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. Booze'n'Blues

 
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Chakal D. Bibi
~ Chakal Touffu ~


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MessagePosté le: Sam 28 Juil 2012, 7:05 pm    Sujet du message: Booze'n'Blues Répondre en citant

Salut les enfants ! Et bienvenue dans cette nouvelle antre de l'ami Chakal Cool

Bon, je t'explique un peu l'idée. Je commence une série de nouvelles tournant autour de cinq mecs qui vivent à Nashville et qui ont formés un groupe de blues/rock, le Why So Serious.

Donc voila, j'avais déjà écrit une histoire au sujet de ces mecs, Naufrage, que je te mets ci-dessous en guise d'intro, et puis je t'envoies la suite juste derrière =D

Bonne lecture Wink

Naufrage


« Allez vous faire foutre bande de cons, j’me casse ! »

Bah…Merde. Je t’avoue que je me sens un brin stupide, la mâchoire pendouillarde et l’ampli larsennant à cause du micro que j’ai laissé tomber devant. Ben a posé sa guitare, Tony a gardé la sienne mais prend une longue rasade de bourbon. Buddy, derrière sa batterie, balance ses baguettes par-dessus l’épaule et s’en va s’isoler dans le salon. Quant à votre humble narrateur, en poil et en bottes, il se contente de fixer la porte du studio sans biter le pourquoi du comment. Je n’ai pourtant pas l’impression d’avoir foiré une mesure, qu’est-ce qu’il lui prend au Bucheron de mettre les voiles de la sorte ? Il n’y maintenant plus le moindre bruit résonnant dans ma vieille baraque du 1009 sur la 7e Avenue de Nashville, Tennesse. Tony, mon guitariste de frangin, et moi-même, avons hérité de la maison lors du décès prématuré et relativement inattendu de nos deux géniteurs, coup sur coup. La Madre a rendu l’âme de la plus stupide des manières, ratant la marche en descendant d’un bus quelconque. Le Paternel l’a rejoint quelques semaines plus tard, lui en dégueulant sa cirrhose dans un caniveau, y crevant gueule dedans. On a donc récupéré la case et un beau petit paquet de fric avec ça. Il semblait clair tout d’un coup que le Paternel conservait un confortable tas de billets sous son matelas, tout aussi agréable pour les lombaires. Ce putain de matelas était le seul endroit où je n’étais jamais allé farfouiller et, à l’évidence, Tony non plus. A une époque, quand on était encore mino, on avait l’habitude de piquer quelques biftons aux géniteurs pour s’acheter du thé, des bières ou leurs cadeaux d’anniversaire. On n’a jamais été très doué pour les cadeaux, le frangin et moi. Je me souviens d’une fois où on avait piqué un collier de perles à la Madre pour le vendre à un receleur. Un ou deux mois plus tard, on a acheté à ce même receleur ce même collier de perles sans percuter qu’on faisait cadeau à La Madre du bijou qu’on lui avait tiré. Elle en revanche, a tout de suite fait les connexions. Mais je divague. Avec le confortable pactole ainsi récupéré, on a construit un studio d’enregistrement au sous-sol, juste en dessous du salon où était partie se planquer Buddy. On a tout ce qu’il faut dans ce studio flambant neuf, une batterie, une cabine de chant, une table de mixage, plusieurs amplis pour les guitares et la basse. Le tout dans une ambiance chaleureuse et un poil psychédélique, histoire de se stimuler les neurones. Face à la table de mixage, un canapé et une table basse, ainsi qu’un petit frigo blanc contenant des bières et…C’est tout je crois. Sur la table basse, une boite en bois de sapin, vernis et gravé du sceau du groupe WSS. Dans la boite en bois, du thé, du papier et du tabac blond. Je ne te ferais pas faire tout le tour de la propriété, de toute façon elle n’est pas à vendre et j’ai d’autres soucis en tête actuellement. Le Bucheron vient de nous annoncer son départ du groupe, il était désireux de retourner dans son bled de la banlieue de Vancouver après dix ans de bons et loyaux services au sein de notre équipage. Je fais signe à Tony de m’envoyer le bourbon dont je prends deux ou trois longues gorgées avant de me carrer une cancerette dans le cigare. Je me souviens de l’époque où nous nous sommes rencontrés, le Bucheron et moi. Avec Tony, on parcourait le continent américain à la recherche de zicos pour monter notre groupe. Nous avions quitté notre Nashville natale au volant de la Cadillac noire et chromée fauchée au paternel, et avions tracé la route, tout droit vers l’Ouest et la Californie. Nous avions rendez-vous à Palm Springs, au sud de l’état, à la frontière avec l’Arizona. Là, nous devions retrouver Buddy Boy, un batteur aussi doué que cinglé, qui officiait dans un groupe de reggae local. dans un rade sur East Arenas Road. Nous sommes allés le voir jouer le soir même et on a bité tout de suite en entendant ce gars qu’il n’avait rien à faire avec cette bande de blancs-becs aux cheveux tressés et qu’il avait plus à gagner en se radinant avec nous. Alors après le concert, on l’a invité à écluser un pichet de bière et on lui a proposé de se joindre à notre équipage, de lâcher ces putains de percussions en peau de cul de chameaux et de venir s’installer derrière une vraie batterie au sein de notre formation. On lui avait fait écouter notre musique et il nous a dit oui sans hésiter, le soir même, ne prenant même pas la peine de faire ses adieux aux guignols qui jouaient avec lui. On est passé à son appart’ récupérer ses affaires, un chapeau noir, une paire de baguettes et quelques autres trucs. Il a balancé le tout dans le coffre de la guimbarde et on a repris la route aussi sec, direction le nord, tout au nord. Buddy Boy nous a parlé d’un bassiste, Le Bucheron, qui bossait comme bucheron (Ca ne s’invente pas) en Nouvelle-Angleterre et qui jouait du funk et des conneries du genre dans un club de Vancouver. On a donc remonté toute la côté ouest américaine, faisant des arrêts à Los Angeles, Fresno, San Fransisco, se gavant de la musique locale. On a bouffé de tout ce qu’on pouvait trouver : du jazz, du blues, du rock, du hip hop. J’ai failli dégueuler lors d’un arrêt à Portland, en Oregon, et qu’on s’est retrouvé dans une soirée disco. Arrivé à Vancouver on a retrouvé le fameux Bucheron sans mal, jouant de la basse en solo dans un petit club situé je ne sais plus où. Faut dire que ce périple remonte à plus de dix ans...Déjà. Notre ami bucheron ne fut pas très difficile à convaincre quand on l’a retrouvé à la sortie du club. Son précédent groupe, The Blowjob vient juste de se séparer et il cherchait justement une nouvelle formation où faire claquer ses lignes de basse. Nous voilà donc avec une solide base rythmique pour la formation et on pouvait reprendre la route. Il nous manquait encore une deuxième guitare et un saxo’. Dans le studio de Nashville, aujourd’hui, la tension commence à monter. Tony pose son instrument et se laisse tomber sur le canapé.

« Bon, et maintenant ? »

Ben, l’autre guitare du groupe, fait mine de ne rien entendre et continue à jouer des petits motifs bluesy, comme ça, pour le plaisir ou pour ignorer la situation. La situation étant Tony, celui-ci le prend plutôt de travers. Et je le comprends, moi-même, je dois bien avouer que je sens grimper un sentiment de colère de plus en plus exacerbé. Putain de chierie de merde, pendant dix ans on a tout partagé ensemble, on a parcouru les routes, on a foutu le boxon dans les rades des quatre coins du monde, on a joué notre musique pour des milliers de personnes, on a six albums à notre actif et alors qu’on prépare le septième, le Bucheron fout le camp. Tony se relève d’un coup et me saisit par le colbac.

« Et toi, tu dis rien ?! Tu vas laisser tout notre équipage mettre les voiles ? Pourquoi t’es incapables d’ouvrir ta grande gueule quand c’est nécessaire ? C’était pareil quand Bleedinlips a claqué la porte ! Prends tes responsabilités de capitaine et porte un peu tes couilles ! »

Je lui allonge un bourre-pif qui le renvoie dans le canapé. Effectivement, je suis le capitaine de cet équipage mais je ne suis pas du genre à obliger les gens à faire ce qu’ils n’ont pas envie de faire. Je tends la bouteille de bourbon au frangin qui se tenait l’aspirateur entre les mains, une façon de se dire « sans rancune ». Le départ, il y a quelques mois de Simon Bleedinlips, notre saxophone de génie, l’a beaucoup marqué. Bien plus qu’il ne l’admettra jamais. Simon avait rejoint l’équipage peu après le Bucheron. Nous avions passé environ trois semaines à Vancouver et une nuit, alors qu’on était allé écouter du jazz dans un club appelé le Capones, sur Hamilton Street, un vieux saxophoniste dans un costume élimé crachait son blues dans son instrument, tentant de saisir le It pendant une bonne dizaine de minutes pour y parvenir dans une apothéose de notes, une chevauchée lyrique wagnerienne des plus savoureuse ! Je voulais ce cave dans le groupe ! Mais le type se fait vieux, et tailler la route, ce n’est plus vraiment des conneries de son âge nous confia-t-il. Alors tant pis, on a continué à discutailler quand même parce que le vieux est sympa et qu’il nous rinçait en pichets de bière. Et puis au petit matin, ça lui est revenu, comme ça, d’un coup. Il nous a annoncé qu’il connaissait le saxo’ parfait pour nous et nous conseilla d’aller jeter un œil en Irlande, à Cork, dans le sud de l’île.

« Là-bas, vous partirez à la recherche de Simon Bleedinlips, le meilleur souffleur avec qui j’ai eu la chance de jouer dans tout ma foutue chierie de chienne de vie. »

Soit, deux jours plus tard, Buddy, le Bucheron, Tony et moi étions dans l’avion et survolions l’Atlantique pour trouver ce fameux zikos si chaudement recommandé. Quand on a débarqué à Cork, il faisait froid et il pleuvait comme si l’océan qu’on venait de traverser se cassait la gueule sur nos fioles enfarinées par les heures passées dans le zinc à profiter du minibar à volonté. On trouva refuge dans une caisse de location et on mit les voiles pronto à la recherche d’un hôtel pour passer la nuit. Une fois qu’on s’est trouvé une piaule pour quatre (on était un peu court niveau finance), on y a balancé les affaires et avons commencé notre tournées des pubs et des clubs à la recherche de notre fameux saxophonistes, Simon Bleedinlips. Histoire de remplir un peu les caisses, on s’est fait embaucher au Roxy Night Club sur South Main Street. On y jouait trois soirs par semaine. Ca nous a permit de tester et de peaufiner notre répertoire et de faire rentrer du blé dans nos poches qui avaient la fâcheuse tendance à se faire rapidement arides. Les autres soirs de la semaine étaient consacrés à la recherche de Simon mais pendant plus d’un mois, les recherches restèrent désespérément insatisfaisantes. Karma s’amusait avec nous, putassant joyeusement à nos dépends. Et puis un soir, alors qu’on jouait notre dernier concert au Roxy avant de reprendre l’avion dans le sens inverse, voilà que la chance nous sourit enfin ! Karma aurait-elle pris des vacances ou serait-elle allait bosser sur le trottoir d’un autre, j’en sais foutre rien mais toujours est-il que pendant le show, alors qu’on arrivait à la fin de notre morceau « In The Haze », un cave s’est radiné sur scène avec son saxophone, s’installa devant mon micro et a balancé un foutu solo des familles bien chiadé et bien senti, à te défriser les poils de nez. Sur le coup, j’bitais pas grand-chose à ce qui se passait et puis je compris que celui qu’on recherchait depuis quelques semaines est ce même enfoiré qui venait s’incruster à l’improviste et en improvisant sur notre morceau. On a finit le concert, bu un coup, nous sommes fait payer et on a décarré direction le Nouveau Monde. C’est qu’elle commençait à me manquer ma Cadillac. Ben semble en avoir ras le bol du comportement de Tony et monte à son tour dans le salon, rejoindre Buddy. Tony et moi restons seuls dans le studio, à nous partager la bouteille de bourbon. J’écrase ma cancerette dans le cendrier et songe qu’il va falloir recommencer une chasse aux zikos afin de combler les trous laissés dans la coque de notre navire par les départs successifs de Simon et du Bucheron. J’en étais à peu près là dans ma réflexion quand Buddy a dévalé les escaliers du studio pour nous avertir que Ben venait d’emballer ses affaires et de tailler à son tour.

« Il a dit qu’il rentrait à Chicago. Ecoutez les gars, ne m’en voulez pas mais je crois que je vais rentrer en Californie…Mon ancien groupe m’a recontacté récemment et je pense bien que je vais aller les retrouver…Ce fut un honneur de jouer avec vous les mecs, ces dix dernières années ont été fabuleuses mais tout à une fin et je crois bien que la nôtre est arrivée. Alors heu, merci… »

Tony et moi sommes maintenant les seules âmes vivantes dans toute notre baraque de Nashville. Et puis Tony remballe sa guitare et se tire à son tour. Je vois mon équipage qui décarre, notre périple s’arrête ici. Pendant dix ans, nous avons affronté moult intempéries, nous avons gueulé notre rage contre la vie à travers des blues et des rocks, tristes ou joyeux, lucides ou hallucinés, mais toujours sincères et vrais. Maintenant, le navire chavire et je n’ai sans doute pas fait tout ce que j’aurais pu pour colmater les brèches. Je me souviens, par exemple, de la tournée qu’on avait assurée il y a trois ou quatre ans. Un soir, alors qu’on venait de jouer à Austin, la gonzesse de Ben s’est radinée à l’hôtel. Lui était déjà partie avec le reste de l’équipage pour une virée en ville tandis que j’étais resté dans ma chambre, occupé à écrire une nouvelle chanson. La pauvre s’est sentie abandonné et c’est votre humble narrateur qui la consola…Un peu trop…Ben n’a pas vraiment apprécié le spectacle quand il est rentré plus tôt que prévu et qu’il nous a retrouvé dans une position absolument improbable sur la moquette de la suite Royale. Mais je divague. Le Why So Serious n’est plus, il coule à pic, et en tant que capitaine, je me dois de couler avec mon navire. Alors je lance la maquette de ce septième album qui ne prendra jamais forme, éteins toutes les lumières, et me débouche une nouvelle bouteille de bourbon.

Kata Ton Daimona Eaytoy

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Dernière édition par Chakal D. Bibi le Jeu 25 Oct 2012, 6:43 pm; édité 2 fois
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Chakal D. Bibi
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MessagePosté le: Sam 28 Juil 2012, 7:07 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Y’a des matins comme ça


Il y a des matins comme ça, tu te dis que tu resterais bien au pajot pour la journée, à écouter de la musique, voire même regarder un peu la télé, en s’enfilant des saloperies dans le gosier, arrosé de café. Je le sens bien, quelque part entre mes tripes et mes couilles, que je devrais rester là, dans la chaleur des couvertures et apprécier leur confort. Mais j’ai ce mal de crâne carabiné qui me vrille la cervelle et je dois faire un effort surhumain, herculéen, aurai-je dit même, si j’étais du genre à me la raconter en utilisant de bons mots, pour me trainer jusqu’à la salle de bain. Je m’envoie une ou deux aspirines que je fais couler avec les restes d’une bibine, retourne au pajot et décide ne pas en sortir avant l’heure de l’apéro, ce soir. Ah ! Cette douleur dans le crâne, cette impression que tes cheveux poussent à l’envers, qu’une brique te compresse la cervelle, que t’as la carafe asséchée…Ca fait mal, bon dieu ! Je suis complètement dans le brouillard, ça ne m’était pas arrivé depuis hier. Et comme chaque matin, je me raconte ce mensonge (que l’on se raconte tous au moins une fois d’ailleurs) : Plus jamais ça ! Tu parles. Je vais faire un tour dans la cuisine et, en passant par le salon, je remarque que Ben et Chris, notre nouveau bassiste (je te toucherai deux mots à son sujet plus tard), se sont endormi autour de la table basse, par terre sur le tapis rouge et couvert de cendres, de mégots divers et de bouteilles en tout genre. La guitare et la basse sont toujours branchées et on peut entendre le grésillement typique de l’ampli encore allumé. Je coupe le tout et laisse les gars pieuter. Buddy et Tony doivent être dans leur chambre respective à l’étage. Ah merde ! On a un concert aujourd’hui ! On a répété toute la nuit. Je n’ai aucune idée de l’heure à laquelle on a terminé, et je ne me souviens absolument pas être allé me pajoter. Je zieute l’horloge de la cuisine après avoir lancé la cafetière, il est plus de quinze heures. Bon dieu de chierie, on a du jouer jusqu’au petit matin. Quelle que soit l’heure et l’état dans lequel je vais me coucher, je ne dors jamais plus de cinq heures d’affilés. Je suis donc monté à dix heures ce matin, p’tet après. J’avale une petite gorgée de café mais le trouve un brin amer. Je farfouille quelques placards et dégotte une bouteille de bourbon dont j’arrose copieusement mon café. Je ramasse un paquet de Blue Veins qui traine sur la table du salon, y pique une cancerette et me dirige vers la terrasse pour apprécier mon petit déjeuner au soleil. Il pleut. Chierie. Je me laisse tomber sur un fauteuil du salon et attrape la Fender de Ben, je gratouille quelques accords sur la guitare muette et puis les gars émergent. Je leur dis qu’il y a du café dans la cuisine.

« Merci vieux. T’as vraiment une sale gueule, ça va aller pour le concert de ce soir ? »
« Va chier, enfoiré. Ouais, ça va aller. Faut qu’on s’radine pour vingt heures c’est ça ? »
« Ouais, Tony ne devrait plus tarder. »
« Pourquoi ? Il est où ? »
« Il est parti cette nuit rejoindre sa gonze. Tu t’souviens pas ? Vous vous êtes tapés sur la tronche parce que tu trouvais intolérable qu’on se carapate au beau milieu d’une répét’. »

Ceci explique la douleur que je ressens dans la mâchoire. Je suis interrompu dans mes pensées par l’escalier qui grince. C’est Buddy qui descend de l’étage, à poil, une bouteille de rhum dans une main qu’il sirote comme du p’tit lait, et ses baguettes de batteur dans l’autre.

