuvage dégueulasse sans dire un mot. Elle allume une cancerette qu’elle me tend ensuite, avant de s’en allumer une à son tour. Et puis je trouve enfin un truc à dire, je lui demande d’où elle vient, si elle est née dans le bled où on l’a ramassé. Elle me répond en riant que je suis tout à fait à côté de mes pompes. Elle entreprend alors de me déballer les grandes lignes de sa petite vie qui a commencé il y a une vingtaine d’années de ça, depuis un 29 avril en fait. Moi ça fait un peu plus longtemps que ça mais bon, pour le moment on s’en tamponne pas mal. Hélène commence à me raconter son histoire et je suis déjà comme transporté sur un rafiot en coq de noix par la volupté de sa voix.

« Je suis originaire du sud-est du Vieux Continent. J’ai grandi dans le village d’Arbanville. Quand je suis arrivée en ce bas monde, ma mère avait déjà porté deux enfants, des garçons, des jumeaux. Ils étaient plutôt sympathique les frangins, ils ont toujours été très protecteurs avec moi…C’est ce qui leur a valu de passer sur la potence d’ailleurs…Mais j’y viendrais plus tard. J’ai aussi une sœur ainée. Elle est encore en vie mais je ne sais pas vraiment où, quelque part en Asie, chez le Taulier même. Non mais tu peux l’imaginer celle-là ? Je veux dire, sans être une Révolutionnaire ou quoique ce soit du genre, je suis bien d’accord pour dire que le Taulier c’est une véritable enflure et que ce serait bien si tout ce système pourri pouvait flamber un bon coup ! Enfin bref, je ne me souviens pas vraiment de mon enfance mais je crois me souvenir que c’était plutôt pas mal dans l’ensemble. Je veux dire, comparé à d’autres, j’étais plutôt vernie. Tout a commencé à partir en vrille environ au milieu de ma douzième année. Ca faisait quelques années déjà que la région où je vivais devenait le repère de différents gangs répartis dans toutes les villes et tous les villages du coin. Arbanville n’y faisait pas exception et c’est mon père qui tenait les rennes à l’époque, secondé par mes frères. Chaque fief était dirigé ainsi, il y avait un Duc à qui tout appartenait sur une certaine zone et chaque Duc de chaque zone se foutait sur la gueule avec ses voisins pour agrandir la dite-zone. Alors, on en est venu à revivre un système féodal où on formait des alliances pour limiter les dégâts. Et ces alliances étaient scellées à coup de mariages arrangés, de pots de vin, de prises d’otage. Maintenant, je vais te paraitre prétentieuse mais tu dois savoir, pour bien comprendre ce que je vais te raconter ensuite, que les hommes se sont toujours trouvés attirés par moi. J’en ai conclu que je devais être très belle. Et c’est cette beauté qui est la cause des nombreux drames de ma vie. Le premier eut lieu, comme je te le disais, au milieu de ma douzième année. Un Duc d’une région voisine me convoitait ouvertement et me fit un jour enlevé pour faire de moi sa femme. Mon père leva une armée dirigée par mes frères qui vinrent me libérer. Tu as certainement entendu parler de cette guerre civile aux infos. »

Mouais, je ne m’intéresse pas vraiment aux évènements mondiaux mais je me souviens vaguement avoir entendu un mec, dans un bistrot, en parler un soir où Billy et moi étions allé se rincer la glotte pour fêter sa centième voiture volée.

« Pour me délivrer des chaines de l’autre taré, 437 hommes d’Arbanville sont morts et chez nos ennemis, au moins deux fois plus. Parmi les 437 morts d’Arbanville, il y avait aussi deux de mes cousins. Quelques années plus tard, la foule de mes prétendants ne cessant de s’accroitre et sous l’influence de mon père, je décidai de prendre pour mari un Duc quelconque. Un mariage sans amour mais qui permettait aux deux partis, par un habile jeu politique, de gagner de nombreux avantages sur quelque ennemi commun. C’était donc un mariage sans amour qui fut célébrer le jour de mes dix-huit ans. Cela dit, je n’étais pas vraiment malheureuse, mon mari prenait bien soin de moi et me couvrait de cadeaux tous plus extravagants les uns que les autres allant d’un bustier en or massif absolument inconfortable à un château en Espagne où je n’ai même jamais foutu les pieds. De plus la paix était enfin revenue dans nos contrées grâce à ce mariage. C’était environ trois ou quatre ans après l’arrivée du Taulier. Ceci n’a aucune importance pour la suite de l’histoire, je te le dis afin que tu puisses situer plus facilement la chronologie des faits. L’année suivante, jour pour jour, mon mari organisa de grandes fêtes pour célébrer le premier anniversaire de notre union. Toute la région était invitée ou presque. Les guerres claniques ayant enfin cessées (du moins officiellement), la plupart des Ducs et leurs familles furent conviés à la petite sauterie ainsi que quelques chefs de la Mafia et deux ou trois dignitaires du Taulier. C’était en hiver, il faisait froid et il neigeait même cette année-là. Les invités étaient emmitouflés dans de gros manteaux de fourrure quand ils arrivaient en traversant l’allée enneigée, illuminée par les éclairages et la lune, qui était bien pleine. Je me souviens, regardant depuis la fenêtre de ma chambre, leurs visages déformés par la force du vent qui soufflait, un vent glacial, à te refiler des engelures à l’entre-jambe, vois-tu ? Quand je suis descendu au salon, la fête battait déjà son plein. La plupart des conviés étaient beurrés comme des porcs, descendant comme du p’tit lait un Champagne hors de prix. Ils fumaient des pipes d’opium ou de haschisch et sniffaient de la cocaïne. Dans un coin, un hindou jouait de la cithare, accompagné par quelques percussions et une sorte de flûte dont j’ignore le nom. L’atmosphère avait quelque chose de mystique. Et puis, peu à peu, cette fête d’ivrogne tourna à l’orgie, les gens copulant joyeusement entre eux. Un véritable bordel doré ! J’ai failli en gerber mes crevettes. Je suis sorti prendre l’air et c’est là que je l’ai rencontré. Un jeune homme tout à fait charmant, dont je ne révélerai pas le nom, s’avança et sans rien dire, m’attacha au cou cette pomme d’or que tu vois là. Nous avons discuté ensemble toute la nuit sans se soucier des cris orgasmiques de cochons qu’on égorge qui retentissaient depuis le salon. Je dois bien avouer que je suis tombé sous le charme de ce prince. Et c’est là que ça coince ! »

On passe enfin aux choses sérieuses. Après une intro pareille, j’espère que ça vaut le détour.
« Vois-tu, ce jeune homme était prince, c’était donc le fils d’un Duc, il était donc un potentiel ennemi. Et il me proposait de m’enfuir, de sauter dans sa limousine, maintenant, et de se carapater chez lui. J’ai hésité. Je me suis retourné et, par la fenêtre du salon, j’ai vu mon mari le Duc sodomiser sans vergogne et sans tendresse une tante éloignée sur les petits canapés fourrés à la crème. Il ne m’en a pas fallu plus pour me décider et j’ai fait la plus belle erreur de ma vie. Quand il s’est rendu compte de mon absence et qu’il reçut le rapport de ses espions lui contant ma présence dans le lit d’un ennemi, il devint fou de rage, réclama qu’on lave son honneur et fit alliance avec d’autres duchés pour marcher sur celui de mon amant. Une gigantesque armée de près de 10.000 hommes déferla sur ses terres. La guerre fut terrible et beaucoup périr. Mes frères, notamment, qui finirent au bout d’une corde comme je te l’ai dit. Ils avaient été capturés et ont été pendu haut et court puis exposé devant les camps des armées de mon mari. Lui aussi est mort d’ailleurs. Il s’est pris une flèche dans la tronche. Avant la fin de la dernière bataille, je me suis enfui et j’ai vécu un peu partout sur la route depuis. Et c’est à peu près là que je vous ai rencontré. »

C’est un peu raide comme conclusion. Je lui demande ce qu’elle a foutu entre cette guerre et notre rencontre. Elle me dit que ce ne sont pas mes oignons, que j’en sais assez pour aujourd’hui. Elle dit qu’elle est fatiguée d’avoir tant parlé et se recouche. Elle me demande de m’allonger près d’elle. Je crois qu’on va au devant de sacrées surprises avec cette nana. Et je crois bien que je l’aime aussi. Chierie. Ce n’est pas vraiment mon genre de tomber amoureux comme ça. Et même autrement d’ailleurs. Mais cette fille a vraiment un truc qui change, je ne saurai dire quoi pour le moment mais, indéniablement, y’a un truc. Je voudrai bien développer un peu mais il est extrêmement difficile pour moi de parler de ce genre de truc sans tomber dans le fleur bleu et le risible. Délicate situation dans laquelle je me trouve. Je suis allongé à côté d’elle, m’imagine tout un tas de trucs, plus ou moins pervers et tordus, et plus j’essaye de chasser ses idées, plus elles s’intensifient et je sens que ça commence à remuer dans mon futal. Tu trouveras sans doute la situation cocasse et tu t’payeras bien ma gueule mal rasée parce que je suis absolument incapable de porter mes couilles et de sauter sur ce bout de femme si bien roulée, et t’auras bien raison. Mais là, je dois avouer qu’il est impossible pour moi de bouger même un petit doigt. Elle s’est endormie. Elle ronfle. Ca casse un peu le mythe mais je trouve son ronflement agréable. Ouais, cette nana commence sérieusement à me faire virer chèvre. En tout cas, ses performances sonores me débloquent et je me faufile hors du pajot. Je descends à la cuisine, avec une envie de casser la graine et de m’envoyer quelques scotchs en écoutant un peu de musique. J’ai repéré un tourne disque dans le salon. Un d’ces trucs sur lesquels on joue des disques de vinyle. Quand le Taulier a débarqué, on écoutait de la musique sur mp3. J’devais avoir une dizaine d’années. Et puis quand il y a eu la 3e Guerre, un dénommé Steve Jobs a lâché la rampe et toute la technologie du monde s’est écroulée. Il s’est avéré par la suite que c’était le Taulier en personne qui l’aurait dessoudé, lui a piqué tous ses plans, tout son travail, toutes les connaissances en technologie du XXIe siècle pour le détruire. C’est la raison pour laquelle de nous jours, les chanceux qui peuvent encore écouter de la bonne vieille musique pépère à la maison, devant un feu de cheminée ou dans son bain, sont d’heureux possesseurs de tourne disques et de vieux disques vinyles, comme ceux qu’achetaient le paternel. J’arrive dans le salon et examine l’engin. Il est en plutôt bon état, Renaud doit l’entretenir avec une forme d’amour parce que c’est le seul objet de cette baraque baroque et miteuse qui n’est pas recouverte d’une couche de poussière. Je parie que Renaud l’a piqué à un bourgeois malchanceux du voisinage. Il a aussi une petite collection sympa. Tiens, Minor Swing de ce manouche de Django ! Ca fait des lustres que j’avais plus entendu celui-là. Je pose le disque sur l’appareil et m’installe confortablement dans un fauteuil au pied duquel trainent des bouteilles vides, de vin et de barbituriques. Ce brave Renaud devait s’payer du bon temps à écouter de la musique ici très souvent. J’imite le clodo-frérot, me confectionne un thé-roulé et me verse une grande rasade de bourbon. Je ferme les yeux et me plonge dans la musique. Quel rythme, quelle maitrise, quelle virtuosité. Quel doigté, si j’ose dire. Je me laisse couler dans le fauteuil et pousse un long soupir de satisfaction. Qu’il est agréable d’être installé là, calmement à apprécier un bon disque, sans plus réfléchir à toutes les merdes qui nous tombent dessus les unes après les autres depuis qu’on a décidé de prendre la route. J’aime beaucoup voyager comme ça, sans but précis, mais toute cette course devenait franchement macabre. La compagnie d’Harris, pour ce qu’elle vaut, est plutôt agréable. Il ne rechigne à rien et ne demande pas beaucoup d’attention, c’est plutôt un bon compagnon. Celui qui m’inquiète le plus c’est Billy. Plus ça va et plus je me dis que c’était vraiment une mauvaise idée de laisser mon frère partir avec Matthieu et Renaud. Les deux premiers sont des tueurs compulsifs et le troisième est une loque de camé qui ne remuerait pas la queue pour autre chose qu’une dose. Du peu que je le connais, il est relativement sympathique mais je me méfie quand même. Comme tu le sais, les junkys sont absolument imprévisibles. Ce bon Harris l’a découvert à ses dépends. Enfin, je m’en fais sans doute pour rien. Cela ne fait même pas vingt quatre heures qu’ils sont partis. A l’heure qu’il est, ils doivent probablement avoir retrouvé Harris et être sur le chemin du retour. Ils se seront sans doute arrêter dans un bordel sur la route, histoire de passer un peu de bon temps avant de rentrer au bercail. Le tourne disque s’arrête, le disque est finit. Je le remets en place et zieute à nouveau la collection de Renaud, à la recherche d’un son plus électrique. Je tombe sur un enregistrement d’Eric Clapton, intitulé 461, Ocean Boulevard. Si je me souviens bien, ce disque est un des premiers que le bonhomme ait enregistré en solo. Enfin je te dis ça, c’est des histoires qui ont au moins un demi-siècle. Les premières notes du blues électriques raisonnent dans la maison et j’entends les escaliers intérieurs craquer. Hélène ne tarde pas à se montrer dans l’embrasure de la porte, encore un peu dans les vapes. Je lui verse un verre de bourbon qu’elle accepte. Elle fait un détour par la cuisine pour récupérer une chaise et viens s’assoir à côté de moi. Je lui tends son verre qu’elle me retourne sitôt qu’elle l’a éclusée. Et bien, c’est qu’elle a de la descente la petite. Elle remarque mon étonnement.

« Mes frères m’ont appris à boire comme un homme.”

Ceci expliquant cela, je lui reverse un verre. Je lui demande si elle connait Clapton mais elle me répond que non. Alors je lui explique un peu l’histoire de ce fameux blanc qui jouait du blues mieux que les noirs et dont le nom recouvrait les murs de Londres à une époque, le qualifiant de Dieu.

« Dieu ? Il faut être cintré pour croire en une telle chose. Ne me dis pas que tu fais partie de ces forcenés qui se jettent à genoux pour demander à leur copain imaginaire d’améliorer un peu leur vie de merde ? »

Evidemment que non. Enfin, je ne crois pas. En fait, je n’ai aucune foutue idée de ce en quoi je crois. Probablement en rien.

« Et bien moi, je crois que le bonheur peut-être atteint autrement qu’en dédiant sa vie à quelqu’un dont nous sommes quasiment sur de l’inexistence. »
Moi, je ne crois pas que le bonheur puisse être atteint. Je ne suis pas spécialement pessimiste, disons que jusque là, la vie ne m’a vraiment donné de preuve du contraire. Et puis, je suis d’un naturel sceptique. Nous ne parlons plus après cela et nous restons à écouter de la musique jusqu’au coucher du soleil. Elle se lève enfin et va à la cuisine nous préparer un truc à manger. Pour ma part, je farfouille dans la LVP et nous prépare quelques remontants pour la soirée. Vers une heure du matin, je m’endors dans le fauteuil du salon et me réveil au même endroit deux ou trois heures plus tard. Hélène n’est plus là. Nous avons discuté toute la soirée, les mots venaient tout seul. Je n’avais pas besoin de faire semblant. Elle m’a parlé d’elle, beaucoup, je lui ai parlé de moi, un peu. Parce que c’est loin d’être mon truc de m’étendre sur mon passé avec n’importe qui, vois-tu ? Je monte dans la chambre et la voit étendue sur le lit, au dessus des couvertures, respirant doucement. Ca change des ronflements de l’après-midi. Inutile de la réveiller.

My Lady d’Arbanville, why do you sleep so still? I’ll wake you tomorrow
Cat Stevens

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Dernière édition par Chakal D. Bibi le Lun 19 Déc 2011, 1:49 pm; édité 1 fois
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MessagePosté le: Ven 29 Oct 2010, 1:30 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Hop hop !!! Hommage à Villon, grand poète français du Moyen Age, dans ce chapitre qui introduit de nouvelles aventures pour ce cher Billy Boy et son clodo-frérot Renaud.

Edit : Petit changement lors du retour de Billy et Renaud, en début de ce chapitre. C'est important pour la conclusion de l'histoire de Billy.


Piste 5 : Prayer For A Wanker


En fin d’après-midi, quand j’entends enfin le moteur d’une voiture, je suis écroulé aux côtés d’Hélène, complètement défoncé après deux thé-roulés arrosés de whisky. Autant dire que le réveil est plutôt raide. En me levant je constate que le sol est jonché de seringuettes et de capsule vide de méthédrine, ainsi que de morceaux de buvards sur lesquels étaient imprégné de petites doses de LSD. Hélène et moi avons drôlement carburé depuis le départ de Billy Boy et des autres et j’essaye d’évaluer le temps qui a pu s’écouler jusqu’à maintenant. Je vais dégueuler dans le couloir, un peu partout, et arrive enfin à trouver les chiottes pour le grand final. Je crache tripes, boyaux, café, drogues et alcool dans un grand geyser puant, éclaboussant les murs lorsqu’il entre en contact avec la porcelaine déjà plus très blanche du plus très majestueux trône. Je me traine sous la douche et m’arrose un peu la tronche, me rince le gosier à grande gorgée d’une eau pas très claire. Mais bon, ça fera l’affaire. Je me sèche avec ma chemise et descends accueillir Billy, Renaud, qui a maintenant un moignon à la place de la main droite, et…Ah ! Tiens, pas Matthieu…Bordel, qu’est ce qu’il s’est encore passé ? Putain de chierie, je le savais ! Je savais qu’en laissant partir ces trois allumés il y aurait des emmerdes ! Mais est-ce que j’ai ouvert ma gueule ? Non, bien sur que non ! Foutre de bon Dieu de merde ! Qu’est ce qu’ils ont bien pu bricoler ces cons-là ? Billy Boy s’avance vers moi, les pupilles dilatés et les vaisseaux sanguins explosés. Il est à moitié couvert de sang et tient la tête de Matthieu, conservée dans un bocal à anchois sous un bras et notre mallette LVP sous l’autre. Renaud suit derrière en chialant.

« C’est…C’est un malade…Putain, c’est un foutu bon Dieu de malade ! »

Il brandit son moignon grossièrement bandé avec du tissu en se tenant l’avant bras de sa main valide, comme une preuve irréfutable de qu’il avançait à propos de ce cinglé de Billy Boy.

« Renaud, aurais-tu l’extrême amabilité de bien vouloir fermer ton aspirateur à foutre ? »
« Il…Il les a…Il leur a…Putain… »

Renaud tombe sur les genoux, sa main gauche et son moignon droit couvrant son visage. A travers ses cinq doigts restants, s’écoulent des sanglots. Il est terrifié. Il convulse, rote bruyamment, vomit, s’essouffle. Son bras gauche se raidit, puis les deux derniers doigts de sa main gauche déjà bouffé par l’arthrite. Il fait sans doute une crise cardiaque. Et puis il meurt. Son visage reste figé dans l’effroi total. Qu’est ce que ce con de Billy Boy a bien pu faire de si horrible ? Je lui pose d’ailleurs la question.

« T’en fais donc pas frangin, tout baigne ! Il a pris une came pas nette et a flippé voila tout. »

Il a flippé ? Non mais il se fout de ma gueule en plus ? Renaud était déjà bien atteint, je ne vois vraiment pas comment une quelconque came aurait pu le rendre plus dingue encore.

« Je te le jure mon frère, je te l’assure, tu n’as pas à t’en faire. Cela fait plusieurs jours qu’il flippe ainsi sans discontinuer.»

Ouais…En tout cas ça n’explique pas pourquoi Matthieu n’est pas rentré avec le reste de son corps. Il me rétorque que c’est une longue histoire et que ça ne m’intéressera pas vraiment. Je lui assure le contraire mais il ne m’écoute déjà plus. Il se rue au petit salon, ouvre la LVP et s’envoie un bon gramme de morphine, pour se calmer les nerfs. Il s’écroule sur le canapé. Je vais dans la cuisine faire du café que j’apporte fumant. Billy s’en verse une grande tasse et souffle dessus avec concentration pour le refroidir. Je lui demande quand il pense se décider à me raconter ce qu’il s’est passé depuis qu’ils sont partit à la recherche de la tire et de Harris. Et d’ailleurs, il est toujours là Harris ?

« Jimbo, vieux frère, tu as toujours été là pour moi, tu es irremplaçable à mes yeux et je ne voudrai pas te décevoir. »

Quand il commence sur ce ton-là, c’est généralement pour m’annoncer les pires saloperies que l’esprit humain pourrait oser imaginer.

« Comme tu le sais, je suis parti il y a huit ou neufs jours maintenant avec Matthieu, dont la tête est maintenant confortablement installé dans une glacière, et Renaud, maintenant décédé, tu en a été témoin. Comme tu le sais aussi, j’ai un don absolument hors du commun pour m’attirer tout un tas d’emmerdes servies sur un plateau d’argent par les facéties du destin. Nous sommes donc partis tous les trois direction la charmante ville de Saint Malo. C’est vraiment très beau là bas. D’ailleurs, il nous faut y aller sans plus tarder ! »

Billy saute de son canapé et cours déjà à la voiture. Cette fois, j’agis ! Je lui attrape le bras et le force à se rassoir en usant de toute mon autorité de grand frère camé jusqu’aux yeux mais certainement toujours plus clairvoyant que cet aimant à emmerdes. Maintenant il doit me raconter précisément ce qui s’est passé et nous aviserons ensuite. Je dois prévenir le lecteur qu’étant donné certains détails comme le t-shirt et la moitié du visage couvert de sang séché depuis pas mal de jours de Billy, la tête de Matthieu dans la glacière et le cadavre de Renaud sur le perron de la maison 1009, que le récit qui va suivre sera certainement à déconseiller aux âmes sensibles. Je bois une gorgée de café et me prépare à mon tour un fixe de morphine, histoire d’être paré à encaisser l’inénarrable histoire de mon taré de frangin.

« Je vais maintenant te conter mon frère, toute l’histoire exactement comme elle s’est passée ! Nous partîmes donc tous les trois, moi au volant. Nous fonçâmes direction Saint Malo, comme je te l’ai dit. La ville se trouve à environ 70 kilomètres d’ici et nous fîmes le trajet en un peu plus d’une demi-heure, nous n’avons pas perdu notre temps, il était tout à fait impératif de retrouver Harris et sa voiture le plus rapidement possible. D’autant que Renaud nous informa sur le trajet que cette cinglée que nous poursuivions était probablement partit pour vendre Harris à un empâteur, tu te doutes bien que je ne pouvais laisser cela se produire. »

Laisser Harris être transformé en pâté nous aurait évité bien des emmerdes à venir mais je suis d’accord avec Billy Boy, on ne pouvait pas laisser ce bon Harris se faire empâter pour être bouffé par un pauvre erre quelconque sur les remparts de Saint Malo.

« Nous ne nous sommes même pas arrêtés pour manger une crêpe. Sitôt la voiture parquée, nous courûmes à travers les rues de la ville, direction l’ancienne cathédrale Saint-Vincent. Ancienne car, comme tu le sais, toute forme de religion est aujourd’hui proscrite, alors Saint-Vincent est maintenant devenu une cour des Miracles où Vice et Fourberie sont les nouvelles idoles. Nous trouvâmes sans mal l’empâteur du coin. Il nous a suffit de faire courir le bruit que nous avions un cadavre sans avoir la moindre idée de quoi en foutre. Le gars est venu nous trouver tout seul comme un grand. Il s’est d’abord présenté à nous, il s’appelait Ronnie et ensuite je me suis tout de suite excusé en dévoilant mon subterfuge pour le faire rappliquer et, tiens toi bien, ca l’a fait marrer ! Son vrai prénom c’est Ronald, il était d’origine sud-africaine m’a-t-il confié ensuite, d’ailleurs il avait un cousin, empâteur lui aussi, Madoulo, qui est resté au pays et qui bosse à Cape Town. Je sais tout cela car nous eûmes à loisir de discutailler par la suite, il nous invita dans son alcôve et nous bûmes un alcool de sa composition. Matthieu a dégueulé tout ce qu’il pouvait avoir dans le bide quand Ronnie nous expliqua de quoi était fait son alcool. Sa teinte rouge et son goût très sucré aurait du me mettre sur la piste. En fait, Ronnie faisait son alcool avec du sang humain qu’il prélevait sur les corps quand il les récupérait suffisamment frais. J’ai été assez surpris, autant par la composition de cet alcool (au demeurant délicieux) que par la réaction de Renaud qui était resté absolument stoïque. Il nous raconta alors qu’il y a quelques mois de cela, il avait trouvé un lare-feuilles, probablement laissé chu par un con de bourgeois, et qu’il pu s’offrir avec le magot qui se trouvait à l’intérieur un grand bocal de deux cents centilitres de méthédrine. Lui, ainsi que la connasse d’infanticide, se sont payé une défonce monstrueuse pendant au moins une semaine et il s’était retrouvé à picoler ce genre d’alcool pour rester éveillé. Mais il n’était plus très sur des dates à cause de la formidable quantité de drogue qu’il s’envoyait chaque jour dans son réseau intraveineux. C’est à peu près à ce moment de la conversation que nous avons songé à demander à Ronnie s’il n’avait pas aperçu la dite-connasse avec le cadavre d’un british aux dents en vrac. Il nous répondit du tac-o-tac par la positive. Celle que l’on recherchait était bien à Saint Malo, elle était venue le voir pour essayer de lui refourguer notre macchabé ! Mais, nous confia-t-il, les british il ne les prend que très rarement. Ils ont généralement un arrière goût de charbon et lui faisait dans le pâté de qualité, il ne pouvait pas se permettre ce genre d’écart. Nous étions donc sur la bonne piste ! Par contre, il n’avait aucune foutue idée de l’endroit où elle créchait… Renaud lui, pensait savoir. Il se souvenait, lors de leur fameuse semaine méthédrinée, qu’ils avaient beaucoup dormi l’un contre l’autre, sans jamais faire l’amour (les camés de ce niveau ont la libido sous le seuil du zéro absolu), dans une piaule où elle squattait lorsqu’elle venait ici. Par contre, feu Renaud n’était plus foutu de se souvenir de l’endroit exact ! Il nous avoua quand même qu’il se souvenait avoir les pieds, la bite et les doigts gelés. Mais ça, c’est une réaction normale liée à la prise de méthédrine alors je lui demandai ce que je pouvais bien en avoir à carrer. Et tu ne devineras jamais ce que ce bougre a trouvé à me répondre. Comme il se souvenait avoir eu les arpions gelés, il s’est aussi souvenu avoir voulu se les réchauffer et être entré dans un rade qui se trouvait dans une rue au nom fort charmant, « la rue de la Pie Qui Boit », n’est ce pas adorable ? Et il se souvenait parfaitement alors que le squat de l’autre salope kleptomane ne se trouvait à même pas une rue. Et cela donna une idée qui se révéla fichtrement bonne à notre ami Ronnie. Il nous suggéra de fouiller rue de la Clouterie, que c’était certainement à cette rue que pensait Renaud. Tout semblait donc aller au mieux quand nous fîmes nos adieux et nos remerciements à Ronnie. Mais en réalité, c’est là que les choses se gâtèrent et que Matthieu du faire don de son corps et de son futur pour nous sauver tous. Ronnie exigea qu’on le dédommage sur le champ mais dans notre précipitation pour partir, aucun de nous n’avait songé à prendre de l’argent. J’ai bien proposé à Ronnie de le payer en drogue mais il a refusé et à exigé le corps de l’un d’entre nous ! Le sympathique Ronnie était maintenant devenue un fieffé salopard que je m’imaginais déjà pendre par les couilles au clocher de l’ancienne cathédrale Saint-Vincent, involontaire témoin de cette triste trahison. Quand Ronnie nous fît part de sa requête, tu te doutes bien que Matthieu et moi avons protesté de vive voix, tandis que Renaud était occupé à chier dans son futal parce qu’une bande de mecs pas bien jolis avec une curieuse coquille de l’ex-Saint Jacques accroché en pendentif autour du cou s’était mis dans l’idée de nous encercler. Ronnie n’avait cure de nos protestations et la ronde des horreurs humaines que formaient les gars à la coquille ne cessait de se resserrer. C’en était presque burlesque ! T’aurais vu ça frangin, les mecs semblaient véritablement revenir d’un siècle bien trop ancien pour qu’on s’en souvienne précisément. Ils étaient vêtu de toge de tissu, ceinturé par une bande de cuir à laquelle pendait au choix, un poignard, une épée, un flingue ou les trois à la fois. Certains avaient un œil masqué par un bandeau de tissu élimé et poussiéreux, à d’autres il manquait une guibole. Ils portaient pour la plupart des bottes de cuir usé et des pantalons troués de part en part. Sauf un. Il y en avait un qui ressortait clairement du lot et quand il se présenta à nous sous le nom de Colin de Cayeux, chef de ce groupe de culs de jatte et de mous du genou, je n’ai pas été plus surpris que cela. Putain de chierie, mon frère ! T’aurai vu ce gaillard ! Un fieffé colosse d’au moins un mètre quatre-vingt dix ! Et il devait facilement peser ses cent-dix kilos, ce con ! Il était habillé fort élégamment dans une tenue noire, grise et blanche, composée d’une paire de botte flambant neuve, d’un pantalon tout à fait seyant, d’une chemise bouffante, d’un veston de cuir et d’un long manteau. Ses cheveux, longs et sombres comme le cul d’une chèvre, étaient noués en catogan. Ca lui donnait un petit côté tarlouze gothique mais je n’ai pas pipé mot et fus tout de même très impressionné par le charisme qu’arrivait à dégager ce mec. Il dégaina une épée, légèrement courbée et toute édentée, le truc qui ne te perce pas le bide mais te le déchire et vient t’astiquer les boyaux pour en faire une belle bouillie façon porridge. Il s’est ensuite avancé vers nous. Il a levé son épée à l’horizontale, tendue vers le cou de Matthieu. En jetant un regard à ses pieds, je vis une longue trainée d’urine qui lui coulait du pantalon. Colin de Cayeux a ensuite laissé glisser sa lame vers mon cou, puis vers celui de Renaud. Celui-ci, comme je le redoutais, venait littéralement de se chier dessus. Il était en pleine redescente d’un shoot au brun et il te faut ajouter à cela l’état de panique dans lequel il se trouvait pour bien te représenter le tableau. Colin de Cayeux continuait à promener son épée d’un cou à l’autre. Et puis d’un coup, d’un seul, sans prévenir, trancha net la tête de notre ami Matthieu. Celle-ci s’envola dans les airs et je plongeai pour la rattraper in extremis au creux de mes mains. Colin fut surpris de l’attachement que je pouvais porter à cette tête quand je suppliai Ronnie de me la laisser. Celui-ci accepta. Et puis Colin rengaina son épée et le cercle des éclopés éclata, les uns et les autres retournant vaquer à leurs occupations qui consistaient essentiellement et pour la plupart à s’envoyer de grandes rasades de pinard dans la gouttière. Ronnie et trois petits jeunes, qui devaient être ses apprentis, repartirent avec le corps de feu l’ami Matthieu. Renaud était en train de vomir le peu de bile qui lui restait encore dans l’estomac. Il souffrait le martyre le pauvre bougre et pour ne rien te cacher je me sentais un peu responsable, va savoir pourquoi. Enfin bref, après cela il s’est passé une chose curieuse, Colin de Cayeux nous invita à le suivre dans ses quartiers pour y vider un godet. Là, je dois bien avouer que ça m’a coupé les deux guitares. Le même type qui était prêt il y a à peine trois minutes et quinze secondes à nous faire valser la caboche nous invitait maintenant à aller déguster de pleins bols d’hypocras, le meilleur de la région, nous assurait-il. L’hypocras est ce vin sucré contenant du miel, du gingembre et quelques autres épices. Une boisson très ancienne qui revient à la mode. Renaud, la tête de Matthieu et moi-même, nous mîmes donc à suivre ce grand gaillard de Colin de Cayeux aux étages de l’ancienne cathédrale Saint-Vincent, cour des Miracles de la région de Saint Malo. Autrement dit, nous étions dans le repaire de tous les brigands, truands, faussaires, voleurs, tueurs, tricheurs, prostiputes et proxénètes de la région. La suite de l’histoire est très intéressante et contient son lot de surprises. De plus, mon cher frère, je t’expliquerai comment sont organisés tous ces rustres qui vivent dans l’ancienne cathédrale Saint-Vincent et comment se sont déroulées nos huit ou neuf jours là bas, à Renaud et moi. Mais je te raconterai tout cela plus tard, je suis épuisé et ce shoot de morphine que je viens de m’envoyer dans les veines est en train de finir d’achever mon pauvre esprit éreinté. A plus tard. »

Et voila. Billy s’allonge sur le canapé et se laisse tomber dans les bras de Morphée. Impossible de le réveiller, il a décidé qu’il me conterait la suite de ses péripéties plus tard, je ne le ferai pas changer d’avis. Il a dit huit ou neuf jours…Bon dieu de merde, Hélène et moi avons passé plus d’une semaine à se défoncer sans même avoir conscience du temps qui s’échappait. Chierie. Billy Boy n’a pas vidé tout le flacon de morphine et je me prépare une seringuette que je m’enfonce dans le creux du bras gauche puis sombre à mon tour dans un semi-coma. En même temps, j’adresse une petite prière pour ces si sympathiques branleurs de Matthieu et de Renaud.