« Prêts pour ce soir, bande de tarés ? »

Ce soir, nous donnons un concert à Chicago. Ca va être un sacré bordel. La dernière fois qu’on a joué là bas, un cave s’est fait planter pour un différend de quatre-vingt dollars. Je n’ai pas bien pigé l’exact pourquoi du comment, mais ça s’est terminé en une putain d’émeute. Les condés sont intervenus et on n’a même pas été payé. Mais ce soir ce sera différent. On a préparé un set bluesy à souhait, quelque chose de peinard, qui s’écoute tranquillement avec un verre à la main et un thé dans l’autre. Pas de raison que ça dégénère. Ben passe un coup de fil à Tony pour savoir quand il compte radiner sa gueule d’alcoolo à la tanière. Il répond qu’il nous rejoindra directement à l’aéroport. Avec les gars, on fait nos sacs et on filoche. On retrouve Tony après avoir passer la sécurité et on va se poser au bar en attendant l’embarquement. On a le temps de s’envoyer trois bières chacun avant de monter à bord du zinc qui devrait mettre un peu mois de six heures pour nous amener à Chicago.

Putain, c’est encore plus dégueulasse que la dernière fois. Je pousse les portes du Little Red Rooster, rade célèbre dans tout Chicago pour ses bagarres et son whisky de dernière qualité. Au-dedans, on peut retrouver les pires raclures que Gaïa ait engendrées. Des marins avinés, des junkys délabrés, des catins usagées. Le mobilier n’était composé que de tables en bois vermoulus montées sur trépieds, l’éclairage dispensé par de vieilles lampes à huile rouillées diffusant une odeur âcre qui prend à la gorge comme une corde de chanvre au cou d’un pendu. A l’étage, si tu te sens le cœur assez vaillant pour gravir les marches grinçantes d’un escalier prêt à s’écrouler à tout moment, tu peux te dégotter pour pas cher une chambrée où des clients trop éméchés viennent s’envoyer en l’air dans des lits humidifiées par un trop plein de foutre et de mouille, avec les horreurs que sont les prostiputes mises à disposition par le patron du Rooster. Les jambes velues, les yeux pochées, les dents gâtées et le con ravagé, ces ribaudes emmènent les pauvres ères pour une partie de ça va ça vient dont personne ne sort jamais sans une saloperie sur la queue ou dans le sang. Juste à côté des escaliers branlants, quelques planches en bois surélevés d’un mètre environ, font office de scène. On installe notre matos. Tony est déjà au bar en train de picoler. Il est soutenu par sa donzelle (je n’ai pas songé à te préciser dans le paragraphe précédent qu’il l’avait ramenée avec nous), une grande brune aux allures de salope, mais avec un charme indéniable que j’ai déjà vu une ou deux fois sans être foutu de retenir son blase. Mon imagination perverse d’homme animal en rut constante s’emballe néanmoins aussitôt et je dois m’envoyer deux bourbons cul sec pour la refreiner. C’est le casse-croute du frangin, alors pas touche. Déjà parce que je n’sais pas quelle genre de saloperies il a pu lui refiler, mais aussi parce qu’on peut être un rustre queutard aviné et avoir un certain sens des valeurs. L’une des plus fondamentales est qu’on ne touche pas à la gonzesse d’un de ses musiciens. Ca ne se fait pas, encore moins quand il s’agit de ton propre sang. Il me fait juste un signe de tête en titubant devant moi, et grimpe sur la scène, sans manquer de se viander les molaires sur le sol crasseux du Rooster. Vu son état, il en est au moins à deux grammes dans chaque œil. Je pourrais m’inquiéter, me dire qu’il allait être incapable de jouer ce soir. Mais Tony a un genre de super pouvoir que lui-même n’explique pas. Il enfile sa guitare et la magie opère, il reste debout, solide sur ses guibolles maigrelettes, et accorde sa Les Paul. Il parait absolument saint de corps à défaut d’esprit, toutes toxines semblent s’être évaporées et il balance aussitôt quelques riffs bluesy bien inspirés pour régler les balances. Il est pas croyable ce mec. Vers vingt et une heure, on monte sur scène et on lance le show qui durera soixante dix minutes environ.

Je descends de scène trempé de sueur. Ma chemise blanche me colle à la peau. Les choses se sont finalement emballées pendant le concert, et ce qui devait être un petit live blues s’est peu à peu transformé en explosion de rock’n’roll, au point que le patron a du faire intervenir la sécurité pour sortir quelques caves allumés et surexcités, qui s’apprêtaient à se payer une sauterie à l’œil avec les prostiputes du Little Red Rooster. On a du négocier sec pour sauver notre paye. Je m’installe au bar et commande une mousse que j’avale d’une traite, histoire de me désaltérer un brin après avoir craché mes tripes sur scène. Je roule une cancerette que j’allume d’un coup d’allumette. Et puis c’est à ce moment précis, alors que la fumée du souffre se dissipe devant ma tronche ahurie, que surgit le phénomène. Une nymphe sortie de nulle part, sinon d’un rêve, se radine dans une robe noire, se fondant magnifiquement sur sa peau mât. Ses yeux sombres et profonds ressortent et s’accordent dans une parfaite harmonie sensorielle et sensuelle avec sa chevelure noir de jais et ses pommettes saillantes. Sous un cou nu où, fort heureusement pour moi, Adam ne ramène pas sa pomme, se dessine une poitrine agréablement dessinée, proposant une gorge où il semblait faire bon vivre. Je suis de mon regard le sillage de ses courbes jusqu’à de charmants mollets sur lesquels tombent les bas de son innocente robe fendue sur la cuisse gauche. Je ne sais si c’est l’adrénaline, l’alcool ou parce que j’ai une sacrée envie de me vidanger les balloches, mais je ressens un truc pour cette fille. Un truc étrange. Pas de l’amour, non, faut pas déconner, mais un truc, ça c’est certain. Elle se plante en face de moi,

« Bon concert. »

Je la remercie, sans trop savoir quoi ajouter de plus. Je ne vais quand même pas lui faire le coup du « tu viens souvent ici ? », alors je lui demande simplement comme elle s’appelle. Elle ne répond pas et commande deux verres de whiskey irlandais. Belle initiative. Nous trinquons ensemble. Dans le jukebox, un Muddy Waters se mets à résonner, et je ne me rends même pas compte que le reste de l’équipage a mis les voiles. Je suis complètement absorbé dans la contemplation de cette nana. On reste là, à enquiller les godets et à palabrer sur tout mais surtout sur pas grand-chose. On a parlé musique. Et puis on s’est tiré aux premières lueurs du jour, remontant je ne sais quelle avenue et tournant à gauche dans je ne sais quelle rue. On a rejoint son petit appart’, situé une chierie d’étages au dessus de nous, et sans ascenseur, histoire de se fendre la poire. Tandis qu’elle monte devant, je ne peux que m’extasier devant le cul qu’elle me présente en contre-plongée, j’ai une foutue envie d’y planter les crocs. Je distingue sans le vouloir mais non sans joie, une paire de porte-jarretelles du même noir que sa robe si habilement taillée. Arrivé chez elle, on se met à l’aise, elle me propose un verre mais je ne tiens plus. Alors qu’elle est face à la cheminée, occupée à remplir deux verres de rhum, je la saisis par la taille, me colle à son corps et l’embrasse sur l’épaule d’abord, dans le cou ensuite. Mes lèvres se délectent de la douceur de sa peau tandis qu’elle se laisse attendrir par mes baisers. Je la sens qui coule entre mes bras, elle se retourne, s’agrippe à mon cou et plante sa langue entre mes crocs, me broie les cervicales, partage avec moi sa passion. Ma walkyrie ! Je la soulève et ses jambes m’enserrent la taille, je suis pris dans son étau et la plaque contre le mur, nos salives se mélangent, le rythme de notre danse accélère dans un crescendo dantesque. Je la balance dans le canapé et retire ma chemise puis je me jette sur elle et lui arrache sa robe, découvrant un corset de soie noir, aussi noir que ses cheveux. Je déchire le tout à coups de dents et dévore ses seins dénudés. Je parcours toute la chaleur de son corps, avec mes mains, mes doigts, ma langue, j’arrache la ficelle barrant l’entrée de son sanctuaire et m’y laisse choir tête la première, entre ses cuisses musclées et ruisselantes d’une eau de jouvence dont je m’enivre. Elle glisse ses doigts dans mes cheveux, les caresses, les serres, avec de plus en plus de force, de violence. Elle saisit soudain ma caboche et ramène mon visage vers le sien. Nous nous embrassons, nous enlaçons, à genoux, ensemble. Je m’assois en tailleur et elle vient s’assoir sur moi. Nos corps fusionnent et je suis comme un animal mythique dans un havre d’orient. Princesse antique d’un désert oublié, elle se cabre avec grâce et continue son mouvement de va et vient sur votre narrateur qui ne pense déjà plus à rien. Je me tire soudain de mes songes et la plaque sur le dos, tenant ses poignets et m’insérant sans plus vraiment de délicatesse, me laissant aller tout simplement à la folie du moment, transformant notre valse tantrique en tango infernal. Je la retourne, face au mur, et la prends ainsi, avec une rudesse romantique qui manque un peu, peut être, de finesse. Je laisse mes baisers se perdre dans le creux de son épaule, lui mordille du bout des canines ses lobes échauffés. Elle repousse soudainement mon étreinte sauvage et me fais rouler sur le côté, me saute dessus, se cabre à nouveau et me chevauche, ma walkyrie, elle grimpe et descend le long de ma légende et je fini bientôt par pousser des soupirs en son être…Nous restons entrelacés encore quelque temps, l’un dans l’autre, sa tête reposant son mon torse transpirant. Nous nous endormons enfin, caressés par les rayons du vieux Soleil qui se réveil.

Il y a des matins comme ça, tu te dis que tu resterais bien au pajot pour la journée. Et puis à la fin de la dite-journée, tu te dis que t’as eu foutrement raison de te remuer le cul. Ca doit faire deux ou trois semaines depuis que j’ai rencontré cette nana dont j’ignore toujours le nom, et je ne l’ai jamais revu. Mais j’espère bien la retrouver. Comme je te disais, ce soir là, il s’est passé un truc. Quoi, je n’en ai pas la queue d’une idée.

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Dernière édition par Chakal D. Bibi le Lun 30 Juil 2012, 8:25 am; édité 2 fois
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Chakal D. Bibi
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MessagePosté le: Sam 13 Oct 2012, 2:20 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Rodeo Blues


Mardi,

Putain, déjà midi. Je me réveil dans le canapé du studio, situé au sous-sol de ma vieille baraque du 1009 sur la 7e Avenue de Nashville, Tennesse. Chose ordinaire, je me réveil la gueule en vrac et dégueule un coup dans le petit lavabo du studio avant de me rincer le gosier avec un reste de bière. Pas très glamour comme réveil, mais je te t’avoue qu’en ce moment, c’est pas vraiment ma première priorité. L’équipage a fini par se reformer. Ils sont tous revenus un par un, excepté Simon et le Bucheron. Ben est rentré de Chicago avec un pote à lui, un guitariste probablement frustré qui s’improvise bassiste de manière élégante, faut le reconnaitre. Il a accepté de rejoindre le groupe, il m’a même confié que ça faisait quelques années qu’il nous suivait et qu’il se disait justement que ça pourrait être sympa de taper un jam ensemble. Alors intégrer le groupe, tu penses, quand Ben le lui a proposé, il a immédiatement sauté sur l’occasion, même si ce n’est que pour jouer de la basse. Il s’appelle Chris (je t’en avais rapidement parlé dans la nouvelle précédente), une bonne bouille, des cheveux courts, blonds et bouclés, et un jeu intéressant. Il est originaire des quartiers noirs de Chicago et le blues, il sait ce que c’est. Ben, Chris et Buddy sont tous revenu le même soir (Tony était déjà rentré depuis plusieurs semaines), on a trinqué à nos retrouvailles. On a parlé musique, tout ce qu’on avait pu goûter durant notre séparation. Et puis, après avoir finit de parler musique, vers minuit, on en a fait. Et là, c’était comme si on ne s’était jamais quitté, même Chris s’est parfaitement intégré dans notre son. On sentait à nouveau ce frisson particulier qui te remonte l’échine jusqu’à la cervelle et qui te balance une petite dose d’endorphine savoureuse. On a poussé le truc jusqu’à l’aube avant d’aller se pajoter. Mais je divague. Je monte les escaliers de bois quatre à quatre pour rejoindre le salon et trouve Buddy allongé sur la moquette, le futal sur les genoux et la main dans le caleçon, et Chris sur le canapé, une main passé dans les quelques cheveux qui restent sur la caboche dégarnie du batteur. Je ne veux pas savoir le pourquoi du comment. Je monte à l’étage et réveil Tony et Ben qui avaient réussi à atteindre leur plumard respectif. Je redescends à la cuisine préparer le café. Dans le salon, je fais péter un disque de Led Zep’, histoire de réveiller tout le monde. Quelques secondes live de Black Dog et Buddy et Chris bondissent sur leurs pattes. Les mecs rassemblent leurs esprits petit à petit tandis que je vais préparer le café dans la cuisine. On joue à New York dans trois jours, on a décidé de se payer un rodéo à travers le pays et de faire la route en Cadillac. On s’installe tous autour de la grande table en bois rafistolé avec quelques clous et du scotch. Oui c’est n’importe quoi mais je n’ai pas vraiment eu le temps de m’inquiéter du mobilier. Dès qu’on se fait un peu d’argent, il sert à acheter de nouveaux instruments ou du matériel pour le studio. Il sert aussi à payer la picole, la défonce et, de temps à autres, quelques radasses qui bossent dans le bordel du coin et qui radinent à la case fournir leur service à domicile. On pourrait aussi ajouter la bouffe, l’essence et les vinyles. Mais le mobilier, étrangement, on s’en branle parfaitement. Une fois le café avalé, on charge la Cadillac et c’est une partie de Tetris qui s’engage. Sauf qu’on est aussi mauvais les uns que les autres à ce jeu alors le rangement ressemble à que dalle mais tant pis, pas le temps de lambiner, on décarre aussitôt le coffre refermé. Le soir, on s’arrête dans une petite ville avec un nom à la con que je n’ai pas pris la peine de mémoriser et allons garer la voiture en face d’un rade qui avait l’air animé. Et pour le coup, c’est foutrement animé. Après avoir passé la lourde, je me retrouve entre deux caves occupés à se foutre sur la tronche. Un demi-cercle s’était formé autour d’eux et deux ou trois mecs avec des chapons melons prennent les paris. J’évite le poing qui vient soudainement de ma gauche de justesse en m’abaissant mais je rencontre alors le poing du mec de droite qui me remonte sec dans le gosier. Je me retrouve étalé par terre et tout le monde s’en cogne les noix, les deux bourrins continuent à s’envoyer des bourre-pif et les chapeaux melons à prendre les paris. Tony et Chris m’aident à me remettre sur patte et on va s’installer au bar. Je demande une bouteille de bourbon et cinq verres. La patronne ramène notre commande et me fixe de son œil unique, gardant la bouteille en main, me toisant des bottes à la tignasse, mastiquant une chique de tabac bien calée derrière ses quelques chicots noirs et troués. Je soutiens son regard, en me demandant ce qu’elle me voulait…Je lui ai p’tet tapé dans l’œil (façon de parler)…

« Tu comptes te battre, gringalet ? »

Me battre ? Pourquoi faire ?

« Ici, on boit et on se bat, alors si tu t’bas pas, tu n’bois pas. »

De tous les bars probablement encore ouverts dans le coin, il a fallu qu’on tombe sur un de ces clubs à la con. Les Fight Clubs, comme on les appelle. Une tradition née dans ce pays du cerveau génialement déglingué d’un certain Chuck. Je n’ai jamais été foutu de retenir son nom de famille. Toujours est-il que ce type a eu l’idée géniale de créer les Fight Clubs il y a de ça bien avant que ce monde ne se barre totalement en vrille. Le principe, comme tu l’as sans doute compris, c’est d’se foutre sur la tronche pour pouvoir picoler. Le proprio du club se fait son beurre avec l’argent des paris organisé pendant les combats. L’idée de base est absolument stupide, mais soit. D’autant que les idées défendues par ce vieux Chuck ne sont pas si mauvaises finalement. Il disait que le fait de se foutre sur la tronche ainsi permettait de se débarrasser de toutes les contraintes sociétales, que pendant un combat, deux hommes ne sont rien de plus que deux hommes, il n’y a plus ce clivage entre le cadre et l’ouvrier, le patron et le prolo, tu vois le truc ? Je trouvais l’idée charmante, se libérer par la violence. Après tout pourquoi pas. Sauf que ce brave Chuck a mis en place certaines règles. Huit, pour être précis. La patronne nous les rappelle d’ailleurs :

« La 1ère règle du Fight club mes enfants est qu’il est absolument interdit de parler de Fight Club, la 2ème règle du Fight club est qu’il est interdit de parler de Fight Club ! La 3ème règle du Fight Club, si ton adversaire crie STOP, s'écroule ou est lessivé, le combat est terminé. 4e règle, les combats sont des duels, seulement deux hommes à la fois. 5e règle, un seul combat à la fois. 6e règle, tu me dégages chemises et chaussures. 7e règle, les combats durent aussi longtemps que nécessaire, alors soit un homme, p’tite fiotte. 8e et dernière règle, si c’est ton premier soir ici, et ça l’est, tu dois te battre ! »

Tas de règles à la con pour un lieu censé être un havre de liberté. On navigue en plein paradoxe. Un des deux gars qui se battent depuis notre arrivée finit par s’écrouler et son adversaire est acclamé par la foule avinée. La patronne me fait signe que c’est à moi de rentrer dans le cercle. Foutue chierie. Je regarde mes gars, à la recherche d’un peu de soutien. Que dalle, ils regardent ailleurs, tas d’enfoirés. Je vire mes grolles, retire ma chemise et me radine sur le ring improvisé. Mon adversaire tangue vers moi, il est complètement plein. Une outre à picrate qui doit avoir dans les quarante-cinq ans, avec un ventre qui déborde au dessus de sa ceinture, quelques poils gris sur le poitrail et sous le double menton. Il a la gueule ravagée de ceux qui picolent sans s’arrêter depuis vingt ans. Le pif complètement rouge, les pommettes constellées de petites tâches rougeâtres et les traits tirés.

« Je te préviens p’tit gars, ca va être ta tef’, ta fté, ta… »

Babillements incompréhensibles d’un poivrot dépressif. Je le taquine un peu, il se vexe, me fonce dessus, manque de se viander mais arrive tout de même à m’envoyer son poing dans la tronche. Il tape dur le bougre, mon œil gauche se couvre d’un voile sanguin. Il m’a éclaté l’arcade ce con ! Au comptoir, l’équipage se fend la poire en me voyant encaisser baigne sur baigne. Je me démerde tant bien que mal pour lui coller une ou deux pralines mais mon adversaire est suffisamment éméché pour ne pas en ressentir la douleur. Ou alors, il est vraiment très balèze. Après quatre ou cinq minutes à ce régime, j’ai la gueule couverte de sang, des ecchymoses en pagaille et le souffle coupé. Je suis actuellement en train d’embrasser le plancher, sous la pression de l’outre à vin qui se paye un rodéo sur le dos de votre narrateur meurtri. Mais pas question d’abandonner. Je fais un effort surhumain pour prendre appui sur mes bras et dégager l’autre con de son perchoir. Lamentable échec. Il me saisit par la tignasse et m’éclate la tronche sur le plancher poussiéreux. Le combat s’arrête. Il se relève en s’marrant et va taper dans les mains de ses potes. Buddy et Chris me soulèvent et m’emmènent au bar où je descends trois verres sans reprendre ma respiration. Putain, même ouvrir le gosier pour laisser couler le bourbon me fait un mal de chien. Mon adversaire fait quelques pas vers moi et s’autorise à se payer ma tronche.

« Haha, t’as bien résisté mon gars, plus d’un type serait déjà en train de gésir inconscient sur le parquet, j’pensais qu’une pédale à cheveux longs dans ton genre, ça craquait pour moins que ça ! »

Non seulement il m’éclate la gueule mais en plus il vient me narguer, histoire de pousser l’humiliation un peu plus loin. Je t’avouerais que je n’apprécie pas des masses et, sans même m’en rendre compte, je saisie la bouteille de bourbon et lui éclate sur le coin de la soupière. Le mec hurle, se met à pisser le sang et tout semble s’arrêter dans le bar. Toutes les têtes se tournent vers nous et la patronne m’attrape par le colbac en me gueulant dans les oreilles qu’il est absolument interdit de se battre hors du cercle, avec une arme qui plus est. Je lui rétorque je n’en ai rien à foutre, me dégage de son étreinte et colle un coup de tête à mon adversaire toujours dodelinant, histoire de terminer le travail. Je crois que je lui ai pété le nez. Là-dessus, on se carapate fissa, les autres clients s’étant mis d’accord pour nous botter le cul. On essuie quelques coups mais réussissons à rejoindre la bagnole sans trop de dommage. Tony s’installe au volant et démarre dans un crissement de pneu.

« Bon dieu de merde ! Tu n’peux pas t’empêcher de foutre le boxon partout où tu vas ! »

Non mais il déconne là ? J’y suis pour rien moi…

Mercredi,

Tony a roulé toute la nuit, sans lever le pied du plancher. Il fulminait encore à cause des évènements de la veille. Ben, Chris et Buddy ont roulés quelques thés et puis ont fini par s’endormir les uns sur les autres. Moi j’avais bien trop mal pour dormir. Cet enfoiré m’a sacrément amoché et je ne regrette pas de lui avoir éclaté le museau, quoiqu’en dise Tony. Dans le poste, on a mis un album du Wonder Stuff, Never Loves Elvis. Très bonne galette, si tu ne connais pas, je te la conseille vivement, tu vas t’régaler. On roule le long de la route 81, on vient de quitter notre Tennessee et entrons en Virginie. Le frangin se décide à faire une pause vers dix heures. On s’arrête dans la ville de Christianburg, une centaine de bornes après le lac Claytor. Je réveil les trois zigotos qui roupillent encore à l’arrière et on se pointe dans un diner’s sur je ne sais quelle rue. Navré pour les petites imprécisions, mais reconnais tout de même qu’on s’en passe bien et continues à déguster ce récit. On s’installe sur des banquettes en skaï usé rouge autour d’une table en alu et on s’offre un p’tit déj’ royal. Des œufs, du bacon, des hamburgers, des pancakes noyés sous le sirop d’érable, deux ou trois litres de café et un grand verre de jus d’orange, pour Ben. On se fait péter le bide ainsi, se remettant doucement de notre soirée. Ca remonte toujours le moral de s’envoyer de la bonne bouffe derrière les amygdales. Même Tony se déride. Je suis content de le voir sourire. D’ailleurs je souris aussi. Tout le monde sourit, l’équipage est content, on va pouvoir reprendre le voyage dans de bonnes conditions. Ce que c’est niais ce que je viens d’écrire, tu me pardonneras, je suis encore groggy de la veille et j’ai la caboche qui me fait un mal de chien. Je me tire aux gogues faire un brin de toilette dans un lavabo absolument répugnant, bouché à cause de la gerbe d’un tocard quelconque qui gisait en dessous du dit-lavabo dans un reste de ses déjections gastriques. Il n’a plus de pantalon. Ce con a du se faire nettoyer par un autre tocard tout aussi quelconque. J’ouvre la porte d’un cabinet et manque de dégueuler aussitôt. Les parois, le mur, le trône et même le plafond, tout était couvert de merde. Un espèce de taré d’enfoiré de salopard s’est amusé à tartiner ses étrons absolument partout, et, à en juger par les traces, il a fait ça à la main ce putain d’empaffé ! Faut vraiment avoir la carafe montée de traviole pour en arriver à faire un truc pareil ! Je reprends mes esprits et sors de ce bourbier. Je demande un grand verre de flotte à la serveuse histoire de me rincer un peu le clapier. Ben me demande ce que j’ai. Je lui dis d’aller faire un tour aux chiottes. Il en ressort au bout de treize secondes environ, complètement vert, en se tenant le bide. On dirait qu’il a apprécié la visite, lui aussi. On termine de bouffer, crachons une trentaine de biffetons, et on met les voiles. L’idéal serait d’arriver à Salem en début de soirée. Je prends le volant, histoire de laisser le frangin se reposer un peu. Buddy vient assoir son cul à l’avant, avec moi. Dans la radio, je nous mets Vintage Vinos, un album solo de ce vieux pirate de Keith Richards. En fait, c’est plus une compilation regroupant des morceaux tirés de deux albums studio et d’un superbe live, en compagnie de son groupe, le X-pensive Winos. L’ami Buddy me sort une bouteille de rhum ambré, un dix-huit ans d’âge, qu’on s’enfile directement au goulot, comme du petit lait, et tant pis pour le sacrilège. Il roule deux cigarettes et m’en donne une. On discute un peu, on s’marre beaucoup. Ca m’a fait plaisir le soir où il est revenu s’installer dans notre case du 1009, sur la 7e avenue. J’ignore si tu te souviens de ça, mais quand notre ancien bassiste, le Bucheron, a claqué la porte, Buddy Boy avait fait son sac et foutu le camp dans sa Californie natale, retrouver son ancien groupe qu’il avait quitté pour nous rejoindre dix ans plus tôt. Putain, on était des gosses à l’époque, majeurs uniquement sur nos faux papiers d’identité. Ces faux-papiers, on les dégottait pour pas cher en ce temps-là, notre grande nation venait à peine de récupérer son indépendance. Mais je divague. Buddy était donc retourné en Californie avec l’idée de rejoindre son ancien équipage. Manque de bol, le temps qu’il s’tape le trajet jusque Palm Spring, le capitaine du dit-équipage s’était fait descendre d’une volée de plomb en plein show, il est mort sur scène. Un concert a été organisé en son honneur dans un parc de la ville, Buddy tenait la batterie. Tony et moi sommes allé y faire un petit tour et pendant l’entracte, Buddy est venu nous trouver et nous a proposé de venir jouer un ou deux morceaux avec lui. Alors on a joué, et on s’est dit que, merde, on est vraiment bien ensemble. A la fin du concert, j’ai filé une clé de la baraque à Buddy. Je lui ai dit qu’une batterie prenait la poussière au studio et qu’elle aurait bien besoin qu’on la secoue un peu. Le frangin et moi sommes montés en voiture et bye-bye Buddy. Une semaine après, ce con était là, en même temps que Chris et Ben, baguettes et rhum (ambré, tu t’en doutes) en main. Du haut de son mètre soixante-huit, Buddy est le genre de cave sur lequel tu peux compter et un foutu bon batteur. Il a un style un peu simiesque, assez trapu, toujours habillé en short et marcel, un chapeau vissé sur le crâne, masquant une calvitie naissante, et la barbe mal taillée du baroudeur égaré.

Vers dix-huit heures, on est arrivé à Salem, Virginie. On a pris une chambre dans le premier hôtel qu’on a trouvé. On s’est donné rendez-vous pour vingt heures dans le hall, on ira manger un morceau et boire un verre ou trois dans un rade quelconque de la ville. Si possible, y écouter un peu de musique locale. Il est maintenant vingt et une heure trente, je suis installé au bar de l’hôtel. Seul. Je ne dois pas être loin de mon septième bourbon. Sacrées putains de feignasses, tas de fumiers. Je me roule une cancerette et tâtonne les poches de mon jean à la recherche d’un briquet. Une flamme surgit alors devant ma trogne, tendue par un cave en futal de cuir noir et chemise blanche. Les cheveux longs et bouclés, aussi noirs que son futal, une paire de santiags usées aux panards et un sourire moqueur lui donnent une aura…Reptilienne. C’est troublant. Je le remercie d’un signe de tête cabossée et il prend ça pour une invitation. Il s’assoit à côté de moi et commande un bourbon. Amusant. Il fait signe au barman de remplir mon godet. Bien aimable. Il allume à son tour une cigarette, il s’appelle Mojo. Quel nom à la con. Il me toise du regard. D’habitude, quand un mec me dévisage de la sorte, ça se termine en bagarre. Mais là, étrangement, ça me flatte. Comme si je voulais qu’il me trouve à son goût. Je crois que je suis saoul. Je vide mon verre d’une traite en me disant que j’ai sans doute un peu trop bu. Ce con perçoit bien mon trouble et se fend la poire. Enfoiré. Il me propose de bouger d’ici et d’aller dans un bar qu’il connait, il me garanti qu’on y joue de la super musique. Sans même prendre deux secondes pour cogiter la question, je me surprends à accepter l’invitation et nous voilà en route vers l’ouest de la ville à bord de sa Cadillac, le même modèle que la mienne, mais peinte en rouge. Pas mal. Dans la voiture, on s’écoute L.A Woman, qui est, comme tu le sais sans doute, un de mes albums préférés. On parle musique tout le long du trajet.

Arrivé devant le Ship of Fools, joli, on partage un thé dans la voiture avant de rentrer. Il me tend aussi une petite pilule rouge. Je la prends, j’aime bien essayer de nouveaux trucs. A l’intérieur, y’a un équipage sur scène qui balance un blues complètement halluciné, arrosé de punk et de rock, c’est dément ! Je m’en prends plein les étagères, ils envoient un son absolument savoureux ! Je demande à Mojo (putain, ce nom…) qui sont ces mecs. C’est le Jon Spencer Blues Explosion. Note bien, ça vaut le détour, j’ai rarement ressentie une telle énergie, une telle sauvagerie dans un blues corrosif et déchainé ! Leur musique a des relents de foutre et de malt et dans cette ambiance enfumée, je me laisse doucement aller à remuer les guiboles devant la scène. J’adore ce rade, tout en boiserie, tentures et cuir. Tu longes d’abord le zinc en chêne massif et puis t’arrive dans un carré au sol parqué avec la scène pour le fermer tout au fond. Des tentures rouges courent le long des murs et la lumière est diffusée par des bougies et des lampes à pétrole, à l’ancienne. Dans des boxes autour de la piste de danse, des rupins boivent de l’absinthe et fument du thé ou de l’opium, allongés sur d’imposants divans en cuir noir. Derrière son zinc, le barman, un jeune blondinet aux yeux bleus et au duvet naissant, sert des alcools de qualité à des filles dont la morphologie se rapproche plus du fantasme masturbatoire adolescent que de la réalité. Elles gobent des pilules rouges. Je lance un regard en l’air et distingue des loges dans l’obscurité, des balcons aménagés. Des hommes en costumes trois pièces et chapeaux haut de forme dégustent des verres de brandy accompagnés d’amuses gueules et de danses dénudées assuré par des donzelles aux oreilles de chat. Elles ont même les queues du félin, ainsi que…Ses moustaches ? Un brouillard se forme et s’épaissit devant mes glozzes, les silhouettes s’émiettent dans la brume et je ne distingue plus que des ombres noires dans la fumée blanche et opaque. Non, je distingue aussi le rouge caractéristique de ces étranges pilules. J’ai le rassoudok qui débloque, les choses prennent une étrange tournure. Un nain fiché d’un nœud papillon et d’une queue de pie se pointe soudain devant moi et me tend un plateau sur lequel repose un verre d’absinthe. J’avale le verre d’une traite après y avoir laissé fondre le sucre et laissé bruler un brin l’alcool. Je repose le verre sur le plateau et quand le nain s’en va je m’aperçois qu’en lieu et place de guiboles, le nabot est monté sur des pattes de bouc. C’est quoi ce bordel ? L’air s’électrise et Mojo, façon lézard, se faufile à travers la foule pour se joindre à ma danse. Il fait surgir de nulle part deux de ces putain de pilules rouges, en gobe une et me fourre l’autre au fond du cigare du bout de sa langue. Je le repousse par réflexe. Il rit. Se rapproche et m’agrippe la carafe, m’attirant vers ses lèvres moqueuses. Nos menteuses se rencontrent et je me surprends à apprécier une certaine excitation en sentant la sienne à travers nos futals. Nos corps gigotent, serrés l’un contre l’autre en rythme avec le blues déchainé dont nous arrosent copieusement Jon et ses potes. Trois satyres/serveurs montent sur la scène et arrose la clientèle déchainée de champagne, des nymphes dansent à travers la foule en jetant des fraises et des fleurs. Tous les caves présents se mettent à copuler dans le bar, à boire et manger l’autre. Autour de nous, d’autres couples de danseurs s’enlacent, s’embrassent, se caressent. Une blonde sulfureuse en robe rouge de dentelle se cabre sous les baisers de son amant, colosse bronzé aux cheveux gominés qui ne tarde pas à lui dévorer les seins. D’autres satyres se promènent au milieu de cette orgie, distribuant de petits verres d’absinthe, suivie par les danseuses à tête de chat qui distribue de ces pilules rouges. J’avale cul sec au moins quatre absinthes à la suite et le brouillard qui m’entoure vire du blanc au vert émeraude. Derrière moi, un autre couple, une rouquine, environ un mètre soixante dans une petite jupe ample et fendue sur son énorme cul, et qui a déjà laissé tomber chemisier et soutien-gorge, offrant à son partenaire une branlette en sa poitrine proéminente. L’ambiance devient vraiment malsaine là…J’observe les gens assis aux tables ou au comptoir. Tous gobent de ces pilules que Mojo m’a données et copulent sans se soucier de son voisin. J’aperçois le barman qui savoure une fellation d’une des gonzesses derrière son zinc pendant que ses deux copines s’amusent entre elles. Mojo me caresse l’entre-jambe. Je n’arrive pas à me décider si j’aime ça ou non, si je suis curieusement excité ou parfaitement dégouté. Et puis, au dessus de l’épaule de Mojo, se glissant parmi les couples dans sa robe de vermeil, la môme de la dernière fois, celle dont j’ignore toujours le blase, celle de cette fameuse nuit à Chicago rencontrée au Little Red Rooster. Elle glisse dans la foule comme si elle voletait, petite fée verte, sublime illusion, ou non, de mon esprit égaré. Je veux la retrouver mais Mojo m’attrape par le bras, le temps de me libérer de son étreinte et j’ai perdu ma môme de vue. Et merde. Mojo me saisit la main et m’entraine aux gogues. Il me pousse dans une cabine, la verrouille, déboutonne mon pantalon et me fellationne sans même demander la permission. Sur le coup, je songe à lui envoyer mon poing dans la gueule à cette foutue putain de tarlouze. Mais sacré chierie ce que c’est bon…Sa langue s’entortille, s’enroule, s’agite, s’affole, c’est doux, humide, chaud. Je prends un panard pas possible alors je me dis qu’après tout, je m’en cogne pas mal qu’il ait un attirail entre les guitares parce que cet Apollon en cuir sait foutrement bien s’y prendre. Je laisse mes doigts se glisser dans ses cheveux, les saisir, les caresser, les tirer. J’ai envie de plus, j’ai envie d’autre chose. Je l’invite à se relever, l’embrasse furtivement. Il glisse une autre de ces pilules rouges entre mes lèvres. Mon esprit cesse alors totalement de fonctionner, il lâche prise, cesse de résister, abandonne la partie. Je suis seul et je veux plus. J’attrape Mojo par les épaules, le retourne et le plaque contre la porte verrouillée. J’abaisse son cuir et entre en lui avec une certaine véhémence, je ne te le cache pas. Je va et viente avec sans doute autant de sauvagerie que de tendresse, équilibre précaire et instable mais si jouissif. Je découvre son corps, l’explore dans ses détails, je goûte son essence et partage la mienne avec lui, je lui fais cadeau dans une explosion de batterie et de riffs saturés de ce vin qui inonde ses sillons fissurés. Je fini par me liquéfier dans ses fondations et dépose un baiser sur son épaule nu. Il se rhabille, me regarde avec ce sourire moqueur, ce truc qui le rend si…Putain, ça lui file un charisme dingue à ce con-là ! Et puis il se casse. Putain d’enfoiré, il se casse juste comme ça. Bon, j’sais bien qu’on allait pas se mettre en couple, et puis faut pas déconner, j’suis pas de ce bord, mais quand même, on aurait au moins pu finir la soirée. Je me rhabille à mon tour et je fous le camp. Sur le chemin, j’attrape une bouteille d’absinthe derrière le zinc. Le barman est trop occupé, le claquoir s’agitant autour du sexe durci par la drogue d’un des hauts de forme, pour se soucier de moi.
Je rentre à l’hôtel en marchant, descendant gorgée par gorgée l’alcool à la robe verte. Je tangue de plus en plus et suis incapable de me souvenir du chemin pour rentrer à l’hôtel. Je tourne dans une ruelle au hasard et pénètre sa brume verdâtre, cette foutue putain de brume qui ne me quitte plus depuis que je suis sorti de ce repaire à tarés congénitaux et partouzards. Je fini la bouteille, l’envoie exploser contre les briques du mur et m’écroule dans un tas de cartons et de sacs poubelles. Je peine à garder les glozzes ouverts. Je sombre, lentement, dans un sommeil trop profond pour ne pas être inquiétant. Avant d’éteindre définitivement les lumières et d’arrêter la musique, je distingue dans la brume l’illusion, fugace et éphémère, de ma môme qui me regarde, avec une certaine tristesse dans le regard…
Et puis plus rien..