Just a prayer for a wanker, I guess it’s enough. Well, I’m sure it’s enoughNoir Désir

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MessagePosté le: Ven 12 Nov 2010, 11:38 am    Sujet du message: Répondre en citant

Hop hop, suite et fin des aventures de Billy Boy et son clodo-frérot Régis en les ramparts de Saint Malo ! Enjoy Wink

Piste 6 : Early in The Morning


Quand j’émerge enfin, le soleil brille haut à son zénith et ses rayons m’aveuglent complètement. Il ne doit pas être loin de midi. Billy n’est plus sur le canapé et j’entends des voix dans la cuisine. Je me lève sans difficulté, parfaitement réveillé et reposé. J’ai du dormir plus que quelques heures pour être autant en forme après plus d’une semaine de défonce non-stop.

Dans la cuisine, je retrouve Billy et Hélène qui discutent en buvant du café et en mangeant des gâteaux. Hélène m’explique qu’elle a été faire quelques courses en ville. En farfouillant dans le larfeuille de Renaud, Billy avait trouvé un peu d’argent. Il avait aussi retourné toute la maison. Et petit à petit, en accumulant la monnaie et en ajoutant les billets qu’ils nous restaient du larfeuille d’Harris, Hélène avait pu acheter des gâteaux, du riz, des haricots, du sucre, des fèves, un peu de viande, du lait, du café et, en prime, une bouteille de scotch. Hélène me tend un café brûlant que j’accepte avec plaisir et auquel j’ajoute, non sans gourmandise, une grande rasade de gnôle. Billy avait sorti la tête de Matthieu de son bocal à anchois pour le nettoyer, afin que ce dernier soit plus à l’aise et reste dans un environnement propre et stérile. Amusant de voir le soin qu’apporte Billy pour que Matthieu, à l’état de cadavre, soit dans son bocal à anchois comme un coq en pâte. Je lui demande comment va Harris, s’il n’est pas trop décomposé et il me répond qu’il a trouvé dans la grange, au fond de la cour envahie par les herbes sauvages, un vieux congélateur hors d’usage mais qu’il a rempli avec Harris, des glaçons et du formol dont il avait trouvé un bocal dans la grange. Il me dit que ça devait être un ancien labo de drogue car il a aussi retrouvé un paquet de verrerie et de vieux produits chimiques divers entrant dans la composition de plusieurs drogues, principalement des amphet’ comme la benzédrine ou l’ortédrine. Mais, à son grand regret, Billy n’a rien trouvé de consommable. Harris et Matthieu sont donc tous deux biens au frais. Il faudrait qu’on arrête de ramasser tous les cadavres que l’on croise. Je devrais peut être allé inhumer Renaud avant que Billy ne décide de l’embarquer lui aussi dans notre périple. Mais avant cela, je lui demande de terminer son récit. Je sais maintenant comment Matthieu a perdu la tête mais j’ignore toujours ce qu’ils ont branlé avec Renaud pendant deux semaines dans cette cour des miracles qu’est devenu l’ancienne cathédrale Saint-Vincent.

« Quand je me suis arrêté dans mon récit, Matthieu n’était déjà plus qu’une simple tête, son corps étant en train d’être traité par Ronnie qui allait en faire une délicieuse terrine. J’aurai voulu que tu y goûtes mais c’était tellement succulent que Colin, Ronnie et moi, l’avons dévoré en quelques coups de dents et nous sommes rincés le gosier à l’hypocras en devisant joyeusement de choses et d’autres pendant une partie de la nuit. Et puis Colin m’a proposé de me faire visiter sa cour des Miracles. Celle-ci porte foutrement bien son nom ! Imaginez que chaque mendiant boiteux entre les remparts de Saint Malo marchait droit une fois le perron de l’ancienne cathédrale traversé, que chaque aveugle retrouvait la vue, les paralytiques se mettaient à danser et les sourds entendaient à nouveaux ! Au moins cent cinquante âmes errantes dans les rues de Saint Malo et vivant de mendicités et de rapines, usant de leurs handicaps pour attendrir les bonnes gens, se trainant contre les remparts, se soutenant les uns les autres sous le regard empli de pitié ou de haine des honnêtes et des condés du Taulier, retrouvaient la santé et la joie de vivre une fois qu’ils rentraient à Saint-Vincent. C’était proprement miraculeux ! Colin m’expliqua alors que la cour est organisée selon une hiérarchie pyramidale au sommet de laquelle lui-même se trouvait. Puis venaient les Coquillards, la bande qu’il menait personnellement et qui était facilement identifiable par le pendentif en coquille que les membres de la bande portaient autour du cou. Il m’a ensuite appris les différents groupes d’arnaqueurs que l’on retrouvait ici. Les Piètres font mine d’être estropiés et se promènent avec une béquille sous le bras gauche ou droit, les Malingreux se couvrent le corps d’ulcères factices, les Cagous sont des pickpockets plus qu’efficaces. Il y a aussi les Orphelins, des enfants se baladant à moitié nu, feignant d’être transis de froid et de ne plus manger à leur faim depuis que leurs parents avaient disparu pendant la 3e Guerre. Il y en avait beaucoup d’autres, de ces groupes spécialisés dans le truandage de toute sorte mais celui qui m’interpellait le plus était bien évidemment la troupe menée par Colin de Cayeux, les fameux Coquillards ! De fieffés gredins qui arpentent les routes, mettant à sac des villages et de petites villes. Ils n’hésitent pas à zigouiller ceux qui se mettent en travers de leur chemin, qu’ils soient de chez le Taulier ou d’ici. Il existe entre ces mecs une solidarité et un esprit fraternel incroyable mais aussi un sens de l’honneur et du code des Coquillards plus qu’impressionnant. Ce code, ces cons le vénèrent comme un bouquin sacré qui dicte leur vie. Aussi soudés soient-ils, si l’un d’entre a le malheur de manquer au code, il sera exécuté sans sommation ! N’est-ce pas merveilleux ? Les Coquillards se prêtent à diverses activités jamais bien jolies comme je vous l’ai dit. Et je dois reconnaitre que l’ambiance de cette cour des Miracles moderne me charmait de plus en plus et je me suis dit, tout naturellement, que sacré chierie, je poserais bien mes guêtres parmi ces gars là quelque temps encore ! Alors j’ai demandé à Colin, l’air de rien, comment on faisait pour devenir un fier Coquillard ? Il me répondit par une question, me demandant en quoi je pouvais leur être utile ? Il m’expliqua que les mecs que je voyais là, c’était des gars qui avaient fait la guerre contre le Taulier et quand l’armée de l’Alliance de l’Ouest fut dissoute, ils se sont retrouvés sans la queue d’un emploi et n’avaient trouvé, comme moyen de survie, que de continuer à arpenter les routes, tuant et pillant selon la nécessité ou leur bon vouloir. C’était à peu près tout ce à quoi ils étaient bons. Cela faisait une dizaine d’années que ces mecs fonctionnaient de manière précise et pas trop mal organisée. En fait, les Coquillards sont des milliers et Colin de Cayeux n’est pas seulement le chef de cette troupe de Saint Malo mais aussi le Roy des Coquillards ! N’est-ce pas incroyable de se dire que ce grand gaillard est à la tête d’une armée déchue constituée de brigands ne sachant rien faire d’autres de leurs dix doigts que de tuer ? Ce que m’a inspiré Colin de Cayeux, Roy de la Coquille à ce moment-là, c’est un sentiment d’admiration, proche de l’amour…Pas un amour comme on a l’habitude de vivre ou de voir, qui consiste essentiellement à se la mettre le plus profondément possible dans un trou quelconque, non, plutôt un amour platonique de ce que Colin représentait. Une révolte, une rébellion ! J’ai bien regardé le groupe de Colin et je lui ai répondu qu’il manquait quand même, peut être, un gars futé dans mon genre, qui n’a pas froid aux yeux et qui n’a rien à perdre ! Je lui ai expliqué que je me moque de beaucoup de choses, sinon de moi, de mon frère et de quelques autres trucs, le reste, rien à branler ! Je lui ai ainsi expliqué mon désintérêt total pour les choses de l’amour, pour l’importance d’une descendance ou de vrais amis, je lui ai dis que seuls les fous trouvaient grâce à mes yeux et il sembla apprécier ce que je disais puisqu’il appela ensuite un certain François Villon. Il me glissa à l’oreille que c’était un poète et qu’une de ces tâches consistait à ratifier par écrit ses nouvelles idées, décisions, lois etc. Il lui ordonna de noter mon nom, Billy Boy, et de préciser que j’avais volonté d’intégrer la bande des Coquillards. Ensuite Colin m’expliqua que j’avais à accomplir trois épreuves. Aucun problème. La première d’entre elle consistait à voler quelque chose. Je lui ai expliqué que ça tombait bien, que j’avais une broutille à récupérer. Il a rit et nous a laissé partir, Renaud et moi, pour aller récupérer Harris chez l’autre salope, voleuse de cadavre ! Nous voilà donc en route, bras dessus et complètement saoul avec le clodo-frérot Renaud. On a commencé à rouler mais, ne connaissant pas bien la délicieuse citée de Saint Malo, j’ai pris moult détours. Nous avions pris soin d’embarquer une bouteille d’hypocras et quelques boulettes d’opium. Nous bûmes toute la bouteille avant d’atteindre la rue de la Clouterie alors, comme Renaud l’avait fait lors de son dernier séjour ici, nous nous arrêtâmes dans un rad rue de la Pie qui Boit pour nous envoyer quelques godets et fumer quelques pipes d’opium avant de reprendre notre route. En payant le patron, je lui ai demandé s’il n’avait pas un couteau ou un truc qui tranche bien à me prêter. Je lui ai dit que j’en aurai probablement pour une petite demi-heure et il m’a prêté un hachoir et un couteau de cuisine bien aiguisée, la lame devait faire dans les trente centimètres. D’ailleurs, j’ai oublié de les lui rendre. Enfin bref, j’ai pris les deux ustensiles et nous reprîmes la route, Renaud et moi. Quand nous arrivâmes au bout de la rue de la Clouterie, nous fîmes face à une grille et, au bout d’un petit sentier longé par des rosiers sans roses, se trouvait la maison en bois à moitié écroulée où logeait la voleuse de cadavre. Nous nous faufilâmes à la lueur de la lune, l’échine courbée, le long du grillage et fîmes presqu’un tour complet (note l’étendue de notre étourderie) avant de trouver une brèche que nous écartâmes aisément à l’aide d’un simple bâton de bois. Nous passâmes par la porte de la cuisine où nous trouvâmes Harris, installé tranquillement dans toute sa raideur, encore froid. Elle venait probablement de le sortir d’un congélo. Du salon provenaient des gémissements, de douleur et de plaisir. Nous sommes allés y jeter un œil. Cette maison était proprement dégueulasse ! La tapisserie se cassait la gueule, les murs étaient fissurés, le plafond craquait et le plancher grinçait. La moquette était humide et poisseuse, elle sentait la gerbe, le foutre et les excréments. Abominable. Des camés aux cheveux longs et aux sapes bariolées y étaient pourtant allongés, complètement défoncés, certains avec l’aiguillette encore dans le bras. Renaud m’a dit que ce squat était surnommé « La salle d’opération », ou « salle d’op’ », une fois que tu es un membre familier de ce lieu insalubre et délabré. Dans cette chambre, depuis 1957, presque un siècle, se succédaient des générations de défoncés, qui y venaient pour se camer à coup de seringuette. Il existe même des histoires sur des gars qui seraient nés dans cette chambre pour y vivre et y mourir quelques années plus tard. En effet, il se raconte qu’un enfant, P’tit Mick, à cinq ans, connaissait déjà tout de l’art de rouler un joint ou de préparer une douille. Le môme n’a pas vu la sixième année. La salope qui nous avait tiré la bagnole et Harris s’était farci le P’tit Mick en brochette. On s’est mis à la recherche de la salope susnommée, on a interrogé quelques camés pas encore trop vaseux, enfin on a mené l’enquête quoi. J’ai partagé une pipe de haschisch avec un mec. Et puis nous montâmes à l’étage et elle arriva de nulle part, du salon en fait, et hurla en m’apercevant, comme si elle me connaissait. Alors je lui ai lancé le couteau en pleine poire, pile entre les deux yeux et, croyez moi ou non, cette salope n’était pas encore crevée ! Alors je me suis jetée à son cou, je le lui ai serré des deux mains, de toutes mes forces ! Elle convulsait la bougresse mais refusait de canner, elle avait les yeux qui lui sortaient par les orbites et la langue bleue, gonflée à bloc et s’infiltrant dans les trous de sa dentition de camée de longue date. Elle a bien mis trois ou quatre minutes à lâcher la rampe, on ne peut pas dire que ça été rapide. J’ai récupéré le couteau qu’elle avait encore planté au milieu du front et j’ai reçu un putain de jet de son sang en pleine fiole ! Ensuite, avec la hachette, je lui ai découpé la cafetière pendant que Renaud recommençait à gerber. Si j’ai fait ça, c’était pour prouver mon crime aux Coquillards car je sentais bien que ces filous allaient ensuite me demander un truc dans le genre « assassinat » alors je gagnai ainsi du temps. Après mûre réflexion, nous avons aussi embarqué le reste du corps pour ramener en plus un petit cadeau à Ronnie. Bref, mon geste était plein de bonnes intentions. Nous avons mis les morceaux de la voleuse dans des sacs plastiques que nous avons chargés dans le coffre, remis Harris à sa place sur la banquette arrière et sommes retournés à l’ancienne cathédrale Saint-Vincent. Croyez-le ou non, le clodo-frérot Renaud n’a pas vomi. Ca m’a plutôt intrigué alors sur le chemin du retour je lui ai demandé s’il ne m’en voulait pas trop d’avoir transformé la gueule de son sac à foutre en hachis. Il m’a répondu que non, que cette salope lui avait pondu un gosse, que lui l’aimait bien ce môme et qu’elle, elle l’avait étranglé. Et ça, il n’avait pas apprécié. Il voulait se venger mais il n’avait pas les couilles, il m’a même remercié de l’avoir fait. Sympa le clodo-frérot, non ? »

Hélène semble consternée par les propos de mon frère déglingué et j’avoue moi-même être surpris de le voir employer subitement le passé simple pour nous conter sa macabre histoire. Et même moi qui suis habitué à ses coups de folie, je dois avouer que là, il a fait fort ! Je le laisse tout seul une semaine et il trouve le moyen de rejoindre une des troupes de bandits les plus recherchés du continent. En un sens, il est fabuleux, avec lui on ne s’ennuie jamais. Mais je ne pense pas que les propos rapporté soient bien ceux de Renaud…

« Une fois rentré à Saint-Vincent, j’ai exposé à Colin l’objet de mon larcin, notre bon ami Harris. Ensuite Colin m’a annoncé que je devais remplir la deuxième condition. Je l’ai tout de suite arrêté et je l’ai emmené à la voiture lui faire voir un peu le contenu du coffre. Un sourire inquiétant lui a fendu le visage, découvrant toute ses dents. Et c’est seulement à ce moment-là, dans la lueur des feux qui brûlaient sur le parvis de la cathédrale, que je vis toute l’horreur que ce gars pouvait inspirer. Toutes ses dents étaient taillées en pointe et inspiraient un sentiment de peur absolument épatant ! Comme je l’avais anticipé, la deuxième épreuve consistait en un meurtre. Nous avons récupéré les sacs en plastiques et sommes allé les refiler à Ronnie pour qu’il nous cuisine une bonne terrine. Ensuite Colin m’invita à prendre une collation et nous avons rejoint quelques Coquillards qui faisaient rôtir des canards et des poulets à la broche, au dessus des feux du parvis. Il flottait dans l’air un délicieux fumet de volailles auquel venaient se mêler des effluves d’opium et de cannabis. Les Coquillards trinquaient et l’hypocras et le whisky coulait à flot ! Colin m’expliqua que l’ambiance était particulièrement au beau fixe ce soir-là parce qu’un de ces groupes, celui de Patte-de-Chat (on l’appelait comme ça, je l’ai appris plus tard dans la soirée, parce qu’il n’avait plus que trois doigts à une paluche et que c’était un voleur et un assassin plus silencieux que le pet d’un poisson rouge), était revenu les poches pleines de richesses, aussi bien pécuniaires qu’alimentaires. Les gars avaient fait le plein de viandes, d’alcool et de drogues et s’apprêtaient à se payer une « fête d’enfer », comme ils appelaient ça. Sur le moment, je me souviens m’être dit qu’ils ne s’étaient pas vraiment racler la soupière pour pondre un nom pareil. Pendant que nous déchirions des morceaux de chair rôtie à pleine dents, Colin m’informa que je ne devais pas m’en faire pour la troisième épreuve, que l’on verrait ça plus tard. Renaud était à côté de moi et ne pipait mot. Il se contentait de dormir assis et se réveillait toutes les heures, très précisément, pour s’envoyer une pleine seringuette de méthédrine avant de se rendormir. Colin et moi continuâmes à deviser des choses de la vie, de la vie des Coquillards en fait. Il me conta leurs combats contre les troupes du Taulier pendant la 3e puis leur triste déchéance, quand la guerre prit fin. Comme vous le savez, depuis que le Taulier a débarqué, c’est un vrai bordel ! On est en sécurité nulle part ! En ville, les flics sont des ripoux et les camés vous plombent pour vous dépouiller et acheter leurs doses. A la campagne, les forêts sont habitées par des bandits de toute sorte qui volent les voyageurs. Bref, c’est un bordel notoire ! Et bien figurez vous que ces bandits des campagnes sont, pour la plupart, membres de la Coquille et ont juré allégeance à Colin de Cayeux. Vous y croyez, putain ? Ce grand gaillard aux dents taillées avait une armée foutrement conséquente à sa botte ! C’était bougrement incroyable et je ne lui cachais pas mon étonnement ! Et le plus beau dans tout ça je ne vous l’ai pas encore dis. Ces gros cons de la Coquille, tous autant qu’ils sont, obéissent tout à fait aveuglement à leur Roy. Colin, voyant mon scepticisme quant à la totale soumission de ses hommes, m’en donna une preuve irréfutable en ordonnant à Patte-de-Chat de tuer immédiatement et sans aucune explication son bras droit et ami d’enfance qui était à ses côtés. Sans montrer une once d’hésitation, Patte-de-Chat sortit sa dague et trancha la gorge du pauvre cave avec qui il avait traversé et triomphé des plus périlleuses batailles ! Il me demanda si je me sentais capable d’obéir ainsi, sans discuter ou réfléchir au pourquoi du comment. J’étais si intrigué par cette Coquille et si brouillé par ce pinard qu’on picolait depuis trois ou quatre heures que je répondis « oui » sans même prendre le temps de peser le pour et le contre. Colin me donna alors le principe de la dernière épreuve, je devais lui donner quelque chose. Lui faire don d’une chose précieuse. Alors j’ai attrapé son épée sans même qu’il ne s’en aperçoive et j’ai découpé la main droite de Renaud en deux ou trois coups secs. Celui-ci hurla de douleur seulement au deuxième coup. Il était tellement shooté que la drogue avait anesthésié le mal de la première entaille. Mais quand j’ai arraché les derniers nerfs qui reliaient sa main au reste, ce salopard gueulait comme une vierge qu’on dépucèle sur le capot d’une voiture. Colin de Cayeux a éclaté de rire, ainsi que tous les Coquillards présents sur le parvis de Saint Vincent à ce moment-là. Colin ordonna à François de noter mon accréditation à la Coquille. Renaud sanglotait dans un coin, luttant pour se préparer un fixe avec une seule main valide. Je suis allé le voir et le lui ai préparé. Je lui ai aussi fait un garrot afin de stopper l’hémorragie. Il m’en voulait terriblement le bougre, mais je ne pouvais pas lui en tenir rigueur, je l’avais privé d’une main, la droite en plus, celle avec laquelle il s’astiquait le baobab. Pour le rassurer, je lui ai dit que grâce à ça j’étais maintenant un Coquillard digne de ce nom et je lui ai montré la chaine avec une petite coquille que je porte autour du cou et qui montre à tous que je suis membre de la Coquille ! N’est-ce pas fabuleux ? Oui, bien sur que ça l’est, mais étrangement, Renaud ne s’en réjouissait pas des masses…Il ne pensait qu’à sa main perdue. Quand le jour commença à pointer le bout de son nez, Renaud et moi allâmes nous coucher dans la chambre que Colin nous avait accordée. Maintenant j’étais un fier Coquillard, j’avais droit à ma propre chambre. Là, durant quatre ou cinq jours, Renaud n’a cessé de maugréer contre moi, contre Colin et tous ces salopards de la Coquille. Il m’a dit qu’il ne m’en voulait pas vraiment, que je n’avais fait que suivre les ordres mais ce Colin, il voulait vraiment le tuer. Je lui ai dit que s’il tuait Colin, il avait plutôt intérêt à ne laisser aucun témoin ! Je lui ai alors suggérer de foutre le feu. On les brûle tous et on s’arrange pour qu’aucun n’en réchappe. Il sembla étonné que je lui suggère une telle idée alors que j’avais tout fait pour intégrer cette cour des Miracles mais je m’en étais lassé pendant qu’il broyait du noir dans son lit. Nous nous sommes décidés à agir le lendemain matin, puisque chaque jour, ils passaient tous la matinée à cuver leur vin de la nuit. Le plan d’action était simple et se déroulait sur deux jours. Le premier matin, nous allâmes en ville acheter différents ingrédients pour confectionner de la dynamite artisanale. Renaud avait appris ça d’un copain pirate à lui qui avait lui-même appris à faire ça dans les Caraïbes. Nous achetâmes aussi des cales de bois et d’épaisses et solides planches de chêne. Ensuite, durant la nuit qui suivit, alors que tous ripaillaient gaiement, Renaud et moi, en alternance, nous éclipsions discrètement pour piéger chaque chambre avec quelques bâtons de dynamite sous chaque plumard. Les bombes artisanales étaient réglées pour péter le lendemain matin, à neuf heures précises, une fois que tout le monde sera bien endormi. Vers huit heures ce matin-là, les habitants de la cour des Miracles de l’ancienne cathédrale Saint-Vincent allèrent comme des zombies s’écrouler dans leur caveau pour les plus pauvres, sur des lits de camps pour les plus riches, dans des chambres aménagés pour les membres de la Coquille. Vers huit heures et demie, il n’y avait plus âme qui vive sur le parvis de la cathédrale. Toutes les chambres étaient scellées grâce aux cales que nous avions glissées sous chacune des portes une fois que chacun avait rejoint sa couche. Alors nous avons enflammé des cordes enduites de chaux qui rejoignaient chacune des tentures ou des poutres de bois, préalablement recouverte de produits inflammables. Nous avons du travailler vite mais on a fait ça bien. Une fois les premières flammes allumées, le feu s’est répandu comme une mauvaise gangrène. Nous sommes sorti en vitesse mais, alors que Renaud avait déjà dévalé l’escalier du parvis de Saint Vincent, une main ferme s’est abattue sur mon épaule et quand j’ai tourné la tête j’ai vu le sourire cruel et en dents de scie de Colin de Cayeux. Il a voulu m’ouvrir le bide de sa dague mais ne m’a que légèrement éraflé l’avant-bras. Ensuite, j’ai glissé derrière lui mais il m’a senti venir et m’a envoyé valdinguer d’un coup de pied en bas du parvis. Je me relevais avec douleur tandis que ce taré sanguinaire descendait tranquillement les escaliers en se moquant de ma folie, du fait que j’ai pu imaginer pouvoir brûler comme un vulgaire poulet le Roy de la Coquille.

« Je vais te faire ta fête à l’ancienne, petit salop ! »

Pendant qu’il me faisait son speech sur l’ignoble façon dont je les avais trahis, lui et toute la Coquille, j’en ai profité pour ramasser une pierre que j’ai masquée dans le creux de la main. Quand il est arrivé au dessus de moi, je lui ai fauché les jambes, me suis jeté dessus et lui ai porté un coup au crâne avec ma caillasse mais cet enfoiré me décoche un direct du droit dans la mâchoire et je décolle littéralement du sol pour aller m’écrouler un peu plus loin. Il s’est relevé et m’a bondit dessus mais j’ai eu le temps de tourner sur moi-même en partant sur la droite, de me relever et de me mettre en garde. Il me faisait à nouveau face et leva son poing armé avant de se ruer sur ma pauvre personne. J’ai été assez rapide pour faire un pas de côté et lui faire un croche-pied. Il s’est étendu de tout son long. Je me suis jeté sur son dos à califourchon, j’ai attrapé le pistolet qu’il gardait dans sa ceinture, à l’arrière. Ce con aurait du l’utiliser. Je lui ai écrasé l’arrière du crâne avec la crosse du flingue et au bout d’un moment, je ne martelais plus qu’une bouillie d’os, de chair et de cervelle. Renaud a encore dégueulé puis nous avons cloué des planches sur la grande porte de Saint Vincent et avons détalé au plus vite. A l’intérieur, les cris d’agonie des premiers brûlés commencèrent à se faire entendre. Au moment où j’enclenchais le contact de la guimbarde, plusieurs explosions retentirent les unes après les autres et la cathédrale s’est écroulée. »

Allez savoir ce qui est vrai dans son histoire…D’autant que son récit cloche au niveau des dates. Ils ont été absents deux semaines or il nous dit ne pas avoir passé plus de sept ou huit jours dans cette cour des Miracles.

« Pas plus de sept ou huit jours, non. Mais en partant, on avait bien pris soin aussi de les dépouiller de tout ce qu’ils avaient d’intéressants entreposés ça et là dans une cabane en béton derrière la Cathédrale, sous bonne garde de deux gaillards que j’ai soulé avant d’égorger comme des pourceaux. D’ailleurs, cette fois-là encore, Renaud a dégobillé. Il était quand même incroyable ce mec, il mangeait de la terrine d’humain de Ronnie, son vin à base de sang et il dégueulait chaque fois que je charcutais un mec un peu trop fort… Enfin bref, on a détalé et on s’est payé deux jours de débauches dans un bled entre ici et Saint Malo. Enfin il serait plus exact et juste de dire que c’est moi qui en est le plus profité. Renaud était comme traumatisé par la perte de sa main et le barbecue que nous avons organisé avant de quitter l’ancienne cathédrale de Saint-Vincent. Nous sommes allés dépenser les trois quarts de notre gain dans des bordels et des rads miteux. Tout aux tavernes et aux filles ! Vous vous souvenez du poète de la Coquille, le fameux François ? Et bien il m’a appris une ballade des plus bandantes, la Ballade de bonne doctrine à ceux de mauvaise vie »

Sacré chierie Billy, qu’est ce que je vais faire de toi ? Je sors dans la cours pour aller inhumer le cadavre de Renaud. Billy est d’accord à condition que je ne touche pas à Harris pour le moment.

« Avec tout le mal que je me suis donné pour le ramener, ça me ferait mal au cul de devoir le cramer maintenant. On va le garder encore un peu avec nous ! »

J’abdique en me disant que c’est déjà un miracle qu’il ne veuille pas garder Renaud. Et puis après tout, je pense que Harris apprécierait de voyager encore un peu en notre compagnie. Je repense aussi à la macabre aventure de Billy et au paquet de cadavres qu’il laisse derrière lui...Il a très clairement un foutu problème au niveau de la cafetière. Il est plus de midi mais ayant passé plusieurs jours à dormir, j’ai l’impression qu’il est tôt, un matin chaud de mai. Et je dois avouer que je commence à me laisser aller à la déprime.

It’s early in the morning, and I ain’t got nothin’ but the blues
B.B. King

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MessagePosté le: Ven 12 Nov 2010, 11:39 am    Sujet du message: Répondre en citant

Entracte : Ballade de bonne doctrine à ceux de mauvaise vie


Car ou soies porteur de bulles,
Pipeur ou hasardeur de dés,
Tailleur de faux coins et te brûles
Comme ceux qui sont échaudés,
Traîtres parjurs, de foi vidés ;
Soies larron, ravis ou pilles :
Où s'en va l'acquêt, que cuidez ?
Tout aux tavernes et aux filles.

Rime, raille, cymbale, luthes,
Comme fol feintif, éhontés ;
Farce, brouille, joue des flûtes ;
Fais, ès villes et ès cités,
Farces, jeux et moralités,
Gagne au berlan, au glic, aux quilles
Aussi bien va, or écoutez !
Tout aux tavernes et aux filles.

De tels ordures te recules,
Laboure, fauche champs et prés,
Sers et panse chevaux et mules,
S'aucunement tu n'es lettrés ;
Assez auras, se prends en grés.
Mais, se chanvre broyes ou tilles,
Ne tends ton labour qu'as ouvrés
Tout aux tavernes et aux filles ?

Chausses, pourpoints aiguilletés,
Robes, et toutes vos drapilles,
Ains que vous fassiez pis, portez
Tout aux tavernes et aux filles.