Jeudi,

Je suis réveillé par un clodo qui tente de me faire les poches. Je lui allonge une avoine et me redresse difficilement sur mes guiboles. Je me paye la gueule du bois du siècle et n’arrive pas à me souvenir pourquoi j’ai dormi dans ces putains de poubelles alors que j’ai une piaule confortable à trente billets la nuit dans un hôtel plutôt acceptable. Je sors de la ruelle, ébloui par le soleil. Je fouille la poche intérieure de ma veste et y dégotte ma paire de lunettes façon aviateur. Je trouve aussi un paquet de Blue Veins entamé. Je me cale une clope dans le clapier et farfouille mes poches à la recherche d’un briquet. J’en sors un de ma poche droite, ainsi qu’une pilule rouge. C’est quoi cette merde ? Bordel, je me souviens de rien. Je fume en fixant cette mystérieuse pilule, espérant qu’elle pourrait stimuler ma mémoire. J’attrape un taxi et rentre à l’hôtel. Sur la route, j’ai comme des flashs de la soirée qui me revienne. Je vois des satyres en queue de pie, des filles à tête de chat en robe rouge, des flots d’absinthe et une foutue putain de cargaison de ces pilules rouges. Je retrouve les gars au bar de l’hôtel. Je demande un café bien serré. Chris et Ben ne sont pas là, Buddy essaye de tirer une bouteille derrière le comptoir pendant que le barman regarde ailleurs et Tony a l’air furax. Encore.

« Bon dieu, t’étais où ? »

Je lui réponds très sincèrement que j’en sais foutre rien.

« Chris s’est tiré, il nous lâche. »

C’est quoi ces conneries ?

« Hier soir, on t’attendait ici même, on se demandait où t’avais bien pu t’barrer. Le barman nous a dit que t’avais taillé la route avec un taré du coin, un certain Mojo, un dealer à la p’tite semaine et pédéraste violeur réputé. Chris a pété un plomb, il a dit qu’il ne voulait plus continuer, qu’il avait des trucs à faire et puis il s’est tiré sans finir son verre. »

Et merde. Il se tire comme ça l’enfoiré ? Putain de bassiste, j’peux pas les encadrer ces cons-là. Où est Ben ? Buddy se retourne avec le rhum habilement subtilisé qu’il glisse dans son sac, au pied de son tabouret.

« Il est allé passé un coup de bigot au patron du Smoke pour lui dire qu’on pourra pas jouer. »

Et merde. Encore. Ben est revenu, il m’a demandé ce que j’avais foutu. J’en sais toujours foutre rien. On est remonté dans nos chambres récupérer nos affaires, on a fourré le tout dans la Cadillac et on est repartit pour Nashville et tant pis pour New York. Dans la voiture, Tony se prépare un thé-roulé, en fume la moitié, le tend à Buddy et s’endort. Qu’est-ce que j’ai foutu cette nuit ? Mojo, quel nom à la con. Et puis doucement je me souviens, enfin je crois me souvenir de ce bellâtre qui me tend du feu, me paye un verre et m’emmène dans ce bar étrange, me fait gober de ces pilules rouges, je bois de l’absinthe, je la revois mais elle disparait et je me retrouve à coller ma queue dans le cul de ce mec au rythme du blues déjanté que balançait le groupe sur scène. Bordel, c’est pas possible, ça parait si irréel, comme un rêve après un trop plein d’alcool. Ce n’est surement que ça, je me suis soulé à mort dans ce bar en compagnie de l’autre con, j’ai voulu rentrer à l’hôtel, me suis écroulé dans ces poubelles et j’ai rêvé tout le reste. Ouais, c’est surement ça. Mais alors que fout cette putain de pilule au fond de ma poche…
Et merde.

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Chakal D. Bibi
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MessagePosté le: Sam 13 Oct 2012, 2:22 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Sophie


On vient tout juste de rentrer du concert d’un groupe local, ça se passait dans une salle clandestine, une vieille grange en pleine campagne, à une vingtaine de bornes à l’ouest de la ville. Avant de reprendre la bagnole, on a pris soin d’aller se chercher quelques nanas et de les ramener chez nous, histoire de finir la soirée avec une petite partie de ça va-ça vient générale. On s’est radiner à la tanière avec un trio de nana légèrement éméchée, en jupe de cuir courte ou shorty en jean et quelques bouts de tissus cachaient avec peine leur poitrail et elles étaient tellement maquillée qu’elles avaient l’air de prostiputes de carnaval. Je ne suis pas vraiment amateur de ce genre de gonzesses mais ce soir, je n’ai pas vu grand-chose à se mettre sous la dent alors quand Buddy et Ben sont sortie de la salle avec elles, je n’ai pas protesté. Je m’en fiche un peu. Depuis le concert du Little Red Rooster, il y a quelques mois, je ne vois plus vraiment les autres nanas. On s’installe tous au salon, Tony nous mets un peu de musique, un vieux truc de John Lee Hooker, du bon blues sauce Chicago. Ben est descendu au studio, qui fait aussi office de cave, et remonte avec une caisse de bourbon. On sort les six bouteilles et entamons les festivités. Le frangin et moi restons plutôt en retrait, près des enceintes, préférant apprécier la guitare de John plutôt que les babillages des radasses. Tiens, Ben a déjà sa langue fourré dans le gosier de la brunette tandis que Buddy se rapproche de plus en plus de sa blonde. Ben est un peu à la traine de son côté, il est plus occupé à loucher sur les seins de la deuxième blonde qu’à en faire quelque chose avec les mains. Les miennes, je les occupe à confectionner un thé-roulé pour le frangin et moi. Les choses deviennent un poil plus vicelardes quand la trainée aux cheveux noirs s’amuse à déboutonner Ben et se payer son chibre en apéro. La blonde se joint à la partie et notre guitariste à chapeau se paye le luxe d’une fellation en duo. Buddy file à l’étage en quelques enjambées. Serait-il un brin vexé de s’être vu souffler ainsi sa blonde ? Que nenni (Oui, c’est un peu vieillot comme expression mais je la trouve magnifiquement employé), il redescend aussitôt avec sa caméra en pogne et filme toute la scène. Tony et moi les laissons s’amuser et on descend au studio, faire un peu de musique. Il attrape une guitare acoustique, une espagnole qui doit surement être plus vieille que nous deux réuni et qu’on avait racheté il y a quelques années à un vieil aveugle lors d’un voyage à Cape Town, dans les Terres du Sud. Il s’installe ensuite devant la table de mixage tandis que je file dans l’aquarium récupérer une bouteille de whisky irlandais que je planque dans un ampli et ne sort que très rarement. C’est un pirate complètement cinglé qui me l’avait ramené il y a quelques mois. J’ai connu ce mec là à l’époque où je trainais mes bottes dans le royaume de France, du côté de Lille, dans le nord du pays. Il s’appelle Jimbo, et il avait un frangin, Billy Boy. Billy Boy était assez marrant comme gars, un esprit libre, sans limites. Un mec qui vivait sa vie à cent à l’heure sans se soucier de quoi sera fait le lendemain. Il parlait, beaucoup. Et il volait des voitures aussi. Billy Boy a piqué sa première tire avant son dixième anniversaire. Il était toujours fourré avec son frangin, le pirate dont je te parlais y’a même pas un paragraphe, Jimbo. Lui c’est un sacré. Il ne parle jamais mais il pense beaucoup. Il parait peut être plus posé que Billy Boy mais tu peux me croire quand je te dis que ces deux gars sont de grands cinglés. Y’a pas longtemps, dans un bar de Denver, j’ai entendu dire que Billy Boy s’était fait descendre sur le Continent d’en Face il y a un an ou deux, et que c’était peu de temps après ça que Jimbo s’était mis aux ordres du capitaine Edward le Borgne. Ce Borgne est un dangereux malade. C’est le capitaine de l’Esmeralda, un repaire pour tarés avinés qui parcourent les mers et pillent absolument tout ce qui leur tombe sous les dextres. Ils sont assez célèbres ces cons-là, et c’est avec eux que Jimbo coule ses jours. Ce mec n’a pas du avoir une vie facile. Il y a beaucoup de rumeurs qui circulent à propos de lui et du fameux Billy Boy. ‘paraitrait qu’ils étaient relié à la Révolution qui avait éclaté contre le Taulier et lamentablement échoué en Ancienne République d’Espagne. Y’a aussi une histoire que racontent des marins de Saint Malo. Ils disent que pendant des années, leur ville de Petite Bretagne était sous la coupe des Coquillards, de sacrés salopards, et que Billy Boy les aurait tous fait cramer dans l’ancienne cathédrale Saint Vincent et aurait tué leur chef, Colin de Cayeux, en lui réduisant le crâne en bouillie à l’aide de la crosse d’un pistolet. Tu te demandes pourquoi il ne lui a pas simplement collé une bastos dans la cafetière ? Je me pose la même question. Mais je divague. Tony et moi restons un peu de deux heures en studio, on a écrit une petite ballade qui servira sans doute un jour, mais pas tout de suite. Y’a des chansons comme ça, que tu n’assumes pas forcément sur le coup, elles te paraissent trop personnelles pour être partagé ainsi, avec le premier cave venu. C’est très aimable de sa part de radiner à un de nos concerts, mais ça ne change rien à l’affaire. Certaines chansons doivent se reposer, trainer dans un coin quelques temps, oublié sur un bout de papier ou dans le fond d’un cahier, et puis ressurgir un beau matin alors que tu te réveilles en te demandant pourquoi tu as toujours tes bottes aux pieds mais plus de pantalon. Sur les coups de trois heures du matin, on est remonté au salon. Vide. Je ne me suis pas vraiment posé de question, je me suis dit qu’ils avaient du se carapater en boite de nuit, ou je ne sais où. En fait, je me plante complètement, j’entends raisonner des gloussements, des éclats de rire et quelques gémissements. Je grimpe quatre ou cinq marches de l’escalier, juste assez pour constater que tous les bruits viennent de la même chambre. Ces rudes salopards sont en train de se payer une grande fête de famille. A cinq. Bande de tarés. Je retourne au salon. Tony a lancé Sticky Fingers. Sacrée chierie, ce que j’aime cet album ! Il prépare un thé et je fais un détour par la cuisine pour récupérer deux glaçons. J’en laisse tomber un dans nos verres respectifs et on trinque, comme ça, parce qu’on est content de partager une soirée ensemble. De ressentir cette complicité entre nous, qui dure depuis un bail. Ouaip, ce mec est mon frangin, mais c’est aussi le meilleur pote que j’ai sur ce bout de caillasse. Il me tend le thé et s’endort presqu’aussi sec, le con. Je ne suis pas loin non plus de me laisser couler dans un sommeil réparateur après cette soirée. Le concert a été plutôt animé et, le thé et l’alcool aidant, je me sens partir vers ailleurs. Mes yeux se ferment doucement pendant que, dans la sono, les chevaux sauvages foutent le camp, et se rouvrent aussitôt en entendant quelqu’un taper comme un sourd contre la porte d’entrée. Je me lève difficilement de mon fauteuil et vais ouvrir. Tiens, je la connais elle. Je l’ai déjà vu quelque part.

« Ton frère est là ? »

Ah mais oui ! C’est la gonzesse que Tony avait embarqué pour notre concert au Little Red Rooster, à Chicago. Ce matin là était un de ces matins comme ça, où tu n’as pas envie de te tirer du pajot et puis avant de t’endormir le soir, tu te dis que t’as foutrement bien fait de te lever. Mais je divague. Je fais entrer la donzelle, répondant au nom de Maria…ou Mary…Marine…Merde, dans le doute, appelons-la Sophie. Tu m’excuseras pour le manque de précision mais même les génies font parfois preuve d’inattention. Surtout que depuis Chicago, y’a cette nana que j’y ai rencontré qui me reste dans le rassoudok. Elle traine là et n’veut pas s’tirer la bougresse. Faut que je la revoie…Sophie me tire de mes pensées en me demandant pourquoi le frangin était écroulé dans le canapé, ronflant en rythme les riffs de « Can’t You Hear Me Knockin ? ». Haha, amusant. Je lui réponds qu’on a eu une soirée assez éprouvante, qu’on a bûché dur. Elle jette un œil aux cadavres de bouteilles, aux culs de joints et aux quelques autres saloperies étalées par-ci, par-mi sur le tapis. Elle n’apprécie pas vraiment que je me paye sa fiole, aussi, galant homme que je suis, je m’excuse platement pour mon innocent mensonge, et lui offre de boire quelque chose. Elle accepte un peu de vin rouge. Je farfouille dans les placards de la cuisine et dégotte enfin une bouteille de pinard cachée derrière des conserves de légumes. Je crois que je n’avais jamais ouvert ce placard et n’ai aucune idée de la nature du vin, ni depuis quand il est là. Suffisamment longtemps en tout cas pour que l’étiquette soit illisible et le verre couvert de poussière. Enfin bref, elle boira ce que je lui donnerais à boire, et tant pis si elle m’en chie une pendule et…Putain, où est ce con de tire-bouchon ? Pas moyen de mettre la patte dessus. Je t’avouerais que la situation est un brin frustrante. Je pourrais même dire « foutrement casse-couille », mais je ne fais pas dans la vulgarité facile, tu me connais, j’ai bien trop de classe pour ces foutaises et autres fadaises (ça donne une touche méditerranéenne au récit). Je lui verse un rhum en attendant et roule une cancerette. Je me ressers un verre de bourbon, un fond, dans lequel je laisse tomber deux glaçons. C’est mon côté Vieux Monde, j’ai cette politesse hypocrite transmise par ma Génitrice (une française) qui me pousse à rester éveillé à trois plombes du mat’ pour tenir compagnie à cette donzelle qui, aussi charmante soit-elle, ne semble pas avoir grande conversation. Bon, il faut que j’ouvre cette putain de bouteille. Je file dans ma chambre, voir si je n’ai pas un tire-bouchon qui traine dans un tiroir, sur la table de nuit ou sous le pajot. Rien. Par contre, j’ai un katana. Pourquoi j’ai ça ici, moi ? Mais ne nous laissons pas aller à de nouvelles divagations, je tâcherai de trouver la réponse à cette question plus tard. J’empoigne le sabre, retourne au salon, défouraille et tranche le goulot de la bouteille. Enfin c’était l’idée. Au lieu de quoi, elle m’explose dans les mains et il ne reste plus qu’une trentaine de centilitres dans la bouteille brisée que je tenais par le cul, seul épargné. Sophie est couverte de vin et de verre. Elle n’a pas l’air blessée. Tony ronfle.

Je sirote mon verre, elle sirote le sien et on se regarde droit dans les glozzes en chien de faïence ou de porcelaine, à ta guise. Je n’arrive pas à biter pourquoi cette nana est aussi agressive à mon égard. Bon, je reconnais que le coup du vin, ce n’était pas très futé. Mais si ça avait marché, tu t’représentes le tableau ? La grande classe ! Mais ça a foiré. Ce genre de chierie arrive, on va pas en faire une montagne de merde ? A part le coup du vin, je ne lui ai donc absolument rien fait. Je ne lui ai même jamais parlé. Je ne suis même pas foutu de retenir son prénom, c’est dire si je m’en tamponne de sa trogne.

« Hey ! Abruti ! »

Elle est si douce.

« Tu te rends compte, putain d’outre à vin, que c’est la troisième fois qu’on se voit et que tu me demandes encore mon prénom ? Je suis certaine que tu l’as déjà oublié. »

Là, je préfère la mettre en veilleuse et la laisser poursuivre son laïus. J’ai ce sentiment qui me titille derrière l’oreille que si je m’aventure à ne baver ne serait-ce qu’un petit broke, je m’en prendrai plein la gueule pour pas un rond par cette beauté à la chevelure longue, onduleuse, brillante dans son obscurité de jais. C’est bien tourné, non ? Je n’ai pas fait attention, je ne me relis jamais, mon génie se déverse seul sur le papier et y dépose cette prose qui t’laisse baba à chaque lecture.

« Putain, je me suis ramené à vos trois derniers concerts alors que vous jouez la même merde que des mecs chiaient il y a presqu’un siècle ! Je suis venu voir Tony après chacun des concerts, ici même, on a trinqué ensemble toi et moi, et tu n’as toujours rien fait, rien tenté, tu ne me vois pas, sale enfoiré ! »

Encore une fois je reste parfaitement muet et tire une grande bouffée sur ma cancerette. Je souffle deux colonnes de fumée par les naseaux, prenant mon temps de formuler une réponse adéquate dans mon esprit inondé. Que pourrais-je rétorquer à une gonzesse qui est en train de me reprocher de ne pas l’avoir encore sauté ? Putain de salope, la gonzesse de mon propre frère, allongé à côté de nous dans le salon, ronflant toujours, est en train de demander à votre humble narrateur éméché de l’emmener faire un tour sous les bois tant que le loup y était (le loup, dans cette métaphore, est évidemment mon frère. Je sais bien que tu avais parfaitement compris l’idée générale de la chose, mais certains lecteurs sont moins intelligents que toi). Je lui réponds que je suis désolé. Et c’est tout. Je ne vois pas bien ce que je pourrais ajouter à cela. Les honnêtes gens, toujours plein de bons conseils, me diront de lui dire la vérité. Que d’une, c’est la nana de mon frangin, et que de deux, je suis obsédé par cette fille du Rooster bien plus savoureuse et intéressante et intrigante que cette chère Sophie, siégeant au milieu de mon salon et me faisant un procès d’intention parce que je refuse d’entrer dans sa culotte. Le jeu des yeux recommencent. On se zieute, on se jauge, comme deux chats de gouttière qui se frittent la tronche pour déterminer qui aura le droit de chier à cet endroit précis. Dans la sono, le disque se tait. Là-haut, la partouze semble en être à son paroxysme. Excuse idéale pour arrêter ce jeu idiot des yeux et aller changer de vinyles. J’insère le Morrison Motel et me resserre un verre. Plus rempli celui-là, et sans glace. Sophie aussi s’est levée. Le temps que je percute sa manœuvre, ses bras s’accrochent à mon cou et elle me pourlèche de sa menteuse le fond du palais. Je sens ses seins s’écraser contre ma poitrine et si je pense au frangin, là maintenant, c’est juste pour me dire que je l’emmerde. Sophie me rappelle un peu cette nana dont je ne connais toujours pas le blase. Elle est une compensation, un exutoire de foutre, un réservoir de vices. Je ne réfléchis plus. J’arrache sa robe couleur d’émeraude, m’amuse de l’absence de sous-vêtements et puis la laisse s’affairer à déboutonner mon futal et puis à s’éclaircir la voix, si j’ose dire. Le frangin dort encore. Je la prends dans mes bras et la jette sur le deuxième canapé de cuir noir du salon. Je me glisse entre ses cuisses humides et pénètre son Sanctuaire sans en prendre la température au préalable. C’était à peu près correct. Je m’agite en elle, saisit ses seins à plein crocs, titillant leur extrémité de ma menteuse. Je relâche mon étreinte et caresse chaque recoin de son être. Ses mains libérées, la belle sort ses griffes et me lacère le dos, pour me signaler son plaisir, son envie de me tuer, ou les deux, je n’en sais rien. Je n’ai bientôt plus un carré de peau intact, je la retourne, elle se met à quatre pattes, se cabre, et nous continuons notre cavalcade adultère. Et puis soudain je me sens mal, je suis pris de spasmes, je me retire, décharge ma semence et dégueule mon trop plein de bourbon sur le dos et les cheveux de Sophie qui bondie à l’autre bout du salon en hurlant. Ca réveil Tony. Je te brosse le tableau : D’un côté, tu as Sophie, à poil et couverte de mes déjections gastriques et testiculaires. De l’autre, t’as moi, à poil aussi, encore un peu de vomi me dégoulinant le long d’une barbe naissante et la bite ramollie. Et au milieu de ça, t’as le frangin, qui nous zieute un à un, cherchant à rassembler ses esprits mal réveillés et sans doute encore un brin paumés dans le brouillard. Et puis sans dire un mot, comme ça, il se lève, se dirige droit vers moi et m’allonge une avoine qui m’envoie au sol. Je l’entraperçois ramasser la robe déchirée de Sophie, ses talons aiguilles assortis, les balancer à la gueule de leur proprio en lui suggérant de foutre le camp fissa de chez lui et de sa vie. Il n’a vraiment pas l’air jouasse le frangin. Il revient vers moi, toujours à terre, l’aspirateur saignant entre mes doigts et il me colle un coup de tatane dans les boyaux. Chierie, ça fait…Mal…Il n’est pas…jouasse du tout…Il monte…L’escalier…Et rejoint sa..Chambre…Moi, je reste un peu là,
histoire de réfléchir à tout ce qui s’est passé,
faire le point…
Putain…
de chierie.

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MessagePosté le: Sam 13 Oct 2012, 2:26 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Hop hop hop !! Aujourd'hui deux nouvelles pour le prix d'une !!

Je t'invite à remonter un peu la page pour lire Rodeo Blues, qui se déroule chronologiquement avant Sophie, bien qu'écrit après...Et puis après Sophie, t'as la nouvelle ci-dessous.

Bonne lecture Wink


Un con de serpent qui s’mordille la queue


1.


Je me réveil avec la chiasse. J'ai connu de meilleurs jours. Des pires aussi. Je fonce aux gogues et relâche le contenu de mes intestins compressés sur la porcelaine presque blanche de mon appartement presque salubre situé sur Willoughby Street, le long de Fort Green Park, à Brooklyn. Je me dirige ensuite vers la salle de bain en slalomant entre les bouteilles de bières et de whisky vides. Je m'arrose copieusement le visage, vaine tentative de faire passer cette gueule de bois carabinée que je sentais radiner en douce. Je retourne dans le salon et branche l'électrophone. Dessus, tu t'en doute, un Rolling Stones. Toi et moi, on commence à bien se connaître alors ça n’doit même plus t’surprendre. Tu t'doutes aussi surement qu'ensuite je pose mon cul au fond d'un fauteuil, ramasse une bouteille pas tout à fait vide de bourbon et m'en envoie une grande rasade dans le claquoir en guise de p'tit déj'. Je me roule une cancerette et la fume en appréciant la musique. C'est l’album Stripped, un live plutôt intimiste dans la lignée des Unplugged, tu vois le genre ? Un très bon opus que ce Stripped, les versions de Wild Horses, de Sleepin' Away ou de Love in Vain sont vraiment bonnes, et leur reprise de Like A Rollin' Stone n'est pas en reste. Enfin bref, je suis pas là pour me la jouer critique, je préfère soigner mon mal de crâne à coup de malt. Vu qu'il était pas loin de quatorze heures du matin, je me prépare un thé, m'habille en vitesse avec une chemise blanche à peine froissée et un jean bleu foncé pas trop crade, et enfile mes bottes. Je vais aller me promener un peu, Brooklyn est magnifique et parfaite pour une cure en ce genre d'après-midi ensoleillé. Pas besoin d’intempéries pour cette bafouille quelconque. A cette heure, les bars sont généralement vides ou peu remplis, on est servi rapidement et on peut relancer sa biture en paix, sans être importuné par un autre poivrot sans âme que je déteste plus que tout. Ce con-là je le hais, je pourrais l'étriper, lui arracher les couilles avec des baguettes, les rouler en nems et les lui carrer au fond du cul. Je hais ce mec parce qu'il est moi, toi, tout le monde. Putain d'enfoiré. Mais je m'égare. J'entre dans le premier rade que je croise. Je te fais pas un dessin, tu t'es déjà représenté le tableau que je t'aurais dépeint dans une précédente nouvelle. Je t'aurais expliqué l'air de rien et gagnant des lignes que l'ambiance est plutôt malsaine, enfumée, avec un cave planqué au fond de son imper' à l'autre bout du comptoir en zinc, le nez plongé dans sa chope de misère, que le taulier est un vieux de la vieille, à qui on la fait pas, avec un œil de verre, une jambe de bois ou une couille en téflon, j'en sais foutre rien, que le mobilier est en vieux bois moisi, bouffé par les termites et sur le point de s'écrouler, qu'à quelques une des ces tables, tapies dans l'obscurité provoquée par l'imposante couche de poussière sur les fenêtres, quelques prostiputes aux cons dégueulants et aux mamelles pendantes, pleines de maladies diverses et de foutre pas frais, offrent leur service aux plus soulards des soulards qui fréquentent ce bordel à poivrots. Je pourrais te conter tout ça mais n'en ferai rien (admire l'emphase) car ce bar est tout ce qu'il y a de plus normal. Le patron s'avance vers moi avec un grand sourire quand je m'installe au bar et me demande ce qui me ferait plaisir, je lui demande d'abord une pipe, mais ça n'a pas l'air de le faire marrer alors je commande une pinte de mousseuse et un grand verre de bourbon. Il m'bidouille tout ça en à peine une minute et me ramène ma commande, toujours avec le sourire. Et ma pipe ?

« Ecoute p'tit con, j'veux bien t'servir et m’farcir tes conneries mais les tarlouzes à cheveux longs dans ton genre, j'peux difficilement les encadrer ! »

Ca ne le fait vraiment pas marrer. Je m'envoie le verre de bourbon, cul sec. Le patron hausse un sourcil puis tourne les talons. Et ma pipe ?

« C'coup-ci, tu vas voir ! »

Le patron saute par dessus le comptoir et se précipite vers moi. Je saute de mon tabouret, le saisit par les pieds et le balance en plein dans la mâchoire de ce bedonnant à lunettes. Il s'écroule de tout son long. KO. Je siffle ma bière, balance un bifton et attrape une bouteille de bourbon derrière le comptoir, ensuite je me tire. C'est à ce moment précis que j'aperçois, de l'autre côté de la rue, tu devines pas ? Une gonzesse, une nana de la pire espèce, le genre que t'as absolument envie de troncher, par tous les moyens ! Alors ni une, ni deux, je me précipite à l'intérieur du bar. Sacré chierie, bordel à bites, comment l'aborder ? Comprends bien mon soucis dans la situation présente, je n'ai qu'une envie c'est de ramener cette fille chez moi et de lui faire sa fête façon concert de rock avec feu d'artifices et effets pyrotechniques. Je ne peux l’aborder comme ça, je vais me faire jeter, elle va tout de suite voir que je ne la désire que pour son cul. Je cogite, je cogite, que faire, que faire…Et puis je cogite un peu trop puisque planté que je suis dans mes bottes, caché derrière une fenêtre à travers laquelle je l’observe elle, je ne le vois pas arriver lui. Le patron a repris ses esprits et je réalise qu’il est juste derrière moi quand je reçois un coup de poing dans les reins. Je m’écroule à genoux et cet enfoiré en profite pour m’attraper la tignasse, me tirer la carafe en arrière et m’abattre un bourre-pif plein d’une haine tout à fait compréhensible. Il me soulève, toujours pas les cheveux, et me balance sur le trottoir avec un coup de pied au cul. Putain d’enfoiré. La gonzesse s’est tirée. Et merde.

2.


Il doit pas être loin de six heures et cinquante-trois minutes du matin quand je suis réveillé, ébloui par le soleil qui se lève sur Nashville. Je suis rentré de New York y’a pas trois jours. On a pas mal de boulot avec le groupe pour se remettre sur les rails. Notre nouveau bassiste a claqué la porte y’a quelques semaines. Il nous a lourdé à Salem, en Virginie, alors qu’on s’payait le voyage en bagnole vers New York. On était censé jouer au Smoke, au nord de Manhattan mais on a fait demi-tour et rejoint ma vieille baraque du 1009 sur la 7e Avenue de Nashville, Tennesse (mais tout ça, tu le sais déjà si tu as lu Rodeo Blues, sinon t’biles pas, je t’ai résumé l’essentiel). Chris, cet espèce de salopard, a vécu chez nous, a joué avec nous, a partagé viande, thé, bitures et gonzesses avec nous pendant six mois et puis il nous plante comme ça, juste avant un concert. Putain d’bassiste, je peux pas les encadrer ces connards-là. Comprends bien, les batteurs sont des fou-riens notoire, de putain d’branleurs qui ne feront jamais rien de plus que tenir le rythme. Les chanteurs, c’est autre chose, ils sont de foutus narcissiques, imbus d’eux-mêmes, aiment se montrer, se voir et ont souvent un p’tit côté mégalo. Les guitaristes sont prétentieux, hautains et n’s’prennent vraiment pas pour d’la merde. Mais tout ça, c’est encore gérable. Les bassistes sont de putain de frustrés et se comportent en parfait connard attardé, le genre à t’planter dans le dos, sacrés fils de pute. Mais je m’égare. Je sors du pajot avec la même grâce et élégance que la bouse sort du cul d’une vache et me traine lamentablement vers la salle de bain, complètement assommé par une gueule de bois carabinée. Cette nuit fut plutôt agitée, d’abord parce qu’on s’est cartonné la tronche à tout ce qui nous tombait sous la main, tout ce qui se buvait, se fumait, se mangeait, s’injectait dans les veines ou dans le cul, ensuite parce que j’me suis envoyé en l’air avec une petite rencontrée en début de soirée, au Color’s, un bar au coin de la 7e Avenue. Je me regarde dans la glace, au dessus du lavabo, en essayant de me souvenir de son nom et de son apparence. Je m’arrose la trogne d’un coup de flotte et entends la nana qui s’agite sous les draps. Je la retrouve dans la chambre et manque de dégueuler. Elle s’était levée elle aussi, mais n’avait pas jugé bon de se saper. Je contemple l’horreur de la chose, nom de dieu de merde, c’est pas humain un corps pareil ! Je devais être sacrément torché cette nuit pour m’rentrer avec un cagot pareil. J’entends d’ici les féministes en puissance et autres pétasses frustrées s’insurger devant un tel excès de machisme. Et vous aurez p’tet raison, va savoir. N’empêche que si je suis d’accord pour dire que ce qu’il y a à l’intérieur est essentiel, arrêtons d’se raconter des conneries et admettons franchement que l’aspect charnel pèse dans la balance. Et en cette situation présente, il pesait lourd, le charnel, très, très lourd. Ses nibards sont comme de gigantesques obus s’éclatant sur une bouée de graisse dégoulinante. En guise de jambes, elle se trimballe deux sacrés foutu putain de jambons à la peau complètement distendue, absolument disgracieux, faisant de l’ombre à de tout petits pieds. Je n’arrive pas à me figurer comment elle peut ne serait-ce que tenir debout. Son visage n’est pas en reste, j’te rassure. Sous deux petits yeux globuleux d’un gris douteux se démarquent deux belles valoches bien sombres, ses joues ne semblent même pas exister et son nez a la discrétion d’un roc, d’un pic ou d’une péninsule, étalons notre culture et hyperbolisons en liesse, ne nous gênons pas (oui, je barbarise par la même, admire l’audace). Ses oreilles, aux lobs pendant en abondance, se perdent sous une masse de cheveux informes, doux comme la paille et soyeux comme les poils de cul d’un bouc. Description de ma dulcinée d’un soir probablement un peu longue, mais je voulais dépeindre le tableau dans toute son horreur. Je propose à la dite-dulcinée dont le nom m’échappe totalement, pas sur que je l’ai jamais su, de prendre une tasse de café et de décarrer. En lieu et place du « oui, volontiers, merci » auquel je m’attendais naïvement, elle attrape la lampe de chevet et j’évite d’à peine trois centimètres une probable commotion. L’autre soir, je n’ai pas eu la fille, mais j’ai quand même eu droit aux emmerdes servie en accompagnement. Hier soir j’ai foiré avec la fille, encore (j’aurais mieux fait de rentrer solo) et je me farci une chierie d’emmerdes. Encore. Elle finie par foutre le camp après avoir balancé ma vieille guitare qui trainait là par la fenêtre de ma piaule. J’vais pas la cogner, primo, parce que c’est une gonzesse, deuxio, parce que je suis pas sur d’avoir le dessus sur ce mastodonte. Je descends avec elle et la guide vers la sortie, histoire de m’assurer qu’elle mette bien les voiles et après ça je vais dans la cuisine mettre en route la cafetière. Je roule une cigarette en attendant le café. Je m’en verse une grande tasse et ajoute une lampée de bourbon. Maintenant j’attends. Les gars dorment encore, peut être qu’ils n’se souviendront pas d’elle. Je me verse une deuxième tasse quand Ben se radine, uniquement vêtu de son chapeau. Ce truc ne quitte jamais le dessus de son crâne. Si ça trouve, il y cache une calvitie en forme de cratère. Il me prend mon briquet, allume un thé-roulé, tire quelques bouffées et me le tend. Je lui sers une tasse de café et y ajoute une lampée de bourbon. Apparemment, il n’se souvient pas de la nana. J’aimerais bien, une fois, quand même, ramener une donzelle ici qui prendrait un peu plus de dix heures avant de se décider à me passer les noix au hachoir. Ben me dit que je devrais être patient, que la vie suit un drôle de chemin, un chemin qui parait parfois tourner en rond. Il s’interrompt dans sa diatribe philosophique pour pilier de comptoir ramolli du bulbe et me fixe avec un petit sourire en coin.

« Et l’outre à graisse que t’as ramené hier soir ? Elle était comment au plumard ? »

L’enfoiré…

3.


Je me réveil en douceur et file directement à la cuisine m’ouvrir une canette de bière que j’attrape dans le frigo avec les restes de poulet de la veille. Et ca recommence, je me réveil avec une gueule de bois carabinée, chose qui ne m’était plus arrivé au moins depuis hier. Je vais dans le salon pour écouter un peu de musique et calmer ce mal de crâne. J’y trouve Tony, sur le canapé, en train de gratouiller un air de blues sur sa Les Paul Epiphone. Je m’installe sur le fauteuil en face de lui et sort de sous la table basse une boite en bois de rose. Elle servait d’écrin à bijoux pour la Génitrice. Depuis qu’elle a lâchée la rampe, Tony et moi nous en servons pour conserver notre thé à une température convenable afin qu’il ne sèche pas trop vite. Je confectionne un thé-roulé tandis que Tony continue son blues, un truc en La. Ca swing plutôt bien, ce riff est bon, il est même carrément vivant. Je suis sur qu’on pourrait en faire quelque chose alors j’cogite sur une mélodie et griffonne quelques paroles sur un bout de papier qui trainait là et je me lance

Oh girl, ‘love the way you walk
Oh girl, ‘love the way you talk
But I saw you leavin’ for a simply ride
I saw you mess around with another man

I got a mule, her name is Sally
She was a sexy mule, I shaked her booty

I saw you mess around with another guy
But ain’t did nothin’ ‘cause I was fuckin’ high
I need my lady mule right by my side
I need my lady mule to bring me to the sky

I got a mule, her name’s Sally
She was a sexy mule, I shake her booty

I can’t tell when you met that man
But I can tell, I’ll send you both in hell
I want some whisky and a couple of women
I never want to be in love again


On tient un truc là, je titre "The Mule Blues" en haut du papier, on se lève et on se dirige vers la porte du garage aménagé en studio d’enregistrement. En chemin on croise Buddy, en caleçon, une bouteille de rhum ambré dans la main, ses baguettes dans l’autre, et on lui dit d’radiner. Du bas de l’escalier j’appelle Ben mais il n’a pas l’air d’entendre quoique ce soit. Tant pis on commencera sans lui. Il pourrait se lever quand même, il est presque dix-sept heures.

« Ben est debout depuis ce matin, il est partie voir sa gonzesse. »

Bon, je suis peut-être resté au plumard un peu trop longtemps…J’y réfléchirai plus tard, on descend au studio et on met la machine en branle. On tâte, on test quelques roulements de batteries, d’effets divers sur la guitare (on va éviter de mettre trop de reverb). Après deux ou trois heures à faire péter les watts, je commence à avoir sacrément soif alors je propose aux gars d’aller boire une ou deux pintes. Buddy préfère rester là et téter son rhum, Tony veut jouer encore un peu. Je remonte, attrape ma veste, enfile un futal et mes bottes et je me casse tout soli-solo rejoindre le Color’s. J’adore ce bar, il est propre, cosy, bien éclairé. Le comptoir en zinc est surplombé de quatre pompes remplies de bières de garde que le patron, Fred, change tous les mois, histoire de varier les plaisirs. Et chaque fois, il propose de la foutue bonne bibine. Au fond de la salle, tu peux aller t’assoir dans un genre de petit salon avec table basse en bois noir entourée de trois fauteuils de cuir de la même couleur et d’un canapé rouge pouvant accueillir trois paires de fesses anorexiques ou deux culs normaux, ou un seul cul, mais énorme celui-là. Je m’installe au zinc et commande une pinte et un bourbon. Entre alors un sacré bout de nana que je ne prendrai pas la peine de décrire, sache juste qu’elle est assez belle pour que je lui propose de lui offrir un verre, elle accepte et prend la même chose que moi. On s’met à palabrer sur tout, sur rien, sur elle. Elle s’appelle Nancy, et Nancy est vraiment sympa. Alors je lui paye un deuxième verre. Ca colle plutôt pas mal entre nous, et après un autre verre, je lui propose de venir faire un tour chez moi, écouter des disques et fumer un peu de thé. Elle accepte avec plaisir, sans mégotter. En voilà une qui ne devrait pas m’attirer d’emmerdes. Du moins c’est ce que je croyais avant qu’on ne sorte du Color’s. A peine arrivé sur le trottoir, une vieille bagnole bouffée par la rouille à la peinture jaune pisse écaillée et dégueulasse pile sec devant nous. Un espèce de malabar en veston de cuir en sort. Il doit bien mesurer ses deux mètres et il y a sans doute assez de place dans son futal pour en mettre trois ou quatre comme moi dedans. Il s’approche à grands pas. Les voilà les emmerdes.