François Villon

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MessagePosté le: Mar 01 Nov 2011, 1:26 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Bon ça fait tout juste un an que j'ai arrêté de poster les aventures de Billy Boy et de son narrateur de frangin. Je prend tout mon temps pour l'écrire cette épopée, je passe parfois plusieurs semaines sans pondre une ligne, d'où l'année à vide ^^ Je posterai les chapitres suivant au fur et à mesure (je suis en train de commencer le 12 là) s'il y a des amateurs =) Alors je sais que les chapitres sont parfois un peu long mais j'aimerai vraiment avoir des avis, sur les trucs qui vont, les trucs qui déconnent et savoir si jamais vous trouviez ce genre de bouquin à la FNAC, est ce que vous l'achèteriez ? ^^

Merci et bonne lecture Wink


Piste 7 : Shine A Light


Vers le début de soirée, alors que le ciel commence à prendre des teintes orangées, Hélène, Billy et moi sommes assis en tailleur en face d’un grand bûcher que j’avais bricolé dans l’après-midi. Nous avions lancé le feu après avoir y avoir confortablement installé sur un lit de branchages les corps du clodo-frérot Renaud et la tête de notre bon samaritain Matthieu. Hélène nous demande pourquoi on n’en profite pas aussi pour cramer Harris et Billy lui explique que le british canné doit rester encore un peu avec nous, que tout est question de causalité, ou je ne sais quelle connerie du genre. Je finis tout de même par rappeler à Billy que l’on ne pourrait pas embarquer le congélateur dans la bagnole et que Harris était arrivé à un état de décomposition bien trop avancé. Billy me rétorque qu’il a déjà pensé à ça et que dans la journée du lendemain il irait en ville chercher un embaumeur. Nous partirons donc demain à l’aube. Je ne suis pas franchement jouasse à l’idée de passer une autre journée dans ce trou…Nous restons devant le feu jusque minuit environ, écoutant les histoires de Billy et buvant du scotch. Nous allons ensuite nous coucher et j’ai le visage fendu d’un sourire béat en me disant que j’allais passer du temps seul à seul avec la fille que j’aime, ou que je pense aimer…Enfin on verra. Mais la belle me suggère alors de dormir avec mon frère afin de s’assurer qu’il ne partirait pas en virée nocturne pour aller faire encore plus de dégâts qu’il n’en a déjà causé. Je lui dis qu’elle a probablement raison. Foutue chierie. Il serait peut être temps que cette cavale se termine, ici, à Tanger ou dans le mur, mais foutre merde, il faut que ça s’arrête ! Ca fait plus ou moins un mois qu’on s’est tiré Billy, Harris et votre humble narrateur, bêtement effrayés parce que nous avions zigouillés deux prostiputes du peuple Belge. Comme si les flics du Taulier allaient s’emmerder pour ça. Je ne m’inquiète plus vraiment pour les meurtres de Cathy et Mary, par contre il y avait cette infime petite chienne de chierie de chance que les condés qui nous ont aperçus dans ce parc à Labaroche s’enfuir à toute bringue avec un cadavre sur la banquette arrière aient relevés notre plaque d’immatriculation et soient à notre recherche. Par conséquent je serai d’avis de tracer notre route vers le sud, direction le Contient d’en Face. Anciennement appelé l’Afrique, le Continent d’en Face est encore hors du contrôle total du Taulier. Enfin plus ou moins. Il a déjà sa police et quelques pions par-ci par-là sur tout le continent mais il est toujours contrôlé par la Mafia. Les Révolutionnaires y sont fortement implantés aussi, dans le plus grand secret. Le parrain en charge de ce grand bout de terre est un cinglé appelé Joe le Cabot. Il réside dans les Terres du Sud, près de Cape Town. Tout ça pour vous dire que de l’autre côté de la Méditerranée, les flics sont trop affairés à recevoir les pots de vins des Mafieux et à rechercher les Révolutionnaires pour s’occuper de deux camés en cavale. Je me laisse tomber sur le lit, à côté de Billy Boy qui marmonnait les paroles d’une vieille chanson, Dead Flowers, que notre paternel écoutait souvent

Well, you're sitting back
In your rose pink Cadillac
Making bets on Kentucky Derby Day
I'll be in my basement room
With a needle and a spoon
And another girl can take my pain away


D’entendre cette chanson me rend nostalgique et je repense à toutes ses soirées, quand on avait 12 ou 13 ans, passées avec le paternel dans ses clubs de musique préférés. Bien qu’il fût inspecteur pour le Taulier, ça ne l’empêchait pas d’apprécier toujours autant la musique de la fin du XXe siècle. Il ne jurait que par le rock de cette époque et nous a transmis son amour pour cette musique. J’ai d’ailleurs toujours trouvé ironique qu’il se fasse plomber exactement comme ce mec dans la chanson Hurricane de Bob Dylan. Je ne veux pas y penser, ça faisait une paye que je l’avais plus fait d’ailleurs, mais je ne peux m’empêcher de me rappeler ce fameux soir où il nous a quitté les pieds devant alors qu’il s’envoyait simplement quelques pintes avec ses vieux potes de bistrot. Chierie de merde ! Ca fait deux ans…Deux foutues putain d’années que le paternel nous a quitté et brusquement, je me demande si notre matrice maternelle s’est enfin décidé à se faire péter le rassoudok ou si elle continue à geindre toute la journée, ou encore si elle ne s’est pas dégoté un cave quelconque pour lui ramoner la cheminée de temps à autre. C’est en voguant sur cette rivière de pensées que je finis par m’échouer dans les bras de Morphée. Mon sommeil est plutôt agité mais agréable. Je fais un rêve assez étrange (comme la plupart des rêves me direz-vous et vous aurez raison) où je suis allongé sous un cocotier géant, une guitare dans les bras, gratouillant une ballade quelconque quand apparait devant moi dans un brouillard violacé, une magnifique demoiselle, très peu vêtue, à la chevelure de feu, un corps qui semblait avoir été sculpté tant il était beau, des yeux profonds et rieurs surplombant un nez finement dessiné et une bouche au sourire radieux. Elle ne devait pas mesurer plus d’un mètre soixante ou soixante-cinq et pourtant elle me dominait complètement de par le charme qu’elle dégageait ! Bah merde, voila que je tombe amoureux de la fille de mes rêves. Et puis à mesure que le brouillard violacé se dissipe, je constate qu’il s’agit en fait d’Hélène, mon Hélène, ma belle Hélène…Nous fîmes l’amour tandis qu’elle me murmurait une chanson à l’oreille dont l’air m’échappera au réveil mais qu’importe. Après s’être enlacé des heures durant, ma muse, ma déesse et mon inspiration se fait soudainement la malle, sans plus d’explication et moi je me réveil, le visage en sueur et le caleçon plein de foutre. Ce rêve semblait si réel…

Je réveil Billy d’un coup de savate dans les côtes et on se tire du pajot pour rejoindre la cuisine où Hélène, la vraie, est déjà affairé à nous préparer un petit déjeuner. Il n’est pas même pas sept heures du matin, le ciel est encore gris. J’ai les genoux qui tremblent en la voyant ainsi dans son pantalon de toile bleu marine et son pull blanc, ouvert sur la gorge juste ce qu’il faut pour ne dévoiler que le creux naissant de son adorable poitrine. Je me dis que si on avait passé la nuit ensemble et qu’on avait fait toutes les saloperies qu’on a pu faire dans mon rêve, le réveil aurait peut être été embarrassant…Mais un matin gênant vaut bien mieux qu’une nuit de solitude. Je m’assois sur une de ces chaises en osier inconfortables dont la paille vous rentre dans le cul quand vous vous asseyez. Hélène me verse un grand café fumant et Billy s’envoie un rail de blanche à même la table de petit déj’. Je me contente de tremper le bout d’une cancerette dans la poudre et je l’allume, dégustant la petite montée d’excitation de la coke qui vient se mêler dans la fumée bleutée du tabac. Ca vous réveil votre homme, même après la pire des cuites. Billy avale son café, sans même se soucier qu’il soit encore trop chaud ou non, hurle de douleur après s’être ébouillanté et va vite dans le salon fouiller la LVP à la recherche d’un truc pour calmer la douleur. Il se prépare un cocktail explosif et s’envoi le tout dans les veines. Sacré salopard de junky. Une fois requinqué, Billy vient nous retrouver dans la cuisine et nous annonce qu’il nous fallait reprendre la route aussitôt, qu’il a des fourmis dans les roues ! Je suis plutôt de son avis, je n’ai franchement pas envie de m’éterniser dans ce trou dégueulasse qui pue le cadavre en décomposition. Ca ne m’étonnerait pas que la cinglée avec qui Renaud partageait cette maison ait planqué plus d’un bébé mort. On plie bagage et on se met au volant de notre corbillard pour reprendre la route vers le sud. Cette fois on s’arrache à Tanger pour de bon ! Après avoir bouclé le coffre sur nos quelques affaires, je m’installe à la place du mort tandis qu’Hélène s’étends sur la banquette arrière. Billy revient du cabanon derrière la maison, avec Harris sur les épaules mais au moment où il ouvre la portière arrière pour assoir ce dernier, Hélène le repousse d’un coup de pied.

« Désolé les gars, mais je ne veux plus de ce foutu putain de cadavre à côté de moi ! Harris, en plus de refouler horriblement, est un véritable aimant à emmerdes ! Alors moi je dis qu’on le largue là, sinon on ne bouge plus ! »

Et sur ces paroles, elle exhibe devant nos tronches ahuries la clé de la caisse. Billy proteste évidemment,

« Désolé ô ma sœur mais je crois bien que t’illusionnes gravement si tu te figures que je vais laisser ce brave Harris dans cette bicoque ! C’est grâce à lui si nous avons pu entreprendre ce magnifique voyage et je compte bien l’emmener avec nous jusqu’à cette foutue Tanger, par respect pour lui ! Nous irons donc en ville, trouver un embaumeur pour nous le requinquer un peu, et ensuite nous feront cap au sud.»
« Mais pauvre cinglé, il est mort ! Il s’en tamponne le haricot de pourrir ici ou ailleurs, il est mort ! »

Billy continue d’argumenter sur le manque de foi et d’empathie de ma Jolie Môme, il s’énerve, il commence doucement à péter un fusible et j’ai peur de la tournure que pourrait prendre cette discussion aussi houleuse que burlesque. Mon frère et mon amour inavoué se bouffant le bec sur l’intérêt de se trimballer un foutu macchabé sur le Continent d’en Face, je décide de me laisser pousser une paire de couilles et signale à Billy que je suis de l’avis d’Hélène. Comme je l’avais prédit, le frangin a la soupière qui se met à déraper et se jette sur moi. On s’envois quelques bourres pif bien sentis et je finis par l’immobiliser au sol.

« Ecoute moi frangin, ça me fait mal autant qu’à toi de laisser Harris ici mais son voyage est fini ! C’est comme ça, on y peut rien ! Et puis il sera bien ici, dans cette maison…rustique ! Je suis sur qu’un enfoiré de rosbif dans son genre aurait apprécié le geste. Nous n’avons qu’à l’installer sous la véranda et nous viendrons le voir en revenant de Tanger, qu’est-ce que t’en dis ? »

Billy acquiesce d’un hochement de tête plutôt triste et on se relève doucement. Il se jette dans mes bras et je le serre contre ma poitrine comme un gosse que l’on doit rassurer. Il me demande si on peut au moins prendre le temps de lui dire au revoir, je ne peux décemment pas lui refuser cet hommage posthume. On ramasse Harris et on l’installe sur le rocking-chair vermoulu dont la peinture vermeil s’était presque complètement effacée et qui meuble le porche poussiéreux devant la maison 1009. Billy et moi nous asseyons en tailleur face à lui, Hélène préfère rester dans la voiture écouter un peu de musique. J’entreprends de confectionner un thé-roulé que nous fumons tour à tour. Puis, arrivé vers le « cul de Janine », Billy le dépose entre les lèvres décomposées d’Harris. Ensuite nous prenons la voiture et Billy écrase le champignon, direction le sud. Je regarde le paysage breton qui défile et lui lance un kenavo silencieux avec le sentiment désagréable que nous ne reverrons plus ni Harris, qui aurait de toute façon été complètement décomposé, ni la maison 1009 perdue au milieu des bois de l’étang des Noes Cherel. On en a vécu des choses ces dernières nuits avec ce brave Harris. Maintenant nous filons sur le bitume, l’abandonnant dans ce matin gris et froid.

And you’re late night friends leave you in the cold grey down
The Rolling Stones

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MessagePosté le: Lun 14 Nov 2011, 1:17 am    Sujet du message: Répondre en citant

Nan mais franchement, j'crois que ça vaut l'coup de jeter un oeil Twisted Evil Twisted Evil

Allez hop, la suite ! On sait jamais :p


Piste 8: For What It’s Worth


Billy a foncé comme un malade, pied au plancher ! Nous avons longé toute la côte ouest de notre bon vieille hexagone, et traversé les Pyrénées en huit heures et quarante-sept minutes. Nous nous sommes arrêtés dans la ville de Pasaia, quelques kilomètres avant San Sebastian, en Espagne. On se gare sur Herriko Enparantza et on se dégotte un hôtel sympa, le Barcelo Viajes. Pas cher, discret, pas de questions, l’idéal pour des tueurs en cavale quoi. On ne prend qu’une seule chambre, on est un peu raide niveau cash pour le moment. On va devoir sérieusement réfléchir à un moyen de se dégotter de l’argent rapidement sinon on va être à court d’essence, de bouffe et de drogues avant d’arriver à Tanger. La LVP commence à s’alléger et, cons que nous sommes, on a oubliés celle de Mathieu. On monte au troisième étage rejoindre notre piaule pour les deux ou trois prochains jours, le temps de se retourner, et Billy fonce illico se coller sous la douche. Il faut dire qu’il en a bien besoin le bougre, il a conduit comme un dératé toutes la journée et il est trempé de sueur. Ses vêtements ne sont plus qu’un tas de serpillères dégueulasses. Hélène me propose d’aller faire un tour. Il y a l’océan Atauliérique tout près, elle veut aller marcher au bord de l’eau. On traverse quelques rues et on tombe rapidement sur les quais. La mer entre dans la ville qui l’enserre dans ses bras de bétons. Les quais sont très agréables. Très verdoyant, il y a de la pelouse partout, des oliviers et des orangers. Ca été aménagé il y a à peine deux ans si j’en crois ce que je lis sur la plaquette d’inauguration. Je m’assois au bord de l’eau et suis rejoint par Hélène, qui a retiré ses bottines de cuir marron clair, et trempe le bout de ses pieds dans l’eau tiède de l’Espagne. Des bateaux passent devant nous, remplis de touristes bridés venu visiter les « provinces de l’ouest ». Ces enfoirés nous matent comme des animaux et nous en faisons de même. Nos peuples se haïssent et ce sont eux qui dirigent maintenant, après que nous les ayons exploités pendant des décennies. Ils se sont quand même bien démerdé pour nous la mettre comme il faut ces petits fumiers. Ils ont offerts aux Européens et aux Américains leurs usines et leurs mains d’œuvre sur un plateau d’argent. Le gouvernement des ch’nows a laissé venir chez lui toutes les entreprises de textiles, d’informatiques, d’électroniques, de sidérurgie, tout, absolument tout ! Et pendant que le peuple chinois se faisait exploiter dans ces usines soixante-dix heures par semaine pour un salaire de misère, leurs ingénieurs copiaient nos produits. On a nourri la bête et cette salope nous l’a mise à l’envers en nous appauvrissant pour mieux nous botter le cul ensuite. Enfin bref, là n’est pas le sujet. Hélène et moi contemplons le mouvement de l’eau tout en discutant de la pluie et du beau temps, rien de bien passionnant mais curieusement j’adore ça. Je me sens parfaitement serein avec elle et je ne suis pas encore stone. Je crois que je l’aime vraiment cette Jolie Môme. Elle a ce quelque chose que les autres n’ont pas, cette lueur qui brille dans les yeux, ce sourire qui pétille malgré toutes les galères que mon con de frère et moi lui faisons subir. Elle est unique. J’en ai connu des filles, de tout genre, mais des comme elle, ça foutre non, jamais. Je pourrai l’écouter déblatérer pendant des heures, la prendre simplement dans mes bras et la regarder, la serrer, l’aimer. Putain, je suis en train de virer de la carafe mais c’est plutôt agréable. La belle se lève soudain et me dit de l’attendre quelques instants. Bien, admettons. Je me roule une cigarette en attendant et je me fais insulter par une bande de touristes tandis qu’Hélène se radine avec une bouteille de rhum ananas. Nous longeons le bord de l’eau avant de s’assoir sur un petit banc en pierre, éclairé seulement par les derniers rayons du soleil qui allait commencer sa nuit. Nous ne parlons plus, on se contente de regarder les étoiles apparaitre et puis je me dis que je devrais peut être me décider au lieu de rester là à ne rien faire comme un puceau de quatorze ans. Je me penche vers elle, en maitrisant mon équilibre comme si j’avais été sur un fil tendu au dessus d’elle et de nous, et je caresse son épaule du bout du nez, puis je remonte vers son visage et dépose un baiser sur ses lèvres. Aussitôt, elle m’attrape la nuque et me fourre sa langue dans la bouche ! De la véritable dynamite, une explosion des sens ! Elle me brise les cervicales, mon amazone, ma muse, ma déesse…Nous nous embrassons, nous enlaçons, nous nous découvrons dans un flot de salive et de caresses. Et puis elle commence à déboutonner ma chemise tandis que je glisse ma main dans son jean pour apprécier la qualité de ses sous-vêtements et la chaleur de son con déjà humide. Les boutonnières finissent de sauter et nous nous retrouvons nus comme aux Origines. Je l’embrasse sur tout le corps, couvrant chaque parcelle de sa peau d’un baiser. Je m’installe ensuite entre ses cuisses et m’introduis dans le Sanctuaire des sanctuaires goûter le Nectar de ma chère et tendre, il est délicieux ! Je ne mangerai pas un muffin parfumé au dit Nectar pour mon petit déjeuner mais sur l’instant il coule le long de ma gorge comme le plus délicieux des millésimes. En même temps je lui caresse les seins, rebondis et fermes avec en leur centre les tétons les plus magnifiquement dessinés que j’ai pu téter dans ma courte vie. Elle jouit une première fois. Elle m’attrape la tête puis le bassin et s’enfonce sur moi jusqu’à la garde dans un soupir de jouissance. Sa respiration haletante sonne comme la symphonie des anges dans mes esgourdes et je la chevauche avec toute la dévotion, la bestialité et l’amour dont je suis capable. Elle se redresse soudainement et me plaque sur le dos. Elle se met accroupis et entreprend de rapide va et vient, je me mets à gémir aussi. Mon Amazone, toute cambrée sur votre humble narrateur, cavale dans une escapade jouissive et tantrique. Je n’ai absolument plus aucune conscience du monde qui nous entoure mais cette inconscience est différente de celle ressentie après un shoot. C’est bien plus agréable ! Nous nous aimons sous une lune timide et des étoiles étincelantes, aucun nuage pour le moment. Et puis vient le grand finale où mes soupirs se lâchent dans son être…J’ose espérer que ce fut au goût de la demoiselle. A voir son sourire ravit et les yeux plein d’amour avec lesquels elle me regarde, je me dis que j’ai plutôt assuré. Je suis dans une putain d’extase, essoufflé et lessivé, nageant dans une béatitude que je n’avais plus connue depuis longtemps. Une fois qu’on commence à redescendre sur cette bonne vieille terre, on réalise qu’on ferait mieux de récupérer nos fringues et de foncer à l’hôtel. Billy était écroulé dans son lit, le garrot encore autour du bras. Il était suffisamment défoncé pour qu’Hélène et moi puissions remettre le couvert sans craindre de le réveiller.

Le lendemain matin, je me tire du pajot le premier. Billy et ma Jolie Môme dorment comme des masses. Je vais me rincer la trogne dans la salle de bains et fais le point sur la nuit passée avec Hélène. Sacrée chierie de foutre con, c’était absolument sublime ! Je l’aime cette nana, je l’ai dans la peau. J’ai jamais été le genre de mec à croire au coup de foudre mais là, je dois bien admettre que je suis bien plus que sous le charme. J’enfile une chemise et un jean à peu près propre et descend prendre l’air dans la rue. J’attrape un café dans le restau de l’hôtel et vais m’installer en terrasse, fumer une cancerette. Je m’installe à une petite table ronde, à l’abri d’un parasol et constate que le dernier pèlerin à avoir posé ses miches là a oublié son journal. Je suis plutôt curieux, voyons voir ce qui se passe dans le monde en ce moment. En première page, une photo de Johannesburg, capitale des Terres du Sud, en flamme. Apparemment la Révolution a entamé son coup d’Etat et ça pète sévère contre les forces du Taulier, la Mafia et les Révolutionnaires. Et ben, ça doit être un sacré bordel là bas. Je lis l’article en page deux. Il dit que les premières bombes ont sautées simultanément à Cape Town, Johannesburg, Pretoria et quelques autres villes importantes du pays et que les combats de rue ont suivi dans l’immédiat. Des photos accompagnent les articles. On y voit des caves des différentes factions se foutre sur la gueule. Ils ont l’air d’en ch…Foutu putain de chierie ! Mais qu’est ce qu’il fout là ce con ? Je dois montrer ça à Billy ! Ou pas…Après tout ça pourrait être un sosie…C’est forcément ça, il est censé être mort…Mais quand même la ressemblance est saisissante…Non c’est bien lui…Putain de chierie…Je remonte dans la chambre en sautant les marches par quatre et je déboule comme un cinglé en balançant des mots, sans vraiment de sens avant de reprendre mes esprits,

« Billy, il faut que tu vois ça ! »

Billy s’emmêle les panards dans le couvre-lit et se viande tête la première en se levant. On ne peut en à Hélène de rire à gorge déployée, la scène est plutôt comique.

« Foutue chierie, ô mon frère ! Qu’as-tu de si important à me dire pour me tirer du pajot avec tant de rudesse et de si bon matin ? »
« Primo, il est onze heures passées, ensuite, il faut que tu vois ça. »

Je lui colle l’article sous le museau et son visage, exaspéré, se décompose vitesse grand V lorsqu’il voit ce que je voulais qu’il voit.

« C’est ? »
« On dirait bien ouais…Papa est vivant et est en train de se foutre sur la gueule avec ces connards de bridés dans les Terres du Sud. »
« Alors mon frère nous partons tout de suite rechercher ce vieux salopard ! Le destin vient de nous indiquer notre prochaine destination, il nous faudra descendre bien plus bas que Tanger, nous n’avons pas une seconde à perdre ! Magnez vous de rassembler vos merdes ! »
« Calme toi frangin, on a plus un radis, plus de bouffe, plus d’essence. On n’ira pas plus loin que Valladolid. »
« Bien, bien, parfait. Vous deux restez-là, je reviens. »

Billy saute dans son futal et file hors de la chambre. Hélène suggère de nous sortir les doigts du cul et de partir avec lui, afin d’éviter un nouveau massacre, comme celui de Saint Malo. On sort de l’hôtel et fonçons droit à la voiture. Il se passe quelque chose de louche…Il y a comme une sorte de pression dans l’air, comme le sentiment que quelque chose de plutôt mauvais va arriver. Et ça ne rate pas. A peine sommes-nous sur le trottoir, prêts à traverser pour rejoindre la bagnole que les condés débaroulent de tous les côtés ! Ils nous intiment de coller nos gueules au sol fissa, les mains bien en évidence. Hélène s’exécute aussitôt, paniquée. Je m’allonge à une bonne distance d’elle, sur la droite. Billy en fait de même du côté gauche. Nous sommes aux aguets, réfléchissant à une façon de se sortir de là. Il doit y avoir une vingtaine de condés qui s’approchent de nous, braquant leurs flingues sur nos tronches aux pupilles dilatés. Sept voitures barrent la route dans les deux directions possibles. A priori, on est sacrément baisé. Trois flics s’approchent de nous pour nous passer les menottes. Le premier enfile ses bracelets à Hélène sans mal, puis le second s’occupe de mon cas mais quand le troisième vient se pencher pour attraper les poignets du frangin, un coup de feu retentit dans la rue et je sens le corps lourd d’un bridé en uniforme me tomber sur le rabe. Du sang me coule sur le visage mais avant de fermer les yeux, j’ai le temps de voir Billy maitriser le flic qui était derrière lui, lui attraper son flingue et se servir de lui comme bouclier tout en butant deux ou trois condés. Mes yeux deviennent trop englués à cause du sang de l’autre con et je n’arrive pas à me dégager, il pèse son poids le machin ! Des tirs d’automatiques raisonnent et les condés paniquent. Je les entends hurler des ordres en chinois, pousser leur dernier râle après avoir reçu une ou plusieurs bastos dans le buffer. Après quelques minutes, la poudre finit par fermer sa grande gueule puante et moi je me sors enfin de sous ce con de cadavre. Je me relève en prenant appui sur mes épaules (inutile de dire le ridicule de la chose) mais suis finalement saisi sous le bras par un grand gaillard qui devait bien mesurer son mètre quatre vingt-dix et peser ses cent dix kilos de muscles. Ce mec est impressionnant avec son gros cigare fiché au coin des lèvres, sa mitrailleuse et la plaque de métal ondulé qui lui sert d’abdos. Et ce n’est pas une image, il a vraiment une plaque de ferraille sous la peau suffisamment tendue pour qu’on puisse la voire sans mal, servant probablement de prothèse ou je ne sais quoi. Je le regarde avec un air interrogateur mais il se contente de hausser les sourcils et de me cracher sa fumée dans la tronche. Je regarde autour de moi, à la recherche de Billy et Hélène. Ils sont à côté de la voiture et fume une cigarette avec un p’tit gars d’environ un mètre soixante, quatre-vingt si on compte l’afro qu’il se trimballe sur le crâne. Ce gaillard ne m’est pas inconnu…

« Salut Jimbo ! La forme ? »

Effectivement, il semble qu’on se connaisse…C’est Alex le Vert, un ancien des Rainbow Men. C’est notre pote commun Jack le Blanc qui nous avait présenté un soir de beuverie du côté de Bruxelles. Ce soir là, il y avait aussi un rital, futur éleveur d’ornithorynque, nommé Will le Rouge, un guitariste hollandais, Théo le Noir et le boss d’un des plus gros réseaux de production de méthamphétamines, Max Docky Doc.

« Aujourd’hui, je m’occupe d’un commando Révolutionnaire et on a sauvé vos culs mes gueules. »
« Merci pour ça. »
« Alors dites moi les gars, qu’est ce que vous foutez depuis la dernière fois qu’on s’est vu ? »

La dernière fois qu’on s’est vu…Foutue chierie ça remonte à quand papa était encore en vie. Ou du moins avant qu’on ne le croit mort. Je demande des nouvelles de Jack. Alex ne me réponds pas.

« Montez en voiture, on parlera de tout ça à tête reposé. Vous vous êtes foutus dans un sacré merdier les gars. »

Un sacré merdier…Bah voyons, c’aurait été trop beau que le reste du voyage se déroule sans encombre. Enfin maintenant au moins, on a une quinzaine de gardes du corps armés jusqu’aux dents. Billy démarre la bagnole et j’aperçois dans le rétro le grand gaillard qui m’a relevé achever d’un coup de lame les quelques survivants de leur assaut. On suit Alex dans sa voiture noire à la carrosserie blindée et aux vitres fumées pare-balles. Nous sortons de la ville de Pasaia et nous enfonçons dans les bois de Lau Haizeta. Après environ une heure à se bringuebaler sur des sentiers de forêt troués de partout, nous nous arrêtons devant une cabane de chasseur construite toute en rondins. C’est quand même autre chose que les bois de Noes Cherel où nous avons laissé Harris, Matthieu et Renaud. La végétation ici est beaucoup plus verte et je note une forte concentration de conifères. Nous descendons de voiture et précédons Alex à l’intérieure de la cabane qui n’a alors plus rien à voir avec une cabane. Les murs de bois sont couverts de cartes, d’armes, de photos de cibles prioritaires et ce genre de conneries. Alex nous invite à nous assoir à la table qui trône au milieu de la pièce. Il retire les plans d’une ville.

« C’est Pasaia. Ce sont les plans dont nous nous sommes servis pour l’assaut d’aujourd’hui. Nous savions que les gars du Taulier vous attendraient en masse à la sortie de l’hôtel. »

Je ne biche plus grand-chose là…Ca veut dire que les Révolutionnaires nous suivent ? Tout comme le Taulier ? Il y a quelque chose de bizarre qui se trame ici…Alex remplis nos verres de scotch et il nous explique alors pourquoi nous avons le Taulier au cul et pourquoi la Révolution s’intéresse à notre cul. Ce n’est pas très clair tout ça…

There's something happening here, what it is ain't exactly clear
Buffalo Springfield

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MessagePosté le: Mer 16 Nov 2011, 6:30 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Piste 9 : Knockin’ on Heaven’s Door


Dans la cabane perdue au milieu des bois de Lau Haizeta, nous sommes cinq. Il y a Billy Boy, à ma gauche, Hélène à ma droite et Alex en face de moi. Derrière Alex, assis sur une table, astiquant son arme, le grand gorille qui m’a sauvé les couilles lors de l’assaut. Entre temps Alex m’a dit qu’il s’appelait Buck. Il y a des gens, comme ça, qui portent très bien leur nom. Alex lui fait d’ailleurs un petit signe de main et Buck nous ramène des verres et une bouteille de scotch puis retourne se poster derrière Alex et recommence à faire reluire son flingue. Billy est absorbé dans la contemplation des armes accrochées au mur et Hélène ne semble pas très rassurée. Je suis donc le seul apte à palabrer avec nos sauveurs. Je demande à Alex comment ils nous connaissent et ce qu’ils pouvaient bien avoir à foutre de nos tronches pour nous sauver des condés.

« C’est votre père qui nous l’a demandé. »

Notre père qui est dans le journal quand il est supposé être aux cieux…Alors il est bel et bien vivant et appartient à la Révolution….Mais qui est-il vraiment ?

« Votre père est une des figures emblématiques de la Révolution. Il l’a organisée avec l’aide de plusieurs autres personnes, une bonne centaine en fait, peu après que le Taulier ait mis en place sa dictature sur le Vieux Continent. Il s’est engagé dans les forces de police du Taulier sous couverture et n’a jamais cessé d’œuvrer pour le renverser. Lui et quelques autres légendes comme Scott Shelby ou Ernesto la Truffe (on l’appelait comme ça parce qu’il avait un don pour dénicher les talents) par exemple ont monté un réseau à travers tous le Vieux Continent, celui d’en face et le Nouveau Monde, ainsi qu’en Océanie et en Nouvelle URSS pour rallier des troupes. Puis ils ont fondé la Banana School, quelque part au nord du Continent d’en Face, pour former le futur de la Révolution, pour assurer leur victoire si jamais ils venaient à disparaitre, comme Scott et Ernesto…Désolé je ne l’ai appris que récemment et suis encore sous le choc…Ils ont été mes professeurs à l’école et Ernesto a été celui qui m’a recruté quand je jouais encore les pickpockets à Barcelone. »
« J’adore ton histoire mec, vraiment, mais pour le moment tu voudrais pas éviter les flashbacks émouvants et rester concentré sur notre père qu’on croyait canné s’il te plait ? »
« Bien sur, bien sur, excusez-moi. Votre père est donc l’un des fondateurs et des piliers de la Révolution. Il y a quelques années, il a été balancé par une taupe envoyée par les ch’nows et a décidé de se faire passer pour mort auprès des forces du Taulier en simulant ce braquage malencontreux où il a été abattu. Il n’a pas pu vous mettre dans la confidence, trop dangereux pour vous. Mais le Taulier a découvert votre existence et veut vous mettre la main dessus, espérant que vous pourriez lui indiquer où se planque Moriarty.»

Putain de sacrée chierie, est-ce que cet enfoiré de vieux salopard sait que la madre n’a jamais été foutue d’encaisser sa mort et qu’elle s’est probablement elle-même zigouillée à l’heure où je vous écris ? Que Billy, qui était déjà bien atteint, a définitivement brûlé les soupapes et est bon à interner depuis ce funeste jour où on est venu nous annoncer son décès ? Son corps n’avait donc pas été piqué par un empâteur. Sainte Chierie, papa nous a fait un foutu coup de Trafalgar, pour aider le monde à aller mieux, j’entends bien, mais quand même ! Il aurait pu avoir la décence élémentaire de nous mettre au parfum ! Tandis que je rumine en mon for intérieur, une petite voix vient me titiller et me souffler un détail important. La réaction de Billy face à tout cela. Je lui jette un regard du coin de l’œil. Il est quasiment immobile, affalé sur sa chaise. Le seul mouvement perceptible est celui de son bras, lui amenant le goulot de la bouteille directement au gosier.

« Ca va frangin ? »
« Puisque papa est mort, on va aller là bas et lui faire la peau pour de bon, ô mon frère. Nous allons le tuer avec toute la délicatesse et la prévention qui s’imposent pour un parricide en bonne et due forme. Nous allons faire comprendre à cet enfoiré de salopard qu’il n’avait aucun droit de bousiller sa famille pour aller faire mumuse avec une bande de branleurs idéalistes ! »
« Attention à ce que tu dis, petit junky de merde ! J’ai sauvé ton cul mais je pourrai très bien le botter ! »
« Amènes-toi, bougre de fiotte, je vais te faire ta fête façon boucherie sanguinolente, et à main nue ! »

Là, il va loin. Le gorille derrière Alex est déjà debout, prêt à se foutre sur la tronche. Billy se lève aussi sec et soulève la table avec force, projetant Alex avec. Buck lève son arme et met Billy en joue qui se jette sur le Vert alors que celui-ci sortait de sous la table et lui colle des raisins par grappe de cinq. Buck n’a pas le temps d’appuyer sur la gâchette. Je tombe sur lui de tout mon poids plume de camé sous-alimenté et parvient à lui arracher son arme mais ce fils de pute m’envoie un direct dans l’estomac qui me coupe le souffle et me gratifie d’un bourre pif carabiné. Je fais un vol plané à l’autre bout de la pièce. L’enfoiré de gorille va pour récupérer son arme quand Hélène rentre à son tour dans la partie. Gare au gorille ! Elle écrase une chaise sur la tronche du cave mais il ne bronche pas l’enfoiré. Il lui plante son flingue dans le bide et envoie la purée. De là où je suis, je vois quatre ou cinq balles qui traversent ma Jolie Môme, embarquant dans leurs sillages quelques morceaux d’os, de peau brûlée et de boyaux éclatés, s’envolant dans un désordre macabre, arrosé d’un copieux flot d’hémoglobine. Un voile sanguin me tombe sur les yeux. Je vois rouge, littéralement. Je bondis sur ce fils de pute qui tire une bastos qui me frôle la cuisse. Je chute en avant et effectue un roulé boulé dans les jambes de Buck qui se viande gueule la première sur le sol en béton. Quand il relève la tête, il a déjà les molaires en miette. Je saute à califourchon sur son dos poilu de macaque à la con, lui saisit la cafetière et l’écrase contre le macadam avec toute la violence nécessaire pour la réduire en une bouillie infâme de sang et de chair et d’os. Au bout de cinq ou six coups, je ne tenais plus qu’une masse informe. De son côté Billy finissait d’achever Alex en lui plantant un pied de chaise cassé dans la gorge. Le mur était couvert d’armes blanches et à feu mais votre humble narrateur et son cinglé de frère ont voulu se la jouer mano a mano et à main nue. On n’a pas du être nourri au sein pour virer taré à ce point…Ou le lait de la madre était p’tet bien périmé, va savoir. Je reprends mes esprits après m’être repassé la scène deux fois au ralenti pour être bien sur d’avoir vu tout ce que j’ai vu, d’avoir fait tout ce que j’ai fait. Je suis toujours assis à califourchon sur ce foutre con de Buck et allongée à ma droite, baignant dans sa Légende encore chaude, mais bientôt tiède, ma Jolie Môme. Je me jette à ses côtés, la prends dans mes bras et couvre son visage inanimé de baisers, comme si ça pouvait la faire revenir. Je lui parle, la secoue, l’engueule, lui dit qu’elle n’a pas le droit de me planter là, qu’elle doit revenir ! Je lui promets cent milles trucs, je lui demande pardon. Je lui décris un avenir qu’on pourrait avoir à Tanger, loin de la route et de ses tueries morbides et ultra violentes. Je sais pertinemment que ce n’est pas ça qui la fera revenir. Elle s’est cassée pour ailleurs et votre humble narrateur n’y peut foutre rien. A part chialer. Ca je peux et je ne me gêne pas. Je déverse des torrents de flottes salées sur son corps inerte, son superbe corps. Je vais faire quoi maintenant ? Et la réponse fut apporté presqu’aussitôt par mon cher frangin. Il a posé une main sur mon épaule et c’est comme s’il avait tout compris.