« Saleté d’branleur d’oiseaux ! Qu’est ce que tu crois foutre avec ma gonzesse ?! »
« Mike, non ! »

Mais le dit-Mike ne semble pas accorder d’intérêt au veto de Nancy et j’ai à peine le temps d’apercevoir son poing et la grosse chevalière qui orne son annulaire (ou son auriculaire, je sais jamais) avant de me retrouver expédié au sol par un fabuleux bourre-pif. Mike agrippe Nancy par le bras en la traitant de pute et la jette dans son tacot.
J’ai encore raté la fille,
pas les emmerdes.
Chierie.
Je crois qu’il m’a pété le nez l’enfoiré.

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Dernière édition par Chakal D. Bibi le Dim 14 Oct 2012, 4:25 pm; édité 1 fois
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MessagePosté le: Sam 13 Oct 2012, 6:17 pm    Sujet du message: Répondre en citant

J'sais pas trop si on peut commenter ;p
C'est hyper ben foutu, c'est brûlant et j'ai bien envie de lire la suite tout de suite !!
C'est une histoire plus "réaliste" que tes précédentes, dans le sens où ce genre de vie existe, dans un monde loin du quotidien de la plus part des gens. J'adore tout ce que tu glisses de musical dedans, dans les références, mais aussi sur l'histoire même de tes personnages. Ce que tu glisses de toi aussi dans certaines choses.
Ce qui est bien aussi, c'est que tu ne caches pas certaines choses, à vrai dire au lieu d'une histoire tout simplement racontée, on dirait plus des "confessions" où ton écrit-parlé trouve bien sa place (ce qui est ton style après tout, donc logique).
Bref, c'est cool quoi Very Happy

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MessagePosté le: Mar 16 Oct 2012, 1:38 am    Sujet du message: Répondre en citant

Haha, merci Wink


Il était temps



Foutue soirée à la con. Je retire mes grolles crottées dans l’entrée et passe par la cuisine récupérer une bouteille de vin rouge et une cuisse de poulet avant d’aller glisser ma carcasse sous des draps qui mériteraient un bon coup de javel pour faire disparaitre les tâches de foutres rances, d’alcool bon marché et de graisse de poulet. J’allume la télé dans laquelle un speaker bien sapé à la tignasse gominée me raconte un paquet de chieries à propos de…Aucun intérêt, j’éteins la télé. Je bois une grande rasade de pinard avant de croquer dans le poulet. Il est pas loin de trois heures du matin. Bordel, je voulais juste rester ici à écluser mon picrate, pas aller faire le mariole dans ce rade à la con. Et puis qu’est-ce qu’elle foutait là ? Je la croyais à Détroit. Je ne tiens pas en place, je n’arrive pas à me calmer, j’ai les guibolles qui s’agitent. Je vais jouer un peu de guitare. Pas moyen de mettre la patte dessus. Et puis je me souviens que dans la nouvelle précédente, la grognasse en excès pondéral l’avait balancé par la fenêtre. J’attrape la bouteille de rouge et descend au studio. Je branche la Telecaster modèle 1957 couleur bois clair de Ben et bidouille les boutons de son ampli pour virer la reverb, l’echo, ajouter un peu de basse et couper l’overdrive. J’ai besoin de blues. Foutue soirée à la con.

Il doit pas être loin de dix-huit heures quand j’émerge de ma sieste. Je me dirige à la cuisine pour avaler un morceau. J’ouvre le frigo et entre deux packs de bière je dégotte un morceau de barbaque bien rouge. Tony a du aller faire des courses dans l’après-midi. Je sors une canette de mousseuse et la viande, j’en découpe un bon morceau que je balance dans une poêle et sirote la bière pendant la cuisson. Je laisse cuire à peine quatre ou cinq minutes, j’aime ma viande bien sanguinolente. Buddy me rejoins et sort une bière du frigo. Je lui dit d’en prendre une pour moi, j’ai presque fini la mienne. On trinque ensemble et je termine mon steak.

« T’as des plans pour ce soir ? »
Je lui réponds que je compte me coller au pajot avec du thé et quelques disques de blues que j’ai acheté la veille. Howlin’ Wolf, Muddy Waters et John Lee Hooker. Le blues de Chicago est sans doute celui que je préfère.
« Tu déconnes mec, y’a un groupe qui joue au Color’s ce soir. ‘parait qu’ils sont pas mauvais.»

Je rétorque que je n’ai vraiment pas envie de sortir, que je veux me retaper un peu. Ces derniers jours ont été plutôt agité et je commence à saturer, je larsen presque. Je termine mon assiette et ma bière et prépare un thé-roulé pour le dessert. Tony et Ben se radinent à leur tour dans la cuisine. Buddy sort un pack de bibines et on va se poser dans le salon. Tony allume la stéréo et passe un disque d’Albert King. Les premières notes de I’ll play the blues for you résonne dans la baraque et Buddy recommence à me bourrer le mou avec son concert à la con. Si encore ce n’était que lui je pourrais gérer, mais Tony et Ben s’y mettent à leur tour. Finalement je craque, ils me gavent, j’accepte. Pas envie de tergiverser dix plombes. On enquille quelques bières, on parle musique, on roule quelques thés et puis vers vingt heures, on se met en route pour le Color’s, au coin de notre 7e Avenue. Quand on arrive, Fred, le patron, nous sert la pince et nous dit qu’on arrive juste à temps, que le concert commence dans deux minutes. En attendant, je lui demande de nous servir quatre pintes. Le groupe finit par se pointer sur la scène, au fond du bar. Fred me garantit que je vais les adorer. J’en doute. Ils entament leur set avec une reprise des Stones, Jumpin’ Jack Flash. Comme c’est original. Et puis je la vois, elle, devant la scène, pile quand elle se retourne. Elle ne m’a pas vu. Enfin j’crois pas. Je sors fumer une cancerette avant la fin de l’intro. J’ai rien contre les reprises mais cette chanson, aussi parfaite soit-elle dans sa version originale, est sans doute en deuxième page du « Guide des Reprises pour Parfaits Connards », entre Eve of Destruction et Blowin’ in The Wind. Et puis qu’est-ce qu’elle fout là ? Sur le trottoir, je marche dans une merde de chien. Et du pied droit. Bordel. En fouillant mes poches à la recherche de mon tabac, je retrouve un reste de thé que je décide de m’envoyer soli-solo. Ca va te paraitre comme un énorme cliché, et je m’en excuse, mais je me pose le cul par terre et, tout en fumant, me laissant aller à me paumer dans la contemplation des étoiles, me payant une petite introspection, revenant sur les deux ou trois années écoulées. Et je me demande ce que j’ai foutu. Concrètement, qu’est-ce que j’ai branlé ? Ca fait une plombe que j’ai pas pondu une vraie bonne chanson, une plombe que j’ai plus fait de sport, une plombe que j’ai plus fait un repas un tantinet équilibré, une plombe que je n’ai plus passer au moins une journée sobre. Qu’est-ce que j’ai foutu ? J’ai l’impression de ne pas avoir été vraiment là depuis qu’elle s’est barrée…Ca va bientôt faire deux ans maintenant et j’ai l’impression que c’était hier. Elle vivait à Détroit à l’époque, moi j’étais à New York. Tu te souviens de Julie ? La nana avec qui je vivais y’a quelques années ? Elle s’était tirée avec un cave quelconque dans le Wisconsin. Je te raconterai cette histoire plus tard. Bref, peu après que Julie et moi nous soyons séparés et quelques temps avant que le Bucheron ne se tire du groupe, on était partie jouer à Detroit. C’est là que je l’ai rencontrée. D’abord on a parlé musique en général et jazz en particulier. Elle m’a dit qu’elle était saxophoniste. Il m’en a pas fallu plus pour tomber sous le charme. On s’est barré du club dont le nom m’échappe, un truc en bosh, et on est allé se balader vers nulle part avant d’atterrir sans même s’en rendre compte dans un grand parc, au gazon ras. Au fond du parc, un fil de funambule était tendu entre deux arbres et sous celui-ci, des matelas posés en tas. On s’est allongé là, sous le fil, fumant et discutant, encore. Tu connais cette sensation, quand t’as pas besoin de réfléchir à ce que tu vas dire, quand les mots coulent, quand les choses paraissent si simples. On a fini par se laisser aller à s’embrasser sous ce fil et on est resté là toute la nuit à…Bref, j’vais pas t’dépeindre la scène, tu t’en doutes bien. On s’est endormi sur les matelas et à l’aube on a mis les voiles. Je devais retrouver l’équipage à l’hôtel, notre avion décollait dans la matinée mais elle et moi nous sommes promis de nous revoir. Et c’est ce qu’on a fait. Deux semaines après cette nuit, elle s’est pointé à mon appart’ de Willoughby Street, le long de Fort Green Park, à Brooklyn. Mais elle ne pouvait pas rester. Et puis à ce moment-là, j’étais pas sur de vouloir qu’elle reste. Je suis plutôt méfiant avec ces bestioles-là…Alors on se voyait une ou deux fois par mois, soit chez moi, soit chez elle, à Détroit. Et puis, j’ai fini par réaliser que j’étais vraiment flingué de cette môme. Mais je l’ai rencontrée au mauvais moment. A l’époque, nos disques se vendaient bien, on avait de l’argent à plus savoir quoi en foutre et je prenais tout un tas de saloperies en quantité industrielle. Alcool et thé bien sur, mais aussi cocaïne, opium, méthédrine, barbituriques divers et autres pilules aux couleurs variées. Pas d’héroïne, ni d’éther. Je n’ai jamais été amateur de ces saloperies. Mais je divague. Ca devait faire six ou sept mois qu’on se fréquentait quand j’en ai eu marre de ces allers-retours à travers le pays et que je lui ai proposé de vivre avec moi. Elle a refusé. Elle m’a dit qu’elle m’aimait mais qu’elle n’était pas prête pour ça. Ce que je comprenais très bien. Ou pensait comprendre. Ou j’en sais foutre rien. Elle s’est pointé un mercredi après-midi, un 29 mars, à New York. Je suis allé la chercher à l’aéroport. Je me doutais qu’un truc pas net se tramait dans sa petite tête, elle semblait différente. On est allé chez moi, on a discuté de banalités, je sentais qu’elle avait un truc à me dire mais je ne voulais surtout pas démarrer la conversation, ne sachant que trop bien comme elle se terminerait alors j’ai gagné du temps. Je lui ai fait écouter le dernier disque que j’avais acheté, je lui ai joué une chanson que je venais de composer. Avec douceur, elle a pris ma guitare, l’a posée à côté d’elle.

« Ecoute, il faut qu’on parle…Je… »

Je ne me souviens pas de ses mots exacts. Mais elle m’a dit qu’elle ne ressentait plus rien, qu’elle en avait marre de ma gueule, qu’elle avait bien réfléchie, s’était rendue compte qu’elle ne m’avait jamais vu sobre, que je lui faisais peur aussi. Je n’ai rien dit. Rien fait. Son vol de retour partait à six heures le lendemain matin. Je lui ai laissé l’appart’ et suis allé chez Tony, sur Greenwich Street, à l’autre bout de la ville. Sur la route, j’ai acheté une bouteille de whisky et suis allé l’écluser chez mon frère. Je me suis évanoui sur le canapé.

Le lendemain matin, je suis rentré vers dix ou onze heures, espérant avec une évidente naïveté la trouver là, m’attendant, prête à s’excuser et à m’expliquer qu’elle avait à nouveau bien réfléchie et que finalement ma carcasse valait p’tet la peine de continuer notre route ensemble. Tout ce que j’ai trouvé, c’est une lettre. Ou plutôt une feuille arrachée d’un de mes cahiers. Dessus elle m’expliquait qu’elle était vraiment désolée mais qu’elle ne pouvait plus supporter tout ça, qu’elle me souhaitait le meilleur pour la suite, qu’elle souhaitait que je me soigne, que je me sorte de toutes les merdes dans lesquelles j’étais fourré à l’époque. Et c’est ce que j’ai fait. Plus ou moins. Avant ça, je suis resté en position fœtal sur mon pajot pendant quinze jours. Les quinze jours suivant, je me suis retourné, ça me lançait dans l’épaule. Ensuite, on a repris les concerts et j’ai arrêté cocaïne, opium, méthédrine, barbituriques divers et autres pilules aux couleurs variées. Je ne l’avais jamais revu jusqu’à ce soir. Elle, elle ne m’a pas vu. C’est pas plus mal, je n’aurais pas su quoi lui dire et me serais senti rudement con. J’écrase mon thé sous ma semelle et rentre chez moi. Après avoir bu un peu de vin, mangé un peu de poulet, je descends au studio, jouer un peu de guitare. Un peu… J’appelle un taxi, file à l’aéroport et prends un billet pour Chicago, départ immédiat. Je vais retrouver cette nana que j’avais rencontrée au Little Red Rooster. J’en peux plus de m’accrocher à ce souvenir.
Alors je me tire vers devant
et tant pis pour derrière.

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MessagePosté le: Mer 17 Oct 2012, 12:07 am    Sujet du message: Répondre en citant

Old Blind Joe


J’arrive à Chicago à l’aube. Je pensais filer directement voir cette fameuse nana, rencontrée au Little Red Rooster une vingtaine de pages plus tôt, et puis je me dis que six heure du mat’, c’est peut être bien un peu raide pour débarquer à l’improviste chez quelqu’un. Je commence donc par aller me taper un petit déjeuner dans un diner’s à quelques blocs de l’aéroport. Je te situerais bien la rue exacte mais je ne connais pas vraiment cette ville, j’y suis venu quelques fois pour m’envoyer du blues local dans les étagères, rien de plus, pour la visite guidée, faudra repasser. Je commande les œufs brouillés, le bacon bien grillé et un café serré. Je m’installe sur un tabouret, au comptoir, à côté d’un vieux noir, chauve, en costard élimé, le visage bouffé par la variole, une barbe grisonnante et une paire de lunettes noires présentant un verre fendu. Il s’allume une cancerette, une Blue Veins, celles que tous les caves de ce foutu pays semblent fumer. Il m’en propose une. Nous fumons sans rien dire, buvant nos cafés.

« Dis moi petit, tu connais Old Blind Joe ? »

Tu parles si je le connais, ce mec est un putain de bluesman, un virtuose de la guitare, une sacrée plume, et il s’défend plutôt bien avec un harmonica. J’ai quelques uns de ses enregistrements du temps où il jouait au Marble’s, un rade locale qui a connu son heure de gloire y’a une vingtaine d’années grâce au Old Blind Joe sus-nommé.

« Tu sais ce qu’il est devenu ? »

Putain, ça personne ne le sait. Il a disparu du jour au lendemain, au faîte de sa gloire et de son génie, sans prévenir, comme ça. Y’a pas mal de bruits qui courent. Certains disent qu’il s’est fait descendre par la Mafia et repose au fond du Calumet. D’autres racontent qu’il s’est tiré avec une poule en Nouvelle-Orléans. On dit aussi, qu’à la manière d’un Robert Johnson, il aurait échangé son âme au Diable contre son talent et que le grand cornu a fini par venir réclamer son du. Mais si tu veux mon avis, tout ça c’est des conneries.

« Je le pense aussi. »

Il écrase sa cigarette, en rallume une et tend sa tasse vide à la serveuse pour qu’elle vienne la remplir.

« Mais tu sais, toutes les légendes ont une part de vérité. Tout comme ces bruits qui courent. »

Je ne réponds rien, j’ai le sentiment que ce cave est sur le point de me déballer toute l’histoire. Ou plutôt sa version de l’histoire. Il avale son café en quelques gorgées, éteint sa cigarette à peine entamée et se lève.

« Viens avec moi, j’ai besoin d’un verre et j’ai plus un rond. »

Il a de la suite dans les idées le vieux débris. Il m’appâte avec son ton mystérieux et ses pseudos-révélations pour s’faire rincer à l’œil. Plutôt gonflé, j’admire le style et j’avoue être intrigué alors je me lève, paye mon petit déj’, son café, et on se carapate. Quand j’arrive sur le trottoir, il est déjà en train de monter dans un taxi. Le vieux donne l’adresse du Marble’s. Arrivé là, il filoche fissa à l’intérieur du rade, me laissant le soin de payer la course. Putain d’enfoiré. Mais je le suis. Il n’est même pas huit heures du matin mais le bar est déjà ouvert et quelques poivrots carburent au bourbon ou à la bière, assis au comptoir en bois massif ou attablé en salle sur des chaises branlantes, trainant dans dix ou quinze centimètres de poussière, de dégueulis et autres saloperies. Le patron est debout derrière le bar, nettoyant une chope avec un torchon noir de suie. Il fume un épais cigare qu’il mâchouille en rythme avec le blues lancinant diffusé par des hauts parleurs grésillant en fin de vie, comme tout ceux qui peuplent ce rade. On s’installe dans un box, sur des banquettes en similicuir noir éventré à coup de couteau. Le vieux commande un pichet de bière et des cacahuètes. La serveuse nous apporte ça, claudiquant sur une jambe de bois. Elle porte le plateau avec notre commande de sa seule main valide, la gauche. La droite est atrophiée et ne présente que deux doigts et demi. Le pouce et l’index semblent en état de marche mais le majeur n’a pas daigné pousser au-dessus de la première phalange et les deux derniers doigts sont simplement inexistants. Au comptoir, un mec s’écroule de son tabouret. Le patron fait le tour, l’attrape sous les aisselles, et le balance sur le trottoir. Y’a de l’ambiance ici. Mon hôte sort son paquet de Blue Veins, y pioche une blonde, et le laisse tomber sur la table à mon attention. Je pioche à mon tour et m’allume tandis qu’il remplit nos chopes pas propres de la pisse locale.

« Old Blind Joe n’a jamais quitté Chicago et il est toujours en vie. Pour l’instant. Il ne s’est pas fait descendre par la Mafia, mais c’est tout comme. Il n’a pas disparu avec une poule, mais à cause d’une poule. Quand au Diable…Il ne l’a pas encore rencontré. Du moins, pas en personne.»

Il arrête son speech, pose sa cigarette sur le cendrier au centre de la table et prend une bonne rasade de bière. Il fait claquer sa langue sur son palet, comme pour signifier qu’il appréciait réellement le breuvage. Intrigué, je prends une lampée de la mienne. J’avais raison, c’est d’la foutue putain d’pisse, sacré bordel, j’oserai pas servir ça à Hitler. Il repose sa chope, reprend sa clope, tire une longue bouffée.