« Allez Jimbo, installe toi dans la voiture pendant que je trouve de quoi ralentir un maximum sa décomposition et que je m’occupe de son corps. C’est que je m’y connais maintenant ! Mais crois-moi bien ô mon frère que tu ne veux surtout pas assister à l’opération. Ca ruinerait le romantisme et la pureté de ton amour pour cette môme. »

Mon cinglé de frérot adoré ! Il a perçue l’idée la plus stupide qui m’est passé par la tête quand il m’a touché l’épaule et c’est celle-là qu’il m’a conseillée de garder, et le plus fou c’est que ça me parait vraiment être la chose à faire alors que c’est foutrement évident que non ! Mais bon je m’exécute. Je m’en vais poser mon cul de mollasson tendance lopette à la place du mort et m’envois un thé-roulé explosif accompagné de grande rasade de scotch. Je constate avec une amertume certaine que tous ceux qui croisent notre route ne sont plus là aujourd’hui pour le raconter à qui voudrait l’entendre, et que chaque jour que Dieu ou je ne sais qui, daigne nous offrir, apporte son lot d’emmerdes. En prenant cette donnée comme postulat de départ de mon analyse, j’en viens à la conclusion que j’ai tué Hélène. Je n’aurai jamais du l’embarquer là dedans, j’aurai mieux fait de garder d’elle le souvenir d’un Amour que je ne connaitrai pas dans cette vie plutôt que de devoir maintenant la trimballer à l’état cadavérique. Mais j’ai aussi cette foutue impression que si je ne la garde pas près de moi, le court amour qui nous a animé aura été simplement inutile et cause de souffrances pour ma part, de décès pour elle. Elle m’a peut être abandonnée pour un monde meilleur mais moi je l’aime encore et je n’ai vraiment aucune envie de la laisser s’envoler complètement, j’ai encore besoin d’elle pour l’instant. Billy revient au bout de deux ou trois heures environ, peut être plus, j’en sais foutre rien (je crois que je me suis assoupi sous l’effet de la drogue) avec le corps de ma chère et tendre dans les bras. Il l’installe sur la banquette arrière, sur la place qu’elle occupait, à côté d’Harris. Il s’installe ensuite au volant et m’explique qu’il l’a vidée de tous ses intestins et autres, fourrée avec de la paille et de l’alcool et recousue complètement, de sorte que tout ne déborde pas par ses orifices naturels ou les trous par lesquels étaient passées les balles de Buck. Nous allons maintenant reprendre la route pour Tanger.

« Nous allons partir pour le Continent d’en Face ô mon frère, et on va retrouver l’enfoiré de salopard qui nous a éjecté de ses couilles y’a une vingtaine d’années et le lui faire regretter ! Nous allons accomplir un parricide plus exceptionnel et spectaculaire encore qu’aucun autre ! Nous serons les dignes héritiers des Karamazov et d’Œdipe ! »

Je suis encore sous le choc de la mort d’Hélène et sous les effets du scotch et du thé alors pour le moment j’acquiesce. Je veux juste décarrer de cette foutue région fissa et rejoindre le continent d’en face le plus vite possible. Billy écrase le champignon et nous sommes de retour sur la route, plein gaz et plein sud. Nous nous éloignons et je me retourne vers Hélène, observant avec minutie les traits si bien dessinés de son visage. Maintenant elle doit être quelque part ailleurs, en train de frapper à une porte quelconque, trouvant un refuge pour la mort qui lui restait à vivre. Dans le ciel, un long nuage noir se casse la fiole.

That long black cloud is comin’ down, I feel like I’m knockin’ on Heaven’s door
Bob Dylan

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MessagePosté le: Ven 18 Nov 2011, 12:17 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Et l'encore coule, coule, coule...Chapitre 10 !!! Toujours pas d'lecteurs ? Bon tant pis xD


Piste 10 : In The Haze


Le long nuage noir nous est tombé dessus et on s’est pris une foutue douche toute la journée. La pluie martèle encore sévèrement le pare-brise quand on arrive à San Roque, en Andalousie, un poil au nord du détroit de Gibraltar. De là, c’est le plus court pour rejoindre le Continent d’en Face en prenant un bateau pour Ceuta. Ensuite on aura plus qu’à longer la côte en bagnole pour rejoindre Tanger, on le doit bien à Hélène. Après ça, on partira à la recherche du paternel. Je ne sais pas encore si je vais suivre l’idée de Billy qui est de lui massacrer la tronche à coup de phalanges bien senties et éventuellement, si on a les outils pour, un peu de torture façon vielle école, à la flamme et tout ça. Bon, il faut reconnaitre que Billy en a toujours tenu une sacrée couche, je veux dire, il n’a jamais été un enfant « normal ». C’est un génie ce petit con. Il avait de supers résultats à une époque (jusqu’à ce qu’il arrête l’école en fait). Par contre il n’avait aucun pote. Personne avec qui trainer et faire des conneries. Enfin à part moi. Comme vous le savez, Billy a tiré sa première caisse à 10 ans, j’étais là. Il a tiré sur son premier pétard à 11 ans, j’étais là aussi. Il a tiré sa première prostipute à 13 ans, j’étais encore là. Bon, il faut reconnaitre que Billy et moi, n’avons jamais été des enfants « normaux ». Nos parents n’avaient qu’une infime idée de ce qu’on pouvait faire de notre temps, libre ou non. Je reviendrai peut être là-dessus plus tard, en attendant j’ai envie de manger un truc chaud qui ne sort pas d’une putain de conserve. On se prend des burgers et des frites dans un rade et on va se poser dans un petit motel. Je me laisse tomber sur le lit et pendant que Billy nous prépare quelques fix’ de brune d’avance pour la nuit tout en mâchonnant son hamburger trop cuit, j’allume la téloche pour essayer d’avoir des infos sur cette révolution qui s’est déclenchée dans les Terres du Sud. Mais il n’y a absolument que dalle. Toutes les chaines sont brouillées. Billy hausse un sourcil et allume la radio. Rien. Le Taulier a tout coupé. Ca doit être foutrement sérieux ce qui se passe en bas et ça commence à arriver par ici. Nous n’avons emprunté que les petites routes, traversant les villages d’Espagne et la tension était presque palpable, un bordel se préparait aussi par ici…J’espère qu’on aura le temps de faire ce qu’on a goupillé avant que toute cette merde ne nous pète à la tronche. On avale notre repas en deux ou trois bouchées puis nous envoyons un fixe. Vers deux heures du matin, après mon deuxième fixe, je m’endors paisiblement, songeant à Hélène qui était restée dans la voiture. Elle me manque nom de dieu de foutue chierie. Je suis complètement cramé de cette fille, c’est la première fois que ça m’arrive mais le destin ou Karma ou je ne sais qui, ne semble pas enclin à ce que j’aime quelqu’un de vivant qui pourra m’aimer en retour. Et puis je finis par me viander gueule la première dans les bras de Morphée. Je suis tiré de ces mêmes-bras dès l’aube. Je n’avais pas fermé les volets et les premiers rayons du soleil viennent me chatouiller le noze et les glozzes et me réveillent non sans une certaine douceur. Après ces derniers jours, il est très agréable d’émerger ainsi, avec un sentiment d’apaisement, avant que le rassoudok ne se remette en branle et ne vous rappelle que vous êtes en cavale, que votre grand amour est empaillé et que votre père que vous pensiez mort est bien vivant et occupé à foutre un grand boxon avec ses copains révolutionnaires. Billy dort à poings fermés et je décide de le laisser pajoter encore une heure ou deux avant de se casser sur le Continent d’en Face. Pendant ce temps, je vais aller fureter dans deux ou trois rades et voir si je ne peux pas trouver un marin un peu cinglé qui accepterait de nous faire traverser la mer Meditaulierenne. J’enfile un jean bleu et une chemise blanche à peu près propre et me rends dans le bar de l’autre côté de la rue. Il s’appelle le « Bar du Silence » et une pancarte à l’entrée précise qu’ « Ici on boit, on se tait et on paye un verre ». Charmant prologue. Je pousse la lourde porte en bois mal peinte et mal vernie et entre dans l’obscurité de ce rade dont les clients ne semblent pas avoir bougé de leur siège depuis un bail. Derrière la pompe à bière, le patron, un mec qui ne semble pas très commode avec son oreille et son bout de nez en moins et ses avant bras musclés et tatoués comme un marin. A côté de lui, sa bonne femme, une espèce de paquet de rides qui ne semble pas digérer sa ménopause. Je file droit au comptoir, ne me laissant pas démonter par l’apparente antipathie des gérants de ce bar tellement sombre et humide que des champignons poussent sur les poutres et sur les pieds des tables et des chaises. Les murs en briques s’effritent et commencent même à s’affaisser par endroit. Les clients restent parfaitement silencieux, assis seul, par deux ou trois, sans péter un broke, le noze dans leurs bières et leurs misères. J’en commande une (de bière) et un scotch, pour bien montrer que je n’étais pas Joe le Rigolo et que moi aussi je savais picoler dès sept heures du matin. Je m’envoie le whisky cul-sec et calme mon gosier en feu d’une longue rasade de pisse mousseuse et tiède que le patron ose appeler bière. Enfin bon, j’obtiens l’effet escompté puisqu’un vieux loup de mer qui était assis à l’autre bout du zinc vient maintenant poser ses miches à côté des miennes.

« Patron, remets nous la même chose, veux-tu ? »

Avec son œil de verre, sa jambe de bois, sa peau bouffée par le sel et sa mâchoire édentée, j’imagine que j’ai trouvé là exactement ce que je suis venu chercher : un marin bourru et bourré qui ne poserait pas trop de questions du moment qu’on le ravitaille en argent et en rhum.

« Alors p’tit ? T’es pas du coin, tu nous arrives d’où ? »

Je lui réponds que ce n’est pas vraiment important et je m’envois le deuxième whisky aussi sec que le premier. J’attends qu’il en ait fait de même pour lui proposer de nous emmener, mon frère et moi, jusque Ceuta, le plus rapidement et discrètement possible. J’évite bien sur d’évoquer la présence d’Hélène, connaissant l’aversion des marins pour les femmes sur les navires. Je lui dis aussi qu’on a du rhum et de l’argent. Son visage ne dégage absolument aucune expression, impossible de deviner ce qui pouvait bien se gamberger sous son crâne où cohabitent avec distance quelques rares cheveux blancs et fins.

« Ca m’parait jouable. Rendez-vous dans trois heures au port de Puenta Mayorga.»

Et c’est tout ? Bon alors on se donne rendez vous pour dans une heure et demie, le temps de rassembler les affaires et de préparer le navire. D’ailleurs, on le reconnait comment, le rafiot ?

« Traite la encore une fois de rafiot et je te carre ma jambe de bois aussi profondément que possible dans ton p’tit cul d’enfoiré. »

Putain ! Il m’a lâché ça sans ciller le con, sans mettre une foutue intonation dans sa voix mais le regard qu’il m’a lancé…Mieux vaut ne pas trop déconner avec ce vieux loup, il m’a tout l’air du genre de mec qui fait toujours ce qu’il dit.

« L’Esmeralda est le plus magnifique navire ayant jamais mouillé dans ce port moisi. Vous n’aurez aucun mal à nous trouver. »

Sur ce, il balance quelques pièces sur le comptoir et se tire sans rien dire. A première vue, il n’a pas vraiment l’air commode et je ne sais pas si ce con à un nom. Je me lève et sors un billet de la poche de ma chemise mais le patron arrête mon geste

« Le vieil Edward a payé pour vous deux. »

Il est sympa Edward. Et maintenant j’ai aussi un nom. Bien, je fonce au motel et réveil Billy qui ronquait encore. Je le secoue pendant une bonne dizaine de secondes avant qu’il ne réagisse. Je lui intime de se saper fissa et d’aller faire chauffer le moteur pendant que je rassemble les affaires. Je ne lui explique rien et il ne pose aucune question. On verra en voiture. Le moteur démarre, les portes claquent et Billy enfonce l’accélérateur. On file sans payer la note. Les billets se font rares et je suis prêt à parier ma queue au barbecue que le vieil Edward va nous faire raquer tout ce qu’il peut. On trace la route jusque Puente Mayorga et longeons la Calle de Los Fenicios. Je demande à un badaud passant par là, dans un espagnol plus qu’approximatif, où on pourrait trouver du vin (j’aime beaucoup le vin espagnol, un ami à moi, Ernest, un journaliste de guerre, m’en ramenait souvent de ses voyages en pays hispanique) ainsi qu’un bateau appelé l’Esmeralda. Quand il entend ce nom, le badaud éclate de rire et me répond dans un français aussi casse-gueule que mon espagnol qu’on devait avoir de sacrées corrones pour partir en mer avec ce vieux loco d’Edward le Borgne. J’imagine qu’on le surnommait comme ça à cause de son œil de verre qui semble farfouiller jusqu’au fond de vos tripes et de votre Légende. Pas très original comme surnom. L’homme nous indique un grand voilier à trois mâts aux voiles noires arborant une tête de mort avec un œil de verre dans l’orbite gauche. Alors comme ça le vieil Edward le Borgne est un foutu pirate. Ca ne m’étonne même pas. La piraterie a connu un nouvel essor depuis l’arrivée du Taulier. Elle est un peu la Mafia des mers. Les pirates sont les mêmes qu’au XVIe siècle, brutaux, avinés et absolument et totalement amoraux ! Ils pillent les navires qui leur tombent sous le rabe sans aucune exception. Le Taulier les laisse faire car les pirates lui rendent quelques menus services, surtout au niveau du Nouveau Monde où son influence est quasi-inexistante. Billy ne tient plus en place, il est surexcité à l’idée de monter à bord d’un navire pirate et ne pense pas une seule seconde que nous ne pourrions nous permettre de nous laisser aller à rêvasser et que nous allions devoir faire preuve d’une vigilance des plus extrêmes sous peine de se voir dépouiller et balancer par-dessus bord pendant la traversée. Tandis que Billy sautille partout en admirant le navire sous toutes ses coupes, je m’en vais dans une cave à vin située en face et achète trois bouteilles. J’en ouvre une aussitôt sortit du magasin et m’envoie une grande rasade avant de rejoindre mon frangin qui commençait enfin à se calmer. On récupère nos deux valises, celles avec nos quelques affaires, et la LVP. Nous montons sur le pont et retrouvons le vieil Edward en train de gueuler sur son équipage qui s’affaire à tout mettre en place pour l’excursion vers Ceuta. Le capitaine Edward le Borgne nous voit de son œil droit injecté de sang et nous fait signe de se radiner. Nous entrons dans sa cabine, sous le pont qui se trouve au bout du bateau (j’y connais que dalle en langage marin). Une cabine à l’image de son propriétaire, usée mais avec un foutu putain de caractère. Des étagères couvrent quasiment tous les murs, toutes remplis d’ouvrage venant des différentes contrées et époques visitées par le vieil Edward. Il a vu un paquet de truc de son œil unique l’enfoiré. Des tapis rouges ramenés des Indes couvrent le plancher et, centré au fond de la pièce, un immense bureau en acajou sculpté, avec des gravures représentant les exactions du Borgne et de ses pirates. Dessus s’empilent pêle-mêle des cartes, deux flingues, un poignard, de l’encre, des papelards et des bijoux ainsi qu’une boite en cristal bleu nuit. La couleur du coffret n’est pas très opaque et on distingue aisément son contenu : des yeux de verre de rechange, de plusieurs couleurs. Le vieil Edward serait-il un brin coquet ?

« Messieurs, nous devons discuter des termes de notre accord. Je vous emmène tous les deux à Ceuta pour la modique somme de…Montrez voir vos poches ? »

Billy et moi nous exécutons et exhumons de nos futals en tout et pour tout, quelques pièces, deux ou trois billets et une demi-douzaine de capsules d’héroïne. Le reste de notre fortune se trouve dans nos valises. Edward se passe la langue sur la lèvre inférieure, semblant réfléchir. Je sors de leur sac en papier les deux bouteilles de vin que je n’ai pas encore entamé et les ajoute à la mise initiale. Le Borgne se marre.

« Allez ! C’est d’accord ! Vous pouvez occuper ma cabine ci-présente à loisir ! Maintenant excusez-moi, j’ai à faire. Nous quitterons le port dans une vingtaine de minutes. »

Pas cher, la traversée. Le capitaine claque la porte, nous laissant Billy et moi dans son imposante cabine où je constate seulement l’absence de lit. Il n’y a qu’un hamac tendu à la droite du bureau et Billy y est déjà allongé, fumant une cancerette et finissant mon vin. Enfoiré. Il nous faut encore aller chercher Hélène et balancer la tire d’Harris à la mer. Les séparations allaient être dures mais on a beaucoup à faire sur le Continent d’en Face et je ne peux m’empêcher d’entendre cette petite salope de voix qui ne cesse de me répéter qu’on n’en reviendra que les pieds devant. Enfin bref, je soulève le hamac pour en faire tomber Billy et nous redescendons à la voiture pour récupérer Hélène, restée sur la banquette arrière. On la sort de là et je l’emmène vers la cabine d’Edward, le visage couvert afin que les marins ne se rendent pas compte qu’une femme est montée à bord. On a été plutôt bien inspiré sur ce coup-là puisque le vieil Edward, en me voyant avec mon funeste paquetage jeté nonchalamment sur l’épaule me demande qui c’est. Je lui réponds sans une once d’hésitation dans la voix qu’il s’agit d’un pauvre camarade tombé au combat qui avait émis comme dernier vœu avant d’être fauché par la Grande Salope de se voir enterré à Tanger. Le vieil Edward éclate d’un rire sardonique et me complimente sur mon sens de l’amitié. Dans le même laps de temps, Billy s’occupe de pousser la caisse à la flotte. Enfin du moins c’est ce que j’imagine qu’il fait. Mais je me trompe. Il remonte toute la rue puis démarre sur les chapeaux de roues et ne cesse d’accélérer jusqu’à ce que la voiture fasse un long saut avant de terminer sa course dans un bruyant plongeon. Une bonne partie des pirates ont assistés à la scène et applaudissent Billy en se marrant quand celui-ci refait enfin surface après s’être extirpé de la voiture. Il est déjà adopté par nos hôtes qui reconnaissent en lui cette part de folie qui les habite tous. Le frangin remonte sur le quai et nous rejoints sur le plancher impeccable du navire. Il y avait là quatre ou cinq marins qui passent sans cesse l’éponge et la serpillère. L’un d’eux me confie que

« Le capitaine est un tantinet maniaque rapport à la propreté de son Esmeralda, il dit comme ça qu’une bonne femme, qu’elle soit bourgeoise, prostipute ou navire, se doit d’être irréprochable sur son hygiène. C’est à peu près comme ça qu’il nous le dit. »

Nous sommes sur le point de larguer les amarres et je me roule un thé en attendant le départ quand Billy déboule hors de la cabine sans autres vêtements que son futal dont il avait déchiré les jambes pour en faire un short et cette foutue coquille qu’il trimbale en pendentif depuis son bref passage chez ces tarés de Coquillards lors de notre escale en Bretagne. Il bondit comme un petit singe sous excta, escalade le cordage jusqu’au mât principal et va donner un coup de main aux pirates pour relâcher la grand ‘voile. Les mecs sont tous pliés en deux en le voyant sautiller ainsi et quand il redescend, il est accueilli sous des flots de rhum. Billy a trouvé son chez-lui, je ne l’ai jamais vu avec un sourire pareil sur le visage et les yeux autant rempli de vie et de passion, même en prenant en compte la dose de coco qu’il a du se carrer dans le noze en se bougeant du pajot. Le vieil Edward apprécie bien l’enthousiasme de Billy et lui offre un vrai chapeau de pirate, un tricorne en cuir brun. Une fois le navire arrivé au large, les festivités peuvent démarrer. Tandis que le soleil tire sa révérence, des pirates s’occupent de pêcher des poissons qu’on fera griller, d’autres sortent les tonneaux de rhum et cinq ou six mecs originaires du Continent d’en Face ont sorti des instruments de musique. Faire de la musique est un luxe dont seuls les pirates disposent encore aujourd’hui, qui viendra les écouter sur les mers ? Ailleurs c’est quasiment interdit, excepté dans quelques rades du Vieux Continent ou dans certaines grandes villes où ne règne que l’anarchie. Alors on commence tranquillement avec quelques chansons de pirates et de marins et puis on entonne de vieux blues, du roi Muddy à Clapton en passant par Hooker et Jimmy Reed. Des chansons que je n’avais plus entendu depuis des années, putain ce que c’est bon d’entendre ça. Billy se décide à aller chercher sa guitare, celle où il manque plusieurs cordes et va se caser face à l’orchestre, en leur disant comme ça,

« Ok les gars, j’ai comme le sentiment clair et limpide qu’un foutu bon blues va nous sortir des doigts et des tripes si vous suivez ce que je vais balancer. C’est un blues en Mi. Je lance le truc, vous n’aurez qu’à rattraper le train en route, »

Et sans en rajouter Billy commence à envoyer les premières notes, une sorte de ligne de basse sourde avant de glisser sa main jusqu’au corps voluptueux de la guitare et d’enchainer des accords de Mi et de Sol tout en tenant à peu près ce language

I’m walkin’ in the haze on a lonely road
I’m walkin’ in the haze on a lonely road
The rain falls on my face and the cloud’s so loud
I’m walkin’ alone on a lonely road
‘Cause I feel so sad, forever and more

Cum in my veins
Cum in my veins, veins, veins

I’m walkin’ in the haze on a lonely road
No need to wait in vein but a fix’ in my veins
I’m walkin’ alone on a lonely road
Wainting for something, I’ll get on my own

Cum in my veins

Cum in my veins, veins, veins
Do you feel the rain ?
Do you feel the pain ?
If you see the haze, please

Cum in my veins


Ouais, c’est exactement ça. Je m’envoie un fixe de brune dans les veines et m’en vais marcher dans le brouillard

I’m walkin’ in the haze on a lonely road, No need to wait in vain but a fix in my veins
The Why So Serious


_________________
[quote="Speed Hunter"]Chakal lui c'est un héros de musicien ![/quote]
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Tora
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MessagePosté le: Dim 27 Nov 2011, 10:19 am    Sujet du message: Répondre en citant

C´est lu, Chakal.

Alors pour répondre à tes questions (Les trucs qui vont et les trucs qui vont pas, la FNAC) :


Les persos sont bons.
Billy Boy est absolument parfait. J´ai l´impression que je pourrais le toucher tellement il est réel. Il me fait penser à certains persos de films, psychopates déjantés dont on ne sait jamais à quel moment ils vont péter les plombs, ceux qui sont font régner une ambiance lourde, tendue. Je ne retrouvais pas d´exemple précis mais voilà que je viens de me souvenir du moustachu de Trainspotting, ce genre de cinglés, quoi.

Le narrateur aussi est parfait, on l´imagine tout à fait, un peu plus raisonnable que son frère, gentil au fond, cherchant à limiter les dégâts.

Régis-Renaud (tu le changes de nom en cours de route), Matthieu, l´empâteur et Colin sont très bien aussi.

Par contre, avec la belle Hélène, ça se gâte. J´avais déjà remarqué ça dans "Des visages, des figures", tu as du mal avec les filles. Le perso est incomplet, flou et certains éléments descriptifs sont dignes d´une rédaction de CM2 (un nez finement dessiné, des lacs profonds et insondables). On dirait que tu as du mal à t´identifier aux filles, genre les mecs tu connais, tu peux écrire sur eux mais les filles sont d´une radicale étrangeté, t´arrives pas à te mettre dans leur peau. Dès que tu n´es plus en mode déjanté, distancié, sarcastique, tu ne sais plus y faire.
D´ailleurs, à ce propos, tu transmets très peu d´émotions (genre quand Hélène meurt on en a limite rien à foutre). Je sais bien que tes persos ne sont pas du genre à pleurer sur leur sort et leur famille à problème mais j´ai quand même l´impression que tu pourrais approfondir.


L´ambiance est bonne, je retrouve cette sensation de nager sous l´eau, lourde, étouffante, que me donnent toujours les histoires dans lesquelles les persos sont perchés 24h/24. Les descriptions de tripes et de barbaque sont bonnes, elles arrivent à me soulever un peu le coeur.
Mais le tout est un peu sinon adouci, du moins atténué par l´humour et ça passe assez facilement (me fait penser à Tarantino).


J´aurais tendance à dire que l´histoire est meilleure que "des visages, des figures" car elle se tient mieux. Là où "Des visages..." n´était qu´un prétexte pour divers hommages et une série de portraits, la cavale des deux frères donne un fil conducteur plus convaincant à "Billy Boy, un cadavre..."
L´abandon d´Harris fait perdre un peu de cohérence à l´histoire mais vu qu´Hélène le remplace, ça devrait aller.
Malgré tout, je pense qu´il faudrait que la trame soit plus serrée, que l´histoire se tienne mieux. Mais vu que l´histoire continue, tout peut encore arriver. Il faudrait lui donner une certaine unité, une certaine cohérence, une sensation que la boucle est bouclee.
En même temps, je peux me tromper, une dérive est une dérive, une errance une errance ; le propre de ce genre de persos est justement de n´avoir pas de but (même si on dirait qu´ils viennent d´en trouver un) donc peut-être que je suis à côté de la plaque. M´enfin, c´est l´impression que j´en ai. Imagine que ton histoire fasse 200 pages, faudrait quand même aller quelque part. (Me dis qu´il faudrait que je relise On the road pour voir dans quelle mesure Kerouac boucle la boucle ou la laisse ouverte -c´est loin, j´ai oublié).


L´écriture, le style, tout bon. J´aime beaucoup ton emploi de l´argot, qui sonne vraiment naturel. Le mélange écrit/oral est réalisé de main de maître, c´est fluide et rythmé, très agréable à lire sans être facile. On est pris dans ton écriture, on lit sans se poser de questions, on sourit de tes trouvailles. Peu de dissonances, même si ça arrive (description d´Hélène comme je le disais plus haut peut-être quelques autres trucs mais j´ai pas noté).

Beaucoup de fautes d´orthographe et de grammaire, par contre, mais c´est un moindre mal.


L´apparition des Rainbow Men perturbe un peu l´histoire. Genre si j´avais pas lu "Des visages...", je me poserais des questions. Mais ils sont vite éliminés, alors ça va.
Quelques incohérences : Régis-Renaud et Hélène qui se marie à 18 ans quand elle en avait 16,


Le monde que tu as créé, le monde du Taulier, est fascinant. Un monde pas si éloigné du nôtre, peuplé de moutons, de junkies et de brutes sanguinaires...


Côté inspiration, ça me fait toujours penser à Kerouac, Burroughs, Las Vegas Parano (flemme de rechercher le nom de l´auteur) et Boris Vian période Vernon Sullivan (tu as lu ? Sinon tu devrais aimer).


Si je l´achèterais à la FNAC ? ^^
Je sais pas, sincèrement. En tout cas, une fois que je l´ai commencé, je veux savoir comment ça va se terminer et je lis avec plaisir.
(Et surtout, faudrait déjà que tu sois publié et j´ignore totalement si ce genre de texte se vend de nos jours.)


Pour finir, je dirais que c´est bien. Tu as un sacré potentiel, ta capacité à écrire des pages et des pages et à conserver ton style sur le long terme m´impressionne.
Mais, et je peux me tromper, je dirais que pour que tes textes sortent de l´anecdotique il te manque de la profondeur. Il me semble que tu t´amuses plus que tu ne t´impliques. Tu joues avec les mots, tu te tapes des délires mais cela reste superficiel.
Arg, j´ai un peu de mal à expliquer ce que je veux dire. Je pense qu´écrire, c´est toujours parler de soi et que pour qu´une oeuvre soit puissante il faut accepter de donner de soi, de s´impliquer, de vider ses tripes sur le papier. Il faut être sincère, se dévoiler.

Tu n´as jamais envoyé tes oeuvres à des concours de nouvelles, pour voir ce que ça donnerait ? Tu ne les as jamais fait lire à quelqu´un dans le milieu de l´édition ?

Bon j´arrête là, j´espère que je n´ai rien écrit de blessant mais si je l´avais fait, sache que ce que je ressens avant tout quand je te lis, c´est de l´admiration pour ton écriture et du plaisir à te lire.
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MessagePosté le: Dim 27 Nov 2011, 12:59 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Wah merci pour ta critique, ça fait plaisir ^^ Et tu as touché des points que je suspectais, notemment au sujet d'Hélène. Ca me rend dingue les gonzesses, c'est un putain de mystère aussi bien dans la vraie vie que dans l'imaginaire, je les pige pas >.<

Citation:
certains éléments descriptifs sont dignes d´une rédaction de CM2


c'est exactement ça !! Quand j'relis le passage, j'ai envie d'me mettre des claques tellement on dirait du "plus belle la vie" Rolling Eyes

Sinon j'ai pas encore fait de concours de nouvelle parce que quand j'trouve un concours accessible, le thème imposé ne me plait pas. Déjà que je déteste ce mot "imposer". Mon dieu ce que c'est moche ! Sinon j'avais reçu des offres de publication pour "L'Autoroute du Clair de Lune" mais c'est des propositions à compte d'auteur...Mais quand on est auteur, en général on est branleu...chômeur ou inter-mitant du spectacle (oui tout ça c'est bonnet blanc et blanc bonnet) et donc on a pas 2.000€ à claquer pour faire imprimer un bouquin qui ne fera marrer que mes potes et quelques alcoolos à peine lettrés.

Citation:
c´est toujours parler de soi et que pour qu´une oeuvre soit puissante il faut accepter de donner de soi, de s´impliquer, de vider ses tripes sur le papier. Il faut être sincère, se dévoiler.


ouais j'ai un peu d'mal avec ça...Comment dire...J'trouverai vachement prétentieux de prétendre que je suis suffisement interessant en dedans pour remplir des feuilles. C'pour ça que les héros de mes histoires sont systématiquement des bonhommes qui ne me ressemblent pas, même si ce sont des narrateurs. 'fin dans celui-là, au final je m'identifie plus à Billy qui est un mélange de mon cousin, mon p'tit frère, moi et un ou deux d'mes potes les plus cinglés.

Enfin bref, merci beaucoup pour ton analyse et oui, pour le bien de l'histoire, il y a maintenant un but pour les deux frangins et j'te laisse découvrir la suite avec la piste 11 de suite =)


Piste 11 : Walk On The Wild Side


Le lendemain matin, je me casse la gueule du pajot après que la coque du navire soit allée se briser sur une houle un peu trop hargneuse. Billy ronque paisiblement. Je lui défais le garrot qu’il avait toujours au bras et le reborde. Le ciel est d’un bleu magnifique et sans nuage mais le vent souffle suffisamment fort pour faire tanguer Esméralda comme Quasimodo sous coco. Phébus quant à lui n’est pas bien haut dans son ciel azuré, mal réveillé, cuvant probablement un quelconque mauvais vin et ici bas, sur le plancher des loups de mer, plusieurs marins tout aussi avinés rêvent en vain. D’autres, de foutues valises sombres sous les yeux, sont occupés à nettoyer le pont des fresques peintes la veille au foutre sec, déjà presque ranci, dégueulis et autres chiasses lâchées dans un accès d’incontinence suite à un excès d’opiacés, ce genre de drogue qui vous bousillent totalement les sens et la machinerie intestinale.