« Vois-tu, Old Blind Joe avait du succès. Il était bon dans ce qu’il faisait. Foutrement bon même. Ce genre de succès attire les nanas et Joe les adorait, sans doute un peu trop. Il s’envoyait toutes celles qui s’approchaient de lui, les belles, les moches, les minces, les grosses, les anorexiques, les nymphomanes, les boutonneuses, les veuves, les chieuses, les gentilles, les mariées. Il se faisait comme un devoir de coucher avec toutes ces poules. Mais celles qu’il préférait, c’était les mariées, celles qui étaient déjà baguées, surtout les blanches. Sa façon à lui de faire un grand doigt d’honneur à tous ces cons qui l’avaient pourri dans son enfance. T’as l’air d’être un gars plutôt futé, alors t’imagines surement la suite. Old Blind Joe s’est un jour envoyé la mauvaise fille. Une blanche des beaux quartiers, mariée à un mafieux qui n’a pas vraiment apprécié qu’un « foutu putain de nègre » vienne coller sa queue dans le délicat sanctuaire de sa chère et tendre. »

Le vieux pose à nouveau sa cigarette sur le cendrier, soulève sa chope, la termine, la remplit à nouveau et continue son histoire.

« Mais plutôt que de lui offrir des grolles en béton et de le balancer au fond du Calumet, le mafieux a puni Old Blind Joe de façon bien plus cruelle. Il lui a tranché la main gauche, lui interdisant de pouvoir jouer à nouveau de la guitare. Et afin de pousser le sadisme un peu plus loin, il lui a crevé les deux yeux, prétextant qu’ainsi, son nom de scène prendrait un sens plus littéral. »

Si Old Blind Joe est encore en vie, que fait-il maintenant ? Le vieux écrase sa cigarette dans le cendrier et, toujours de sa main droite, lève sa chope et en vide la moitié. Il la repose et puis il retire ses lunettes, laissant apparaitre deux orbites vides. Il agite son bras gauche et pose une absence de main sur la table.

« Je te fais mes adieux. Depuis ce jour, je n’ai plus jamais joué de blues, je n’ai plus rencontré de filles, je n’ai plus rencontré personne. Je n’ai plus d’amis, pas de famille. Alors j’ai décidé de me suicider mais je me disais que je devais raconter mon histoire à quelqu’un, me faire un dernier ami sur cette terre pour pouvoir lui dire au revoir.
Au revoir. »

Je n’ai pas le temps de rétorquer que le vieux sort une pétoire de sa veste et se carre une bastos dans le crâne. Je me retrouve arrosé de sa Légende, de morceaux d’os et de cervelles carbonisée.
Chierie.

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MessagePosté le: Mer 17 Oct 2012, 2:10 am    Sujet du message: Répondre en citant

Merci !!!

C'est digne de ton avatar, dingue, délirant, éxcitant, contraire aux bonnes moeurs et dérangeant !!!

J'adore.

Je ne m'attendais pas à ça en parcourant se topic! (je n'ai lu qu'une page, la derniére!!!)

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MessagePosté le: Mer 17 Oct 2012, 9:11 am    Sujet du message: Répondre en citant

Héhé, merci mec, je t'invite à lire l'reste :p

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MessagePosté le: Mer 17 Oct 2012, 4:50 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Je crois, que de tous c'que j'ai lu de toi, Cette histoire (pas que le chapitre) est la plus exceptionnelle. J'ai adoré tout le reste en fait, ton style tous ça; ça passe tranquille à la lecture, c'est chouette. Mais ici, tes personnages ont les sent vivre, ils ont tous réellement ce côté humain, à la fois désenchanté et enchanteur. Tu leur donnes beaucoup d'humanité, d'émotions notamment ce blues-man qui malgré ses vices, a une chose important et précieuse, qu'on lui a volé. Ce qui le rend attachant (et puis t'façon les vieux c'est hyper classe, ça fait mystérieux ;p). Beaucoup de tes personnages principaux, on ce genre de quête de quelque chose de perdu, à jamais ou temporairement. Un désenchatement sur la vie en quelque sorte, parce que la seule chose qui comptait un temps soit peu, n'est plus au milieu du reste pour redorer le blason de la vie. Et la bande son, sans forcément donner des titres pour nous guider, on l'entend, elle fait partie de la description que tu fais des lieux, on sait exactement où on est, et avec quel ronronnement ces p'tites vies de mecs pépères s'déroulent. J'suis assez épatée à vrai dire. Bravo.

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MessagePosté le: Mer 17 Oct 2012, 4:54 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Waah, j'rougis xD Bah merci, content que ça t'plaise ^^

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MessagePosté le: Jeu 25 Oct 2012, 2:20 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Jazz et Fellation



« Sans transition nous apprenons que les Révolutionnais ont atteint le sud du Vieux Continent et affrontent actuellement les forces du Taulier en Espagne. Le rapport sur les… »

Ferme-là ! Je balance le premier truc qui me tombe sous le pogne à travers la gueule de la speakerine et du poste de télévision qui va s’écrouler face la première sur le parquet de ma chambre. La journée commence bien. Je zieute à travers les stores pour constater que le soleil allait bientôt se coucher. Quelle heure il peut être ? Je cherche mon réveil sur la table de nuit et puis me rend compte que c’est lui qui vient de cogner ma téloche. Je me laisse tomber du pajot et vais me coller sous la douche. J’y reste quelques temps, sans bouger, appréciant simplement le contact de l’eau glissant sur ma peau. Je suis crevé, je suis rentré de Chicago y’a cinq jours et j’ai pas vraiment dormi depuis, à peine somnolé. Je descends à la cuisine et attrape une bière dans le frigo avant de me rendre dans le salon pour y trouver Tony et...Sacré foutu putain de chierie, Eddie, Eddie Wells ! Qu’est-ce qu’il fout là ce con ?

« Salut Jack ! »
« Eddie vient juste d’arriver. T’as pu dormir un peu ? »

Ouais j’ai fermé les yeux. Eddie, j’en crois pas mes glozzes, ca doit bien faire sept ou huit piges qu’on ne l’avait pas vu, la dernière fois c’était…

« Il y a sept ans, à mon mariage. »
« Exact, une sacrée soirée. Et comment va ta femme ? »
« Elle m’a quitté. »
« Merde. »
« Ouais. »

Je ne sais pas bien ce qu’il convient de dire dans pareille situation alors je dis rien. Ben se radine à son tour au salon.

« Eddie ! Ca fait une paye, putain, comment ça va ? »
« Sa femme l’a quitté. »
« Merde, tu déconnes ? »
« Non. Elle s’est tiré y’a de ça trois mois pendant qu’on traversait l’Arizona. On s’est arrêté à une station-service sur la route pour acheter de la bière, de l’essence et un peu de bouffe. Pendant que je payais à la caisse, elle est montée dans un camion et salut la compagnie. »
« Merde. »
« Ouais. »

La porte du studio s’ouvre sur Buddy, en jeans et débardeur blanc, une bouteille de rhum ambré en main, ses baguettes dans l’autre. Il remonte du studio et nous rejoint dans le salon.

« Je savais bien que cette voix me disait quelque chose ! Eddie, mon pote, t’as l’air en forme ! »
« Sa femme l’a quitté. »

Buddy prend une rasade de rhum et hausse les épaules.

« Et merde, toutes des salopes. »
« Ouais. »

Pendant que Buddy prend place sur le canapé et entreprend de préparer un thé bien corsé, je me lève et vais mettre un disque d’Horace Silver, Song for my Father, du jazz délicieux, épicé et rythmé, avec des p’tits airs de carnaval de Rio, c’est sublime. Je retourne à la cuisine, jette ma bière vide par la fenêtre et farfouille dans le placard sous l’évier à la recherche d’un truc plus fort. Je dégotte deux bouteilles de bourbon de supermarché et retourne au salon après avoir récupérer des verres pour tout le monde.

« Ouais, elle m’a quitté, et ensuite elle est revenue. Mais j’aurai préféré qu’elle ne revienne pas. »

Je sers une tournée et on vide notre verre d’une traite après avoir trinqué à ce brave Eddie, à son mètre soixante-quinze, ses cheveux courts et blonds et son éternel anorak vert kaki qu’il trimballe depuis au moins quinze berges. Il était menuisier. Mais ne l’est plus. Il ne travaille plus, il vit de ses allocs, il dit que ça lui suffit maintenant qu’il n’a plus de nana à entretenir.

« T’as pas songé à te caser avec une autre ? »
« Si, bien sur, mais Anna a fait en sorte que ça n’arrive jamais. »

Pauvre gars. Je suis vraiment désolé pour lui. Je connais ce mec depuis l’époque où je faisais semblant de faire des études, histoire de contenter le Paternel. C’est un ancien bassiste et après les cours, on avait l’habitude d’aller chez moi pour taper le bœuf en buvant du café et en fumant du thé. A l’époque, on le surnommait Aspiro, parce qu’il avait la manie de se masturber dans les tuyaux d’aspirateur. C’est un secret alors je compte sur ta discrétion, mais faut reconnaitre que ce mec était un peu dérangé de la cafetière et je l’aimais pour ça, un esprit libre qui se foutait pas mal de ce qui était bien ou non, il se contentait de vivre, et ça c’est pas donné à tout le monde. Alors il picolait comme trois, fumait comme dix et se branlait dans les aspirateurs. Avec les gonzesses, c’était compliqué, il était du genre plutôt timide et paumé dans son monde, il lui fallait du temps pour formuler une phrase (je constate d’ailleurs que quinze ans après, c’est toujours pareil) alors il se faisait souvent rembarrer avant même d’avoir pu tenter quelque chose. Et puis un jour il a rencontré Anna. Je sais pas vraiment ce qu’ils se sont trouvé l’un à l’autre mais faut croire qu’eux le savaient car après avoir copuler à travers le pays pendant six mois, ils ont décidé de se marier. On a fait la cérémonie au Mexique, dans un hôtel chique où Eddie et Anna sont restés ensuite pendant deux ou trois semaines, en lune de miel. C’était un super mariage, je me souviens de rien, sinon d’avoir baisé une demoiselle d’honneur dans un placard à balais, accidentellement écrasé le yorkshire d’Anna avec la Rolls d’un oncle quelconque qui a fini sa course dans la piscine de l’hôtel (la Rolls, pas l’oncle) et d’avoir consommé une formidable quantité d’acide en compagnie de Tony (ce qui est sans doute la cause direct d’un paquet de chieries arrivées ce soir-là). Je crois que c’est tout. J’ai aussi rempli le jacuzzi de champagne et baiser la belle-mère d’Eddie dans la suite nuptiale. Mais je divague. Personnellement, cette Anna, j’ai jamais pu l’encadrer. Une espèce de pouliche arriviste toujours sapée comme une catin au rabais, je doute qu’elle n’ait jamais porté de culottes. Et puis elle était plutôt jeune. Quand Eddie l’a rencontré, on devait avoir dans les vingt ans, et Anna entrait au lycée. Elle avait p’tet l’air mure de l’extérieur, avec des seins à tomber et un cul qui incitait au viol, mais une bonne femme, c’est comme un melon, ça peut avoir l’air bon et ferme de l’extérieur, l’intérieur n’est pas toujours aussi savoureux qu’on aurait pu l’croire. Dans le cas d’Anna, c’avait l’air même carrément à gerber.

« Elle s’est tiré avec ce camionneur et puis je suis rentré chez moi. J’ai pas bougé de mon fauteuil pendant deux ou trois semaines, sinon pour aller acheter de la bière, du thé et de temps en temps un sandwich au poulet. Et puis elle a débarqué sans prévenir, un matin ou un après-midi, je m’en souviens plus, j’sais que j’étais sacrément dans le coltard et qu’elle a déboulé avec sa sublime bouche pleine d’excuses et du foutre de cet enfoiré de camionneur. Elle chialait que c’était en fait un salopard qui s’amusait à la cogner, qu’elle avait voulu le quitter depuis longtemps déjà mais que ce taré la gardait enfermé dans la cave et y descendait régulièrement pour la baiser et la cogner. Surtout pour la cogner. Et je la croyais, z’auriez vu la tronche qu’elle se payait, une horreur, elle avait des dents en moins, un œil poché, le nez de traviole et la mâchoire était à une beigne de se disloquer. Elle m’a dit qu’elle avait réussi à se tirer, sans plus de précision, ensuite elle est allé se chercher un verre dans la cuisine et on a commencé à écluser une bouteille de vodka qu’elle avait dans son sac. Après ça on a baisé et on s’est endormi sur le canapé. Le lendemain, on a pris un petit déjeuner. »

Eddie s’arrête dans son histoire, vide son verre et s’en ressert un. Il sort une blague de tabac de son anorak vert kaki et se roule une cigarette sans plus péter un broke. Putain d’Eddie, il a pas changé. Quand Eddie roule une clope, il ne fait rien d’autre, comme si ce simple geste requérait son attention la plus absolue. Alors on attend tous les quatre qu’il termine et reprenne son histoire. Pendant ce temps, je change de disque, je remplace Horace Silver par Charlie Parker et son saxophone bebop que j’aime tant. J’écoute beaucoup de jazz en ce moment. D’ailleurs si t’as un peu de temps pour toi, je te conseil d’écouter l’album Walkin’ de Miles Davis, du jazz hard-bop absolument savoureux et fou sur lequel tu pourras d’ailleurs entendre à nouveau Horace Silver au piano. Mais je divague. Eddie allume sa cigarette, le papier et le tabac s’embrasent, il prend une longue bouffée et recrache deux colonnes de fumée bleuâtre.

« Je lui ai dit que ça me faisait plaisir qu’elle soit revenue mais que je ne savais pas vraiment si c’était une bonne idée, qu’elle allait surement me quitter encore quand elle en aurait à nouveau marre de moi, ou juste sur un coup de tête. Cette nana est cinglée. Elle m’a assurée que non mais je ne pouvais pas la croire, alors elle m’a dit que j’étais un imbécile, que si elle s’était échappée de cette cave et qu’elle était revenue ici, ce n’était pas pour se faire traiter de pute. Je n’avais rien dit de tel. Je lui ai à nouveau demandé de partir. Elle a encore piaillé pendant une bonne demi-heure, le temps pour moi de vider un quart de vodka et de fumer deux clopes, et puis elle a fermé sa gueule. Elle a rassemblé ses affaires, les a posé près de la porte et puis elle est venue vers moi, assis dans mon fauteuil, un verre de vodka dans une main, une cigarette dans l’autre, elle s’est agenouillée, a sorti ma queue et l’a enfournée dans sa bouche. Je tenais ses cheveux relevés et avait les yeux rivés sur sa nuque tandis que sa tête montait et descendait. La meilleure pipe de ma vie les gars, sans mentir, c’était divin, elle a toujours fait ça plus ou moins bien mais là c’était le pied absolu, je serais prêt à parier ma bonne main que vous n’avez jamais connu un panard pareil avec une simple fellation. Enfin bref, elle était là à pomper et à pomper et moi j’étais sur le point de balancer la sauce quand elle s’est arrêté brusquement et qu’elle a relevé la tête pour me dire « Si je ne peux pas avoir cette queue alors personne ne l’aura », sur le coup j’ai pas compris, vous comprenez, j’étais à ça de jouir, j’avais plus la cervelle en état pour réfléchir correctement, elle s’est remise à me besogner et à l’exact moment où je jouissais, cette espèce de putain de salope m’a arraché la bite ! »

De quoi ?! Bordel de merde, quoi ? J’en crois pas mes étagères, Buddy en recrache son rhum, Ben et Tony s’attrapent l’entre-jambe dans un réflexe défensif avec un visage renfrogné, ne pouvant que s’imaginer la douleur de la chose. Eddie a les larmes aux yeux en repensant à tout ça. Et puis il chiale carrément.

« J’ai d’abord senti le prépuce se découper sous ses canines et puis elle a croqué un grand coup à la base du gland et l’a craché sur le tapis, comme on recrache le noyau d’une cerise. Elle avait la bouche pleine de mon sang et de mon foutre, j’gueulais comme un pourceau et j’ai voulu la baffer mais j’en ai pas eu le temps, elle est revenue à la charge et a recroqué ma queue, écrasant d’abord, puis déchirant mes corps caverneux. Ca pissait de partout, je me suis relevé, lui ai collé une grande tarte dans la gueule, je l’ai attrapé par la tignasse et lui ai fracassé sa sale trogne de sale pute sur le coin de la table basse. J’crois que je lui ai brisé le crâne, j’en sais trop rien et je m’en fous pas mal. J’ai attrapé des torchons dans la cuisine pour bloquer le sang qui foutait le camp à travers ma bite et j’ai foncé à l’hosto en la laissant là. Ensuite j’ai pris un train, et me voilà. »

Les mecs et moi on se regarde sans trop savoir quoi dire…Eddie écrase sa cigarette, vide son verre, le rempli et se roule une nouvelle clope. Je crois qu’on a tous la même question qui nous brule les lèvres, et c’est Buddy qui brise le silence.

« Mec, on peut la voir ? »
« Bien sur, elle doit toujours être dans mon salon, à agoniser sur la moquette. »
« Joue pas au con Eddie, tu sais très bien de quoi je parle. »

Eddie pousse un long soupir, pose sa cigarette, avale son verre, se lève, prend deux secondes pour assurer son équilibre et déboutonne son futal. Il baisse falzar et caleçon.

Putain
de
chierie.

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MessagePosté le: Lun 05 Nov 2012, 12:03 am    Sujet du message: Répondre en citant

Donna Lee


Ce soir-là, Ben s’était enfermé dans sa chambre pour bosser un nouveau riff qu’il avait trouvé la veille alors qu’on répétait en studio. Enfin, j’dis ça, mais Buddy et moi étions surtout occupés à descendre une bouteille de rhum ambré tandis que Tony se payait une partie de ça-va-ça-vient avec sa gonzesse. Donc ce soir-là, Ben a décidé de rester soli-solo et de travailler son doigté. Tony se paye une nouvelle partie de ça-va-ça-vient et Buddy est écroulé dans le canapé du salon, en caleçon, une main dedans, à moitié dans le cirage, s’en mettant plein les oreilles avec un album de Miles Davis. Je crois reconnaitre Walkin’. Tout le monde semble pris ce soir alors je passe par la cuisine récupérer deux canettes de bière et monte dans ma piaule écouter un peu de musique et fumer un thé ou deux. J’ouvre mon placard pour en sortir une caisse rempli de vinyles que j’ai récupéré après le décès du Paternel. Y’a d’sacrées pépites là-dedans, je me sens d’humeur à planer, je pose Wish You Were Here du Pink Floyd sur le tourne-disque et me laisse tomber sur le pajot. Je ferme les yeux et apprécie le silence puis le son montant progressivement de Shine On Your Crazy Diamond, plage magnifique d’un peu plus de treize minutes rendant hommage, comme le reste de l’album, à ce grand taré de Syd Barrett, fondateur du groupe qui s’en est vu éjecté pour cause de folie trop importante. Et aussi parce qu’il carburait un peu trop aux acides. Y’a surement une corrélation à trouver quelque part. Quand les premières notes de guitare raisonne, je me redresse et ouvre le tiroir de ma table de nuit, et en sors ma petite boite en sapin contenant ce qu’il faut pour décoller le temps d’un album. Sauf que la boite est vide. Et merde. Je vide une bière en fumant une clope et, à la fin de Shine On, j’enfile mes bottes et me rend au Color’s, le rade qui se trouve au coin de l’avenue, espérant y trouver la Belette, un basané originaire du nord du Continent d’en Face qui me refourgue du thé depuis des années. Lui et moi on se connait depuis qu’on est gosse, il habite derrière chez nous, sur Drexel Street. Il s’est branché avec une nana quand on avait quatorze ou quinze ans, Donna Lee, et depuis elle vit avec lui, derrière chez nous. Une chouette gonzesse cette Donna Lee, les cheveux blonds comme les blés, un sourire plein de malice, de jolis p’tits yeux bleus et un cul à tomber. C’est la fille d’un contrebassiste jazz, originaire de New York. On avait rencontré Donna Lee à un concert de son père. Elle et la Belette n’ont pas accroché tout de suite, on ne peut vraiment pas parler de coup de foutre sur ce coup-là, au contraire, ils n’pouvaient pas se sentir ! La Belette, c’est un mec, au sens le plus strict du terme, assez macho du haut de son mètre soixante-cinq, avec une nette tendance à voir le reste du monde comme de la merde (je ne jette pas la pierre, je suis le même genre d’enfoiré), quant à Donna Lee, c’est un putain de caractère, certainement pas le genre de gonzesse à se laisser piétiner les panards sans piper mot, et elle était déjà comme ça quand on l’a connu. Mais je divague. On est retourné plusieurs fois voir son vieux jouer. Moi j’y allais pour le jazz que lui et son groupe balançait, la Belette m’accompagnait pour revoir Donna Lee. Je le charriais pas mal à l’époque, il voulait pas reconnaitre qu’il avait le béguin pour cette nana, et c’était réciproque. Entre eux, c’était de l’amour vache jusqu’à ce qu’ils se décident, au bout de plusieurs mois, à enfin sauter le pas ! Je te raconterais bien cette histoire mais j’étais pas là ce soir-là alors on s’en passera. Je retrouve donc la Belette au comptoir du Color’s, vidant des chopes de bière comme à son habitude. Je salue Fred et lui fait signe de me mettre la même chose que mon ami basané. Je lui demande s’il a quelque chose et il me propose de finir nos pintes et d’aller chez lui pour se défoncer. Ca me va. On vide nos verres en deux gorgées et je laisse un billet sur le comptoir, de quoi payer ma bière et les siennes. On filoche sur Drexel Street et arrivé dans le salon, j’ai comme le sentiment qu’un truc déconne. La Belette se dirige vers la cuisine et par la porte ouverte je distingue un amas de vaisselle sale qui doit bien trainer là depuis une ou deux semaines. Et puis l’odeur me prend au noze. Putain d’bordel, ça claque sévère ! On dirait bien qu’aucune tâche ménagère n’a été accomplie depuis une très jolie lurette. Et où se trouve Donna Lee ? Leur baraque est en plein pied, y’a pas d’étages et il n’y a de lumière que dans le salon. Où est Donna Lee ?

« Elle s’est barré il y a de ça un mois, elle a fait ses bagages et a foutue le camp. »

Merde, encore un cœur fraichement brisé. Y’a pas une semaine, c’était ce bon vieil enfoiré d’Eddie Wells, dit Aspiro, qui se pointait à la case avec la moitié de sa queue arrachée et un divorce en passe d’être prononcé. Il ouvre deux bouteilles de bière et m’en tend une avant de sortir un thé et un briquet de nulle part et de s’allumer en s’affalant dans son fauteuil. Dans la sono, que dalle. La Belette est un musicien de première, un ancien violoniste vraiment balèze, sauf qu’écouter de la musique à chaque occasion qui s’présente, c’est pas vraiment son truc. Alors je m’occupe de ce détail et sort de sa maigre discothèque Diary of the Silent Years de Winston McAnuff. Il est très branché reggae et a quand même quelques bons trucs qui trainent.

« Mon frère, je sais que toi et moi on a n’a pas l’habitude d’avoir ce genre de conversation mais si je n’arrive pas à récupérer Donna Lee, j’pourrais bien me foutre en l’air. Cette fille, tu le sais, tu l’as su avant moi, je l’ai dans la peau et je supporte mal son absence. Laisse-moi fumer encore un peu de ce truc et je te raconte toute l’histoire. »

Je le laisse fumer encore un peu en sirotant ma bière, je dois t’avouer que j’suis pas vraiment d’humeur pour ce genre de discussion. Comprends-moi bien, j’adore ce type, c’est un vrai ami, et il est essentiel d’être là pour ses potes quand ça va mal, mais je me dis quand même que merde, ça aurait pu attendre demain, tout ce que je voulais c’était planer peinard au pajot au son du Pink Floyd. Au lieu de ça je me retrouve à me farcir des putains de peines de cœur. Et puis, je ne suis pas franchement dingue de reggae.

« Mon frère, je vais pas t’raconter de conneries, si elle est partie, c’est ma faute. Je me suis conduit en parfait enfant de salaud. Nom d’un con, je suis raide dingue de cette fille depuis plus de dix ans et j’ai quand même déconné, c’est une véritable perle, du moins ma perle à moi, vois-tu ? Je m’en veux terriblement mais je me dis aussi que je n’avais pas vraiment le choix, je devenais dingue, vois-tu ? Je pétais les plombs ! »

Il m’emmerde avec ses « vois-tu », surtout que je vois peau d’balle, il n’a concrètement rien expliqué, rien éclairci à la situation, il parle pour rien, dans un bouquin on pourrait croire que sa feignasse d’auteur cherche pitoyablement à gratter quelques lignes supplémentaires, à faire dans la fioriture inutile pour donner un semblant de corps à une histoire superficielle sur un mec qui s’fait larguer par sa copine, comme si ça n’avait pas déjà été raconté des milliers de fois, sous toutes ses formes. Mais je divague, laissons la Belette, qui me tend le thé, poursuivre son récit.

« Donna Lee était partie dans l’Illinois pour rendre visite à ses parents et m’a laissé ici pendant ce temps-là. Ma belle m’abandonnait, depuis qu’on était ensemble, on ne s’était jamais retrouvé séparé aussi longtemps et, crois-le ou non, mais je m’attendais à déprimer un brin. Alors je m’étais préparé, vois-tu ? J’ai acheté un carton de rhum, cinquante grammes d’herbe, et même un peu de morphine, juste au cas où. Mais étrangement, quand elle est monté dans le taxi, direction l’aéroport, je n’ai ressenti aucune amertume, plutôt comme…Un soulagement ! Je ne m’étais jamais rendu compte à quel point j’étais prisonnier en sa présence, j’ai pris conscience que je n’étais plus si heureux qu’avant, qu’il me manquait quelque chose, un truc, vois-tu ? Comprends-moi bien mon frère, j’aime cette nana plus que tout, des filles de cette trempe ça se trouve pas le cul bien posé sur un trottoir en attendant que tu t’en paye une tranche, je ne pourrais me résoudre à la perdre mais…Bordel à cons, c’est le seul vagin que j’ai jamais connu, tu piges ? Je me suis rendu compte qu’il me fallait vite goûter à d’autres nectars que le sien, directement à la source d’un autre Sanctuaire, vois-tu ? Alors je suis allé me pinter la trogne au Color’s et j’en ai ramené une des radasses habituelles pour la besogner un brin sur le canapé. Après ça je l’ai dégagé de chez moi en la remerciant pour ses services et j’ai attendu le retour de Donna quinze jours plus tard. Tout se passait alors à merveille ! Le soir où elle est rentrée, je l’ai baisé avec toute la passion de nos premières années, je l’ai aimé plus que jamais ! J’étais si heureux de la retrouver que je lui ai fait une danse de toutes les perversions, l’éclate totale, on est resté au pajot à s’envoyer en l’air pendant trois jours ! Et puis, elle a appris pour mon écart. Je ne sais même pas comment elle avait pigé le truc, mais elle avait pigé et m’a fait une scène pas possible, elle a même essayé de me tuer avec un couteau de la cuisine, ensuite elle a voulue m’assommer avec une bonne bouteille de picrate. Finalement, elle m’a envoyé un coup de pied dans les valseuses et pendant que je gisais au sol elle a fait sa valise et a foutue le camp. Tout ça pour cet écart qui nous avait pourtant sauvés dans un premier temps. »

Je lui rends son thé et vais nous chercher deux nouvelles bières au frigo. Pauvre type, je le comprenais presque. Tout ce qu’il voulait c’était profiter un peu de ses jeunes années avant qu’elles ne se soient tiré avec le temps, connaitre d’autres plaisirs, ceux plus interdits qu’on s’autorise dans le souffle narcissique typique de la jeunesse effervescente. Je dis à la Belette que je suis désolé. Il écrase le thé dans le cendrier et en prépare un nouveau. J’ouvre sa canette la lui tend, on trinque à la santé de Donna, en espérant qu’elle repointerait son cul un de ces jours. Il m’parle encore d’elle pendant une heure, je parle de rien pendant cinq ou dix minutes et puis on la ferme, on la ferme et on boit. Sur les coups de deux plombes du mat’, on est tiré de notre torpeur éthylique par des coups sourds donnés à répétition contre le bois pourri de la porte d’entrée. La Belette se lève et va ouvrir, je ne vois pas tout de suite qui c’est. Et puis la Belette revient dans mon champ de vision, avec Donna Lee pendu à son cou, le couvrant de baisers. Ils sont partis en courant dans la chambre.
J’ai fini mon verre
et je me suis tiré.

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MessagePosté le: Lun 25 Mar 2013, 8:14 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Ejaculation et Réflexion


« Laves-toi la queue et amène ta trogne à dix-huit heure tapante. »

Je laisse tomber le téléphone qui s’en va pendre aussi mollement que ma queue susnommée le long de la table de nuit. Ce matin, ou plutôt cet après-midi, je me réveil avec une gueule de bois carabinée. Rien d’extraordinaire, ça ne m’était plus arrivé depuis la dernière fois. Du salon, j’entends larsenner les guitares de Tony et Ben, qui ont bossé toute la nuit et une partie avancée de la matinée sur un question-réponse de leur cru. Ils ont du s’endormir sur trois ou quatre bouteilles vides en laissant leurs amplis allumés. D’où le larsen.

En plus du tronc de chêne centenaire qui me vrille la carafe, je ressens dans le bas ventre un feu assez brûlant pour me faire sortir du pajot malgré les cheveux qui poussent à l’envers, les paupières qui collent et la mâchoire qui se barre sans symétrie aucune. J’ai comme une furieuse envie d’aller me vautrer dans le stupre, saupoudré d’un brin de luxure et éventuellement de quelques insanités charnelles. Ayant arrêté femme et héroïne à peu près coup sur coup, il me fallait absolument trouver un soin palliatif. J’ai donc passé un coup de bigo à Vivianne, une prostipute officiant au Fairy’s Lake, quelques rues plus haut, sur Lea Avenue. J’ai commencé à fréquenter ce bordel, respectable s’il en est, quand la petite saxophoniste de Détroit dont je te parlais y’a quelques pages m’a laissé en rade tout seul dans mes bottes. Avant Viviane je n’avais jamais fréquenté de prostiputes. Je ne l’ai vu qu’une ou deux fois pendant un an environ (je sais, ça manque un brin de précision mais je t’emmerde, je viens d’émerger). Et puis nos rencontres sont devenues plus fréquentes, mais pas vraiment réglées non plus, et enfin Viviane est devenue une irrégularité régulière.

J’enfile un jean, mes bottes et un t-shirt noir à peine délavé et descends au salon. J’y trouve Ben et Tony, endormi sur le canapé, les amplis allumés, comme à leur habitude. J’éteins tout. Je pique une Blue Veins dans un paquet qui traine sur la table basse et filoche sans un bruit. Arrivé sur le trottoir je m’allume et, plutôt que de prendre la bagnole, je décide d’aller me jeter quelques godets au Color’s avant de retrouver Viviane. Je ramènerai une bouteille, ça lui fera plaisir. J’aime bien ce rade. Il a un côté chaleureux qui manque à la plupart de ses contemporains. Ici, on picole. Rien de nouveau sous le dôme tu me diras. On picole pour oublier. Encore une fois, rien de bien exceptionnel, c’est partout pareil et tout le monde pratique. Les sobres sont des personnes dont il faut se méfier, un peu comme les gens trop gentils. Le genre de cave trop vrai pour être réel. Mais je divague, tout ce que je voulais te dire avant que je ne dérive en diatribe c’est qu’ici on picole aussi pour rigoler, et ça, putain, ça fait du bien ! Et comme je suis un type plutôt veinard dans la vie, il n’y a pour seule âme présente qu’une putain d’outre à bière écroulée sur le zinc doré, aboyant en bavant sur tout un tas de choses que je ne prendrais pas la peine de citer ici, d’une pour m’épargner la peine de les écrire, de deux pour t’épargner la peine de les lire, de trois…Non, c’est tout. Toujours est-il que pour la marrade on repassera. Je m’installe à quelques tabourets de l’outre et attends que Fred daigne radiner son museau et me servir une mousseuse. Je me permets de passer derrière le comptoir et de brancher la stéréo, histoire de couvrir les beuglements trop-éthylène de l’outre, et dans un même temps d’avertir Fred de ma présence. Il se pointe aussitôt qu’Al Green et Lenny Kravitz entament leur Take Me To The River et me salue de sa pince plastikémoulifiée. Pendant qu’il me pompe une bière blonde et fraiche, je tends une oreille involontairement curieuse aux propos de l’outre à l’autre bout du zinc. Pour te résumer brièvement ses paroles en plus édulcorés, il aimerait plus de tout. Plus d’argent, plus de travail, plus de vacances, plus de nanas sur sa queue etc. Je lui demande combien il en a en ce moment, de nanas sur sa queue ? Aucune, me dit-il avant de se mettre à chialer. J’ai du mal à biter pourquoi on ne peut s’empêcher de vouloir ce qu’on n’a pas. Je ne juge pas, je suis le même espèce de connard insatiable. J’ai maintenant un besoin urgent de coït animal et animé, bestial et belliqueux, sauvage et salé, et je me dis que la seule solution à ce problème serait d’aller filer quelques biftons à Viviane pour qu’elle m’aide à faire quelque chose dont ma main droite peut tout à fait se charger elle-même et pour les dits-quelques biftons en moins. Mais j’ai cette envie, en plus de ce besoin, que ce soit une autre main (voir une bouche, un vagin ou autre, j’suis plutôt ouvert) qui s’occupe de la besogne à ma place. Et qu’est-ce que ça changera pour moi ? Ou pour l’Outre ? Certes, la décharge d’endorphine me fera l’effet d’un shoot à un autre euphorisant en –ine, certes l’Outre pourra se payer un plus bel appart’, un meilleur alcool, et entretenir une nana plus regardante sur l’épaisseur de son larfeuille que de sa bedaine. Mais après ? L’Outre et moi devrions nous estimer déjà heureux de pouvoir nous pinter la tronche affalés sur ce comptoir plutôt que sous un pont, ou au fond d’un carton dans une ruelle à pissotière. Je paye ma bière et en offre une à l’Outre, et je mets les voiles pour le Fairy’s Lake, sans oublier une bouteille du meilleur bourbon de Fred pour Viviane. Je ne voudrais pas la faire attendre. Avant de partir, je glisse à l’Outre de ne pas occulté de son esprit affaibli tous ces types dans le monde moins verni que nous et qui n’ont même pas la chance de pouvoir s’abrutir avec un alcool ne serait-ce que correct. C’est comme cette nana que j’ai rencontré à Chicago et que j’avais voulu revoir…Après mon p’tit déj’ avec le très regretté et très suicidé Old Blind Joe, j’ai filé à l’appart’ de la donzelle en question pour apprendre qu’elle avait pliée bagages et foutu le camp pour Los Angeles, qu’elle avait laissé sa nouvelle adresse à l’attention du mec avec des bottes aux pattes qui aurait l’intention de la revoir. J’ai pris l’adresse. J’ai tout à fait l’intention de la revoir. Mais putain, Los Angeles ? Je hais cette foutue ville. Si j’y allais, qu’est-ce que j’y trouverais ? Cette gonzesse, certainement pas comme les autres, pourrait tout aussi bien être une bénédiction comme un sacré putain d’aimant à chieries !
Mais va savoir, ça pourrait tout changer…
Ou que dalle…
Putain,
Los Angeles ?

J’arrive au Fairy’s Lake, où je suis acceuillie par Gladys, maitresse de la maison, une américaine pur souche élevé au bon foin texan qui se faisait passer pour une française éduquée au bon vin de Montmartre. Elle me fait conduire à la chambre de Viviane.

« Ta queue a intérêt à être bien clean car je compte bien la prendre dans les profondeurs les plus interdites. »

J’avale une longue et brulante gorgée du meilleur bourbon de Fred et lui demande de m’excuser, que j’ai un avion pour cette putain de LA à prendre.

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MessagePosté le: Mar 26 Mar 2013, 4:11 am    Sujet du message: Répondre en citant

Je ne sais comment exprimé ce que je ressens face à cette lecture???

Tu as trouvé un mode d'expression qui t'es propre et qui est sûrement dérangeant pour certains mais tellement vrai, pour d'autres!

En fait, j'aimerais que tu exploites la profondeur d'âme des personnages sans les effets des alcools, analgésiques ou drogues...

J'aimerais que tu exposes jusqu'au bout la force de l'amour et des sentiments, cette perdition dans la passion ou cet abandon à la tendresse...

J'aimerais que tu enlêves ton masque de chakal, pour exposer toute ta sensibilité

Désolé, je me laisse aller, c'est pas digne...

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Chakal D. Bibi
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MessagePosté le: Mar 26 Mar 2013, 6:08 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Haha, y'a pas de problème ^^

D'abord merci, content que ça t'plaise toujours Very Happy

Ensuite, pour ce qui est d'ôter le "masque de chakal", t'es pas le premier à y faire allusion mais très sincèrement j'pige pas ce que ça veut dire...'fin j'bite ce que t'entends par là hein, mettre un peu plus de sincérité et moins de cynisme ou d'humour mal placé et blasé, mais concrètement, j'sais pas faire autrement, et j'suis pas sur d'en avoir l'envie...j'sais aps, on verra, p'tet un jour Very Happy

En tout cas, continue à passer à l'occaz', ça fait toujours plaisir Very Happy

_________________
[quote="Speed Hunter"]Chakal lui c'est un héros de musicien ![/quote]
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