Je m’affale sur des cordages laissés là pour en faire je ne sais quoi (et je m’en tape pas mal) et je me concocte un thé-roulé pour bien démarrer la journée. Je songe à Hélène, endormie, au moins pour toute ma vie, dans un coin de la cabine. J’essaye de relativiser, de me dire que même si elle est partie et même si elle était probablement la seule gonzesse à avoir jamais bité ce qui se tramait dans mon rassoudok déglingué, elle aurait aussi probablement finit par me briser les noix à la petite cuillère. A côté de moi, un jeune marin, qui ne doit pas avoir dépassé la vingtaine et a déjà le corps et la tronche couverts des cicatrices d’une existence qu’on ne pourrait décemment pas qualifier de paisible, émerge du sommeil de l’injuste camé. Je lui tends le thé, qu’il accepte sans rechigner. Il a un visage étrangement…poupon, pour un mec tellement marqué par la vie qu’il en a les avant-bras comme des romans-photos. Il recrache la fumée avec un plaisir à peine dissimulé et entreprend de me faire la conversation. Je n’ai pas spécialement envie de causer mais ça ne me dérange pas de l’écouter me conter cette joyeuse errance qui est la sienne depuis moult années (il ne se souvient plus du nombre exact de printemps qu’il a passé sur ce rafiot). Le jeunot s’appelle aussi Edward me dit avoir embarqué sur l’Esmeralda pour tuer le Borgne, qui aurait violé sa mère et dont les graines semées dans l’humidité de son Sanctuaire pourtant récalcitrant lui aurait donné la vie. Ce bout d’homme me raconte comment il s’était glissé à bord de l’Esmaralda un soir de juillet où le navire mouillait dans la baie de Port-au-Prince, Haïti. Il me dit s’être caché dans un tonneau de rhum et avoir du en boire de grandes rasades afin d’obtenir assez d’espace pour avoir la tête hors de l’alcool. Mais après plusieurs lampées, il était tellement saoul qu’il est monté sur le pont et a gueulé à l’attention du vieil Edward qu’il était ici pour lui faire ravaler son bulletin de naissance. Tout ça avait bien fait marrer l’équipage et son capitaine qui décida, plutôt que de le pendre par les couilles au mât principal, de reconnaitre sa paternité et d’en faire son fils. C’est ainsi que le jeune Edward rejoignit la bande de cinglés qui compose l’équipage de l’Esmeralda. Le jeune Edward me propose d’aller faire un petit tour sur le navire et d’aller voir ce que fabrique le reste de l’équipage. J’accepte dans un haussement d’épaules. J’ai pas grand-chose à foutre ce matin de toute façon et je n’ai pas encore rencontré tous les flibustiers du navire. A la poupe du navire, neuf ou douze marins s’adonnent au Vol Âme, un jeu très prisé à Tanger et dans toutes les villes du globe comme Barcelone, Saint Malo, Munich, Liverpool, Cape Town, ces villes où règnent l’anarchie la plus totale, où les forces du Taulier sont loin d’être majoritaires, partageant le pouvoir avec la Mafia ou des gangs locaux comme les Coquillards. Le Vol Âme se joue avec sept dés autour d’une table sur laquelle les joueurs déposent de gargantuesques sommes d’argent, de larges plaquettes de haschisch ou des sacs de blanche qui semblent sans fond. Certains joueurs rapidement fauchés, pour se refaire, misent carrément des années de vie. Et je ne parle pas d’années de servitude ou une quelconque connerie du genre, non. Ils misent littéralement leur vie. Leur espérance de vie diminue au profit du gagnant. Cette opération quasi-mystique s’effectue par un transfert de fluide vitale et ce, grâce à l’intervention d’une étrange créature découverte dans les Everglades, en Floride, il y a un paquet d’années, née des retombées radioactives de la 3e. Cette créature, appelée « Aspiravie » est une sorte d’hybride entre l’alligator et le héron. Maintenant cher lecteur, imaginons que tu paries trois années de vie et que tu les perdes face à moi au cours d’une partie de Vol Âme. La créature va venir te pomper le dard avec son long bec de héron hérissé de chicots d’alligator et te vider les burnes et ta Légende jusqu’à te faire vieillir instantanément de trois ans. Il va avaler tout ça puis va venir m’enfoncer son sexe reptilien par derrière et me transmettre tout aussi instantanément l’intégralité du jus qu’il t’a piqué et je rajeunirai aussitôt de trois ans. Une petite sodomie pour trois ans de plus à apprécier les plaisirs et vices de la vie, ce n’est pas si cher payé, non ? Le jeune Edward me propose d’aller en faire une petite partie, me prévenant tout de même (fairplay le mec) qu’il a une insolente chance de cocu à ce jeu. Je comprends alors pourquoi il parait à la fois si jeune et si vieux. Il a gagné un foutu bon paquet d’années de vie en la jouant aux dés. Je lui réponds que je ne suis pas vraiment d’humeur, aussi me propose-t-il d’aller s’envoyer une coupe de yage, une drogue extraite d’un arbre qu’on trouve dans les pays du sud du Nouveau Monde et que les indiens absorbent pour entrer en transe et ouvrir les portes de leur perception. C’est un hallucinogène relativement balèze et je vous conseil fortement, si un jour vous avez l’occasion d’y goûter, d’avoir un sédatif du genre barbiturique à portée de main afin de tuer dans l’œuf tout début de convulsions (c’est un vieux type que j’avais rencontré dans un rade je ne sais où et qui se faisait un Festin Nu, tout nu, qui m’a donné le truc).Nous descendons à la cale et nous joignons à un indien assis en tailleur derrière les tonneaux de la réserve de rhum, caché sous une épaisse masse de longs cheveux blancs dégueulasses et simplement vêtu d’un pagne en chanvre tressé et d’un immense tatouage de serpent qui s’enroule tout autour de son corps, la tête de l’animal reposant sur l’épaule de l’indien. Il faisait bouillir dans une petite marmite posée sur un réchaud, une étrange mixture. Le jeune Edward m’explique que ce sont des morceaux d’écorce de la banistérie, une liane à croissance très rapide qui pousse dans la forêt anciennement vierge d’Amazonie. L’indien coupe et broie la liane puis balance la purée dans la marmite et laisse le tout cuire pendant deux heures. Pour passer le temps, on remplit trois écuelles de rhum et l’indien me raconte le rôle que ses Dieux lui ont donné à jouer sur notre bonne vieille Terre. Si j’ai bien tout compris (il est déjà sacrément entamé au hash, quatre ou cinq culs de joints trainent autour de lui), il est persuadé d’être sur ce navire pour y réguler les conflits. C’est un pacifiste qui considère l’équipage comme une tribu dont il est le guide éclairé puisqu’élu des Dieux. Enfin de ses Dieux. Le jeune Edward m’explique que le Shaman (tout le monde l’appelle comme ça parce que personne ne peut prononcer son nom correctement. Pour être franc j’ai rien bité non plus) joue les rôles de juge en cas de litige et de médecin de bord. Il connait toutes sortes de remèdes à base de plantes, souvent des hallucinogènes ou de puissants sédatifs. Mais ça marche, ses patients semblent canner bien moins souvent qu’on ne pourrait s’imaginer. Pour rendre la justice, il s’envoie une grande rasade de yage et entre en transe. Une fois suffisamment carvé, le Shaman est apte à discutailler avec ses Dieux, qui lui révèlent la vérité. Le jeune Edward me confie en aparté que le vieil Edward ne croit pas vraiment à ces histoires mais que ça le fait tellement marré qu’il donne tout pouvoir au Shaman pour régler les conflits et se fout totalement de savoir si l’indien a vu juste ou si l’innocent à été condamné. Le Shaman rajoute quelques herbes et du miel au yage, pour lui donner du goût, et en remplit nos écuelles. Nous les vidons d’une traite puis, après vingt ou trente minutes, je m’envole dans un bond hors de mon corps chétif. Foutre chierie, c’est de la sacrée putain de came son truc ! Billy adorerait ça, il faudra que je demande au Shaman de me mettre un bol de côté pour lui mais pas tout de suite, pour le moment je n’en ai plus rien à carrer de mon déglingué de frangin, je plane au dessus de l’Esméralda et Charlie Parker me souffle une nuit en Tunisie dans les oreilles. Je vole parmi les nuages et m’éloigne à vitesse grand V du navire pour ensuite plonger tête la première dans une mer de vase noire au relent de foutre ranci. Je m’y enfonce péniblement, comme dans une vierge pas assez chauffée et à l’hymen aussi résistant qu’une porte blindée. Après quelques mètres de plongé je perce enfin -l’hymen- la couche de vase et me retrouve la gueule enfoncée dans une couche de sable tiède, à l’ombre d’une maison faite de terre séchée. Je me relève et époussète mes vêtements pour me rendre compte que je dois être dans un bled du Continent d’en Face. Mais où ? A l’intérieure de la maison je ne trouve qu’une donzelle, pas beaucoup plus vieille que moi, qui mange un quignon de pain séché et boit un liquide opaque qui semble être…de l’eau. Son visage basané et sa tignasse brune sont recouverts de saletés et tâches diverses, le contour de ses yeux est plus ridé que le cul d’une octogénaire et quand elle ouvre la bouche pour croquer le pain, j’aperçois plus de trous noirs que de dents blanches. Vu sa gueule, non seulement cette petite ne mange pas à sa faim mais en plus c’est une camée. Une fois sa maigre pitance avalée, la brunette se lève et sort de la maison, me passe devant sans même m’accorder un coup d’globe oculaire et se poste à quelques mètres de moi, les bras ballants le long du corps, fixant l’horizon en attendant quelque chose, ou quelqu’un, ou rien. Mais je parierai quand même sur le « quelqu’un », j’sais pas pourquoi, une intuition. J’aimerai bien savoir où j’ai atterris quand même…Et comment j’vais faire pour retrouver Billy et l’Esmeralda maintenant ? Je suis paumé au milieu de nulle part, autour de moi il n’y a que du sables et de la caillasse, il n’y a qu’un foutu putain de désert alors que quelques minutes plus tôt j’étais au fond d’une cale de navire en route pour Ceuta. Je questionne la donzelle, toujours occupée à fixer l’horizon de ses grands yeux cernés, noirs et vides de toute expression mais elle ne me lâche pas un broke. On dirait qu’elle ne m’entend même pas, comme si je n’étais pas là. Je m’agite autour d’elle, remuant les bras dans tous les sens, tournant autour de son corps décharné, hurlant comme un foutu damné mais niveau réaction de sa part, j’obtiens peau d’balle. Je me laisse tomber en tailleur à ses côtés et me roule une cancerette en attendant. En attendant quoi, j’en sais foutre rien mais j’me dis qu’il finira bien par arriver quelque chose. Je me laisse aller à rêver à ce qu’on ferait Billy Boy, le cadavre d’Hélène et moi, une fois arrivé à Tanger. Et puis je me dis que je devrai p’tet faire preuve de moins d’égoïsme et qu’il me faut accepter le fait qu’Hélène soit partie. Elle n’est plus de ce monde, de mon monde, et qui suis-je pour la forcer à rester à mes côtés ? J’en viens à la conclusion qu’une fois revenu sur l’Esmeralda, je laisserai son corps à la mer quand je suis interrompu dans ma réflexion par les bruits de deux moteurs distincts. Je saute sur mes pattes et regarde autour de moi. Une jeep militaire poussiéreuse, probablement rescapée de la 3e Guerre se radine depuis le Nord tandis qu’une grosse Cadillac noire arrive depuis l’Est. Alors la brunette s’agite enfin les miches et retourne à l’intérieure de sa case fissurée pour en revenir avec une amphore en terre cuite et des bols taillés dans le bois. J’aperçois aussi dans le décolleté de sa robe en haillon qui a probablement du être blanche à une certaine époque, une liasse de billets froissés. Les deux voitures se garent l’une en face de l’autre et plusieurs hommes en sortent. De la jeep militaire émerge un visage familier mais sur lequel je ne saurai mettre un nom…Pourtant ces fines lunettes rondes posées devant ces yeux d’un bleu perçant me disent bien quelque chose…Avec lui sort un autre mec, un espèce de dandy au cheveu rare (pour pas dire carrément chauve) vêtu d’un pantalon de toile beige et d’une chemisette blanche arborant un étrange personnage tenant un ballon de baudruche. Le dandy a un cigare fiché dans le bec et a le regard masqué par des lunettes de soleil. Il sort de sa poche de pantalon un sachet plastique contenant environ 15 grammes de cristaux transparent, semblable à du verre brisé ou de la glace. De la méthamphétamine sans aucun doute. La brunette remplit les bols du liquide contenue dans l’amphore (un genre d’alcool probablement) et les dispose sur une petite table en bois grossièrement taillée. Ensuite, elle échange sa liasse contre le sachet et fait demi-tour aussi sec vers sa case pour s’envoyer une bonne défonce des familles. Je l’accompagnerai bien mais les portes de la Cadillac s’ouvrent à leur tour et un visage plus que familier cette fois en sort lentement, prenant le temps d’entretenir le mystère quand à son identité. Néanmoins, je reconnais très facilement ce visage buriné, au nez déformé après avoir été brisé trois ou quatre fois, aux pommettes plus très droites et au menton fort et prononcé. Qu’est ce que mon père fout ici ?! Un autre mec en costard gris anthracite, chemise blanche, stetson assorti et bottes pointues, sort de la Cadillac et se poste juste derrière mon paternel, la main sur la pétoire. C’est mon vieux qui prend la parole en premier. Il s’approche du binoclard familier et lui serre la pince,

« Will le Rouge, comment se passe le retour à la liberté ? »

Will le Rouge ! Bien sur ! C’est un des fameux Rainbow Men, le groupe auquel appartenait feu, Alex le Vert ! Je l’avais rencontré ce soir-là à Bruxelles ! Alors l’autre doit être

« Max Docky Doc, de Varña ! Tes affaires sont-elles toujours si lucratives ? »
« Je n’ai pas à me plaindre, comme tu as pu le voir mon produit Bold Boys s’écoule plutôt bien. Jusqu’ici, sur le Continent d’en Face. »

Max Docky Doc est un businessman plutôt connu sur le Vieux Continent. Il a fait fortune grâce à ses produits stupéfiants divers et variés, les Bold Boys, sorte de supers cristaux supers purs et supers forts. J’ai déjà eu l’occasion de les essayer, une dose de Bold Boy et tu te retrouves expédié dans les nuages pour vingt à trente heures. C’est assez bourrin, faut bien l’avouer. Maintenant, j’aimerai comprendre ce que mon père fabrique au milieu du désert avec ces cons là…Il présente le gorille en costard l’accompagnant, il s’appelle Georges. Sans commentaire.

« Bien, Will, Max, comme vous le savez, la Révolution s’est finalement mise en branle il y a environ une semaine. Les Terres du Sud sont quasiment conquises. Vos amis, Jack le Blanc et Théo le Noir, avec l’aide de Scott Shelby, ont réussi à éliminer Joe le Cabot et son psychotique de fils, Eddie le Gentil. Voila pour les bonnes nouvelles. La mauvaise, c’est qu’aucun des héros de la Bataille de Table Mountain n’a survécu à l’heure actuelle. Théo le Noir et Scott Shelby ont été tués en affrontant Joe le Cabot et Eddie le Gentil, Jack le Blanc est mort un peu plus tard. Son véhicule a été touché par un obus alors qu’il quittait la ville. »

Il n’y va pas avec des pincettes le paternel pour leur annoncer la mort de deux de leurs plus vieux amis.

« Maintenant, j’aimerai vous vous joignez à nous pour prendre d’assaut le Vieux Continent. Dans quelques jours, nos troupes seront à Tanger et nous embarquerons pour l’Espagne. Nos troupes sur place sont armées, entrainées et prêtes à agir. Il y a eu comme un problème d’organisation avec la mort d’Alex le Vert qui coordonnait toutes nos opérations là bas mais les choses sont vite revenues à la normale depuis. »

Will et Max fixent mon père, encaissant le flot de nouvelles informations dont ils étaient aspergés. Je prends alors soudain conscience de l’atrocité réelle d’une guerre. Tous ces êtres chers que l’on perd pour des idéaux ou simplement pour quelques nouveaux territoires, le sacrifice d’une personne pour en sauver éventuellement des milliers d’autres et toutes ces conneries si évidentes auxquelles je n’avais jamais vraiment songé avant de voir les visages décomposés des derniers Rainbow Men encore en vie. Max s’avance vers mon père, retirant ses lunettes pour découvrir des yeux humides, presque larmoyants.

« Tu nous as fait crapahuter dans ce désert à la con depuis Tanger pour nous annoncés que les seules personnes qui comptaient pour nous dans ce putain de monde sont maintenant en train de déguster de pleines assiettes de racines de pissenlit à cause de toi et de ta Révolution à la con pour ensuite nous demander de t’aider ? Va te faire foutre Moriarty, hors de question que je rentre dans tes combines ! »

Will reste parfaitement silencieux, fixant ses pompes de ses glazzes si bleus. Il relève la tête, remonte ses lunettes sur son nez aquilin et sort un paquet de clopes de sa veste. Il en allume une puis avance à son tour vers mon paternel. Georges ressert l’étreinte sur sa pétoire. Les choses sont en train de dégénérer et tous les protagonistes ici présents en sont parfaitement conscients. La brunette est de retour dans la scène, debout dans l’embrasure de la porte, se soutenant tant bien que mal contre le cadre, le visage absolument impassible, merveilleusement inexpressif, figé comme une statue de marbre. Will crache sa fumée bleutée au visage de mon vieux, faisant tiquer le gorille derrière qui est sur le point de dégainer et de plomber à la volée.

« Désolé Moriarty mais il n’est pas envisageable que nous vous aidions. Trop de gens sont déjà morts pour votre connerie de Révolution et je refuse d’y participer. »
« Si c’est vraiment là ce que vous pensez mon bon Will, alors pourquoi avoir aidé Jack le Blanc à liquider Guy la Lame Tordue et Emile le Chauffeur lorsque vous étiez tout deux captifs à Robben Island ? »
« Je ne cherchais rien d’autre qu’à m’évader de ce trou à mafieux et de retourner élever mes ornithorynques en Australie. Et puis Jack était un de mes plus vieux amis, je me devais de l’aider. Toi, Moriarty, j’te dois que dalle, ne compte pas sur moi pour aller m’faire flinguer dans une guerre que je ne cautionne pas. »
« Alors le règne despotique du Taulier est à votre convenance ? »
« Non, mais je ne pense pas qu’il soit très judicieux de troquer une fripouille contre une autre. Que ferez-vous une fois que vous aurez récupéré le pouvoir ? Réinstaurer la démocratie ? Ou une putain de monarchie constitutionnelle ? Je marche pas, vous allez simplement vous partager de nouveaux territoires et pourrez mener votre chierie de dictature à vous ! Je pisse sur ta révolution Moriarty ! Toi et tes potes vous avez sacrifiés un nombre incalculable de vies innocentes pour arriver à vos fins. Le Continent d’en Face est déjà à feu et à sang et ce feu va se répandre dans le monde entier, suivant la trainée de poudre que VOUS, bande d’enfoirés, avez tracés. »

Mon père reste absolument impassible face à Will.

« Bien. Si cela est votre dernier mot je vais hélas devoir vous demander de mourir. J’en suis navré et n’en tire aucune satisfaction personnelle, croyez-le bien. Georges, voulez-vous ? »

Et alors, tout est allé très vite. Georges a dégainé sa pétoire et plombé Max, qui n’avait pas encore mis la main à l’étui, d’une balle en pleine bidoche. Il s’écroule et Will a le temps de tirer dans la tête du gorille en costard avant de s’en prendre une de la part de mon vieux. Puis, alors que je croyais la partie finie pour lui, la donzelle camée sort un petit flingue de son entre jambe et allume généreusement mon géniteur de plusieurs dragées. Je me jette devant lui pour faire écran mais les bastos me passent à travers tandis que je me ramasse la tronche dans le sable. Mon geste était doublement inutile puisqu’il s’est aussi jeté au sol. Pourtant il est couvert de sang, deux orbites fumantes et sanguinolentes ont fait leur apparition au dessus de son œil droit et dans la pommette gauche. Je m’enfonce lentement dans le sol et passe à travers le sable chauffé et humidifié par le sang suintant du corps du père et je continue ma dégringolade pendant un bon millier de mètres avant de me viander sur le plancher de la réserve de rhum de l’Esmeralda. Le Jeune Edward et penché au dessus de moi et me colle des volées de raisins par grappe de cinq en me gueulant

« Réveil toi ! Un bateau égyptien est en vue, nous allons le piller. Mets-toi sur tes jambes et attrape une arme ! »

Je reprends difficilement mes esprits, le Shaman me fourre des barbituriques au fond du gosier afin d’annihiler les effets du yage et j’arrive enfin à articuler au Jeune Edward que je n’avais aucune intention de combattre. Sur quoi le Vieil Edward fait son apparition dans l’embrasure de la porte vermoulue et me lance une ceinture équipée d’un colt et d’une épée.

« Tu croyais peut être que le maigre pactole que tu m’as refilé allait couvrir votre voyage à toi et ton taré de frère ? Maintenant, si tu ne veux pas que je vous balance tous les deux par-dessus bord tu vas te bouger les miches fissa et rejoindre mes hommes sur le pont ! Ton jeune frère est déjà paré au combat et prêt à en découdre ! »

J’ose à peine imaginer le massacre que ça va être si Billy se joint à la partie…Il vaudrait mieux que j’y aille histoire de garder un glozze sur lui. De toute façon, le Vieil Edward ne me laisse pas tellement le choix. Je me relève et prend la suite des deux Edward et du Shaman qui grimpent les escaliers menant au pont principale quatre à quatre. Je prends place au premier rang, juste à côté de Billy Boy et je me demande combien de temps encore on va arpenter ainsi les rues et le monde cherchant à nourrir notre âme et un endroit pour manger.


Sugar Plum Fairy came and hit the streets, lookin’ for soul food and a place to eat
Lou Reed

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MessagePosté le: Lun 28 Nov 2011, 10:18 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Piste 12 : I Just Don’t Know What To Do With Myself


Les deux navires se font maintenant face et je n’arrive même pas à repenser à cette étrange vision que j’ai eue de mon vieux en train se faisant allumer le cigare par plusieurs balles gracieusement offertes par une camée déconnectée des choses de la vie. Les bruits des canons et des fusils, des épées qui s’entrechoquent entre elles et des hommes hurlant leur courage et leur folie, sont assourdissants et quand je crie à Billy Boy de rester prudent, celui-ci ne m’entend déjà plus et se balance au bout d’une corde attachée au grand mât, se jetant à l’abordage du navire adverse. Une vingtaine d’hommes de l’Esmeralda suivent son mouvement, j’aperçois le Jeune Edward, déjà là bas, en train de trancher du pirate égyptien de son épée. Une épée longue et fine, tenant plus de l’aiguille à tricoter que de l’arme de guerre, mais dans les mains du Jeune Edward qui est un excellent escrimeur, cette aiguille est mortelle. J’aperçois aussi le Shaman, resté sur notre navire, qui mêle à la poudre à canon une substance visqueuse et jaunâtre. Je me serai bien attardé sur la description ses faits et gestes à ce moment-là mais le Vieil Edward, qui coordonnait jusqu’ici l’attaque depuis le gouvernail me chante maintenant dans le creux de l’oreille une douce mélopée qui sonne à peu près comme ceci,

« Bouge ton foutu cul de macaque et décarre fissa sur le pont adverse ! »

J’attrape un cordage et me lance dans la bataille. Mais alors que je suis encore dans les airs, juste entre les deux navires, un tonnerre –au moins de Zeus- retentit derrière moi. Une trainée jaune fluorescente passe à quelques dizaines de centimètres de mon humble personne, portant presque atteinte à mon intégrité physique, et va s’écraser dans le flanc du bâtiment ennemi, balayant une partie de la coque de noix du dit-bâtiment. L’explosion est puissante, très puissante. Son souffle me fait repartir en arrière et lâcher prise. Je tombe lourdement à l’eau, entre les débris de bateau et les corps humains déjà tombés sur le champ, parait-il, d’honneur. Une fois remonté à la surface je constate que la substance jaune se répand sur toute la coque du navire et celle-ci se met à fumer, comme si elle brûlait de l’intérieure. Je nage rapidos vers les cordages du vaisseau égyptien et me hisse jusqu’au pont principal. Celui-ci était couvert de pirates s’entre-tuant à coups de plombs, de fers et de poings. Un basané est fermement accroché au dos d’un des gars de l’Esmeralda et lui dévore le cou à pleines dents. Je l’allume d’une bastos dans les reins et il s’écroule au milieu des autres cadavres qui pullulent sur le pont, dégueulant de l’hémoglobine par litres qui s’écoule dans les commissures du plancher. Le mec à qui j’ai sauvé la vie veut me remercier mais le cannibale a eu le temps de lui arracher un morceau de la carotide et il meurt avant même d’avoir pu faire deux pas en ma direction. Désolé, mon pote. C’est dingue comme le cannibalisme est devenu chose courante depuis le Taulier. Comme si cet empaffé ne s’était pas contenté de ramener le monde plusieurs siècles en arrière mais qu’en plus il avait rabaissé l’Homme a ses plus bas instincts. Enfin, entendons-nous bien, je suis tout à fait conscient que l’Homme est un animal pourri par nature, luttant pour sa survie et se référant à la loi du plus fort. Mais arrivé vers la fin du XXe siècle, il y avait eu quelques progrès. Si l’Homme n’avait pas fait disparaitre ses vices, il les cachait tout de même plus efficacement derrière ses rares vertus grâce à ce qu’on appelait alors la « pression sociale ». Il était nécessaire pour n’importe qui de coller à des codes moraux, comportementaux et vestimentaires afin de ne pas être écarté du troupeau de ces putains de chiens de Pavlov qui réagissaient instinctivement en se mettant bien en rang, plutôt que de cogiter un peu et de se dire qu’il aurait p’tet fallu penser par soi-même plutôt que par la masse. Mais au moins, à cette époque, les gens ne se bouffaient pas entre eux. Pas littéralement du moins. Alors je me demande ce qui est le mieux, être libre de faire le mal ou être conditionné à faire le bien ? Grande question à laquelle je ne peux répondre puisque trop occupée à charcuter du basané pour ma propre survie. Je tranche et je flingue tous ceux qui passent à ma portée. Je dois en être à cinq ou six (je ne suis pas très bon tireur et la plupart de mes balles vont se perdre…Je ne sais où…J’espère ne pas avoir troué un des nôtres à cause de mes lacunes en tir), je zieute aussi à la recherche de Billy mais celui-ci reste introuvable parmi la soixantaine de caves qui se mettent joyeusement sur la gueule. Je me fraye un chemin vers l’entrée des cales et me retrouve face à un pirate ennemi d’au moins deux mètres dix de haut, un foutu putain d’enfoiré de géant armé d’une hache plus grande que lui, qui devait accuser sans mal ses 160 kilos de bidoche. Il venait juste de trancher deux hommes d’un coup circulaire. Il les a tranché le con ! A sa droite, les bustes encore gesticulants vomissant leurs tripes, et à sa gauche les jambes des malheureux, parfaitement immobiles. Il lève sa hache au dessus de sa tête et l’abat de toutes ses forces sur la tronche de votre pauvre narrateur qui est à la limite de se chier dessus. Je reste paralysé le temps que la lame ne descende vers mon crâne mais au moment de l’impact, je me retrouve brutalement jeté au sol. Le Jeune Edward venait de me sauver les noix et faisait maintenant face au géant.

« Amènes toi enfoiré, on va valser un peu tous les deux. »

Le Jeune Edward salue son ennemi de son épée, ainsi qu’il convient de faire dans tous duels de gentilshommes. Le géant se marre et prononce des mots dans un dialecte absolument imbitable, mais étant donné le ton employé et le rire débile qui s’échappe de son gosier disproportionnée, j’imagine qu’il se paye sa fiole. Le géant lève à nouveau sa hache et alors qu’il la laisse tomber sur Edward, celui-ci fait deux pas de côté et lui assène un coup d’estoc dans le pied. Il a un léger grognement mais ne bronche pas plus que ça et, de sa main libre, baffe son adversaire dansant qui s’en va s’écraser contre le grand mât. Je saute sur mes pattes pour aller lui donner un coup de main mais suis alors pris dans un duel par un pirate plus à ma taille mais aux compétences martiales tout aussi surprenantes. Impossible de l’entailler ou de le percer, il part absolument tous mes coups. Je ne suis pas vraiment un homme d’action, comme tu as pu le constater au fil de mes divagations exposées tout le long de ce récit. Néanmoins, dans le cas présent, l’instinct de survie prend invariablement le dessus. J’esquive plusieurs estocs qui m’auraient été fatales et tente de le déborder sur la gauche. Le pirate est plus rôdé que moi et la différence d’expérience se fait sentir. Il anticipe sans mal ma passe et me jette au sol d’un coup de tatane bien sentie. Il s’avance de quelques pas et prend le temps de se payer ma fiole tandis que le canon du flingue qui pendait à sa ceinture jusqu’ici s’ajuste entre mes deux glozzes. C’en est donc fini pour moi ? Déjà ? Non pas que j’espérai trainer ma carcasse jusqu’à quatre-vingt balais mais quand même...J’attends que la balle vienne me percuter la cafetière et alors que je peux entendre la Grande Faucheuse aiguiser son instrument, je ne vois aucun flash blanc, ni le défilé de ma vie. La seule chose qui me vient à l’esprit c’est « Je crois que vos phares sont cassés, jeune homme ». C’était une vieille, à Lille, qui m’avait lancé ça comme ça alors que j’étais occupé à forcer une tire sur un boulevard quelconque. Pourquoi cette scène en particulier ? J’en sais foutre rien et, en tête à tête avec un flingue, je n’en ai franchement rien à paitre. Et puis quand je m’attends à voir tomber le rideau rouge, une détonation se fait entendre. Pas celle d’une pétoire, non, bien trop puissant pour ça. C’était un coup de canon, tiré par le Shaman depuis l’Esmeralda, et au lieu de canner comme je m’y attendais, c’est mon supposé bourreau qui se fait l’écharpée belle, entrainé dans le sillage du boulet. On peut dire que je suis foutrement chanceux sur ce coup-là ! Je me relève tant bien que mal, encore sonné par les évènements sus cités qui ont semblé durer une éternité quand 20 ou 30 secondes à peine s’étaient écoulées. Le Jeune Edward continue son duel avec le géant, je zieute un peu l’état des troupes. De ce que j’en vois, on est plutôt maitres de la situation. Les basanés sont clairement en sous nombres et la poudre spéciale de notre ami Shaman a été plus qu’efficace, le navire commençant à prendre l’eau de partout. Une secousse informe d’ailleurs tous les participants à cette bataille navale que la proue du bâtiment a décidé de lâcher prise et d’aller rejoindre les diverses épaves qui constellent les fonds marins de cette mer si bleue et brillante sous le cagnard du jour. Il fait aussi chaud que dans le lit d’une prostipute martiniquaise. Le Jeune Edward finie par percer la défense du géant et lui plante son épée dans l’œil jusqu’à la garde. La lame ressort à l’arrière du crâne chauve de son adversaire, emportant avec elle quelques morceaux de sa cervelle de pigeon attardé. Le Vieil Edward nous gueule ses ordres depuis le pont principal de son navire (oui, ça fait beaucoup de possessifs en une phrase, mais le capitaine est quelqu’un de très…Possessif…Bref,) et nous suggère de filer fissa dans les cales récupérer l’or et l’opium que ces cons-là trimbalaient tranquillou tranquille quand nous leur sommes tombés sur le rabe. Le Jeune Edward me suggère de le suivre. Je lui dis que je dois d’abord trouver mon frère.

« Tant que la bataille n’est pas terminée, tu ne dois te focaliser que sur les ordres du capitaine ! Ne m’oblige pas à te coller une balle dans le cigare pour mutinerie, cela me déplairait fortement. Maintenant, ferme ton claque-merde et radines toi ! »

Le Jeune Edward, votre humble narrateur et deux autres hommes, mettent donc plein gaz vers les calles afin de les vider avant que le bateau ne se fracasse définitivement la gueule au fin fond de la mer. Edward et moi laissons nos deux accompagnants s’occuper des quelques pèlerins qui survivent tant bien que mal à l’envahisseur et fonçons directement aux calles. A peine avons-nous descendu l’escalier qu’Edward faillit lâcher la rampe pour de bon, glissant sur une flaque de sang frais. Fort heureusement, le quidam propriétaire du dit-sang, gis sans plus de vie au bas des marches et amorti la chute du Jeune Edward. Dans le couloir qui continuait l’escalier, cinq ou six corps avaient été sauvagement attaqués. Comme si les mecs avaient croisés une meute de loup affamé. Plusieurs des cadavres s’étaient vu séparer des membres habituels (bras, jambes) mais mon attention se porte sur le quatrième qui, pantalon aux chevilles, tenaient dans ses mains crispées par la rigor mortis son sexe circoncis encore sanguinolent. Deux autres s’enfilaient à la manière des chevaux tandis qu’un autre était cloué aux parois du navire, façon acrobate en slip. Il était évident que le bourreau de ces pauvres mecs, non content de leur avoir ravis leur futur, s’était amusé à un peu de mise en scène. Nos deux collègues nous rejoignent et l’un d’eux dégueule ses tripes en voyant le spectacle. Sur le pont principal, le bruit des lames rouillées qui s’entrechoquent a cessé et la poudre a finie par se taire. Il semblerait que la bataille soit gagnée mais nous n’en avons pas terminé pour autant et on s’active à défoncer les différentes portes des calles pour en extraire ses richesses. La première porte à droite ne révèle pas de grands trésors, abritant simplement des paillasses et des hamacs pour le repos des guerriers. Mais tout au fond, cachées sous des drapes mités et durcis par la foutre rance, on a le plaisir de découvrir cinq prostiputes, embarquées pour le plaisir des hommes, afin qu’ils ne virent pas sodomites pendant une traversée trop longue, comme cela arrive bien souvent dans les milieux marins. Inutile de vous décrire la joie de nos gars face à cette découverte qui s’empressèrent de leur passer dessus sans plus de préliminaires. Edward, moi et quelques autres continuons notre exploration tandis que le navire sombrait de plus en plus à la verticale. Nous trouvons sans mal les réserves d’or et trois hommes s’empressèrent de ramener le plus de sacs sur l’Esmeralda. Pour ma part, je suis sur le point d’enfoncer la dernière porte. Je prends mon élan histoire d’aller lui flanquer un bon coup d’épaule. Je suis à peu près aussi baraqué qu’une crevette anorexique mais en y mettant toute ma force et ma bonne volonté, je devrais être apte à passer à travers du bois vermoulu, non ? Alors je cours sur quelques mètres, bondit en avant mais au moment de l’impacte, la lourde s’ouvre et je m’en vais m’étaler de tout mon long sur le plancher, entre deux barriques de rhum. Et qui vois-je, la poignée en main, les yeux rouges écarquillés et une pipe d’opium au bec ? Je vous le donne en mille, Billy Boy ! Je suis sur que tu l’avais deviné, mais ayons une pensée pour les lecteurs imbéciles qui peuplent notre hexagone et qui, bien que lettrés, ne bénéficient pas du même sens de la déduction que toi. Il affiche un grand sourire, à la fois surpris et amusé de me voir là, couvert de sang et de sueur, affalé dans la poussière. Il m’explique qu’il était descendu directement ici, avait fait connaissance avec les cinq, six cadavres que j’avais aperçus dans le couloir et s’était radiné dans cette pièce, touchant ainsi le jackpot du junky. Pendant que les gars et moi risquions nos vies sur le pont principal, lui se payait une bonne vieille défonce des familles à grande rasade de rhum et de bouffée d’opium. Je secoue la tête. Définitivement irrécupérable le frangin. Enfin bon, on attrape tout ce qu’on peut et on décarre fissa. Le navire est maintenant complètement à la verticale. On se ramasse tous joyeusement la fiole avant d’arriver à retrouver un certain équilibre. Quand on revoit enfin les rayons du soleil, les canots de l’Esmeralda sont là pour embarquer le fruit de nos rapines et les membres de l’équipage restés sur le navire égyptien pour le délester de sa cargaison.

Revenu sur l’Esmeralda, on s’offre une grande fiesta. Mais je n’ai pas vraiment le cœur à ça et reste en spectateur, posé dans mes cordages toujours laissés là pour en faire je ne sais quoi (et je m’en tape toujours autant). Je commence à cogiter sur la suite des événements. Le Vieil Edward nous l’a bien mis à l’envers et je me dis qu’il vaudrait mieux pour Billy et moi que nous décarrions fissa de ce navire de cinglés. Je veux lui en toucher un mot mais il n’en a cure, trop occupé à se pinter la tronche avec sa nouvelle bande. Je continue donc à cogiter tout seul et à planifier tout ce qu’il fallait pour tout les deux, et pas juste pour ma pomme, sinon quel intérêt ? Etrangement, je ne saurai quoi faire sans lui.

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MessagePosté le: Mer 30 Nov 2011, 12:31 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Ah! Les pirates, de doux cinglés Twisted Evil

Piste 13 : Don’t Stop Me Now


Dans la cabine du Vieil Edward, nous sommes quatre. Il y a Billy Boy, fourrant une pipe en nacre blanc avec une petite boulette d’opium, Hélène, toujours dans son sac de toile mortuaire, se repose dans un coin. Le Borgne est dans son fauteuil tandis que je lui fais face, de l’autre côté de son bureau. Il ne fait pas encore très chaud, étant donné l’heure matinale. Les hommes de l’équipage, accompagné de Billy, se sont payés une sacrée foutue fête des familles jusqu’au milieu de la nuit. Ca pourrait paraitre trop tôt pour finir une fête mais ils avaient commencés en milieu d’après midi les gros bourrins. Enfin bref, nous étions donc tous les quatre tranquillement installés, lui fumant, elle…Non pas tricotant mais ne faisant rien puisque décédé. Le Vieil Edward commence par nous remercier pour notre participation à la bataille de la veille. Billy rétorque qu’il n’y a pas de quoi, que ça avait été un grand plaisir pour sa part. Pour la mienne, je reste de marbre. Je n’ai jamais été grand amateur des effusions de sang ou des viols collectifs. Trois des cinq prostiputes qui trainaient dans les calles du navire égyptien ont été clouées par les mains et les pieds, en étoile, sur le plancher du pont principal, laissant ainsi le champ large aux pirates pour se vider les noix quand il leur plaira. Je crois que l’une d’elles était encore en vie ce matin.

« Mes amis, je n’ai pas vraiment joué franc-jeu avec vous. Je me suis servi de vous, je le reconnais mais je puis vous assurer que nous faisons maintenant bien cap vers Ceuta. Nous y serons après-demain matin, sauf imprévu. »

Il était temps. J’en ai d’ailleurs eu suffisamment la nuit dernière pour repenser à cette étrange vision vécue pendant mon trip au yage. Je ne savais pas trop quoi en penser, était-ce une simple illusion goupillée par mon esprit malade ou une vue de l’avenir de mon paternel ? Si c’était le cas, il nous fallait arriver à Tanger dare-dare et le trouver avant qu’il ne se mette dans la carafe d’embaucher Will et Max. Je n’en ai pas encore parlé à Billy, je n’ai pu le voir seul, sobre et avec les étagères en état d’écouter ce que j’avais à lui dire. Le vieil Edward sort d’un tiroir de son bureau une bouteille sans étiquette mais que j’estime être remplie de bourbon à la vue de la robe ambrée arborée par le liquide. Le capitaine fait sauter le bouchon de liège d’un coup de dents et s’envoie une grande rasade au fond du gosier avant de me passer la bouteille.

« Trinquons les gars, à notre courte association et à notre nouvelle amitié ! »

Je prends une longue rasade, c’est bien du bourbon, et après avoir carburé au rhum, ça fait du bien par où ça passe. Il est beaucoup plus amical que la veille le vieil Edward. Faut dire qu’on lui a remonté de la carcasse du bateau égyptien un paquet d’or, d’opium et d’alcool, trois des principales richesses essentielles à la survie de tout pirate qui se respecte. Je demande finalement où nous sommes car cela fait belle lurette qu’on aurait du arriver à Ceuta. Le Borgne dégage un pan de la carte présente sur son bureau et me montre notre position quasi-exacte (on n’est pas à une vache près) qui se situerait au large de l’Egypte et nous avons maintenant repris notre route vers Ceuta, pas d’arnaques cette fois. Il me dit que nous pouvons avoir confiance, vu ce qu’on a fait durant la bataille contre ces cons d’égyptiens, on a fait nos preuves et avons largement payé notre tribut pour le voyage. Il dit aussi qu’il aimerait nous garder à bord, que des gars comme nous, débrouillards, avec des tripes et tout ça, ça pourrait lui être sacrément utile. Je lui rétorque que c’est très aimable à lui de nous offrir ce job mais qu’on a des affaires urgentes à régler. Je songe à nouveau à la vision de mon père qui se faisait dessouder par la pétasse de ce fameux Max Docky Doc…Je me demande si le yage donne vraiment une vue de l’avenir et j’interroge Edward au sujet du Shaman et des visions qu’il a pu avoir par le passé, si elle se sont avérées juste ou si ce n’étaient que les délires éthyliques d’un junky avec beaucoup d’imagination.

« Je n’ai jamais vraiment cru à tout ce mysticisme mais je me dois de reconnaitre que le Shaman tape souvent juste. De mémoire, je dirai même qu’il ne s’est jamais trompé. Mais allez savoir, croire à tout cela reviendrait à croire en une destinée pré-écrite par quelqu’un ou quelque chose, pour nous, pauvres Légendes errantes que nous sommes. »

Mouais, on pourrait se payer une séance de philo de comptoir pour cerveaux avinés mais on finirait rapidement par baver un sacré paquet de foutaises sur un quelconque dieu. Dans ce nouveau monde façonné par le Taulier, la religion est synonyme de folie, rappelons-le. Aussi, pour commencer à divaguer sur le sujet, faut-il que nous soyons déjà bien saouls et le Borgne décide de décarrer s’occuper de sa barre. S’agirait pas de dériver dans la mauvaise direction. Edward prend donc congé de nos personnes et je vais m’assoir à même le plancher, entre Hélène, toujours dans son sac, et Billy, dans son hamac, pipe d’opium au bec qu’il me tend. J’en prends deux ou trois grandes bouffées et, de ma main libre, ouvre le sac mortuaire dans lequel Hélène se décompose lentement. Elle est partie et je sais que c’est définitif, du coup je ne suis plus vraiment sur d’être amoureux d’elle. Je suis encore triste évidemment mais c’est plus une sorte de mélancolie nostalgique qu’une vraie tristesse, comme quand tu viens de perdre un proche ou ta couille droite dans un accident de voiture. Enfin j’imagine. Je regarde son visage et tente de me figurer le vagin d’une prostipute que j’ai connue à Rome, mais tout ce qui me vient à l’esprit c’est la nuit que nous avons passé ensemble dans la baraque de Renaud et son histoire qu’elle m’a conté ce soir-là (il me semble que c’était dans le chapitre 3 ou 4). Je sens que ça s’agite dans mon futal. Je ne sais pas trop comment interpréter cette réaction physique à la pensée d’un cadavre et suis tiré à peu près à ce moment là de mes rêveries par le grincement de la double porte en bois pourri de la cabine d’Edward. Une des radasses qu’on a ramassé sur le rafiot égyptien et qui a été assez chanceuse pour échapper à la crucifixion passe timidement la tête et sa tignasse en bataille couleur ébène délavé. Qu’est-ce qu’elle vient foutre ici ?

« C’est moi qui lui ai demandé de se joindre à nous. »

Billy saute du hamac et tend la main à la donzelle pour l’inviter à entrer.

« Je me suis dit qu’il était temps pour toi et moi, ô mon frère, de nous payer une petite fête rien qu’à nous. J’ai l’impression que cela fait une éternité que nous n’avons pas eu l’occasion de nous retrouver en famille et de palabrer posément du cours des évènements. Aussi, me suis-je permis d’inviter cette charmante demoiselle répondant au doux nom d’Eurydice afin qu’elle se divertisse un peu elle aussi, sans crainte de se retrouver clouée au plancher ou au mât principal. Imagine le calvaire de cette pauvre donzelle effrayée, livrée à elle-même sur ce navire remplit des salopards les plus cruels et dégueulasses qui se baladent sur nos mers. Je me suis senti un devoir de la prendre sous mon aile. Nous avons fait connaissance pendant la petite fiesta de cette nuit et avons longuement discuté de son sort. Elle est d’avis de devenir ma femme, échappant ainsi à sa funeste destiné et je lui ai répondu que j’étais d’accord, à condition qu’elle ne devienne NOTRE femme, à tous les deux, ô mon frère. Nous partagerons ensemble ce don du ciel à la poitrine si habillement dessinée et elle sera le témoin de notre fabuleuse odyssée ! »

Encore beaucoup de mots et très peu de sens. Billy est en grande forme. Il a vraiment l’art de baver tout un tas de brokes sans queue ni tête et sans discontinuer. Il prend Eurydice par la main, l’assoit à mes côté et se prend déjà pour Orphée. Il va chercher sa guitare, s’installe face à nous, intime à Eurydice l’idée de me tailler une pipe et entame une sérénade sur sa planche de bois. J’en reviens pas, alors il était sérieux quand il disait qu’elle sera notre épouse à tout les deux ? La petite se met en branle immédiatement et défait mon pantalon. Elle pose ses lèvres sur mon sexe déjà dur et me lèche délicatement l’ensemble du bout de sa langue humide et brulante. Billy enchaine sur quelque chose d’un peu plus rock. Tonight, I’m gonna have myself a real good time…Sauf que cette nana m’offre la pire gâterie connue depuis ma création. Je regarde le visage de mon Hélène, contemple ses légères tâches de rousseur et mon regard descend le long de sa gorge de plus en plus froissé jusqu’à sa pomme d’or qui tombe entre ses seins plus si fermes. Je remercie Eurydice avant qu’elle en est finie et me relève pour aller chercher de quoi me rouler un thé dans la mallette LVP. J’attrape aussi la bouteille de bourbon qui trainait sur le bureau d’Edward et un flacon de cocaïne. Après tout, on s’paye une fête avec le frangin et j’ai décidé que ce serait une vraie fête d’adieu à Hélène qu’on immergera ensuite avec tous les honneurs qui lui sont du et tant pis si le Borgne découvre qu’il y avait une femme, et pas une catin, sur le navire. Et puis, vu le butin amassé aujourd’hui, il ne pourra décemment pas soutenir qu’on lui a porté la poisse. Je congédie donc Eurydice. Elle proteste. Billy lui avait promis qu’elle partagerait la cabine avec nous, qu’elle n’aurait pas à craindre la visite des autres pirates dans sa couche alors qu’elle serait endormie. Je lui dis qu’elle peut bien retourner s’faire ratisser, j’en ai pas grand-chose à secouer. Elle éclate en sanglot et articule péniblement qu’elle n’en peut plus de se faire violer à coup de jambe de bois. La nuit dernière, son amie a du lui extraire une écharde de la paroi vaginale. La pauvre. Billy repose sa guitare et l’attrape par le poignet. Il la soulève d’une levée de coude, lui expliquant que n’étant pas encore officiellement notre épouse, il n’avait encore aucune obligation envers elle, et il la fout dehors aussi sec, sous les cris et les insultes.

« Enfoirés d’eunuques ! Tarlouzes ! Bandes mou ! »

Elle était pas mal la dernière. Je n’entends pas la suite car sa voix est rapidement remplacée par le halètement carnassier de quelques pirates lubriques s’apprêtant à bondir sur leur proie. Un ultime « NON ! » parvient à mes oreilles puis le déchirement de sa robe et enfin les bruits d’un coït violent avec, au bas mot, 4 participants, Eurydice incluse. Posé sur une étagère, à droite du bureau, je déniche un vieil électrophone et, sur l’étagère du dessous, plusieurs caisses remplis de vinyles, ces vieux disques noir creusés de sillons. Sacré chierie, ces trucs doivent avoir presque un siècle, sans déconner. Je crois que les premiers enregistrements sur ces disques datent des années 1940. Ca remonte à loin, putain. Enfin bref, je dégotte une galette du groupe Queen, des rosbifs. Je lance l’album, sobrement intitulé Jazz, et je vais m’assoir avec Billy qui avait déjà commencé à biberonné le bourbon. Sur le premier morceau, le chanteur sidaïque s’amuse à nous causer d’un certain Mustapha Ibrahim. Je bite absolument pas le sens des paroles et je doute qu’elles en aient vraiment. Billy me tend la bouteille et j’en avale une grande rasade avant de me carrer une cancerette dans le bec et d’aborder le sujet de la mort de papa avec le frangin. Je lui demande s’il avait lui-même pris du yage hier matin.

« Bien sur ! Je me suis offert un joli voyage dans notre bled natal et je nous ai revus quand on était gosses et qu’on piquait notre toute première voiture. Tu te souviens ? C’était celle du paternel et j’avais pris un virage un peu trop serré, nous nous étions retrouvés sur le toit. Ensuite, j’ai pris une dose de barbiturique, car tu me connais, je ne suis pas du genre à aimer ressasser les choses du passé mais plutôt à aller de l’avant et voir un peu de quoi l’avenir sera fait à travers mes propres glozzes, sinon quel intérêt ? »

Ce n’est pas souvent, mais quand ça lui arrive, Billy est capable de la plus grande lucidité. Pendant qu’il était plongé dans le passé, moi je me baladais dans l’avenir. Je lui fais le récit de ce que j’ai vu et, une fois terminé, Billy se fend la tronche.

« Ne t’en fais donc pas, ô mon frère, tout ceci n’est qu’illusion ! Et même si cela était effectivement un aperçu en avant-première de notre future proche, crois bien que je ne laisserai jamais une pétasse camée à bloc trouer la peau tannée de notre géniteur, je lui arracherai la gorge à coups de chicos avant même qu’elle n’ait le temps de dégainer. Il doit être parfaitement limpide dans nos esprits égarés qu’il nous revient de droit d’ôter son dernier souffle de vie à notre père, qui nous a trahis pour une cause quelconque ! »

Billy a fait son choix. Moi, non. Je tire deux bouffées sur ma cigarette et souffle brutalement deux colonnes de fumées par les narines en imaginant quelle pourrait être ma réaction quand mon taré de frère s’approchera de mon traitre de père pour lui plomber la carafe et pire encore. Est-ce que je participerai à la petite fiesta et prendrai plaisir à déloger un par un les ongles du vieux ou vais-je m’interposer entre lui et la folie sanguinaire qui caractérise de plus en plus mon frangin ? D’autant que je n’ose jamais vraiment le faire. T’as bien vu que je laissais souvent, très souvent, ce cher Billy donner libre cours à ses pulsions primaires et ses idées folles. On aurait pu tenir un compte de toutes les vies qu’il a emporté avec lui depuis qu’on s’est cassé de Lille, ce fameux vendredi soir de mai (le 14 il me semble). Tu te souviens des sœurs Tapins ? Cathy et Mary ? Celles-là même que nous avons (dans cet ordre) payés, drogués et baisés dans tous les sens ? Ensuite Billy a défenestré Cathy et j’ai charcuté Mary avec un long couteau de cuisine. Au fait, je n’ai jamais su pourquoi Billy avait offert à Cathy une envolée sauvage avec atterrissage forcé ?

« Pourquoi ? O mon frère, le pourquoi de cette question, je l’avais occulté de mon cerveau, et je le croyais partit pour de bon mais tout me revient dans les moindres détails maintenant. Je revois le magnifique galbe de ses seins, ses fesses fermes et rebondies, ses hanches si courbées et sa langue si agile. Et je revois aussi le gourdin d’au moins 23,5 centimètres se dressant fièrement telle Excalibur planté dans son rocher en lieu et place de l’entrée d’un Sanctuaire que je m’imaginais chaud et confortable. Tu comprends bien maintenant que l’idée même que j’avais bandé pour un homme, que je l’avais laissé s’agiter bucchalement sur mon sexe, alors bien honteux, m’a grandement révulsé. J’ai donc saisi cet enfoiré de trans’ de merde par sa tignasse et l’ai envoyé voler à grand coup de pompe au cul embrasser le macadam de notre charmante Lille.»

Bon, là je dois bien reconnaitre que j’en aurai sans doute fait de même. Je veux dire, y’a de quoi enrager quand tu penses t’envoyer en l’air avec une radasse des plus bandante et que tu te rends compte finalement que c’est un étalon sur-membré et que, vraiment, l’habit ne fait pas le moine. Je ne suis absolument pas homophobe, j’ai même eu l’occasion de m’essayer à ces choses-là une fois ou deux, mais je n’apprécie que très moyennement être trompé sur la marchandise. Enfin bref, Billy roule un thé-roulé qu’il saupoudre de cocaïne. Il en prend quelques taffes et me tend le cocktail. Une vraie balle dans le rassoudok, je tombe en arrière et apprécie les riffs des rosbifs. Je m’envoie une grande rasade de bourbon, tire à nouveau sur le thé-coké et finit par atterrir à nouveau sur l’autoroute du Clair de Lune. Billy Boy marche à mes côtés et nous trinquons à notre macabre aventure, repensant aux marrades qu’on s’est payé, mine de rien. Ca nous fait d’bons souvenirs après tout. On passe un bon moment, il ne faut pas nous arrêter maintenant.

I’m a shooting star leaping through the sky, Like a tiger defying the laws of gravity
Queen

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MessagePosté le: Ven 02 Déc 2011, 7:36 am    Sujet du message: Répondre en citant

Tora, j'ai essayé de tenir compte de tes remarques pour ce chapitre dans lequel on dit adieu à Hélène =)


Piste 14 : Little Girl Blue


Billy et moi avons continué à palabrer jusqu’à ce que le ciel ne se teinte de rose à l’arrivée du soleil. Nous avons passés la nuit à boire et fumer en refaisant le monde avec notre vision embrumée. Nous avons discuté de papa et nous sommes remémorés de vieux souvenirs. Il était rare que Billy et moi partagions ce genre d’histoires, tu connais son aversion pour les choses passées. Mais le bourbon et le thé aidant, il ne m’a pas arrêté quand je lui ai demandé s’il se souvenait de la fois où le paternel nous avait montré comment il fallait parler à une donzelle et que la madre l’avait surpris dans sa démonstration. Ou encore la fois où il nous a emmené dans son rade pour la première fois, le Booze’n’Blues, à Bruxelles.

« Le seul endroit de ce foutu continent où on peut encore boire de la bonne bière et écouter de la bonne musique. »

C’est comme ça qu’il nous en parlait quand on était gosse. C’est là qu’il retrouvait ses potes de la police et, plus tard, quand on a eu 12-13 ans, de la Révolution. Enfin j’imagine, puisqu’il y retrouvait Alex le Vert et, je suppose toujours, d’autres noms comme Jack le Blanc, Scott Shelby ou Ernesto la Truffe. C’est aussi au Booze’n’Blues que la fusillade a eue lieu. Celle-là même dans laquelle il était supposé avoir lâché la rampe à la suite de ses blessures. Mais il n’est pas mort en réalité…En y repensant, il devient évident que les deux caves qui se sont pointés en costume de flicaille pour annoncer le décès du vieux étaient en fait des révolutionnaires sous couverture, tout comme papa. Et puis cette histoire de braquage qui tourne mal, exactement comme dans la chanson Hurricane de Bob Dylan, que papa adorait, était sans l’ombre d’un doute (maintenant) un message qui nous était directement adressé et que nous avions été incapable de déchiffrer dans nos esprits éméchés.

« Mon frère, ô mon frère, j’ose espérer que tu n’es pas occupé à te triturer le fond de la soupière afin de trouver de quoi excuser la faute de notre père misérable ? Je crois qu’il serait bon que je t’avertisse de la plus limpide façon qui soit. Je tuerais notre père. Quoiqu’il arrive, quoiqu’il m’en coûte, je tuerais ce chien galeux, est-ce bien clair, ô mon frère ? »

C’était plutôt limpide, y’a pas à chier. Mais je ne suis pas encore tout à fait sur d’être d’accord avec ça. Papa est probablement la seule famille qu’il nous reste et ça m’embêterait de la flinguer de sang froid.

« Ta famille, c’est moi et les délicieuses personnalités égarées que nous croisons tout au long de notre chemin ! Cette route que nous suivons, tracée par la noble cause qui est nôtre, est parsemée de Légendes qui ne demandent qu’à être explorées et étudiées. »

Présenté de la sorte, je ne pouvais qu’être d’accord. Néanmoins, et jusqu’à aujourd’hui, tous ceux que nous avions embarqués dans notre périple, ou même simplement croisé, se sont fait fauché prématurément.

« Pourquoi « prématurément » ? Qui te dit que s’ils ne nous avaient pas croisés, la Grande Faucheuse ne les auraient pas condamnés autrement ? Au contraire, ô mon frère, pense un peu au clodo-frérot Renaud, à ce jeune pyromane de Mathieu ou le charmant et calme Harris. Ne crois-tu pas que de partager leurs derniers moments avec nous valaient mieux que seul dans un coin, sans susciter l’intérêt de personne ? Moi, je leur ai offert cet intérêt que tous leur refusait. »

Et Hélène, alors ?

« Hélène a rejetée son destin pour suivre des chemins inconnus ! Une incroyable amazone que ta Jolie Môme et je sais bien que tu la regrettes à chaque seconde depuis ce funeste jour. Maintenant ouvres grand tes étagères et écoute bien, ô mon frère, nous avons rejetés tout ce que nous avions, tout ce en quoi nous avions pu croire un jour, nous ne sommes rien de plus que des fantômes égarés en route pour une vengeance sordide et, soyons honnête, peu réfléchie. Nous devons être prêt, en conséquence, à accepter que la Mort, sacrée salope, nous tombe sur le rabe à n’importe quel moment de n’importe quel jour ou de n’importe quelle nuit. Si je te parais insensible quant à la perte de ta Môme et le futur décès de notre géniteur, c’est parce que je suis parfaitement serein et clairvoyant à propos de ma propre mortalité. Si tu cannais maintenant d’une balle dans le crâne, d’une overdose ou d’une sodomie trop violente et trop profonde, crois bien que j’en serai très attristé mais que cela ne m’empêcherai pas d’avancer dans l’accomplissement de mon but. Et je souhaiterai que toi, frangin, tu sois aussi serein et clairvoyant que moi afin que si je venais à embrasser le comptoir un peu avant l’heure que j’ai prévu, tu ailles jusqu’au bout et fasse passer de vie à trépas notre père pour qu’il soit enfin aux cieux. Ou nulle part…Je n’en sais foutre rien. »

Je suis assez familier avec le concept d’abnégation et toutes les conneries qui en découlent mais là, ça m’a coupé les deux guitares. Cet enfoiré, que je croyais totalement cintré et irréfléchi, a en fait l’esprit le plus en paix qu’il m’ait été donné de rencontrer. Et il a vécu à mes côtés toute ma chienne d’existence. Billy m’a cloué sur place et je n’ai trouvé absolument que dalle à lui rétorquer, sinon que nous étions à marée basse, niveau picole. Il a alors détalé en titubant hors de la cabine, à la recherche d’une nouvelle bouteille. Je nous ai préparé deux doses de morphine pendant ce temps et ai même eu le temps de fumer une cancerette tout en farfouillant dans la collection de disques vinyle du vieil Edward. Je suis tombé sur un enregistrement de Ry Cooder, génie du siècle passé, tout aussi sobrement intitulé Jazz que la galette de Queen, que je remis à son exact emplacement. Mon père était aussi un grand amateur de musique et je sais à quel point ce genre de passionné peut être sensible au bon ordre de sa discothèque. Le premier morceau, Big Bad Bill is Sweet William Now, est une chanson qui doit dater au moins des années 1950 et qui raconte que le gros méchant Bill, en se trouvant une femme, est devenu le doux William. En l’écoutant cette nuit, je me suis demandé si une femme pouvait être la solution aux problèmes psychologiques de mon inadapté de frangin. Je venais juste d’écraser ma cancerette quand Billy est revenu avec une bouteille de rhum sous un bras, Eurydice, décoiffée et la robe en lambeaux, sous l’autre ainsi qu’une des prostiputes qu’on avait récupéré en même temps qu’Eurydice, l’or et l’opium. Billy n’a pas donné d’explication sinon que

« La compagnie de ces demoiselles serait d’un grand réconfort pour nos Légendes meurtries, ô mon frère ! »

Il s’est saisit d’une des deux seringuettes de morphine et se l’est planté dans le creux du bras. J’ai suivi son exemple. Ensuite, il est allé s’installer dans le hamac où Eurydice le rejoignit. Je ne comprendrais jamais les bonnes femmes. Ils se sont mis en cuillère et se sont offert une partie de va et vient, comme ça, sous notre nez. La morphine faisant son effet, je me trouvais trop abruti pour en être gêné et la prostipute restante, dont j’ignore encore le nom, ne semble pas en faire grand cas non plus. Elle me demanda simplement si elle pouvait se faire un shoot, elle aussi. Je n’y voyais pas d’inconvénient. Et puis elle est venue se coller contre moi, allongé sur le sol. Je ne lui ai rien donné de plus que la morphine, ma libido étant réduite à néant par toute la dope qui circulait dans mes veines et je me suis simplement assoupi en lui servant de bouilloire pour la nuit. Quand je me suis réveillé il y a une heure ou deux, l’après-midi était déjà bien avancé, il devait être 16 heures ou 17 heures. La catin était déjà partie et j’ai pu constater qu’elle avait embarqué notre flacon de morphine. Moi je m’en fous complètement, il était quasiment vide de toute façon et je n’en apprécie que modérément les effets. J’ai toujours les glozzes qui partent en vrille avec ce truc-là et je me mets à voir double. Pas vraiment le meilleur des trips mais ça m’fait dormir comme un bébé bourré, donc généralement j’en prends juste avant de me pajoter. Il devait donc être pas loin de 17 ou 18 heures quand je suis sorti sur le pont de l’Esmeralda respirer un peu d’air frais. Les effluves de transpiration et de foutre séché commençaient à me monter au nez. Je retrouve le jeune Edward assis sur ces mêmes cordages où nous avions fait connaissance et je le rejoins. Cette fois, c’est lui qui m’offre un thé-roulé et me demande ce que j’ai foutu de toute la journée. Je lui raconte notre soirée qui s’est terminé avec moi dans les vapes et un morceau de barbac’ (très bien proportionné, soit dit en passant) dans les bras tandis que Billy s’payait du bon temps avec Eurydice. Il me répond que j’aurai du y aller avec la mienne, qu’il l’a connait et qu’elle est fichtrement bonne pour toutes ces choses-là.

« Elle est dotée d’une véritable imagination perverse qui ne peut laisser un homme indifférent. »

On fume un peu et il sort de sa besace de cuir une bouteille de vin en argile et du saucisson. Ce n’est pas tous les jours qu’on peut se payer du porc. Le Taulier n’aimant pas ça, il a fait cramer la plupart des exploitations porcines à coups de napalm, ce con. Du coup, la cochonnaille est devenue une denrée rare. Je ne veux même pas savoir comment il a pu s’en dégotter un si joli morceau. Il voit que je louche sur la bouffe et éclate de rire,

« Haha ! Depuis combien de temps n’as-tu pas mangé de porc ? »
« Un bail. »
« Sur l’Esmeralda, on en mange presque tous les jours. On a récupéré trois porcs, dont deux femelles, quand on s’est payé la ville de Morro Bay, sur la côte ouest du Nouveau Monde. Ces charmants bestiaux se reproduisent à volonté, du coup on en a pour tous les jours ! De plus, notre cuistot est un génie des fourneaux et il arrive à nous faire à peu près tout ce qu’on lui demande. »

Il me tend le vin, rouge et odorant, avec un goût fruité très prononcé. Il coup de fines tranches de saucisson avec sa dague, m’en donne une poignée et sort une miche de pain de sa besace dans laquelle il avait entreposé tout le casse-dalle. Très prévoyant le bonhomme. Pendant qu’on se cale les amygdales, les pirates s’agitent sur le pont. Certains dressent des tables, d’autres remontent des tonneaux de rhum et des bouteilles de vin depuis les cales et d’autres encore s’occupent de monter une sorte de barbecue. Ils empilent le bois en forme de tipi sur un piédestal de pierre d’environ un mètre cinquante de haut et trois ou quatre de côté. Le tipi est encerclé d’environ un mètre de caillasse humide, histoire de ne pas donner chaud au plancher de l’Esmeralda. Une large grille est suspendue au mât principal et fais des allers-retours au dessus du foyer grâce à un système de poulie, comme un ascenseur. Très ingénieux. La grille, posée au sol, à côté du feu, sera chargée en viandes diverses, puis remontée depuis le grand mât et suspendue au ras des flammes. Mais le festin ne sera pas pour tout de suite. Le jeune Edward m’informe que le banquet ne commencera pas avant deux ou trois heures. Nous finissons le saucisson et le thé et Edward me propose de m’entrainer à l’épée, histoire d’apprendre une ou deux passes susceptibles de me sauver les noix quand on sera sur le Continent d’en Face. Autant sur le Vieux Continent, un semblant de loi et d’ordre règne, autant sur celui d’en face, c’est le bordel complet. Maintenant que la Révolution s’est mise en marche, tout le territoire doit être à feu et à sang, il doit y avoir des combats dans les rues, cette guerre civile va bientôt prendre une ampleur mondiale, si ce n’est déjà fait. Il nous est actuellement impossible d’avoir la moindre information sur ce qu’il se passe par chez nous, ou même ailleurs. Edward et moi nous mettons face à face et tirons nos épées. Il se met en position d’attaque, l’épée pointée sur votre humble narrateur. Je garde les bras pendant le long de mon corps. Edward bondit en avant avec un coup d’estoc que j’esquive de justesse. Je vise sa jambe d’appui mais il bondit au moment de l’impact supposé. Il tourne sur lui-même et je me retrouve avec sa lame le long de ma gorge et son bassin collé contre mes reins.

« Attaques toujours le premier. »

Cet enfoiré me sort ça d’un ton mielleux, dans le creux de l’oreille, avec un sourire insupportable de condescendance. P’tit con, j’vais te montrer. Nous nous faisons face à nouveau et cette fois, je me lance le premier avec un coup vertical destiné à lui fracasser le crâne. Il me voit facilement venir et se décale d’à peine dix centimètres. Il relève lentement sa lame contre mon cou, une fois de plus. Ok, ce mec est très bon. Nous continuons à croiser le fer pendant une bonne heure avant que Billy ne sorte enfin de la cabine. Il nous rejoint tout en s’étirant, une cancerette pendant aux lèvres. Derrière lui, j’aperçois Eurydice qui se faufile discrètement dans les cales, rejoindre la cellule des prostiputes. Sa copine lui aura peut être gardée un peu de la morphine qu’elle m’a tirée. Va savoir. Billy finit par arriver à notre niveau et s’affale dans les cordages pour nous regarder. Sans vraiment nous regarder d’ailleurs. Il est encore dans le cirage, les yeux vitreux et embrumés. Il baille et attrape la bouteille de vin pour en boire les dernières gorgées.

« Ah ! Je me sens revivre, ô mon frère ! Le vin est le plus sacré des liquides et est absolument indispensable à une bonne santé. J’ai une grande nouvelle à t’annoncer frangin, Eurydice va se joindre à nous dans notre glorieuse épopée ! Cette nuit, après que je l’eus sublimement baisé, comme tu l’as surement entendu, elle a émit le désir de rester à mes côtés pour toujours. Avant que tu n’objectes quoique ce soit, sache que je suis tout à fait conscient que si elle veut venir, c’est pour ne plus être l’esclave sexuelle de ces tarés de pirates au goût presque maladif et inquiétant pour la sodomie de groupe. Elle est néanmoins fermement décidé à devenir notre femme !»

Je lui rappelle quand même notre conversation d’hier, à propos des gens qu’on croise et qui, quasi-systématiquement, lâche la rampe par notre faute, aussi indirecte et involontaire qu’elle puisse être. Mais bon, je peux bien déblatérer tant que je veux, il ne m’écoute déjà plus et a pris la décision pour nous. Je laisse couler. Encore. Après tout, s’il tient tant à trainer une poule, qu’il se fasse plaisir. Il n’a absolument rien objecté quand Hélène nous a rejoints, je dois me montrer compréhensif même si je doute de la pureté de ses intentions envers Eurydice. Il semble vraiment tenir à la libérer de cet enfer mais je crains que ça ne nous attire des ennuis. Je lui demande comment il compte présenter la chose au vieil Edward. C’est son navire, ses règles. Billy veut la lui réclamer comme unique récompense pour la victoire sur les basanés de l’autre jour. Ouaip, ça peut le faire. Et puis il resterait encore deux filles pour éviter à l’équipage de tourner complètement folasse à force de s’entuber entre eux lors des longues traversées. Le jeune Edward conseil à Billy d’attendre que le banquet en soit à une heure assez avancée et le capitaine assez aviné pour le faire céder plus facilement à sa requête, selon lui tout à fait honnête. Billy hausse les épaules et baille un merci. Il bondit soudain sur ses pieds et entreprend d’escalader le cordage pour rejoindre le sommet du mât.

« J’adore la vue qu’on a de là-haut ! »

Bon ce soir, quand il aura terminé de négocier sa nouvelle conquête avec le vieil Edward et que tous ces foutus tarés de pirates iront se pajoter, grisés à gerber, on fera un adieu décent à Hélène, en inhumant son corps dans les flots. Je crois qu’elle apprécierait le geste. La fête ne va plus tarder à commencer. La grille, couverte de viande, prend son envole et, en suivant son mouvement, j’aperçois la silhouette de Billy qui, une fois la grille à bonne hauteur du feu, attache la corde à la barre transversale du mât, et descend le long de la dite-corde, un long couteau entre les dents, tête en bas et va astiquer la viande. Des jambes, il se tient fermement à la corde, tend la main dans sa ceinture et en décroche une gourde. Il en verse le contenu sur plusieurs steaks. Il remonte après avoir retourné la viande puis redescend rapidement sur le plancher, juste à côté de moi.

« J’ai ajouté un ingrédient secret, un truc qu’on a confectionné le Shaman et moi. »

Quand est-ce qu’il a eu le temps de faire ça ?

« Je me suis levé tôt ce matin, tu dormais profondément, je n’avais pas le cœur à te réveiller. Alors je suis allé voir le Shaman, pour partager une écuelle de son merveilleux rhum et il m’a parlé du banquet de ce soir. D’un coup, l’idée a jaillit dans mon esprit qu’il nous fallait marquer l’évènement en préparant la plus délicieuse des sauces psychotropes qui soit ! A base de champignons légers, d’un acide très doux, de quelques gouttes de yage et d’aromates divers pour le goût, nous vous avons concoctés une petite merveille de saveurs ! Après ça, on est revenue à la cabine pour prendre un peu de morphine mais le flacon avait disparue avec ta copine, nous nous sommes donc rabattu sur l’héro et je me suis rendormi, dans l’exacte position que j’avais à mon réveil, l’aine collée au confortable fessier de ma chère et tendre. »

Les musicos de l’équipage ont sorti leurs instruments et ont commencés la soirée par un petit jam bien senti pour se mettre en manche. Les tonneaux de rhum ont été percés et les écuelles se sont rempli de l’alcool, blanc ou ambré. Sur tout le pont, des mecs sortaient des pipes en bois ou en nacre et les bourraient d’opium ou de thé. La première fournée de viande fut servie et Billy est remonté aussi sec sur le grand mât après s’être enfourné un gros morceau de barbac’ grillée et l’avoir arrosé de rhum. Il manipule à nouveau la large grille, la faisant remonter une fois la viande cuite dévorée et la crue chargée. La fête a durée comme ça jusqu’aux alentours de trois ou quatre heures du matin. Entre temps, Billy est allé voir le vieil Edward avec une bouteille d’hypocras qu’il a dégoté je ne sais où, pour négocier la garde d’Eurydice. J’ai observé la scène de loin, alors que je partageais le calumet avec le Shaman et le jeune Edward. De ce que j’en ai vu, la discussion fut cordiale et au bout d’une demi-heure, Billy est revenu vers nous en sautillant, un immense sourire lui fendant le visage. Il avait obtenu gain de cause, manifestement. Enfin bref, rien de vraiment spécial à signaler, sinon un mort. Un basané que ces cinglés ont gardé comme esclave et qui a finit avec une lame en travers de la gorge. J’ai pas bien compris ce qui s’est passé, il se serait rebellé avec le mauvais gars. Il en avait probablement ras la tresse de se faire saillir par les porcs pendant que les pirates le regardaient en se fendant la poire, leurs flingues braqués sur lui au cas où il lui viendrait la folle idée de ne pas obéir aux ordres fantasques de ces bipèdes détraqués. Rien de spécial à signaler donc. L’équipage a mis le temps à sombrer dans un coma salvateur, bien que l’ingrédient secret de Billy et du Shaman a grandement aidé, puisque même ceux qui ne dorment pas encore planent complètement, paumés sur l’autoroute du Claire de Lune. Le jeune Edward et le Shaman ont eu leur dose eux aussi. Le premier est affalé sur la table, la tête dans les bras, et ronfle suffisamment fort pour couvrir le bruit des vagues qui viennent se poutrer sur la coque de l’Esmeralda. Il était temps maintenant de faire nos adieux, comme prévu, à ma défunte Jolie Môme. Billy et moi remontons à la cabine. Je titube et manque de me viander les molaires dans l’escalier de bois. Une fois à l’intérieur, on s’envoie chacun un rail de coke histoire de se réveiller un peu, puis je hisse Hélène sur mes épaules et on ressort. On va s’installer à la poupe du navire et je déballe ma belle de son sac mortuaire. Je l’assois contre la rambarde et la contemple une dernière fois. Mon frère se tient juste derrière moi, s’allume une cancerette, et reste planté dans un silence respectueux, me soutenant dans ce moment difficile mais inévitable. Il était temps de laisser ma Jolie Môme partir. Quand ta bien aimée fout le camp comme ça sans crier gare, deux solutions s’offrent à toi si tu l’aimes vraiment, soit tu la harcèles, elle se souvient de toi mais elle te prend pour un gros lourd, soit tu lui fous définitivement la paix. Tu devines que la deuxième solution est bien évidemment la meilleure, parce que toi, cher lecteur, t’es moins con que la moyenne, pas vrai ? Merde, je m’égare encore. Je ne suis pas foutu de conserver une ligne directrice dans le fil de mes pensées. Ca se démêle et ça s’emmêle, ça part dans tous les sens et ça n’en a parfois pas beaucoup. La moitié du temps, je n’ai pas la moindre foutue idée de ce que je raconte, tu vois le genre ? Bref, terminons cette aparté entre toi et moi, aussi charmante fut-elle, et revenons à nos moutons. J’suis donc là, tout à l’arrière de l’Esmeralda, en route pour Ceuta. On arrive dans peu de temps maintenant. C’aura été une sacrée traversée. Je regrette qu’Hélène n’ait plus la capacité physique de la vivre avec nous étant donné son état de mort très avancée. Je regrette bien sur de l’avoir embarqué là dedans, d’avoir fait de ces jours passés avec nous ses derniers sur terre. Le vent commence à souffler. Elle avait p’tet d’autres ambitions, des rêves, des espoirs. Maintenant, tout cela s’apprête à foutre le camp par-dessus bord. Qui sait ? P’tet bien que si elle ne nous avait pas rencontré cette nuit-là, dans ce bled de Labaroche, perchés qu’on était sous ce fil, elle respirerait encore aujourd’hui et serait heureuse, ou ne se rendrait même pas compte de sa chance et continuerait juste à apprécier la vie comme elle le faisait si bien, je suppose. De sombres nuages s’invitent à la partie et une bruine légère vient nous caresser le visage, nous rafraichir après ces chaudes journées. Et toi ma Jolie Môme, tu restes assises là, semblant compter les gouttes de pluie tout autour de toi. Allez, il est temps. Je fais un signe de tête à Billy qui jette sa clope à la mer et m’aide à assoir Hélène sur la rambarde. J’effleure une dernière fois ses lèvres. Adieu Jolie Môme.

Oh! Sit there, Oh! Count those raindrops, Oh! Feel ‘em falling down, Oh! Honey, all around you
Janis Joplin

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MessagePosté le: Dim 18 Déc 2011, 10:12 am    Sujet du message: Répondre en citant

Piste 15 : Everybody Needs Somebody To Love


Une ou deux heures après le levé de cette feignasse de soleil, on aperçoit enfin les côtes marocaines et le port de Ceuta. Le vieil Edward est déjà debout depuis un bout de temps, depuis que je suis allé me pajoter en fait. Billy est resté perché à la vigie le reste de la nuit et n’a pas fermé l’œil. Il m’a dit avoir observé l’horizon pendant tout ce temps en fumant quelques cancerette, et qu’il avait compris tout un tas de trucs. Ensuite il a dit avoir les crocs et s’est carapaté en cuisine sans m’en dire plus. Je doute que je saurai un jour ce qu’il a pu biter cette nuit-là. De mon côté, je reprends conscience des réalités quand, en me levant, je redécouvre l’absence de ma Môme, que nous avions plus ou moins dignement bazardée à la flotte (tout est relatif), aux heures les plus sombres de la nuit. Billy et moi nous retrouvons à nouveau complètement seuls sur la route. Enfin je dis ça mais j’oubliai la paire de jambes blanche et lisse de tous poils qui se redressent depuis le fond du hamac. Elles se plient doucement en dehors de la couche et s’écartent à peine, laissant découvrir une fente rosée et rasée de près des plus attirantes, quand Eurydice émerge de son sommeil éméché. Elle reste belle malgré la gueule de bois qu’elle devait se taper. Avant qu’elles ne les clignent pour les réveiller, ses yeux se disent merde l’un à l’autre et semblent se demander ce qu’ils foutent dans un con de hamac. Elle est complètement nue et je découvre ses tétons, petits et fermes, comme deux petites tâches sombres sur le blanc laiteux de la peau de ses seins magnifiquement galbés auxquels je n’avais pas encore fait attention. Il faut dire que les frusques troués et tâchés de sang, de boue et de foutre qui lui servent de vêtements ne mettent pas vraiment en valeur son corps ravissant. Billy a vraiment un don pour voir chez une femme ce que les autres hommes ne voient pas. Quand je dis les autres, je parle de moi, dans ce cas précis. Quoiqu’il faut reconnaitre que Billy a toujours eu une étrange et exacte perception de la psychologie féminine, va savoir pourquoi. Il sait trouver exactement les mots qu’il faut pour pousser une femme à venir s’amuser un peu avec lui et je n’ai pas la queue d’une idée sur sa façon de faire. Certes, il est plutôt bel homme le frangin, finement musclé, élancé, la tignasse ni blonde ni brune harmonieusement bouclée malgré l’absence total d’entretien. Mais cela ne fait pas tout. Il a aussi un bagou incroyable, bien que souvent sans queue ni tête, comme tu le sais maintenant, mais qui sait faire son effet sur les esprits les plus faibles. Je ne pense pas que Billy aurait pu s’amuser à baratiner ma Jolie Môme par exemple. Le jeune Edward me rejoint à la poupe du pont supérieur, à l’endroit même où nous avions inhumé Hélène quelques heures auparavant.

« Alors ça y’est, vous avez finalement atteint le Continent d’en Face. »

Yep ! Et il était temps, je commençais à croire qu’on n’y arriverait jamais, qu’on se ferait trucider par le Taulier ou la Révolution avant d’arriver à bon port mais grâce au vieil Edward et aux gars de l’Esmeralda, on s’en tire plutôt bien. J’ai du mal à me figurer ce qu’aurait donné la traversée si nous avions du nous démerder par nous même avec un canoë, ou à la nage, comme Billy l’avait suggéré. Sur ce rafiot pirate, on a failli canner deux ou trois fois mais au moins on a pu manger, picoler et dormir avec un semblant de toit au dessus de la tête. Je dois aussi avouer que j’ai apprécié faire la connaissance du jeune et du vieil Edward, du Shaman et de quelques autres pirates dont les noms m’échappent mais avec qui j’ai partagé quelques délires éthyliques fort mémorables. Plus que leurs noms en tout cas. Nous entrons enfin dans le port de Ceuta, ville anciennement espagnole maintenant aux mains de…En fait on ne sait pas bien. L’ancre plonge dans la mer et emporte avec elle deux cadavres qui flottaient dans la baie. Le décor ne laisse pas vraiment rêveur, les bâtiments de la ville sont tous dans un sale état et du sang séché parsème le béton du port. De là où je suis, je peux voir sur la route des voitures éventrées, aux vitres éclatées, et autour, dans ou sur ces voitures, des cadavres, beaucoup de cadavres. Du bridé, du noir, du blanc, du basané…La Révolution est arrivée jusqu’ici et ils se sont tous foutus sur la gueule sans distinction raciale. Billy, le vieil Edward et moi mettons pied à terre. Le Borgne me tend la ceinture avec le pistolet et le sabre que j’avais pendant la bataille avec les égyptiens. Le jeune Edward, juste derrière son père, tend une ceinture identique à Billy. Nous les prenons sans hésiter. Il semble que nous pourrions bien en avoir besoin. Le jeune Edward me refile une besace pleine de singe, avec du saucisson, une grosse miche de pain et une gourde de pinard.

« Ca va me manquer nos petites discussions autour d’un bon casse dalle. »

Billy me dit d’attendre Eurydice qui arrive avec nos bagages pendant qu’il va nous trouver une tire confortable et en état de marche. Je lui rétorque que c’est une mauvaise idée de partir seul mais il n’est déjà plus là et le jeune Edward fonce à sa suite.

« Te biles pas Jimbo, je reviens avec lui dans quelques instants ! »

Pendant ce temps, Eurydice radine enfin ses miches et je fais mes adieux aux pirates et les remercie pour cette traversée fort divertissante. Ces gars sont, sans doute possible, les pires tarés que je n’ai jamais rencontrés, mais ils ont un quelque chose de sympathique qui fait que je ne peux pas leur en vouloir. Plusieurs d’entre eux nous offrent même des bouteilles de rhum et des sachets d’opium pour notre voyage. Le Shaman m’apporte un tonnelet d’un « petit quelque chose de sa conception ». Sympa. Le temps de partager un calumet avec le Shaman et le Borgne, nous entendons gronder un moteur et voyons Billy et le jeune Edward débouler à toute bringue dans l’enceinte du port avec une sacrée foutue putain de Cadillac couleur noir chromée ! Je n’en crois pas mes glozzes et, reprenant mes esprits, je me rends compte que le vieil Edward n’en croit pas le sien non plus. La voiture s’arrête dans un crissement de pneus juste devant nos visages ahuris et une odeur de caoutchouc brulé commence à se faire sentir.

« Alors, qu’en dis-tu, ô mon frère ? Je devine au visage stupéfait dont tu m’offres la contemplation qu’elle te plait cette bagnole, non ? »

Mais bordel à cons, où a-t-il dégotté une caisse pareille ? Et en si peu de temps ?

« Juste derrière, il y a un garage qui officie aussi en tant que station service. Ou plus exactement, officiait, puisque nous avons pu constater que, si les voitures n’avaient rien pour la plupart, le personnel du garage a lui été abattu contre un mur, façon peloton d’exécution, tu perçois le tableau ? »

Je perçois, ouais. Je balance les bagages dans le large coffre et laisse Eurydice monter derrière. Je préfère prendre la place du mort pour l’instant. Le jeune Edward et moi échangeons une poignée de main et même une accolade. Le vieil Edward nous salue simplement de la main et nous gueule qu’on sera toujours les bienvenus à bord si l’envie nous prenait de devenir pirate à plein temps. Une offre qui vaut le coup d’y réfléchir. Ensuite on fait demi-tour et on décarre aussi sec. Billy n’est pas vraiment fan des adieux et je me dis d’ailleurs qu’il est étrange pour ces pirates endurcis de s’être laissés aller à de tels débordements d’émotions. Ils sont mignons ces cons. On les laisse là et on part explorer les rues de Ceuta et bientôt les côtes nord du Continent d’en Face. Nous longeons une route côtière qui relie Ceuta à Benzu, dernière ville espagnole avant le Maroc. De là, on aura environ une centaine de bornes à couvrir avant d’atteindre Tanger, on devrait donc y être dans moins d’une heure, étant donnée la vitesse à laquelle la Cadillac avale la route. Billy est pied au plancher, dépassant les 120 kilomètres heures. Les routes sont de toute façon désertes. Le paysage semble post-apocalyptique, des colonnes de fumée noire sont visibles dans toutes les directions, le pays est enflammé. Le long de la route, des hommes du Taulier dans leur uniforme gris, des révolutionnaires dans leurs treillis et des badauds qui n’avaient rien demandé à personne et qui se sont retrouvés embarqués dans cette chierie de guerre civile. La route défile et le paysage reste le même, macabre. Au bout d’une demi-heure environ, on entre dans la forêt de Jbel Moussa (inutile de me demander qui est ce con-là, j’en sais foutre rien). Ca va être coton à traverser en tire, surtout avec celle-ci qui est plutôt large. En plus, on se retrouve en montagne, je ne pense pas que la Cadillac soit prévue pour ce genre de terrain. Je suggère à Billy de faire un détour qui, pour une fois, tient compte de ma remarque et pile net cinq cent mètres après l’orée de la forêt. Il enclenche la marche arrière et nous rejoignons la route principale qui contourne la forêt par le sud. On devrait ainsi arriver au barrage Wed Rmel si je ne dis pas de conneries mais ça nous fait tout de même faire un petit détour d’une heure ou deux. Heureusement qu’il y avait une carte du Continent dans la boite à gants, sinon on se serait enfoncé dans les bois et on aurait probablement été dans l’obligation d’abandonner la Cadillac, ce qui serait fort regrettable. Alors qu’on l’on rejoint la route, des coups de feu retentissent en forêt suivi de deux explosions (probablement des grenades, ou une connerie du genre) et des cris de guerre les accompagnent. Les affrontements sont loin d’être terminés, bridés et révolutionnaires sont encore occupés à se foutre sur la tronche. Je me demande pendant combien de temps ils vont s’étriper avant de désigner le vainqueur. Sur la banquette arrière, Eurydice semble terrifiée. Elle est quasiment allongée sur la banquette, laissant à peine dépasser ses yeux par la fenêtre, contemplant par elle-même les désastres de la guerre. Des coups de feu se font à nouveau entendre, ainsi que des explosions, loin à l’horizon, au sud, vers Ouazzane et Bab Taza. Je te dis ça, je regarde juste les noms des villes se trouvant au sud de notre position sur la carte. C’est la première fois que je viens trainer mes arpions dans ce coin du monde, je ne connais rien ni personne ici. A part, bien entendu, notre paternel, supposé mort, qui est en fait occupé à mener la troupe de cinglés responsable du bordel ambiant. Soudain, Billy pile net sans crier gare, bondit sur la banquette arrière et prend Eurydice dans ses bras pour la réconforter un peu. La pauvre est muette d’effroi et n’a pas pipé mot depuis qu’on a décollé de Ceuta. Je prends donc le volant et continue la route en essayant de ne pas regarder dans le rétro afin de ne pas avoir un plan rapproché du cul de mon frère gigotant au rythme de ses allers et venus dans le sanctuaire de sa chère et tendre. Pour couvrir les gémissements des tourtereaux et le bruit de frottement caractéristique de l’acte sexuel en voiture, je branche la radio mais aucune station n’émet et toutes les pistes sont brouillées. Je farfouille dans la boite à gant et dégotte un album de rock qui doit bien avoir une vingtaine d’années, Icky Thumb du White Stripes. J’avais ce disque quand j’étais gosse. Je me souviens l’avoir fauché chez un disquaire, quelque part dans le Vieux Lille. Le mec qui tenait le magasin était un vieil hippie, que nous surnommions la Binocle et qui était un véritable amoureux de la musique et grand amateur de thé. Il était né dans les années 1960 et n’en était jamais sorti. Il était carvé à toutes les heures de la journée alors il était assez aisé de lui tirer des disques ni vu, ni connu. En plus, je crois qu’il était un tantinet mal voyant (d’où le surnom) et portait une grosse paire de lunette à double foyer mais ça l’aidait à peine à y voir plus clair. Il était aussi très gentil avec Billy et moi. Nous venions piquer deux ou trois disques toutes les semaines, les écoutions non stop les sept jours suivants, nous revenions, les remettions en place et en piquions deux ou trois nouveaux. Nous ne faisions qu’emprunter sans en avertir la Binocle (mais je crois qu’il était parfaitement au courant de notre petit manège et qu’il faisait mine de ne rien voir) et chaque fois qu’on radinait nos tronches, il nous offrait des gâteaux et des jus de fruits, et on discutait musique pendant des heures. Quand nous fûmes un peu plus âgé, il nous faisait venir dans son arrière boutique et on passait l’après midi à fumer des joints en écoutant ses disques préférés. Cet homme était une foutue putain de mine d’informations sur la musique. Il était absolument incollable sur le blues, le jazz et le rock, cet enfoiré pouvait te citer tous les groupes ou artistes ayant repris le fameux Knockin’ On Heaven’s Door de Bob Dylan. Ca faisait quand même plus de cent vingt en tout et en y repensant je me dis que la Binocle avait une sacrée putain de mémoire malgré son indéniable côté allumé du calumet. Enfin bref, il n’est plus de ce monde aujourd’hui. Le vieil homme est mort avec son magasin quand le Taulier a décrété toutes les musiques (excepté les siennes) hors sa loi. Un bataillon de bridés se sont ramenés un matin, alors que la Binocle cuvait encore son vin de la veille, écroulé derrière le comptoir, et ont cramé la boutique sans avoir pris de soin de vérifier au préalable qu’elle était bien vide. Nous arrivons au barrage, qui se trouve sur notre gauche, au sud de notre position. Je propose aux deux zigotos qui fumaient la clope d’après tringle d’aller s’y arrêter pour casser une graine. Et puis je me dis que c’est p’tet une très mauvaise idée si on considère que le barrage peut représenter un avantage pour tel ou tel camp dans la guerre qui se déroule en ces contrées. Bah oui, il faut y penser aussi à tout ça. Alors on s’arrête plutôt derrière les collines qui séparent la route de la mer, sur notre droite, et j’ouvre la besace que m’a donnée le jeune Edward. Je n’ai rien mangé ce matin et j’ai les crocs. J’envoie le vin à Billy et le pain à Eurydice et découpe plusieurs tranches de saucisson que je fais ensuite passer à mes compagnons de route. Nous bivouaquons ainsi pendant un bon quart d’heure et je remets les gaz. On devrait arriver à Tanger d’ici trois quarts d’heure en comptant les détours à l’entrée. M’est avis qu’il ne sera pas chose aisée que de pénétrer le cœur de la citée. Je commence même à sérieusement me poser la question sur le bien fondé de cette entreprise. Peut être qu’on ferait mieux d’éviter les grandes ville si on prend en compte le fait que nous sommes à la fois pourchasser par le Taulier ET par la Révolution, et qu’ils sont actuellement tout deux en train de se foutre sur la tronche dans ce pays. Je fais part de ma réflexion à Billy qui cogite sur tout ça en tirant furieusement sur sa cancerette, recrachant de larges colonnes de fumée par le renifleur. Il finit par acquiescer et nous décidons de tailler vers le sud et d’aller se trouver une planque dans un bled quelconque pour passer la nuit. Il n’était pas encore midi mais il nous faut descendre le plus vite possible, aussi allons nous rouler toute la journée. Tant pis pour Tanger, on aura bien le temps d’y retourner une fois qu’on aura retrouvé le paternel. Si on peut s’avaler six ou sept cents bornes sur l’après-midi, en se relayant, on sera déjà bien enfoncé dans le pays et en mesure de commencer les recherches. Ce qui va être coton, c’est de ne pas se faire tailler en tranches par l’une ou l’autre des factions présentes dans le voisinage. Je caresse le fol espoir que personne n’est au courant pour l’incident avec le Vert dans les bois de Lau Haizeta et que les révolutionnaires continueront à protéger les « rejetons de Moriarty ». Enfin, comme je le disais, cela ne reste qu’un doux espoir né d’un esprit naïvement optimiste. Nous avons donc changé de cap et mis les voiles vers Casablanca que nous avons rejoint en un peu plus de trois heures. Sur les routes on a croisé quelques véhicules militaires que les révolutionnaires ont réquisitionnés. En passant, ils exhibent fièrement les têtes qu’ils ont fait tomber aujourd’hui. On dirait que la majorité du territoire est conquise. Billy reprend le volant et bifurque vers le sud avant d’arriver à Casablanca et roule vers Berrechid où nous passerons la nuit. Effectivement, la zone semble avoir été épargnée par les combats et nous devrions trouver de quoi nous loger et prendre une douche. Niveau bouffe et alcool, on a de quoi voir venir avec tout ce que nous ont refilés les pirates. D’ailleurs, ça me rappelle qu’ils nous ont aussi refilés pas mal de dope et je saute sur la banquette arrière pour me payer une petite envolée vaporeuse au pays des lutins verts. Billy, bien que les yeux rivés sur la route et le volant fermement accroché à la main, me tend l’autre pour me faire signe qu’il m’accompagnerait bien chez les lutins lui aussi. Je lui dis de refiler le volant à Eurydice et de radiner ses miches à côté des miennes. Il juge l’idée excellente et avant même que la petite ait eu son mot à dire, Billy se retrouve derrière, avec Eurydice qui enjambe tant bien que mal la banquette pour attraper le volant avant qu’on ne s’envole hors de la route. Bien sur, elle hurle dans les notes les plus aigues et, de ce fait, les plus stridentes possibles, et Billy doit la rappeler à l’ordre. Elle réussit enfin à se mettre face au volant et en donne un coup brutal accompagné d’un écrasement de la pédale de frein.

« Vous êtes complètement cinglés ! On a failli y passer ! »
« Oui, failli. Alors de quoi te plains-tu ma belle ? Allez, redémarre, nous devons atteindre la ville avant la nuit. Dans ces climats hostiles, les nuits ne sont jamais sûres pour les honnêtes gens. »

Incroyable que Billy puisse se considérer comme honnête. A moins qu’il ne parlait que d’Eurydice à ce moment. Tu te dis probablement, cher lecteur, qu’Eurydice aurait pu protester, se révolter, demander une explication ou, plus rationnellement encore, exiger de Billy qu’il arrête un peu de se payer sa tronche. Mais je crois qu’en son for intérieur, Eurydice est plutôt reconnaissante envers Billy de l’avoir sauvé de l’Esmeralda et de ses pirates sadiques et masochistes. Tu t’imagines, toi ? Passer tes jours et tes nuits à te demander quel moment précis une bande tarés en rut va choisir pour venir te saccager la Légende ? La pauvre petite doit se trouver bien chanceuse d’avoir suscité l’intérêt de Billy. Elle a bien essayé de suscité le mien mais je dois avouer que ses performances buccales m’ont laissé de marbre. Ma réflexion s’arrêtera là pour le moment, les effets de l’opium se faisant ressentir. Je demande à Billy s’il se souvient de la Binocle et de ce disque, Icky Thumb, en particulier. Oui, il s’en souvient très bien et ça lui manque cette époque où on passait tous nos jeudis après-midi, et parfois nos soirées, me rappelle-t-il, à s’écouter de la bonne musique. D’ailleurs il y a un album qu’il n’a plus écouté depuis longtemps et sur lequel il aimerait bien jeter à nouveau une oreille.

« C’était un disque de jazz, l’enregistrement d’un concert donné par Miles Davis et John Coltrane à Stockholm. Pendant une heure environ, ces deux là te balancent un jazz dantesque et le It flotte dans l’air, quelque soit l’endroit où tu te trouves pour l’écouter. Tu peux bien te trouver sur les chiottes en train de poser ta prose ou à méditer au sommet d’une montagne enneigée, cet album lance le It et c’est à toi et toi seul qu’il appartient de le rattraper ou non. »

Je ne me souviens pas particulièrement de l’album en soit mais je me souviens très bien de ce speech que Billy nous avait fait, à la Binocle et moi, exactement de la même façon, à la virgule près, lorsque nous découvrions le disque pour la première fois. Mais je digresse encore, me laissant emporter par nos vieux souvenirs. Reprenons un peu le fil de l’histoire. Eurydice calle donc ses miches au volant et pendant que nous planons tranquillement à l’arrière en écoutant les riffs de Jack White, la môme de Billy apprend doucement et prudemment à dompter la Cadillac. Nous arrivons finalement à Berrechid. Comme je le pensais, la ville a été épargnée par les affrontements, qui semblent avoir surtout eu lieu sur les côtes. Pour se garer, Billy reprend le volant et nous offre le spectacle d’un créneau effectué en dérapage devant un bistrot qui semblait plein et dans lequel on pouvait louer une piaule pour la nuit. Je pourrai peut être me prendre ma propre chambre, je n’ai pas oublié d’embarquer ma part du butin lors du partage après le pillage du navire égyptien. Il y a un paquet de gens dans le rade, des mecs de la Révolution ainsi que des autochtones. Vu leurs gueules avinés et leurs sourires édentés, les mecs doivent être célébrer une victoire. Nous allons nous installer au comptoir, seule place libre dans la salle bondée. Nous commandons trois bières et on se renseigne auprès du patron.

« Vous débarquez ou quoi ? Les révolutionnaires ont conquis tout le continent en à peine une semaine ! Le Taulier a retiré ses troupes après une dernière défaite au Caire il y a même pas deux heures. La guerre civile est terminée ici ! Tenez, celles-ci sont pour moi ! »

Nos trois pintes offertes arrivent devant nous, dégoulinante de condensation. Rien de telle qu’une pisse mousseuse et bien fraiche pour te requinquer après une journée passée à cuir sur les routes. J’avale une grande lampée de bière et zieute un peu l’assemblée de dégénérés présents ce soir. La plupart sont en treillis militaires mais ont tombés la veste, arborant leurs musculatures entaillés par les combats. Certains ont encore du sang sur leurs sapes et d’autres ont leurs bandages sanglants, couvrants des blessures récentes, du jour ou de la veille. Parmi eux des autochtones qui sont plus que ravis d’être enfin débarrassé du Taulier. Ils peuvent à nouveau prier leur Dieu, peu importe lequel, donner leur opinion, s’imposer leurs propres limites. Ils sont à peu près libres à nouveau, jusqu’à ce qu’ils refassent les mêmes erreurs. Je me dis que même si la Révolution renverse le Taulier sur le Vieux Continent, un nouveau tyran apparaitra, sans doute d’un autre genre et qui présentera un peu mieux mais je suis certain que leur futur, ce sera du déjà-vu. Ils sont tous réunis autour d’une grande cheminée centrale dans laquelle ils font griller de la viande, du poisson et des légumes. Ca me rappelle les barbecues de l’Esmeralda. Nous restons au comptoir quelques temps, histoire de discuter un peu avec le patron et de se mettre en osmose avec l’ambiance locale. Au bout d’une heure ou deux, nous avons finalement rejoint le cercle des joyeux fêtards. Ils étaient déjà suffisamment enivrés par la victoire et la bière pour ne pas avoir à se poser de questions à notre sujet et nous accueillent parmi eux comme si nous étions des leurs. Après ces semaines passées sur la route, à voire défiler des lieux plus dégueulasses les uns que les autres, des Légendes plus ravagées que le con d’une jeune thaïlandaise et de macabres spectacles dont mon frère et moi étions bien souvent les funestes et involontaires auteurs, il était presque revigorant de se retrouver dans ce bar absolument délicieux. Les teintes jaunes pâles des murs donnent à l’ensemble une luminosité qu’on ne trouve guère plus en France que dans les plus fins bordels de la rue Blondel, à Paris. Il n’y a pas beaucoup de mobiliers, on trouve ici de gros coussins, disposés sur des tapis rouge habilement brodé, autour de petite tables en bois à trois pieds sur lesquelles sont disposées des narguilés. Nous fumons tous ensemble, se faisant passer le tuyau et goûtons à toutes les sortes de tabac parfumé proposé par le patron. Billy ajoute du thé dans le narguilé à sa table et son exemple suffit pour que tous les convives présents en fassent autant. Même le patron s’est joint à nous pour le coup. La petite sauterie à durée comme ça jusqu’aux alentours de quatre heures du matin. Près de la moitié de nos nouveaux amis s’étaient endormis sur les tapis tandis que les autochtones étaient allés rejoindre leur turne et leur bonne femme. Grand bien leur fasse. Billy, Eurydice et moi-même sommes conduit à l’étage par le patron qui vient nous ouvrir nos piaules pour la nuit. Billy et Eurydice en ont pris une pour eux et c’est avec grand plaisir que je m’affale seul dans le pajot. Je reste allongé dans le noir quelques minutes, à regarder le plafond sans fissures et à apprécier les draps propres et frais. Je me relève et vais profiter du petit balcon qui donne sur la rue. Je m’assois sur le béton non fissuré et m’allume une cancerette. J’étais parti pour me faire un thé-roulé mais je suis déjà assez carvé comme ça pour la soirée. Demain, il nous faut partir assez tôt, dix heures grand max’. Au cours de la soirée j’ai essayé de me rencarder à propos du paternel mais, si tous connaissaient le nom de Moriarty, aucun n’a été foutu de me dire où nous pouvions le dégotter. Je m’imaginais qu’au premier troupeau de révolutionnaires, on aurait des indices, mais peau d’balle. Aucun parmi ceux présents à la soirée ne pouvait me dire quoique ce soit à propos de mon père, sinon qu’il était admiré par tous comme le grand héros libérateur. Je lève les yeux en l’air et observe un peu les étoiles en crachant quelques ronds de fumée. Les rues sont absolument désertes et pendant quelques minutes j’apprécie le silence enivrant de la nuit. Tout est si calme, apaisant. J’ai l’impression que ça fait des siècles que je ne me suis plus senti aussi en paix. Ca roule tranquillement au sein de ma Légende, alors forcément il a fallu que ça dérape et je songe à Hélène, qui me manque terriblement. Etrange, alors que je ne l’ai connue en tout et pour tout trois semaines environ. Mais trois semaines passés sur les routes, dans la même voiture le jour et la même chambre la nuit, ça créé des liens forts assez rapidement. Je l’aime depuis que je l’ai vu, et c’est partit pour durer encore un bout de temps. Je me laisse aller à rêver à de magiques retrouvailles. Tous les clichés y passent. Je nous vois nous jeter dans les bras l’un de l’autre sur le quai d’une gare, on s’enlace et je l’embrasse, la couvre de baisers et de caresses qu’elle me rend avec toute la sensualité et la douceur que je lui connais. Mais je suis tiré de ma rêverie par les bruits de coïts de Billy et Eurydice qui semblent s’en payer une sacrée tranche. Un bruit de verre cassé se fait entendre et un gros coup sourd m’informe qu’un lourd objet de bois vient de se casser la fiole lui aussi. Probablement une armoire massive en bois vernis, comme celle qu’il y a dans ma chambre. Je ne sais pas bien si mon frangin considère sa nouvelle relation comme de l’amour ou une baise sur le long terme, mais je suis plutôt content pour lui. Il a trouvé une fille qui lui plaisait plus que pour une nuit (bon ce n’est jamais que leur deuxième ou troisième) et j’ose espérer qu’elle pourrait le contrôler un peu mieux que moi je ne le fais. Tout le monde a besoin de quelqu’un à aimer, même un cinglé comme Billy, non ? Je balance mon mégot par-dessus la balustrade, retire mes bottes et me laisse tomber dans le pajot, mes pensées à nouveau tournées vers Hélène.

Sometimes I feel, I feel a little sad inside
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MessagePosté le: Ven 23 Déc 2011, 6:50 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Hop hop hop !!! Bientôt le début de la fin !! Nos deux (anti-) héros vont-ils enfin retrouver leur paternel ? Nous le découvrirons bien assez tôt...(en fait p'tet pas de sitôt que ça parce que je galère un peu avec le chapitre 17...Angoisse de la page blanche Shocked )


Piste 16 : Maggie’s Farm


Quand je me réveil ce matin-là, c’est le bruit des gouttes de pluie frappant le toit qui vient me titiller les étagères. Je me tire du pajot après avoir pris cinq minutes pour me rappeler l’endroit et ouvrir les yeux à peu près complètement. J’ai la carafe en vrac et une putain de foutue barre me traverse le cerveau. Je me dirige vers le lavabo et m’arrose copieusement le visage, buvant une grande rasade de flotte que je recrache aussitôt. A en juger par le goût, je dirai que ce doit être le genre de bibine qui vient te bousiller les intestins et te refiler une diarrhée carabinée. Je change de fringues et troque ma chemise anciennement blanche contre un t-shirt noir. Je jette mon jean troué aux genoux (et même à l’entrejambe, je le constate seulement), tâché de boue et enfile le seul futal de rechange qu’il me reste. Un autre jean, d’un bleu plus sombre que le précédent. Je descends ensuite au bar me taper un petit déj’. Je demande des œufs brouillés et du café bien noir. Les œufs sont excellents pour les lendemains de cuite, une fois tombé dans l’estomac, ils en épongent tout l’alcool qui y traine encore et qui refile des nausées. Il n’y a personne en salle à part moi et je constate qu’il est à peine huit heures du matin. C’est la bonne femme du patron qui s’occupe de moi. Un joli bout de femme d’environ un mètre soixante-dix pour cinquante-six kilos, une peau basanée semblant d’une incroyable douceur et qui invite aux caresses. Mais étant donné qu’on ne se connait pas encore, ça me paraitrait déplacé de la palucher ainsi, sans crier gare. Elle me sert mes œufs et du café, auquel je lui demande, non sans gourmandise, d’ajouter une lampée de bourbon. Tu te diras sans doute que c’est assez paradoxal de manger des œufs pour éliminer l’alcool que j’ai dans le bide et d’y laisser couler ensuite une nouvelle dose de bourbon. Et tu auras raison. Mais pour éliminer la gueule de bois, il est important de donner à ton corps, subitement sevré, une petite ration en express, histoire de le désintoxiquer en douceur et éviter que le mal de crâne ne perdure sur la journée. La patronne s’occupe de je ne sais quoi en cuisine, puis se radine de nouveau derrière le bar et vient s’installer en face de moi alors que je finissais mes œufs en trois coups de fourchettes. Je sors ensuite deux clopes de mon paquet et lui en tends une, qu’elle saisie dans un gloussement. Elle m’explique que normalement, elle ne fume pas avec un autre homme que son mari, que ce dernier le lui interdit formellement. Elle ne devrait même pas me parler, ajoute-elle d’ailleurs. Elle doit avoir une quarantaine d’années environ, pourrait probablement être ma mère mais j’ai tout de même une furieuse envie de la culbuter derrière ce comptoir. Ca devient une obsession. Elle me parle de tout ce qu’elle ne peut pas faire et de son mari, qui bien que très gentil, ne s’occupe plus vraiment d’elle au plumard. Je lui dis que ce n’est probablement pas elle le problème, que lui aura sans doute viré sa cuti et ne trouve plus rien d’excitant chez les femmes en général. Ca, ça la fait cogiter et la lueur qui passe dans son regard à ce moment-là ne ment pas, je ne vais pas tarder à m’payer une partie de ça va ça vient avec cette charmante autochtone. Elle m’agrippe le cou à deux mains et m’enfonce sa langue dans la bouche, la remuant furieusement, nous mélangeant dans un torrent de salive. Je ne me suis pas brossé les dents, j’ai donc le gosier qui refoule l’alcool de la veille et le café de ce matin. La pauvre. Mais ca ne l’arrête pas vraiment, elle m’attire derrière le bar, défais mon futal et s’affaire à me plaire avec sa langue. Elle a une intéressante technique de fellation, tout avec la langue et en finesse. Ensuite, elle se retourne, prend appui sur le bar et soulève ses jupes, me présentant son postérieur aussi ferme que celui d’une cavalière. Je la prends donc à la manière des chevaux (on va rester dans la même thématique) et m’excite en elle avec rudesse le temps qu’il faut pour que tout deux prenions un pied fort acceptable. Billy arrive au moment précis où je finis de reboutonner mon jean et comprends immédiatement ce qu’il s’est passé en voyant l’air embarrassé de la patronne. Il éclate de rire et nous applaudis.

« Ah ! J’aime l’odeur du foutre frais au petit déjeuner ! Félicitations à vous mes jolis minois, vous vous êtes laissés aller à vos plus bas instincts sans même vous soucier qu’on vous surprenne en plein ébat. Je ne pourrai trouver les mots pour vous dire à quel point je vous aime ! »

Je reprends ma place au bar et il vient se coller à mes côtés, commandant le même petit déjeuner. Eurydice ne tarde pas à suivre et s’avance timidement. Elle demande à la patronne un peu de pain et de la confiture. Pendant qu’elle est en cuisine à faire la tambouille pour tout le monde, Billy attrape la bouteille de bourbon restée sur le bar qu’il entame directement au goulot. Il s’allume une cancerette.

« O mon frère, j’espère que tu as pu faire tout ce que tu voulais avec elle car nous partons sitôt une fois que nous serons rassasié. Il me tarde que nous retrouvions notre père et je pense que la meilleure chose à faire est de suivre la route vers le sud. Nous tomberons bien sur des gars qui le connaissent personnellement et qui pourront nous conduire à lui. »

Je lui rappelle quand même qu’on a dessoudé le Vert, qui est un des généraux de la Révolution et que les mecs n’ont du que très modérément apprécier le fait que nous le zigouillions alors qu’il essayait précisément de nous sauver les miches.

« Je ne crois pas qu’ils nous tueraient pour autant, nous sommes les fils de leur leader, et si cela me chagrine d’être affilié à cet empaffé, ça devrait nous garantir un laisser passer chez tous les clowns participant à cette révolte que nous rencontrerons. »

Mouais, j’aimerai partager son optimisme. La patronne amène les assiettes et nous terminons de manger en silence. Je laisse tomber quelques pièces d’or sur le comptoir pour les chambres et les repas et nous allons chercher nos affaires. Nous disons au revoir rapidement et nous installons en voiture. Billy se mets derrière le volant, jette un œil à la carte et nous repartons plein sud, direction Marrakech. Il a arrêté de pleuvoir et le soleil s’est pointé aussi sec, faisant grimper les températures rapidement. Les gars de la veille ont raconté à Billy qu’il y avait là bas une base révolutionnaire avec quelques noms importants. Nous devions nous rendre à la ferme de Maggie, à une cinquantaine de bornes au sud de la ville, vers le parc national de Toubkal. La fameuse Maggie était la responsable en charge du Maroc et elle dirigeait toutes ses opérations depuis sa ferme, qui est bien entendue sa couverture. D’après les gars de la veille, elle serait originaire de la région des Loch en Ecosse, le pays tout au nord chez les rosbifs, et serait aussi susceptible de connaitre Moriarty. Nous contournons Marrakech, inutile de s’enfoncer dans la ville, même si les combats sont terminés, les routes ne doivent pas être des plus praticables et il y a toujours cette infime petite chierie de malchance qu’on roule sur une mine ou qu’on se prenne un con d’obus sur la carafe parce que les gars en face nous aurons confondu avec l’ennemi. Remarque, il faudrait vraiment qu’ils en tiennent une couche les gars d’en face, pour imaginer que l’ennemi puisse contre-attaquer avec une seule voiture et trois personnes dedans. Remarque encore, que la plupart des Révolutionnaires sont formés comme des militaires et je ne connais rien de plus con qu’un militaire, sauf le cave qui le dirige. Nous dépassons Marrakech qui ne ressemble plus vraiment à ce que montrent les brochures. Depuis la route, on peut apercevoir des immeubles qui se cassent la gueule, des colonnes de fumée qui montent de plusieurs endroits à travers la ville. Nous sommes séparés de la ville par une simple et large bande de sables sur laquelle apparaissent trois camions de transport. Ils s’arrêtent en plein milieu, des mecs en sortent et déchargent les conteneurs, qui sont en fait plein de cadavres. Une fois les corps sortis, les vivants se mettent à creuser une grande fosse dans le sable pour enterrer leur mort. Environ quatre ou cinq kilomètres plus tard, une odeur forte de viande grillée (que je ne connais pas) se fait sentir et nous prend au bec. Nous passons alors devant un immense bucher de corps humains et, aux uniformes des gars qui viennent juste d’être balancé sur le feu, je devine que ce sont des mafieux et des soldats du Taulier. La Révolution nettoie la ville de tous ses cadavres. Nous continuons notre route, longeant un long fleuve dont j’ignore le nom, et nous traversons une petite ville où j’achète quelques bouteilles d’un vin local et plusieurs paquets de cancerettes. Revenu à la voiture, j’en jette un à Billy et un autre à Eurydice qui s’empresse de déchirer l’emballage de cellophane et de s’envoyer une bonne bouffée de goudron dans les respirateurs. Billy redémarre après s’être lui aussi allumé une cancerette. Je débouche une bouteille de vin et en boit une longue rasade, appréciant sa fraicheur (l’épicier à qui je l’ai acheté conservait ses bouteilles dans des bacs d’eau très froide), puis la tend à Billy. Celui-ci se plaint de la chaleur et vire sa chemise et son maillot de corps, qu’il jette sur la banquette arrière, ainsi que ses pompes trouées et ses chaussettes d’un autre âge. Il n’est plus qu’en jean, dont il avait arraché les jambes, en dessous du genou, arborant toujours sur sa poitrine légèrement velue le symbole des Coquillards. Il se trouve vêtu comme sur l’Esmeralda. Et il roule vite, il écrase le champignon, pressé d’arriver à cette ferme, ou pressé de retrouver notre père et d’accomplir son parricide. En réalité, il est toujours pressé. Il n’a pas besoin d’avoir une raison en particulier pour faire grimper l’aiguille du compteur à 145 km/h chaque jour qu’on a vécu jusqu’à aujourd’hui. Il commence à faire vraiment chaud et j’écluse la bouteille de vin comme un nourrisson avec son biberon. L’alcool et la chaleur ne faisant que rarement bon ménage, je me laisse couler sur la banquette et somnole paisiblement, en regardant défiler le paysage sans vraiment le voir, les yeux plissés, presque fermés. Eurydice ne dit rien. Ca ne fait que deux jours que nous avons quitté l’Esmeralda avec elle et, du peu que je la connais, je dois dire qu’elle est d’un ennui mortel. Elle bave pas un broke, ne bouge pas plus, reste immobile au milieu de la banquette arrière et conserve le regard fixé sur l’horizon comme une ruminante regarde les trains passés, sans la moindre lueur d’intérêt dans les glozzes (qu’elle a néanmoins très jolis bien que parfaitement inexpressifs). Plus ça va et plus j’ai l’impression qu’elle ne sert que de vide-couilles à Billy qui me sort de mon semi-coma en me secouant et insistant pour que je prenne le volant. Je ne sais pas ce qu’il a le frangin, peut être le fait que nos réserves de morphine, d’héroïne et de quelques autres saletés qu’on s’injecte habituellement de bon matin et qui te flingue ta volonté et ta libido pour la journée soient totalement vides, mais il a de plus en plus besoin d’une fille pour le satisfaire et compenser avec l’absence de came. Il saute sur la banquette arrière tandis que je prends le volant et récupère tant bien que mal le contrôle du véhicule (toute cette gymnastique s’effectuant à 145 km/h) tandis que Billy se fait offrir une nouvelle pipe par sa brune. Je commence à penser qu’il n’a embarqué Eurydice dans notre périple que pour ça. Au bout de dix ou quinze minutes de drainage intensif durant lequel Billy a profité d’avoir les mains libres pour nous rouler un thé-roulé explosif, il insiste pour que nous échangions nos places. Je lui rends volontiers le volant mais reste à l’avant du véhicule, n’ayant pas particulièrement envie de profiter de la bouche, aussi habile soit-elle, de notre invitée. En plus, je suis saoul comme cochon, dis donc. Et puis, j’ai déjà eu droit à ma petite séance de ça va ça vient avant de partir ce matin. Certes, elle avait presque deux fois mon âge mais ses compétences n’en étaient absolument pas affectées, voir même améliorées. Alors j’ouvre une nouvelle bouteille de vin et en goulotte un bon quart avant de la rendre à Eurydice, désireuse de se rincer le palais. C’est aux environs de ce moment précis que nous commençons à nous enfoncer dans le parc national, zieutant avec toute l’attention dont nous étions capables les environs, à la recherche de la ferme de Maggie. Nous ne mettons pas bien longtemps à la trouver d’ailleurs. Nous suivons un chemin de terre, assez large pour permettre à deux camions de se croiser. Nous entrons dans une clairière et, de chaque côté du chemin, se trouvent des enclos avec cinq ou six chevaux d’un côté et autant de vaches de l’autre. Au fond de la clairière, se dresse une grande maison, construite il y a moins de dix ans. La grande façade en bois et en pierre blanche, est encore propre et quasi intacte. Nous nous garons dans la cour et à peine Billy a-t-il coupé le moteur que la porte de la maison s’ouvre sur un sacré morceau de femme. Une rouquine d’un bon mètre quatre-vingt dix et qui doit accuser sans mal ses quatre-vingt kilos de bidoche. Elle est vêtue d’un treillis militaire, d’un débardeur noir et d’une casquette de l’armée révolutionnaire qui maintient en arrière sa tignasse rousse que je devine abondante. Elle s’approche de nous, le visage amical, comme si elle s’attendait à nous voir. Nous descendons de la voiture et échangeons des poignées de main avec la rouquine.

« Je m’appelle Maggie, et vous êtes ici chez moi, dans ma ferme. Vous devez être les rejetons de ce fou de Moriarty ? »

Nous sommes bien les fils de Moriarty et je suis surpris par l’intonation de sa voix quand elle a prononcé son nom, malgré le « fou », on sentait bien une forme d’affection et je me suis demandé combien de fois le paternel avait bien pu la troncher. Il faut reconnaitre que pour une militaire, elle est plutôt attirante. Son débardeur noir met bien en valeur ses attributs mammaires et je devine sous son treillis un cul à faire bander un cul de jatte. Son visage n’est pas en reste avec des pommettes joliment creusées, un nez peu prononcé et des yeux verts émeraude qui ne se marient que trop bien avec le rouge de ses cheveux. Mais elle doit tout de même accuser ses cinquante balais, et les plis autour de ses yeux ainsi que la taille presque outrageuse de ses lobes d’oreille sont là pour en témoigner. Elle reste là à nous fixer un bon moment, Billy et moi, nous jaugeant des arpions à la carafe, à la recherche des points communs qu’on pouvait partager avec notre géniteur.

« Yep, pas de doutes, vous êtes bien ses fils. »

Elle nous invite donc à entrer prendre un verre et discuter de ce qui nous amène ici. Elle semblait savoir que nous allions arriver et elle confirme mes soupçons en nous expliquant que des gars à elle nous avaient repérés à notre arrivée à Ceuta. On s’installe dans la cuisine, une de ces cuisines de campagne à l’ancienne avec un four en pierre, un petit frigo, une table en bois et des tabourets autour. Elle nous invite à nous assoir et nous prie de l’excuser pour l’aspect rudimentaire de la pièce. Tout ceci n’est évidemment qu’un trompe-l’œil destiné à tenir secrètes les opérations menées à l’encontre du Taulier, mais aussi de la Mafia. Elle sort d’un placard quatre verres et une bouteille sans étiquette contenant un liquide à peine ambré.

« Ca mes petits chats, c’est un alcool que je fais ici moi-même. Une boisson dont la recette m’a été dictée par le Divin en personne ! »
« Le Divin ? Madame Maggie, serai-tu de ces fameux rescapés, ces Invisibles, qui continuent à honorer le culte d’un de ces Dieux Uniques ? »
« Parfaitement mon p’tit gars. J’imagine que tu dois être Billy ? »
« C’est tout à fait juste ! Comme l’avez-vous deviné ? »
« Votre père parle beaucoup de vous. Il vous aime, vous savez ça ? »
« Probablement, oui, mais parles-nous de toi, qui ne me semble pourtant pas folle à première vue, et qui croit être sur cette foutue planète par la volonté d’une force supérieure. »
« Haha, folle, je ne le suis pas, non. Par contre je crois effectivement être là pour remplir une mission divine. Je suis de l’ancienne génération, celle qui a eu le temps de se forger avant l’arrivée du Taulier, je me souviens encore comment c’était avant lui, je n’ai pas tout oublié durant ces dernières années, et je me souviens que Dieu était à mes côtés, et le sera toujours, pour me guider et m’empêcher de faire trop de bêtises. »
« Mais tu es un des chefs de la Révolution, ce job, quoique certainement prestigieux, t’obliges à tuer ? Ton Dieu ne l’a-t-il pas interdit ? »
« Les Voix du Seigneur sont impénétrables. »
« Je crois bien qu’un clodo-frérot que j’avais rencontré un soir du côté de Dijon m’avait déjà servie une connerie toute cuite de la sorte… »

Et bien, voilà le genre de personne avec qui Billy va se faire une joie de converser toute la nuit. Cette Maggie est une marginale, une rescapée de l’ancien temps, d’avant le Taulier. Elle fait partie de cette génération qui est assez vieille pour se souvenir de comment c’était avant, elle fait partie de ceux qui, comme mon vieux, ont vu le bordel qui se profilait à l’horizon. Billy et Maggie bavasse un temps de théologie tandis qu’Eurydice reste dans son rôle de meuble décoratif, assise sur sa chaise. J’allume une clope et regarde des mecs qui s’activent par la fenêtre. Certains, en tenu militaire, transportent des armes, des cartes, des caisses de munitions et de rations, et les chargent dans des camions qui se rendent dans les ports de Ceuta et de Tanger pour approvisionner le Vieux Continent. Maggie me l’explique après avoir assuré à Billy qu’ils continueraient leur conversation ésotérique plus tard. Elle fait sauter le bouchon de liège de sa bouteille et en verse une bonne dose dans chaque verre. Nous trinquons à la famille et au bon vieux temps sur l’initiative de Maggie. Celle-ci nous explique ensuite le rôle de cette ferme. Elle est en faite une réserve très importante pour la Révolution. C’est d’ailleurs Moriarty qui en a eu l’idée.

« A l’époque, c’était il y a environ quinze ans de ça, votre père travaillait pour les services de renseignements français, en collaboration avec ce filou de Scott Shelby, un agent de la CIA qui opérait surtout du côté de Los Angeles mais qui a débarqué sur le Vieux Continent lors de la prise du pouvoir par la Mafia sur l’Océanie, le Continent d’en Face, mais aussi en Italie et dans les Balkans. Il a été sur le dos de Joe le Cabot, grand parrain en charge de la Mafia mondiale, toute sa chienne de vie. Il en est mort récemment d’ailleurs. »

Maggie accompagne l’évocation du décès de son ami en mimant une croix avec sa main, liant son front et sa poitrine, son épaule droite et la gauche. Etrange, surement une coutume des Invisibles. Je me souviens que ces gens-là étaient plutôt nombreux avant l’arrivée du Taulier. Même avant celui-ci, ils devaient déjà se cacher. S’il est vrai que le Taulier a banni toute forme de culte, sinon celui de sa propre personne, la religion se barrait déjà en couille avant son arrivée. Partout dans le monde, la populace en avait de moins en moins à carrer des choses de la spiritualité. Je crois que même si le Taulier n’était pas intervenu dans l’Histoire de l’humanité, les religions se seraient détruites entre elles.

« Moriarty et Shelby ont fait construire cette ferme en même temps que leur école. Ils avaient vu le truc venir. Je ne sais pas comment ils s’y sont pris, mais ils avaient compris que l’équilibre du monde allait gravement vaciller et ils ont tout fait pour préparer la génération future, la vôtre, à affronter ce déséquilibre. Votre père avait pour habitude de répéter que même si le Taulier prenait le pouvoir, on avait encore dix ans pour le lui reprendre, après quoi, par contre, il serait trop tard. Ca fait neuf ans cette année que cette pourriture est arrivée au pouvoir, il était donc grand temps de lancer la machine. Le déclenchement des opérations a été l’assassinat à Cap Town, dans les Terres du Sud de Joe le Cabot et de son taré de fils, Eddie le Gentil, par Jack le Blanc, Théo le Noir (deux anciens des Rainbow Men que vous connaissez) et mon pauvre Scott. Malheureusement, aucun de ces trois-là n’a survécu. On a retrouvé les corps massacrés du Noir et de Shelby au sommet de Table Mountain. Le Blanc a disparu le premier jour de la Révolution, alors qu’il se dirigeait vers l’aéroport pour quitter le pays. Nous savons que sa voiture a été percutée par un obus mais nous n’avons pas retrouvé son corps. Néanmoins, la quantité de sang présente dans la voiture ne laisse hélas pas beaucoup d’espoirs. Il avait déjà réchappé de justesse à l’affrontement contre Le Cabot et ne devait pas en être encore totalement rétabli. »

Jack pourrait être encore en vie ? Et Will le Rouge ? L’évocation du groupe des Rainbow me rappelle que mon père est justement supposé se faire descendre lors d’une rencontre avec Will et Maxy Doc, les deux derniers Rainbow toujours officiellement vivant. Bien sur, je garde tout cela pour moi et interroge Maggie uniquement au sujet du Rouge.

« Je ne sais pas. La Révolution a perdu tout contact avec lui après son évasion de Robben Island. Il s’était fait arrêté par le Taulier alors qu’il était en mission pour la Mafia mais je n’ai pas plus de détails. Bien qu’ils soient alliés à cause de leurs intérêts communs, il arrive à la Mafia et au Taulier d’avoir quelques…désaccords en interne. Jack avait été envoyé à Robben par nos soins pour liquider deux Capos importants dans la hiérarchie de la Mafia et pour Joe le Cabot. La mort de ces deux là a permis à Jack de se rapprocher du Cabot tandis que Will, qui l’avait aidé, repartait pour l’Australie, où il avait pris une retraite anticipé et élevait des ornithorynques. Mais, selon nos espions, il n’est jamais rentré chez lui, ce qui laisse à penser qu’il est toujours quelque part sur ce continent.»

Maggie remplie à nouveau nos verres et va se poser devant la fenêtre, observant ses hommes dans leur labeur quotidien.

« En parlant des Rainbow, mes p’tits loups, vous avez probablement rencontré Alex le Vert en Espagne, non ? Il était supposé vous intercepter avant que le Taulier ne vous mette le grappin dessus et vous emmener avec un de nos navires à Tanger. Mais vous êtes finalement arrivé plus tard que prévu à Ceuta, sur un bateau pirate, et pas n’importe lequel, celui du tristement célèbre Edward le Borgne ! On peut dire que vous avez des amitiés pour le moins étranges… »

Elle sait bien évidemment que le Vert est mort. En partant de la petite cabane dans les bois de Lau Haizeta, nous n’avions pas pris le temps de ranger quoique ce soit et de dissimuler les corps d’Alex et de Buck. Maggie ne montre aucun signe de bêtise évidente, elle semble même être le genre de personne qui raisonne plutôt logiquement et il m’apparait maintenant clair que nous nous sommes jetés dans la gueule du loup. Elle sait que nous sommes les assassins du Vert et de son molosse mais je ne comprends pas pourquoi nous sommes encore en vie, ou tout du moins encore libres de nos mouvements. Billy avale son verre d’une traite, puis celui d’Eurydice.

« Alex le Vert nous a effectivement sauvé les miches alors que nous nous apprêtions à quitter la ville de Pasaia, au nord de San Sebastian. Il a nous a expliqué fort aimablement que nous avions le Taulier au cul et que la Révolution avait décidé de nous aider à venir ici. Mais nous n’étions pas vraiment sur de vouloir nous joindre à votre mouvement, car notre père en est à l’origine et il nous faut bien avouer que nous avons une ou deux dents contre lui pour nous avoir abandonné il n’y a pas si longtemps que ça, nous et la Madre. Alors nous l’avons remercié, lui et son pote Buck, et nous avons repris la route vers le sud de l’Espagne où mon frérot ici présent a rencontré le capitaine Edward dans un rade. Nous n’avions pas la queue d’une idée de sa célébrité quand nous sommes montés à bord de son navire. Et je puis vous assurer ma chère Maggie, que le voyage fut délicieux et sans encombre notable. »
« C’est vrai Jimbo ? Qu’est ce que t’en dis du récit de ton frère ? »
« Oui c’est vrai, j’ai un peu le mal de mer donc je n’ai pas autant apprécié la traversée que lui mais, à part quelques malaises, il ne s’est rien passé de grave. »

Je ne suis vraiment pas certain que notre histoire l’ait convaincue de quoique ce soit, d’autant qu’elle n’est pas toujours très sensée, mais dans son genre, Billy s’en est plutôt bien sortie. Maggie conserve ce petit sourire en coin qu’elle n’a pas quitté depuis qu’elle nous a accueillies. Si jusque maintenant je m’imaginais que c’était une marque de bienveillance à notre égard, je commence à penser qu’en réalité elle est de la même trempe que le vieil Edward, qu’elle fait partie de ces gens capables de ne laisser filtrer aucune foutue émotion. Ce sourire qui se veut rassurant ne me dis plus rien de bon et je jette quelques regards furtifs autour de moi, repérant les sorties en cas d’une éventuelle fuite précipitée. Billy caresse doucement son pendentif en forme de coquille, les yeux rivés sur la bouteille de gnôle. Maggie l’a remarquée.

« Haha ! Ne sois donc pas si timide Billy, sers toi un verre si tu en as l’envie. Le bon Dieu ne nous en voudra pas de s’enivrer un peu. »

Là j’en suis sur, Maggie n’a absolument pas accrochée à l’histoire. Alex et Buck étaient supposés nous ramener à Tanger saints et saufs. Il est donc foutrement évident qu’ils ne nous auraient jamais laissés partir et, plus encore, risquer nos vies en embarquant avec des pirates. J’allume une cancerette et attends, anxieux, la suite des événements. Maggie est dos à la fenêtre et garde ses yeux plongés dans les miens, cherchant la preuve de mon mensonge et je commence à flipper qu’elle ne la trouve. Ce qu’elle perçoit immédiatement. Il a suffit que je cogite sur le sujet pour qu’elle l’attrape aussitôt du regard ! Quel con, je me suis grillé tout seul. Mais alors que je m’attends à ce qu’elle dégaine le flingue qu’elle porte à la cuisse,

« Bien, mes p’tits loups, vous devez avoir envie de vous reposer un peu après votre épopée maritime. Suivez-moi à l’étage, je vais vous montrer vos chambres. »
« Nos chambres ? C’est que nous comptions partir immédiatement à la recherche de notre père… »
« Votre père sera ici demain, il a déjà été averti de votre arrivée. »

Demain ? Nous allons retrouver le paternel demain ? Je sens Billy tressaillir à côté de moi. Il finit son verre et le repose, l’air de rien. Je redoute sa réaction, il ne faudrait pas qu’il nous offre un nouveau carnage, comme dans la cabane d’Alex. Mais il reste très calme et se contente de souffler à Eurydice de le suivre, lui-même emboitant le pas de Maggie. Comme la veille, Billy et sa douce partagent une chambre ensemble. Billy me propose de dormir avec elle cette nuit, puisqu’après tout, nous sommes tous deux mariés à elle. Je décline poliment la proposition de Billy, je préfère rester seul cette nuit. Encore. Nous jetons nos quelques possessions sur nos lits respectifs puis redescendons à la cuisine. Maggie va nous cuisiner un petit quelque chose. Eurydice a préféré rester dans la chambre pour se reposer. Je me demande bien de quoi elle peut se reposer. J’ai vraiment du mal avec cette fille, elle ne me plait pas. Pas physiquement, bien sur, elle est magnifique, mais je n’aime pas sa façon de se comporter comme un meuble. Je veux bien croire qu’elle ait été traumatisé par les viols collectifs qu’elle a pu subir avec les égyptiens puis avec les pirates de l’Esmeralda, et sans doute d’autres avant ceux-là, mais quand même, être inutile à ce point, ça ne devrait pas être permis. Billy et moi nous attablons aux mêmes places dans la cuisine, tandis que Maggie nous fait cuire deux belles pièces de viande rouge avec quelques pommes de terre et des haricots. Pour accompagner le repas, Maggie nous sort une bouteille d’hypocras de son propre cru et je dois dire qu’il est foutrement délicieux, et je crois même que c’est le meilleur auquel je n’ai jamais goûté. Billy semble partager mon avis puisqu’à peine a-t-il finit son verre qu’il s’en ressert un, presque à ras bord. A ce rythme là, on est partit pour lui dézinguer la bouteille dans la demi-heure et la cuver les deux heures qui suivent. Mais alors que j’allais servir la troisième tournée, Maggie m’enlève la bouteille des mains.

« Mes p’tits loups, je ne vous veux pas trop saoul cet après-midi puisqu’il va falloir mettre de l’ordre dans cette maison. Je me refuse catégoriquement à accueillir votre père dans une telle porcherie. Vous allez vous occupez du rez-de-chaussée et du premier étage tandis que je mettrais de l’ordre à la cave. C’est là que se trouve la salle de briefing, l’armurerie et tout ce qui concerne de près ou de loin la Révolution. »

Billy et moi échangeons un regard aussi surpris qu’interrogateur. Elle déconne à plein tube la mère Maggie, non ?

« Je ne plaisante pas mes p’tits loups, allez au boulot ! Vous trouverez le détergent, les serpillières et tout ce dont vous aurez besoin sous l’évier. On se retrouve dans trois heures. Et que ça brille ! »

Maggie quitte la cuisine et nous l’entendons descendre l’escalier de bois menant à la cave. Par contre, il était évident que la lourde de la dite-cave n’était pas faite de bois malgré son apparence. Le bruit sourd et métallique qu’elle produit en se refermant nous indique une porte plus que blindée. Bien, au travail, donc…J’imagine…Nous nous préparons chacun un thé-roulé et on se met au turbin. Billy prend le premier étage (je le soupçonne de vouloir siester en douce, voir d’aller s’payer un peu de bon temps en expresse avec Eurydice) et je me coltine le rez-de-chaussée. Je commence par le salon, enchaine sur la salle à manger et m’attaque au hall d’entrée en songeant qu’il est parfaitement honteux qu’elle me fasse récurer le sol ainsi. C’est la dernière fois que je fous les arpions dans cette conne de ferme.

It’s a shame the way she make me scrub the floor, I ain’t gonna work on Maggie’s farm no more
Bob Dylan

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[quote="Speed Hunter"]Chakal lui c'est un héros de musicien ![/quote]
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